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RECHERCHES
SUR
LA LIBRAIRIE DE CHARLES V
LÉOPOLD DELISLE
MEMBRE DE L INSTITUT
ADMINISTRATEUR GÉNÉRAL HONORAIRE
HE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
PARTIE T
PARIS
H. CHAMPION, LIBRAIRE-ÉDITEUR
QUAI MALAOI M>, 5
1907
RECHERCHES
LA LIBRAIRIE DE CHARLES V
PARTIE I
RECHERCHES
SUR
LA LIBRAIRIE DE CHARLES V
LEOPOLD DELISLE
MEMBRE DE L'iNSTITUT
ADMINISTRATEUR. GENERAL HONORAIRE
DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
PARTIE I
PARIS
H. CHAMPION, LIBRAIRE-ÉDITEUR
QUAI MALAQUAIS, 5
1907
a!
HOMMAGE
A
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
1857-1907
Monsieur le Président,
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Messieurs et chers Confrères,
J'avais exprimé un vif et sincère désir de passer
dans un silencieux recueillement l'anniversaire d'un
double événement qui devait exercer une influence
décisive et absolue sur le cours de toute ma vie. Le
10 juin 1857, j'entrais dans la famille d'un des plus
illustres membres de l'Académie des Inscriptions et
Belles-Lettres. J'épousais Laure Burnouf, la fille
aînée de l'avant -dernier secrétaire perpétuel. La
mort devait m'en séparer quarante -sept ans plus
tard, le 11 mars 1905, le jour même où nous
devions quitter la Bibliothèque nationale.
Six mois après le jour béni de notre union, le
11 décembre, un vote de votre Académie m'appelait
à occuper le fauteuil sur lequel avaient siégé pendant
VIII A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
soixante -douze années mes deux prédécesseurs,
d'abord, de 1787 à 1815, La Porte du Theil, l'un des
chefs de la Bibliothèque nationale et impériale sous
la Révolution française et l'Empire, puis, de 1815 à
1857, Etienne Quatremère, qui avait débuté dans le
monde de l'érudition, au commencement de l'Em-
pire, comme auxiliaire au Département des manus-
crits. Moi aussi, j'étais simple employé au même
Département depuis cinq années, quand l'Académie
daigna m'appeler dans ses rangs.
L'accès de la Compagnie n'était pas alors aussi
difficile qu'il Test devenu depuis. Ce fut cependant à
un sentiment d'extrême indulgence et à un acte d'in-
signe bienveillance que je dus un succès inespéré,
et dont je m'étonne encore aujourd'hui. Je tiens à le
rappeler, parce que je serais vraiment injuste et ingrat
si, après vous avoir dit combien je suis touché de
cet éclatant témoignage de votre affectueuse con-
fraternité, dont la valeur a été singulièrement relevée
par le concours de notre éminent confrère de l'Aca-
démie des Beaux-Arts, M. Chaplain, je serais, dis-je,
bien ingrat, si, à mes plus cordiaux remerciments.
je ne joignais pas quelques mots de souvenir recon-
A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. IX
naissant pour les maîtres qui ont dirigé mes pre-
miers pas dans la carrière de l'érudition, pour les
patrons qui ont encouragé mes débuts et qui, il y a
un demi-siècle, les ont recommandés à vos prédé-
cesseurs avec tant d'insistance que les portes de
l'Académie me furent ouvertes, alors que j'étais
encore simple apprenti bibliothécaire.
Mais comment parler des circonstances vraiment
exceptionnelles dans lesquelles je reçus de nos
anciens une telle marque de confiance, sans entrer
dans des détails qui seraient ici hors de propos? J'ai
pensé qu'ils seraient moins déplacés en tête d'un
ouvrage dont j'ai pensé que vous daigneriez agréer
l'hommage. Un exemplaire, à peine achevé d'impri-
mer, en est déposé sur le bureau. Chacun de vous,
mes chers confrères, pourra plus commodément y
jeter les yeux, dans son cabinet, sur l'exemplaire
qui lui est destiné et qu'il recevra très prochaine-
ment.
C'est un mémoire sur les origines premières d'un
établissement littéraire, scientifique et artistique,
dont l'histoire se rattache par bien des côtés à celle
X A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES.
de toutes les sections de l'Institut et plus particuliè-
rement à celle de notre Académie.
Je n'ai pas cru commettre d'indiscrétion en vous
dédiant mes derniers adieux à cette Bibliothèque
nationale que ma femme et moi nous avons tant
aimée et à laquelle j'ai conscience de m'être dévoué
sans réserve, pour remplir à la fois mes devoirs de
bibliothécaire et ceux d'académicien.
SOUVENIRS DE JEUNESSE
C'est le 11 décembre 1857 que je fus élu membre de l'Aca-
démie des inscriptions et belles-lettres.
Mes titres n'étaient guère considérables, et mes premières
ambitions, je le dis sincèrement, ne s'élevaient pas bien haut.
J'étais allé à l'École des Frères de la Doctrine chrétienne et
j'avais fait mes études dans le très modeste collège de ma ville
natale, dont les anciens élèves ont tout récemment adressé
à leur doyen un touchant souvenir d'amitié.
Quand j'étais sur les bancs du collège, je fus remarqué par
un vieillard, Charles Duhérissier de Gerville, qui avait passé
sa jeunesse dans l'émigration en Angleterre ; il y avait vécu en
donnant des leçons de français, et il en avait rapporté des
connaissances assez étendues en histoire naturelle et en archéo-
logie. Rentré en France, il fut un des fondateurs de la Société
des Antiquaires de Normandie, et il eut le mérite d'être chez
nous un des premiers à appliquer à nos monuments du moyen
âge les méthodes de travail auxquelles il s'était initié pendant
son exil. Sa curiosité s'aiguisa, ses goûts s'affermirent et son
érudition se forma peu à peu à l'aide de livres que sa pauvreté
l'avait empêché de connaître pendant sa jeunesse; il s'instruisit
surtout à la vue et à la comparaison de beaucoup de monu-
ments à moitié démolis, qu'il réussit bien rarement à sauver
d'une destruction complète, et aussi au contact des savants
anglais, que les guerres de l'Empire avaient tenus éloignés de
la France et qui, au rétablissement de la paix, étaient accou-
xi! SOUVENIRS DE JEUNESSE,
rus en Normandie. Sa réputation franchit les bornes de la pro-
vince. C'était à lui que les grandes familles anglaises deman-
daient des renseignements sur le berceau de leurs ancêtres.
C'était lui que les antiquaires prenaient pour guide dans la
visite des églises et des abbayes normandes, dont l'étude leur
était indispensable pour approfondir l'étude des monuments
religieux de l'Angleterre remontant au xi° et au xne siècle.
Les services qu'il rendait furent aussi reconnus par les savants
de Paris, comme il appelait les membres de l'Institut, en les
traitant avec beaucoup de déférence, et il fut profondément
touché, en même temps que surpris, quand il apprit son élec-
tion de correspondant de l'Académie des inscriptions. Il aurait
pu l'être également de l'Académie des sciences; car, tant qu'il
fut valide, il passait en revue les carrières du Cotentin avec
autant de curiosité et d'intelligence, que les églises, les vieux
châteaux et les moindres vestiges d'antiquités de toutes les
communes du département de la Manche.
Pendant que j'étais au collège, M. de Gerville m'attirait chez
lui, et m'y retenait peut-être trop longtemps, au détriment de
mes devoirs d'écolier, ce qui inquiétait parfois mes parents. Il
me faisait lui lire des livres anglais et m'entretenait de tout ce
qui l'intéressait. Je ne m'y intéressais pas moins que lui, et il
n'eut guère de peine à me faire partager ses goûts et, si j'ose
le dire, sa passion pour l'étude du moyen âge, et surtout du
moyen âge normand. En somme, ce ne fut pas du temps perdu.
C'est là que j'appris qu'il existait une Académie des inscrip-
tions, et aussi, ce qui me paraissait un peu mystérieux, une
École des chartes. Un jour qu'il m'avait donné une idée assez
vague de ce qu'on pouvait faire h cette Ecole, il me proposa
de m'initier h la lecture des anciennes écritures, et il tira d'un
coin de sa bibliothèque un vieux registre qu'il me dit être le
Cartulaire de l'abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte; après
m'avoir expliqué ce qu'on trouvait dans un Cartulaire, il me fît
lire, au commencement de son manuscrit, quelques lignes
SOUVENIRS DE JEUNESSE. XIII
écrites en beaux caractères gothiques. C'était une charte de
Henri II, roi d'Angleterre. L'exercice ne me parut pas au-des-
sus de mes forces, et je fus ravi d'obtenir la permission d'em-
porter le Cartulaire chez mes parents, dans ma chambre d'éco-
lier, de sorte que la plus plaisante de mes recréations consista,
pendant tout un été, à copier une bonne partie du Cartulaire,
(pie mon premier maître de paléographie déposa peu de temps
après aux Archives du département de la Manche.
A mon petit collège était annexée une bibliothèque, qui
remplissait une ancienne église et me paraissait immense ; elle
ne contenait guère que de vieux livres imprimés, beaucoup en
caractères gothiques, que j'ai su depuis s'appeler des incu-
nables, et je me rappelle encore ma stupéfaction a l'ouverture
d'un volume d'une des premières éditions du Spéculum de
Vincent de Beauvais.
A la fin de l'année 1845, mes parents me conduisirent à
Paris, où je devais suivre les cours de l'Ecole des chartes et de
l'Ecole de droit. J'apportais dans mon bagage trois pièces
infiniment précieuses, des lettres adressées par M. de Gervillc
à ses amis Charles Le Normant, conservateur à la Bibliothèque
royale et membre de l'Académie des inscriptions, Auguste Le
Prévost, député de l'Eure et membre libre de la même Aca-
démie, et Jules Desnoyers, qui fut plus tard, lui aussi, membre
libre de notre Académie. Merveilleux fut l'effet de ces lettres.
A l'accueil qui leur fut fait, je crus voir mon avenir assuré,
surtout quand M. Desnoyers m'eut mis sous la protection par-
ticulière de ses meilleurs amis, Benjamin Guérard et Natalis de
Wailly, qui partageaient avec lui la direction de la Société de
l'histoire de France.
Les trois années que je passai à l'École des chartes furent
assez accidentées et me laissèrent beaucoup de loisirs, d'autant
plus qu'avec l'assentiment de mes parents je suspendis, au
bout de peu de mois, mon assiduité à l'École de droit.
En 1846, j'avais à suivre un seul cours, que M. Guérard
xiv SOUVENIRS DE JEUNESSE,
faisait dans les combles de la Bibliothèque royale et qu'il dut
interrompre à plusieurs reprises pour raison de santé. En 1847,
la réorganisation de l'École, transférée aux Archives du
Royaume, dans un local encore à moitié approprié, réduisit à
trois mois la durée des cours; en 1848, les événements ame-
nèrent une assez longue fermeture de l'Ecole.
Les lacunes de ma scolarité et les trois années qui suivirent
la soutenance de ma thèse, jusqu'à mon entrée à la Biblio-
thèque nationale, me laissèrent beaucoup de liberté pour
m'occuper, à Paris et en Normandie, du genre d'études auquel
je comptais me consacrer.
M. de Gerville n'avait pas réussi à m'inoculer ses goûts de
numismate et d'antiquaire; il comprit de bonne heure que mes
prédilections étaient acquises, non au métal et à la pierre,
mais au parchemin et au vieux papier. Il déplorait l'état des
archives, et il v avait signalé, à plusieurs reprises, des actes de
vandalisme, dont il avait été le témoin indigné, mais impuis-
sant. Il avait cependant réussi a faire confier les archives de
son département à un de ses élèves et secrétaires, Nicolas
Dubosc, qui a accompli de très utiles travaux et a mis un
terme à bien des abus. Il pensa que je pourrais être l'archi-
viste d'un des autres départements de la Normandie, et il avait
communiqué cette pensée à son ami Auguste Le Prévost, l'un
des membres influents de la Commission des archives instituée
depuis 1840 au ministère de l'Intérieur.
Le projet me séduisit : il cadrait parfaitement avec mes
goûts pour l'histoire de la province, et je me croyais assez bien
préparé à l'administration d'un dépôt d'archives normandes.
J'avais, en effet, compulsé, en vue de mes premiers travaux,
que l'Académie récompensa bien au delà de mes espérances,
presque tous les fonds anciens des départements de la Seine-
Inférieure, de l'Eure, du Calvados et de la Manche, ainsi que
les séries de chartes normandes conservés à Paris, aux archives
et à la Bibliothèque nationale.
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xv
J'avais pu effectuer mes recherches à la Bibliothèque natio-
nale, grâce a la protection de Guérard et à l'inépuisable com-
plaisance d'un modeste bibliothécaire, qui pouvait tenir lieu
de catalogue, Charles-Clément Claude, qu'aucun de vous n'a
pu connaître, mais dont le souvenir est resté bien vivant chez
les vieillards qui ont fréquenté le département des manuscrits
au milieu du dernier siècle, époque à laquelle aucun catalogue
n'était mis a la disposition du public. Aux Archives nationales,
où le plus souvent j'étais le seul étranger admis à travailler,
ma tâche fut facilitée par M. de Wailly, et je ne tardai pas à
y être traité en camarade et en ami par les archivistes de la
Section historique, surtout par Douët d'Arcq. Quant aux
Archives de Normandie, elles me furent ouvertes dans des
conditions ultra-libérales, et qui auraient dû m'effrayer si
j'avais eu plus d'expérience. Le plus souvent, à Rouen et à
Caen, je pouvais me faire enfermer le matin, dans les Archives
de la préfecture, et y rester seul toute la journée, sans que
personne vînt frapper h la porte pour y entrer.
C'est ainsi que, dès avant 1852, je me trouvai posséder la
copie de la plupart des chartes normandes antérieures à la
conquête de Philippe-Auguste.
En 1851, les postes d'archiviste du Calvados et d'archiviste
de la Seine-Inférieure allaient se trouver vacants, et je fus
informé que je pourrais y poser ma candidature. Au même
moment, mon patron M. Le Prévost, qui venait de me confier
la mission de terminer son édition d'Orderic Vital, me prévint
que le préfet de la Seine-Inférieure était tout disposé à me
nommer archiviste de son département. J'étais enchanté de la
perspective qui s'ouvrait devant moi; je ne voulus cependant
pas accepter le poste qui m'était offert avant d'avoir consulté
mon maître M. Guérard. Au premier mot de l'entretien, il me
« défendit » de quitter Paris, où, disait-il, ma place était mar-
quée; il ajoutait que je n'aurais pas à regretter d'avoir suivi
son conseil. Je le regrettai d'autant moins qu'en allant porter
XVI SOUVENIRS DE JEUNESSE.
ma réponse à M. Le Prévost, je pus le décider h recommander
au préfet la candidature de mon meilleur ami Charles de
Beaurepaire, qui, à tous égards, a pu être cité comme le modèle
de l'archiviste formé à l'Ecole des chartes; il a pris sa retraite
il y a deux ans, il est aujourd'hui le doyen des correspondants
de l'Académie des inscriptions. C'est ainsi qu'en 1851 je me
trouvai rivé à Paris.
L'année suivante, Guérard était mis à la tète du Département
des manuscrits, et j'étais en même temps attaché à ce dépar-
tement en qualité d'employé. Le lendemain de nos nominations,
mon chef me fit venir chez lui. Il m'exposa en grand détail le
plan des travaux auxquels il avait songé de longue date, pour
le cas où il serait appelé à introduire dans le Département des
manuscrits des réformes reconnues depuis de longues années
comme absolument nécessaires; il repoussait les mesures radi-
cales et révolutionnaires; mais il voulait couper court à des
abus et des irrégularités qui l'avaient souvent fait gémir. Selon
lui, toutes les pièces du Département devaient être cataloguées,-
au moins sommairement; toutes devaient porter des cotes
régulières, aussi simples que possible et absolument immuables.
Il fallait strictement respecter les classements consacrés par
l'usage; ceux que l'excès et l'irrégularité des intercalations, ou
toute autre circonstance, avaient rendus défectueux ne pou-
vaient jamais être remplacés sans que des concordances fussent
établies pour permettre de passer sans hésitation de l'ancien
numéro au nouveau.
Guérard se lamentait surtout de l'état matériel des collec-
tions confiées a son administration. Il y avait alors dans les
combles de la Bibliothèque nationale des masses assez considé-
rables de papiers, dont, faute de ressources, le classement et
la reliure étaient restés en souffrance. On y voyait des tas de
parchemins vendus au poids sous l'ancien régime par la
Chambre des comptes, et dont l'intercalation dans les dossiers
généalogiques avait été interrompue au moment où on eut a
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xvn
craindre une mesure d'épuration, comme celle qui eut lieu en
1792 et dont le résultat fut la mise au feu, sur la place Ven-
dôme, de plus de la moitié de l'inappréciable Collection de
Clairambault. Il s'y trouvait aussi des volumes qu'on n'avait
pas portés sur les catalogues, les uns parce qu'on les jugeait
peu dignes d'intérêt, les autres, au contraire très importants,
parce qu'ils étaient placés à part dans des armoires spéciales
où les employés allaient les prendre, sans recherche spéciale,
quand il y avait lieu de les communiquer. On allait jusqu'à
dire que des manuscrits précieux étaient dissimulés, parce que
la Bibliothèque ne s'en croyait pas légitimement en possession.
Les premiers professeurs de l'Ecole des chartes, l'abbé Lespinc
et Guérard, avaient aussi acquis, souvent au prix du poids du
parchemin, un certain nombre de chartes qui servaient à l'en-
seignement de l'Ecole des chartes, sans avoir reçu des cotes
de classement.
Tout cela était fort irrégulier. Guérard entendait que ces
causes de désordre disparussent au plus tôt : il fallait immé-
diatement se mettre à l'œuvre, sans cependant agir avec préci-
pitation; il me répéta que de telles opérations étaient fort déli-
cates, et que, pour éviter de regrettables accidents, il fallait se
rendre un compte exact de la façon dont les collections s'étaient
formées et dont elles avaient été traitées avant et depuis leur
arrivée à la Bibliothèque. Il était absolument nécessaire de
bien connaître l'histoire de la maison et savoir distinguer
l'écriture et les marques des premiers possesseurs des manus-
crits, surtout l'écriture et les chiffres des anciens bibliothé-
caires. Il ne fallait pas s'exposer à confondre les copies de
documents exécutées par de vulgaires écrivains avec les trans-
criptions, les extraits, les analyses et les simples notes des éru-
dits tels que les frères Dupuy, Du Cange, Gaignières, Baluze,
Clairambault, Anselme Le Michel, Mabillon, Martène, etc.
Tout employé devait connaître à fond l'histoire de la Biblio-
b
xviii SOUVENIRS DE JEUNESSE.
thèque : il fallait me procurer, sans retard, le petit livre que
Le Prince avait publié sur ce sujet à la fin du xvme siècle.
Rien ne pouvait m'ètre plus utile que ces conseils, auxquels
j'ai toujours conformé ma conduite, et dont plus tard j'ai cons-
tamment recommandé l'application dans tous les départements
de la Bibliothèque.
De telles instructions contribuèrent à développer en moi le
goût de la vraie bibliophilie; je devins ainsi de plus en plus
avide de savoir par qui et pour qui les manuscrits avaient été
faits, de quels pays ils étaient originaires, à quelles époques
ils avaient été copiés, revisés ou complétés, quels artistes les
avaient décorés, entre quelles mains ils avaient passé, à quels
dangers ils avaient échappé, quels savants en avaient fait
usage, par suite de quelles aventures les différents morceaux
de certains manuscrits se trouvent dispersés dans des contrées
souvent très éloignées les unes des autres, quelles altérations
ils ont subies, quels mauvais traitements leur ont fait subir des
faussaires, tantôt pour leur attribuer une valeur tout à fait ima-
ginaire, tantôt pour dissimuler des larcins. Que de précautions
à prendre pour ne pas se laisser égarer par des témoignages
légendaires! Un petit événement bibliophilique, auquel est
mêlé le nom de Guérard, montre à quels dangers on est exposé
en essayant de résoudre certains problèmes qui se présentent.
Peu de temps après mon entrée en fonctions, Guérard m'ou-
vrit une petite armoire de réserve, où étaient rassemblés
quelques manuscrits précieux, qu'on ne communiquait pas
sans une autorisation spéciale du conservateur, et qui n'étaient
pas tous portés sur les catalogues. Je devais les inscrire som-
mairement sur l'inventaire du Supplément latin auquel ils
étaient rattachés. Un de ces manuscrits me fut particulièrement
signalé. « Voilà, me dit Guérard, un de nos plus précieux
manuscrits, l'exemplaire de Nithard, qui contient les serments
de Strasbourg, le plus ancien texte français qui nous soit par-
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xix
venu. C'est un volume de la bibliothèque du Vatican, qui nous
fut attribué en 1797 par le traité de Tolentino. Les commis-
saires du pape en réclamèrent la restitution en 1815; mais il
avait disparu de la Bibliothèque, par suite probablement de la
remise qui en avait été faite à un dessinateur pour le fac-similé
du texte des fameux serments exécuté à cette époque. Le
volume reparut quelque temps plus tard, mais on n'en parla
pas, pour ne pas s'exposer à voir se produire une réclamation
du Vatican. Les choses en étaient là quand Pertz, venu à Paris
pour préparer, entre autres morceaux destinés aux Monumenta
Germanise historica, une nouvelle édition de l'Histoire de
Nithard, demanda à collationner le manuscrit de cet auteur,
venu du Vatican. La consigne était de déclarer que le manus-
crit avait dû être rendu en 1815 aux commissaires du pape.
Pertz revint à la charge, après avoir fait une démarche infruc-
tueuse au Vatican. Mais, c'est toujours Guérard qui parle,
j'avais pris mes précautions. J'avais collationné le manuscrit
avec le plus grand soin, sur l'édition de Dom Bouquet, et,
quand Pertz se représenta, je lui dis qu'ayant fouillé dans les
papiers d'un des conservateurs du temps que les manuscrits du
Vatican étaient à Paris, j'y avais rencontré une collation du
Nithard qui paraissait avoir été faite avec une attention minu-
tieuse; à défaut de l'original, je pouvais mettre cette collation
à sa disposition. Pertz accepta avec reconnaissance. » En ter-
minant son récit, Guérard me dit de voir dans les Monumental
comment l'aventure y était rapportée. Je me reprocherais de
ne pas reproduire textuellement ce que dit le savant allemand :
Codex seculo xvn bibliothecae palatins; Vatican® sub numéro 1964
inlatus, bello ultimo Parisius rediit, ibique a cl. Roquefort evolutus
et ab alio viro docto, cujus nomen ignoro, rei tamen diplomatie®
peritissimo, cum editione bouquetiana diligentissime collatus est.
Mox Italiae redditus, Romae latet, nec vel maxiraa cura nostra adhi-
bita, iterum emersit. Sed quo plurimum gratulandurn nobis" cense-
1. Scriptores, t. II, p. 650,
xx SOUVENIRS DE JEUNESSE.
mus, collalioncm istam, in qua nihil desiderari posse videtur, flagi-
lantibus nobis surama cum benivolentia transmisit V. cl. Guérard,
Bibliothecae regiœ Parisiensi adscriptus, quem futurum gloria? sua?
diplomaties vindicem Gallia jam jamque sperat et expectat.
J'ai lu et relu plus d'une fois ces lignes dans le bel exem-
plaire des Monumenta qui m'est échu, après avoir appartenu à
Guérard puis à Natalis de Wailly. C'est l'exemplaire que Pertz
avait donné à son ami, et dans lequel il avait inséré son portrait.
C'est le plus précieux morceau de la collection de livres dont
ma femme et moi nous avons cru devoir disposer en faveur de
la Bibliothèque nationale.
Mais ce que je viens de dire n'est pas la partie la plus dra-
matique de l'histoire du manuscrit de Nithard. Guérard igno-
rait et n'a jamais su ce qui s'était passé en 1815 lors de la
réclamation des commissaires du Vatican; il n'en avait pas été
instruit parles chefs de la Bibliothèque qui avaient pris part à
la négociation. On ne l'a appris qu'en 1884, et la partie secrète
de la négociation nous a été révélée, dans les moindres détails,
par la publication posthume du rapport de Marini, le principal
commissaire pontifical.
Il avait bien fallu en 1815 se résigner à la restitution en bloc
des manuscrits livrés à la France en vertu du traité de Tolen-
tino, bien qu'il n'eût été rien stipulé a ce sujet dans les traités
conclus en 1815 avec les alliés. Quelques exceptions avaient
été cependant admises, pour atténuer la rigueur des revendica-
tions, et l'affaire paraissait à peu près arrangée, sauf en ce qui
concernait deux manuscrits sur le soit desquels Dacier essayait
d'apitoyer les représentants du pape. 11 s'agissait du manuscrit
de Nithard et d'un antique exemplaire de Virgile, orné de
peintures, qui était sorti de l'abbaye de Saint-Denis. On conjura
Marini de vouloir bien encore en référer au pape. La réponse
no fut guère de nature à nous satisfaire; malgré toute la consi-
dération que, disait-on, Pie VII avait pour M. Dacier, Marini
ne se croyait autorisé à abandonner ni le Nithard ni le Vir-
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xxi
gilc. Il finit cependant par accepter, en échange du Nithard,
un manuscrit grec, croyant, comme il s'en est vanté plus tard,
avoir ainsi fait un marché très avantageux pour la bibliothèque
du Vatican. Mais il fut intraitable pour le Virgile. Il prétendit
même qu'il s'était compromis en laissant le Nithard à Paris.
En réalité, le souverain pontife, « pour ne pas faire de peine à
M. Dacier », avait autorisé son fondé de pouvoirs à abandon-
ner les deux manuscrits.
Cela se passait en 1815, et, moins de douze ans après, la
légende de la disparition momentanée du Nithard s'était formée
de toutes pièces et avait pris assez de consistance pour être
acceptée par Guérard et consignée par Pertz dans un volume
imprimé en 1829. Elle figure encore dans d'excellents ouvrages
d'érudition postérieurs à la publication du compte-rendu de la
mission de Marini.
Mais je me suis trop étendu sur un épisode bien secondaire, etje
dois m'excuser de m'être laissé entraîner parle désir de rappeler
le témoignage si flatteur que l'illustre Pertz publiait en 1829 sur
les espérances données par le jeune employé de la Bibliothèque.
La lecture du petit livre que m'avait recommandé Guérard,
et surtout celle du résumé des recherches de Boivin, publié
par l'abbé Jourdain, en 1739 au commencement du premier
volume du Catalogue des livres imprimés de la Bibliothèque
du Roi n'avaient pas tardé à me mettre assez bien au courant
des grandes lignes de l'histoire de la Bibliothèque; mais j'étais
encore très peu avancé dans les travaux de déblaiement et de
vérification dont j'étais chargé, et qui me valaient souvent de
très agréables surprises, comme la découverte de la lettre d'un
bourgeois de La Rochelle a la reine Blanche, que je fus autorisé
à communiquer à l'Académie, pendant l'été de 1856. C'était la
première fois que j'avais l'honneur de parler devant ce bien-
veillant auditoire. Guérard n'était plus là pour m'entendre. Une
mort prématurée l'avait enlevé le 10 mars 1854, à peine deux ans
après qu'il avait pris la direction du Département des manuscrits.
XXII SOUVENIRS DE JEUNESSE.
La perte d'un tel maître, et, je puis le dire, d'un tel ami, fut
un grand deuil pour moi; ma douleur ne fut atténuée que par
la nomination de son successeur, Natalis de Wailly, chez qui
je devais retrouver les mêmes qualités, la même science, la
même sagesse et la même affection. Il connaissait à fond les
projets de Guérard, son intime ami, avec lequel il les avait
discutés ; il travailla pendant plus de quatorze années à les
appliquer, et les principes que ces deux illustres maîtres avaient
fait prévaloir au Département des manuscrits y sont encore en
vigueur, et ces principes ont inspiré beaucoup des réformes
depuis introduites, prudemment et peu à peu, dans les autres
Départements.
C'est peu après son entrée à la Bibliothèque que Natalis de
Wailly s'entendit avec son collègue, confrère et ami Charles
Le Normant, pour me présenter à Mme Eugène Burnouf ; ils vou-
lurent bien lui garantir que je pourrais être aussi bon mari que
bon bibliothécaire. Cette femme, aussi vaillante que distinguée,
qui porta si noblement le nom de notre grand indianiste, dai-
gna se laisser convaincre, et ne tarda pas à me faire agréer
par sa fille aînée, Laure Burnouf. Alors commença pour moi
une vie de bonheur, qui devait se prolouger pendant quarante-
sept ans.
La compagne qui s'était donnée h moi de si bonne grâce
avait été élevée dans les cabinets de son grand-père et de son
père. Le grand-père se flattait d'avoir formé une élève qui, au
bout de peu d'années, faisait convenablement les mêmes ver-
sions latines que les rhétoriciens de Charlemagne, et qui, n'ad-
mirant pas seulement de confiance le génie de son père, entre-
voyait les difficultés de la tâche qu'il s'était donnée et
l'importance des résultats auxquels il devait parvenir au cours
d'une carrière si prématurément interrompue. Son rêve de
jeune fille aurait été de s'unir à un orientaliste; mais elle voulut
bien me trouver un double mérite : j'étais né tout à côté du
berceau de la famille des Burnouf, et je sortais de l'Ecole des
SOUVENIRS DE JEUNESSE. Xxm
chartes, dont Eugène Burnouf fut un des premiers et des plus
brillants élèves.
Ma femme eut donc un double motif d'aimer l'Ecole des
chartes et de s'intéresser aux travaux dont on s'y occupait. Elle
ne s'en cachait pas, non plus qu'elle ne dissimula jamais son
plaisir à admirer les peintures des manuscrits du moyen âge.
Elle en appréciait d'autant mieux le mérite, qu'elle-même
avait pratiqué avec un certain succès l'art de la miniature. On
ne doit pas s'étonner qu'elle se soit laissée séduire par la
paléographie. En peu de temps, elle acquit, dans un genre
d'études nouveau pour elle, assez d'expérience pour déchiffrer
couramment et très correctement les écritures du moyen âge,
et même pour en apprécier les dates. Elle éprouvait un vrai
plaisir à copier les chartes, s'effarouchant parfois d'une latinité
quelque peu différente de celle que son grand-père lui avait
apprise. Que de pièces m'a-t-elle très exactement transcrites,
en jolis caractères qui rappellent les belles copies faites par
son père et données par elle a la Bibliothèque nationale! Que
de collations avons-nous faites ensemble ! Elle partageait tous
mes goûts, s'associait à tous mes travaux, à toutes mes occupa-
tions; elle voulut n'être étrangère à aucune des questions que
j'étais amené à examiner. Sa modestie était telle qu'elle n'a
jamais voulu qu'on pût soupçonner la part qui lui revient dans
mes publications. Que de mémoires elle a lus et analysés la
plume à la main, que de livres elle a parcourus, que de traduc-
tions elle m'a faites, que de lettres elle a écrites pour moi, que
de fautes, et pas seulement des fautes typographiques, elle m'a
épargnées, en revoyant mes épreuves, qu'elle n'a jamais voulu
laisser partir pour l'imprimerie sans les avoir relues! Comme
je jouissais du malin plaisir qu'elle éprouvait en me montrant
des coquilles que j'avais laissé passer et qui auraient dû me
crever les yeux!
Son ardeur au travail s'augmenta quand il fallut nous rési-
gner a abandonner l'espoir de fonder une famille. Cette ardeur
XXIV SOUVENIRS DE JEUNESSE,
sembla môme redoubler dans les dernières années de sa vie,
quand les infirmités l'obligèrent à ne plus sortir de la maison.
Mon mariage fut suivi de très près par mon élection à l'Aca-
démie, et le souvenir que mon beau-père avait laissé dans la
compagnie ne fut pas étranger à mon succès. La voie qui con-
duisait ii l'Académie n'était pas, d'ailleurs, à beaucoup près,
aussi encombrée qu'elle l'est aujourd'hui, et si je touchai si
vite le but, je le dus aux éloges, vraiment excessifs, que mes
patrons Guérard, Le Prévost, de Wailly et Wallon avaient
daigné donner à mes premiers ouvrages; ils promettaient en
mon nom des livres importants sur l'histoire de la Normandie
et sur le règne de Philippe-Auguste; mais ils avaient beaucoup
trop présumé de mes moyens et n'avaient pas prévu la dévia-
tion que mon entrée à la Bibliothèque devait faire subir à mes
études.
Résolu à consacrer ma vie a la Bibliothèque, je devais me
livrer à des études bibliographiques et paléographiques. Il fal-
lait avant tout m'occuper de nos chers manuscrits. Je les aimais
passionnément, et ma passion était partagée par ma femme. Que
de joies ces manuscrits nous ont données! Quelles délicieuses
soirées ont été passées dans notre ménage à parler de pièces
de genres bien divers, dont j'avais aperçu l'importance, quand
une circonstance imprévue les faisait passer sous mes yeux !
Quels souvenirs m'en sont restés dans la mémoire!
Je ris encore de l'enthousiasme avec lequel je rentrai à la
maison, un jour de l'été 1867, pour annoncer a ma femme
qu'un notaire m'avait laissé feuilleter, sous ses yeux, et seule-
ment pendant une toute petite demi-heure, un magnifique
psautier, que j'avais reconnu avoir été fait pour la reine Inge-
burge de Danemark, ce dont personne ne s'était encore douté.
Nous ne pensions guère alors qu'une vingtaine d'années plus
tard ce psautier serait acquis par S. A. R. le duc d'Aumale et
qu'il nous serait donné, à l'un et à L'autre, de le voir et revoir
à loisir dans.le Cabinet des livres de Chantilly.
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xxv
Quelle bonne fortune nous advint la même année quand
nous admirâmes à l'exposition du Champ-de-Mars un manuscrit
venu de Soissons dans lequel j'aperçus des indices certains d'une
origine royale ! C'était, en effet, un des plus précieux livres du
xiv° siècle, que le roi Jean perdit avec ses bagages à la journée
de Poitiers. Charles V le racheta aux Anglais, pour le donner
à son frère, le duc de Berry, le plus grand bibliophile du moyen
âge. J'ignore, hélas! aujourd'hui, quelles destinées sont réser-
vées «à ce chef-d'œuvre d'écriture et d'enluminure, dont nous
avons été les gardiens dans le salon de la Bibliothèque natio-
nale, en 1904, après la clôture de l'Exposition des Primitifs, et
ce fut alors que j'en préparai une minutieuse description pour
la comprendre dans mes Recherches sur la librairie de
Charles V.
Un peu plus tard, en 1878, je me revois dans la bibliothèque
de Lyon, assis à côté de ma femme, que j'effrayai d'un sou-
bresaut subit; l'ouverture d'un manuscrit dépourvu de reliure
et tout délabré venait de faire surgir dans ma mémoire la vision
des cahiers du Pentateuque à trois colonnes, en onciale, que le
vieux comte d'Ashburnham avait publié en 1868 avec un fac-
similé. Je me trouvais inopinément face à face avec la moitié
d'un revenant de moi bien connu, quoique je n'en eusse jamais
vu l'autre moitié. Le revenant semblait répondre à une évocation
de notre regretté Gaston Paris, qui, après avoir signalé, dans
la Reçue critique, en 1868, l'importance des fragments récem-
ment publiés, déplorait la perte du reste du manuscrit et termi-
nait son compte-rendu par un vœu quasi prophétique : « Heu-
reux, disait-il, le chercheur qui mettra la main sur ce trésor,
caché peut-être dans le fond de quelque bibliothèque de pro-
vince ! »
Quel plaisir j'éprouvai un peu plus tard, quand j'eus a rem-
plir la mission de rétablir h leur place légitime les cahiers
échoués en Angleterre depuis plus de trente ans !
Je n'ai pas oublié non plus nos anxiétés pendant les cam-
xxvi SOUVENIRS DE JEUNESSE,
pagnes que j'ai eu l'honneur de diriger pour réparer des perles
considérables subies par nos collections au xvme et au
xixe siècle. Mais quel bonheur succéda à ces anxiétés, quand
nous vîmes rentrer en France, grâce au bon vouloir de nos
amis du Musée britannique, M. Bond et sir Edward Thompson,
d'abord, en 1876, les feuillets arrachés du temps de Louis XIV
à la Bible de Charles le Chauve, puis en 1887, cent soixante-six
manuscrits de choix, dérobés à nos bibliothèques, pour faire
l'ornement des collections de Libri et de Barrois. Il m'est bien
permis de rappeler ces derniers succès dans un livre sur les
origines de la Bibliothèque nationale, dédié à l'Académie des
inscriptions. Ces succès sont dus, en effet, pour une grande
partie, à l'appui qu'elle a bien voulu me donner. C'est
elle qui a entraîné l'adhésion des Trustées du Musée britan-
nique et celle du commissaire du gouvernement italien, le pro-
fesseur Villari, quand, le 23 février 1883, elle s'associa à ma
démonstration de l'origine frauduleuse de tant de manuscrits
précieux cédés au comte d'Ashburnham par Libri et par Barrois
en 1847 et en 1849.
Elle exerçait ainsi sur la Bibliothèque nationale le genre de
patronage que le roi Louis XVI lui avait conféré, en la char-
geant, en 1785, d'en rédiger la notice des principaux manus-
crits, mission qu'elle n'a point cessé de remplir, comme l'at-
testent les trente-neuf volumes publiés depuis 1787 jusqu'à ce
jour sous le titre de Notices et extraits des manuscrits de la
Bibliothèque nationale et autres bibliothèques.
Fidèle aux recommandations de Guérard, dont il a été dit
quelques mots un peu plus haut, j'ai toujours eu l'attention
éveillée sur l'origine de nos manuscrits et sur les vicissitudes
par lesquelles ils ont passé. Peu avant 1868, je crus avoir réuni
assez d'observations pour commencer la* publication d'un
ouvrage qui devait être l'histoire de notre Département des
SOUVENIRS DE JEUNESSE. xxvn
manuscrits. Cette entreprise, quelque peu téméraire, se termina en
1881 . Aujourd'hui, l'ouvrage serait à reprendre en sous-œuvre, de
fond en comble, avec un choix de pièces justificatives, sur des
bases beaucoup plus larges. Voilà longtemps que j'ai dû renon-
cer à une tâche qui était au-dessus de mes forces. Mais depuis
que j'ai dû faire mes adieux à la Bibliothèque, j'ai cru pouvoir
mettre en œuvre mes notes relatives à ce qu'on peut appeler
l'Enfance de cet établissement. Il ne s'agit là que des livres
amassés par Charles V et dispersés après la mort de Charles VI.
Ce n'est qu'une très petite partie du premier volume, publié en
1868 sous le titre de Le Cabinet des manuscrits de la Biblio-
thèque impériale. Les questions que j'avais à examiner ont dû
prendre beaucoup d'ampleur, par suite de nouvelles recherches
poursuivies pendant près de quarante ans.
En 1868, je ne connaissais guère qu'une trentaine de manus-
crits ayant fait partie de la collection d'environ 1,200 volumes
réunis du temps de Charles V et de Charles VI dans la tour
du Louvre et dans les différentes résidences royales. Je puis
aujourd'hui en signaler une centaine. On peut espérer que les
documents publiés dans la seconde partie de mes Recherches
permettront d'en accroître encore le nombre.
RECHERCHES
SUR
LA LIBRAIRIE DE CHARLES V
ROI DE FRANCE
I.
Fondation de la librairie.
Goûts littéraires de Charles V. — Son amour des livres.
Beauté des exemplaires qu'il réunit.
Installation de la librairie au Louvre.
La fondation en plein xive siècle, dans un château royal,
d'une librairie, composée à la fois de livres de luxe ou
d'agrément et de livres d'étude, est un fait qui ne saurait
passer inaperçu dans l'histoire de la culture intellectuelle
de la société française. Tel fut le caractère de la librairie
que Charles V installa à Paris, dans une tour du Louvre, et
qui, à côté de livres destinés à charmer les loisirs du sou-
verain et des membres de sa famille et de sa maison, ren-
fermait nombre d'ouvrages rassemblés pour servir aux tra-
vaux de théologie, de droit, de science, de littérature et
d'histoire. On comprend les nobles sentiments dont le roi
était animé quand on le voit déclarer, en 1371, qu'il veut
largement subventionner le travail de Raoul de Presles,
chargé de traduire en français la Cité de Dieu de saint
Augustin, « pour l'utilité publique du royaume et de toute
1
2 FONDATION DE LA LIBRAIRIE.
« la chrétienté1 » . C'est de la librairie fondée par Charles V,
premier germe de notre Bibliothèque nationale, que je me
propose d'étudier l'origine et les vicissitudes, en recher-
chant et décrivant les volumes qui, après avoir échappé à
la destruction, sont aujourd'hui disséminés dans différentes
bibliothèques de la France et des pays étrangers.
Les prédécesseurs de Charles V avaient possédé des
livres ; la plupart d'entre eux, et notamment le roi Jean*2, son
père, avaient encouragé la culture des lettres, subventionné
les auteurs et fait exécuter par d'habiles artistes des livres
de grand luxe. Mais aucun n'avait songé à créer ce que nous
appellerions aujourd'hui un établissement d'utilité publique,
destiné à survivre au fondateur. La librairie dont Charles V
arrêta le plan aussitôt après être monté sur le trône, et qu'il
lui fut donné de laisser en mourant dans le plus brillant
état, émerveilla les contemporains; les historiens sont
unanimes à la citer comme une institution des plus remar-
quables.
Christine de Pisan avait pu l'admirer plus d'une fois;
voici le témoignage qu'elle en a porté : « Ne dirons-nous
« encore, de la sagece du roy Charles, la grant amour qu'il
« avoit à l'estude et à la science? Et qu'il soit ainsi, bien le
« demonstroit par la belle assemblée de notables livres et
« belle librairie qu'il avoit de tous les plus notables volumes
« qui par souverains auteurs aient esté compilés, soit de la
« sainte escripture, de théologie, de philosophie et de
« toutes sciences, moult bien escrips et richement adornez ;
« et tout temps les meilleurs escripvains que on peust trou-
« ver occupez pour lui en tel ouvrage; et se son estude
« bel à devis estoit bien ordenné, comme il voulsist toutes
1. Mandements de Charles V, p. vu. Voyez plus loin l'article consacré aux
traductions de Raoul de Presles.
2. Les renseignements que j'ai pu recueillir sur les livres du roi Jean seront
l'objet d'une notice, en tête de l'Appendice qui est à la fin de cet ouvrage.
GOUTS LITTÉRAIRES DE CHARLES V. 3
« ses choses belles et nettes, polies et ordennées, ne con-
« vient demander : car mieulz estre ne peust1. »
Un contemporain, Pierre Bohier, ne craint pas de com-
parer Charles V à ce roi d'Egypte qui avait réuni cent
mille volumes dans sa bibliothèque, à Jules César, qui sai-
sissait si promptement le sens de toute espèce d'écrits, et à
Charlemagne, qui, tous les jours, même quand il devait
livrer bataille, se faisait faire trois lectures2. Il n'est pas
douteux, en effet, que Charles V ait été animé d'une véri-
table passion pour les livres ; il leur consacrait la meilleure
partie du temps qui n'était pas réclamé par les affaires
publiques. « Vous avés, lui disait Raoul de Presles3, vous
« avés tous jours amé science et honoré les bons clers, et
« estudié continuelment en divers livres et sciences; se
« vous n'avez eu autre occupation. » A l'exemple de son
père, il aimait à tracer son nom sur les livres qui étaient
l'objet de ses prédilections. Suivant les anciens inventaires,
il avait apposé sa signature sur les ouvrages suivants :
Le Cy nous dit4 (n° 111).
Le Rational de Guillaume Durant (n° 114). — Ms. français 437 de
la Bibliothèque nationale.
Le livre des Mouches à miel, de Thomas de Cantimpré (n° 314). —
Ce livre est aujourd'hui à la Bibliothèque royale de Belgique; la
signature en a été effacée.
Le Songe du Verger (n° 433). — Ce manuscrit, aujourd'hui au
Musée britannique, ne contient plus la signature du roi.
Les Ethiques d'Aristote en français (n° 482). — C'est l'exemplaire
qui est conservé au Musée Meermanno-Westreenien à La Haye; la
signature en a disparu.
1. Faits de Charles V, t. III, p. 12. Je cite ce passage d'après les mss. fran-
çais 5025 et 10153.
2. Épître mise en tête d'une édition des Vies des papes ; elle sera publiée à
l'Appendice, XIII.
3. Prologue de la traduction de la Cité de Dieu.
4. Les cotes mises entre parenthèses renvoient à l'inventaire imprimé dans la
seconde partie de cet ouvrage.
4 FONDATION DE LA LIBRAIRIE.
Le Gouvernement des Princes (n° 513).
Les Tables d'Alphonse (n° 592 et 595).
La Géomancie (n° 752).
La Chevalerie de Végèce (n° 863).
La Chronique martinienne, ou plutôt la Fleur des chroniques de
Bernard Gui (n° 887).
Le Tite-Live de Pierre Bersuire (n° 980), et les Chroniques d'Es-
pagne (n° 1015).
Cette signature, le plus souvent accompagnée d'une note
autographe du roi, se voit dans une douzaine de manus-
crits au sujet desquels on peut consulter les notices consa-
crées plus loin aux livres de Charles V dont l'existence a
été constatée. Je les indique ici d'un mot, avec le n° de la
notice qui concerne chacun d'eux1 :
I. Bible latine, de la cathédrale de Gerona.
II. Bible latine, n° 590 de l'Arsenal.
XL Second volume de la Bible historiale copiée en 1362 par
Baoulet d'Orléans; ms. français 5707 de la Bibliothèque nationale.
XII. Rational de Guillaume Durant; ms. français 437.
XXXII. Cérémonial du sacre, ms. du Musée britannique, Cotton,
Tiberius, B. vin.
XLI. Le livre des Mouches à miel, de Thomas de Cantimpré;
ms. 2073, jadis 9507, de la Bibliothèque royale de Belgique.
XLV. Le Miroir des dames; ms. du collège de Corpus Christi à
Cambridge, n° 324.
XLIX. Les Institutes en français; ms. français 1064.
LIX. L'Enseignement des princes; ms. 434 de Besançon.
LXVII. La Géomancie de Guillaume de Meerbeke; ms. 1447 du
Collège de la Trinité à Cambridge.
LXXIII. Les Voyages de Jean de Mandeville; ms. français 4515
et 4516 des Nouvelles acquisitions.
LXXVIII. Les Fleurs des chroniques de Bernard Gui; ms. fran-
çais 1409 des Nouvelles acquisitions.
LXXX. Le Tite-Live de Pierre Bersuire; ms. 777 de Sainte-
Geneviève.
1. Ce n* est imprimé en chiffres romains dans la liste qui suit.
GOUTS LITTÉRAIRES DE CHARLES V. 5
XCII. Les Grandes Chroniques de France; ms. 880 de Lyon. (Il
n'y a que les vestiges d'une note signée, selon toute apparence, par
Charles V.)
Le texte même des notes du roi sera publié dans la des-
cription des manuscrits qui forme le dernier chapitre du
présent volume.
Le goût de Charles V est attesté par l'habileté des copistes
qu'il employa et dont plusieurs ont pris soin de nous faire
connaître leurs noms1. On l'apprécie encore mieux à la vue
des enluminures marginales et surtout des petits tableaux
dont sont ornés la plupart des manuscrits qu'il a fait exé-
cuter ou qu'il a recueillis dans sa librairie.
Gomme particulièrement remarquables, je puis citer,
parmi les débris subsistants des collections de Charles V :
1 ° Manuscrits dont l'exécution est antérieure à l'avène-
ment de ce prince :
A la Bibliothèque nationale : Latin 10525, Psautier de saint Louis.
— Latin 10483 et 10484, Bréviaire de Belleville.
— Français 403, l'Apocalypse commentée et historiée.
— Français 1294, La Somme le Boi, de l'année 1294.
— Français 2090-2092, la Vie et les miracles de saint Denis;
ms. offert à Philippe le Long.
— Français 5716, Vie de saint Louis par Guillaume de Saint-
Pathus, confesseur de la reine Marguerite.
— Français 15397, fragments de la Bible de Jean de Sy, de l'an-
née 1356.
A l'Arsenal : ms. 5080, le tome II du Miroir historial du roi Jean.
A Chantilly : le Psautier de la reine Ingeburge.
— le Bréviaire de Jeanne d'Evreux. f
Au Séminaire de Soissons : les Miracles de Notre-Dame, exem-
plaire du roi Jean et du duc de Berry.
A Bruxelles : ms. 9961, le Psautier de l'abbaye de Peterborough.
A Leyde : Voss. gall. Fol. 3a, le tome I du Miroir historial du
roi Jean.
1. Voir plus loin, ch. VIII.
6 FONDATION DE LA LIBRAIRIE.
A Londres, dans le cabinet de M. Henry Yates Thompson : les
Heures d'Yolande de Flandre.
%° Manuscrits du temps de Charles V :
A la Bibliothèque nationale : Latin 1052, le très beau Bréviaire de
Charles V.
— Français 437, le Bational de Guillaume Durant.
— Français 1950, l'Information des princes.
— Français 2813, les Grandes Chroniques.
— Français 20090, la Bible historiale.
— Français 22912 et 22913, la Cité de Dieu.
— Français 4515 des Nouvelles acquisitions, les Voyages de Jean
de Mandeville.
A l'Arsenal : ms. 5212, la Bible historiale.
A Sainte-Geneviève : ms. 777, Tite-Live en français.
A Besançon : ms. 434, l'Enseignement des princes.
A Lille : dans le cabinet de M. le comte de Wasiers, les Poli-
tiques traduites par Nicole Oresme, exemplaire de grand format.
A Bruxelles : ms. 9505, les Ethiques, exemplaire de grand format.
— ms. 11201, les Politiques, exemplaire de petit format.
A La Haye : au musée Meermanno-Westreenien, les Ethiques
d'Aristote, en petit format.
— au musée Meermanno-Westreenien, la Bible historiale offerte
au roi par Jean de Vaudetar.
A Londres : au Musée britannique, Cotton, Tiberius B. vin, le
Livre du sacre.
A Turin : bibliothèque de l'Université, ms. E. v, les Heures de
Savoie (ms. brûlé en 1904).
Un indice de l'intérêt que Charles V portait à ses livres
nous est fourni par les soins dont il les entourait : par les
élégants fermoirs d'or ou de vermeil dont il faisait garnir
les plus précieux, par les perles et les pierres fines des
pipes auxquelles étaient fixés les signets, par les riches
étoffes de soie qui recouvraient les plats des volumes ou
qui leur servaient de chemises. On en pourra juger par
certains articles d'inventaires qui seront rapportés au
cours de cette étude. Pour le moment, je me borne à ren-
LIBRAIRIE INSTALLÉE AU LOUVRE. 7
voyer à un mandement du 23 novembre 13771 portant
ordre de payer 178 francs d'or pour les pièces d'étoffes
(baudequin et cendal) devant servir à faire les couvertures
et les chemises de dix volumes : le Miroir historial, en
quatre tomes, les Grandes Chroniques de France, en deux
tomes, un Livre de Sénèque, les Gestes de Charlemagne,
les Enfances de Pépin et les Chroniques d'outre-mer.
Les salles destinées à recevoir les livres furent luxueuse-
ment aménagées. Le noyau de la collection avait d'abord
été placé au Palais. Ce fut en 1367 ou 1368 que la librai-
rie fut installée dans une tour du Louvre, la tour de la
Fauconnerie, qui venait d'être restaurée ou peut-être même
reconstruite à neuf, sous la direction de Raimond du
Temple2. On affecta d'abord à cette installation deux étages ;
un troisième fut bientôt jugé nécessaire. Les murailles du
premier étage furent entièrement recouvertes avec du bois
d'Irlande, qui avait été donné au roi par le sénéchal de Hai-
naut; la voûte fut garnie de bois de cyprès. L'entrée de
chaque pièce était fermée par une porte haute de sept pieds,
large de trois et épaisse de trois doigts. Toutes les fenêtres
étaient garnies de treillis en fil d'archal, « pour deffense
« des oyseaux et autres bestes ». Le maître des œuvres
avait essayé d'approprier au nouveau local les bancs et les
roues de l'ancienne librairie du palais; mais depuis, « pour
« ce que les sièges estoient trop viez » , les huchers durent
1. Le texte en sera publié à l'Appendice.
2. Les détails qu'on va lire sur l'installation des livres de Charles V dans la
tour du Louvre sont empruntés aux comptes de Pierre Culdoë. Ces comptes
sont perdus, mais il y en a, dans le recueil de Menant, à la bibliothèque de
l'Arsenal, des extraits importants que Le Roux de Lincy a publiés dans la
Revue archéologique, VIII, 670 à 691, et 760 à 772, et dont une seconde édi-
tion a été donnée en 1866 par Berty dans la Topographie historique du
vieux Paris, I, 181-199. Ils ont été également employés par Sauvai et par
Félibien. (Voir Van Praet, Inventaire de l'ancienne bibliothèque du Louvre,
p. VIII.)
On trouvera à l'Appendice, VI, la reproduction des articles relatifs à la
librairie.
8 FONDATION DE LA LIBRAIRIE.
refaire les bancs tout à neuf. Je laisse de côté les trente
petits chandeliers et la lampe d'argent qui, au dire de
Félibien et de Sauvai, étaient suspendus à la voûte et per-
mettaient de travailler le soir et même la nuit ; ce système
d'éclairage paraît avoir été établi non pas dans la tour de
la Fauconnerie, où se trouvaient les livres, mais bien dans
la grosse tour aux joyaux.
Tous les livres de Charles V n'étaient pas dans la tour
du Louvre : il y en avait un nombre déjà fort respectable
dans les châteaux de Melun, du bois de Vincennes, de
Saint-Germain-en-Laye et de Beauté-sur-Marne1; il s'en
trouvait dans les coures qu'on portait à la suite du roi2,
et le Trésor des chartes renfermait des volumes dont
la place eût été plutôt dans une bibliothèque que dans des
archives3. Mais la tour du Louvre était la véritable librai-
rie du roi; les autres dépôts, dont la composition variait
suivant les circonstances, n'avaient, pour ainsi dire, pas
de caractère officiel et permanent.
Cette dispersion des livres de Charles V dans les châ-
teaux des environs de Paris, où il résidait de temps à
autre, nous explique comment les inventaires ne men-
tionnent aucun exemplaire d'ouvrages que nous savons
avoir été présentés à Charles V; par exemple la version
1. Voir l'Inventaire du mobilier de Charles V publié en 1879 par Jules
Labarte, volume in-4° de la Collection de documents inédits. Plusieurs livres
de la tour du Louvre furent portés, par ordre de Charles V, dans le château
de Vincennes (articles 6, 102, 280, 441, 443, 510, 977, 979 et 987 du catalogue),
et dans celui de Saint-Germain-en-Laye (articles 24, 27, 68, 110, 154, 514 et
990 du catalogue). — Des onze livres qui vinrent du comte de Saint-Paul,
quatre furent mis « en garnison en la tour de Biauté ». (Inventaire B des
livres de Charles V, article 548.)
2. L'article 314 de l'inventaire B des livres de Charles V fait allusion aux
livres que le roi faisait porter avec lui. (Cf. les articles 173, 852 et 1051 du
catalogue que je publie dans la seconde partie de l'ouvrage; il y est question
de volumes que le roi avait par-devers lui et de ceux qu'il s'était fait livrer
par le garde de la librairie.)
3. Gérard de Montaigu, cité par M. Bordier, Les Archives de France, p. 168.
LIBRAIRIE INSTALLÉE AU LOUVRE. <J
française qu'il fit faire en 1 373 du « Rustican » et le traité
de Pétrarque, traduit en français, pour lequel le roi ordonna,
le 14 avril 1377, de payer $00 francs d'or à Jean Daudin,
chanoine de la Sainte-Chapelle, « pour ce que, dit-il, il a
« translaté, de nostre commandement, de latin en françois,
« un livre appelle Patrac, lequel nous avons mis et retenu
« devers nous1 ». Il s'agissait du traité des Remèdes de
l'une et l'autre fortune, dont on chercherait vainement
le titre sur les inventaires de la librairie du Louvre.
1. Mandements de Charles V, p. 836, n° 1696.
II.
Gardes de la librairie. — Biographie de Gilles Malet.
Charles V trouva parmi ses serviteurs un homme honnête,
instruit, actif, curieux et intelligent, qui partageait son
amour pour les livres et à qui revient en grande partie
l'honneur d'avoir fondé, organisé et longtemps administré
la librairie du Louvre : c'était Gilles Malet, dont Christine
de Pisan i a très bien dépeint le caractère :
Le roy Charles avoit un sien varlet de chambre, lequel, pour
cause que en lui savoit plusieurs vertus, moult amoit; celluy, par
espécial, sur tous autres, souverainement bien lisoit et bien ponc-
toit, et entendens homs estoit; comme il pert; car encore est vif
chevalier, maistre d'ostel sage et honnorez, comme il fust par ledit
roy moult enrichis.
Comme une fois à celluy, Gile Mallet avoit non, avenist tel incon-
vénient que un sien petit-fils, courant atout un petit coutel pointu,
cheust dessus et se tuast; laquelle chose, n'est mie doubte, fu grant
douleur et perplexité au père; néantmoins, cellui propre jour, fu
devant le roy, par autel semblant et chiere, ne plus ne moins que
acoustumé avoit, dont le sage roy, qui la vertu de toutes choses
estoit considérant, comme il sceust le cas, moult l'en prisa et telz
paroles dist de luy en son absence : « Si cest homme n' avoit ferme
« vertu et plus grant que nature ne l'influe communément es
« hommes, la pitié paternelle ne lui souffriroit couvrir son caz
« soubz telle constance. »
Dès l'année 1 364, nous trouvons Gilles Malet au service
de Charles V en qualité de valet de chambre2. Le 2 avril
1 366, il reçut de son maître « deux roucins bons et conve-
« nables pour sa monteure 3 » .
1. Faits de Charles V, III, 21.
2. Trésor des chartes, reg. XCVI, n° 185, cité par Prost, Inventaires mobi-
liers, t. I, p. 295, note.
3. Mandements de Charles V, p. 145, n° 297.
GILLES MALET. H
Il fut chargé de la garde de la librairie du roi à partir de
l'année 1 3G9 au plus tard. Le 1 0 juillet 1 369, il reçut deux
pièces d'étoffe destinées à servir de couvertures et de che-
mises à un Miroir historial, divisé selon toute apparence en
quatre volumes1. Il conserva la charge de garde de la librai-
rie jusqu'à sa mort, arrivée en 1411. Son administration
fut marquée par la rédaction d'un inventaire justement
célèbre, qui porte la date de 1 373 et sur lequel on trouvera
quelques détails dans le chapitre suivant.
Gilles Malet paraît avoir été anobli en mars 1 366 2. Il eut
le titre d'écuyer depuis 1 376 3 et celui de chevalier au plus
tard en 1 3904. De valet de chambre, il devait passer maître
d'hôtel, peut-être en 13885.
Il est qualifié de garde de la tour carrée de Corbeil sur
la liste des bourgeois de Paris, auxquels le roi demanda
un prêt en 13696.
Gilles Malet occupait à la cour un poste de confiance ; il
y jouissait d'un grand crédit, on savait qu'il approchait
journellement du roi. Sa fortune le mettait à même de
faire bonne figure parmi les courtisans. Les aveux qu'il
rendit au roi, et plus encore ceux que reçurent de lui les
seigneurs de Chantilli, Gui de Laval, Amauri et Pierre
d'Orgemont, nous font connaître les nombreux fiefs qu'il
possédait de différents côtés aux environs de Paris7.
1. Mandements de Charles V, p. 308, n° 618. Pièce reproduite à l'Appendice.
2. Mémoires du Cabinet des titres, cités par Prost, Inventaires mobiliers,
t. I, p. 296, note.
3. Acte d'achat de la terre de Soisi, cité plus loin, p. 12.
4. Aveu rendu le 20 novembre 1390, analysé dans une pièce du carton S. 3.89
des Archives nationales.
5. Acte pour l'abbaye de Bonport, dans le ms. français 26283 de la Biblio-
thèque nationale.
6. « Giletus Maleti, valetus camere régis custosque turris quadrate de Cor-
« bolio. » Recueil de Blanchard, ms. latin 184 des Nouv. acq., fol. 25.
7. Voir l'opuscule de l'abbé L. Pihan : Gilles Malet, bibliothécaire de
Charles F, châtelain de Pont-Sainte-Maxence (Beauvais, 1888, in-8°), p. 7,
note 2, et plus loin, sous le n° III de l'Appendice.
12 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
Les centres principaux de ces domaines étaient Soisi-sur-
Étiolles et Pont-Sainte-Maxence.
Le premier noyau des propriétés de Soisi venait d'une
vente que Jean de Marine lui avait faite, le 4 mars 1 376
(n. st.), moyennant 400 livres tournois.
Il nous est parvenu dans le carton S. 339 des Archives
nationales et dans un inventaire dressé en 1721 1 l'analyse
de beaucoup d'actes qui furent passés à partir de 1 376 pour
l'administration et surtout l'agrandissement du domaine.
Il y faut surtout consulter l'aveu et le dénombrement que
Gilles Malet, en qualité de seigneur de Soisi, bailla à
Jean d'Estouteville, chevalier, dit Jehannot, en qualité de
seigneur de Mont-sur-Orge.
Le 20 août 1380, Gilles Malet acheta de frère Jean de
Marine une rente de 30 livres parisis de rente à prendre
sur la terre de Marines, rente qu'il revendit, le 21 février
1383 (n. st.) à Amauri d'Orgemont2.
Quant aux biens de Pont-Sainte-Maxence, mouvant de
la seigneurie de Chantilli, ils provenaient de l'achat fait par
décret des propriétés de messire Jean de Pont-[Sainte-
Maxence], chevalier. Il y en a un état très détaillé dans les
aveux que Gilles Malet rendit le 8 juillet 1378 à Gui de
Laval, le 30 mai 1393 à Amauri d'Orgemont et le 8 mai
1402 à Pierre d'Orgemont. Gomme ces pièces émanent de
Gilles Malet, j'ai cru devoir publier en Appendice le texte
de la première et les premières lignes des deux autres.
C'est seulement dans les aveux de 1393 et de 1402 que
Gilles Malet se qualifie de chevalier.
Entre autres bienfaits du roi, on peut citer le don de la
forfaiture de feu « Jehan de Bonneuil le viel, jadiz bour-
1. Inventaire des titres des seigneuries de Mont-sur-Orge et Ablon-sur-Seine,
appartenant au chapitre de Paris (Arch. nat., S. *656), fol. 45-63.
2. Ancien inventaire des titres de la famille d'Orgemont, fol. 26, aux archives
du Musée Condé.
GILLES MALET. 13
« geois de Paris », et la concession d'une partie de la
prairie « de Croissonnay1 », rappelé dans une charte du
%% juin 1 370 2.
Charles V conserva jusqu'à la fin de sa trop courte vie
la confiance dont il avait honoré son fidèle Gilles Malet.
Le 17 mars 1380, il lui donna l'office de châtelain et capi-
taine du château de Beaumont-sur-Oise, que la duchesse
d'Orléans venait de laisser réunir à la couronne. A cet
office, dont le concessionnaire devait jouir sa vie durant,
étaient attachés des gages montant à 300 livres tournois
par an3.
Dernier témoignage d'amitié donné par le roi au garde
de sa librairie4 : le jour même de sa mort, le 1 6 septembre
1380, il désigna Gilles Malet pour veiller à l'exécution de
ses dernières volontés5.
La position de Gilles Malet ne fut pas amoindrie sous le
règne de Charles VI, à l'avènement duquel il fut maintenu
dans ses fonctions de garde de la librairie6 et dans celles
de conseiller et maître lai de la Chambre des comptes7. En
tête d'un acte du 23 octobre 1 383 8, il se dit maître de l'hô-
1. Arch. nat., X. le, à la date du 10 juillet 1370.
2. Arch. nat., J. 1020, n° 33.
3. Mandements de Charles V, p. 925, n° 1896.
4. Je me suis abstenu de mentionner deux lettres qui pourraient être citées
comme exemples de l'aménité des relations du roi avec son bibliothécaire. On
verra dans l'Appendice que ces lettres sont fausses.
5. Mandements de Charles V, p. 949, n° 1956.
6. Les oncles de Charles VI, par lettres datées de Reims le 5 novembre 1380,
reconnurent la régularité de la gestion de Gilles Malet sous le règne de
Charles V. Ms. français 2700, fol. 40 v°.
7. « Egidius Maleti, consiliarius et magister laicus in caméra compotorum,
retentus et institutus per dominum ducem Andegavensem, regentem regnum,
l>er literas suas datas 4 die octobris 1380, et per dominum regem, per literas
suas datas 21 novembris post. » Recueil de Blanchard, ms. latin 184 des Nouv.
acq., fol. 34 v\
8. Acte relatif à une fondation faite dans l'abbaye de Bonport. Ms. fran-
çais 26283, pièce 108. — Gilles Malet est dit aussi seigneur de Chatou dans un
acte du 4 septembre 1381. Arch. nat., S. 339.
14 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
tel du roi et seigneur de Villepesque, de Soisy-sous-
Étiolles, de Ghatou-sur-Seine et de Balagni près Sentis.
Les frères de Charles V appréciaient les services de Gilles
Malet.
En 1379, le duc d'Anjou voulut être le parrain d'un de
ses fils1.
Le duc d'Orléans l'attacha à sa maison. Le 9 février
13921 (n. st.), il lui attribua une gratification de 200 francs,
« pour considération des bons services que, disait-il, il
faisoit de jour en jour à nostre très chière et amée com-
paignela duchesse en office de maistre d'ostel2 ». De plus,
le prince le choisit pour être verdier de sa forêt de Car-
nelle et concierge de son hôtel d'Asnières, double charge
dont il fut relevé le 5 août 1 396 et dont il avait touché
les émoluments sur le pied de % sous par jour pour
l'office de verdier et de 6 deniers par jour pour l'office de
concierge3. Il paraît avoir de nouveau occupé en 1409 et
1410 les charges de verdier de Carnelle et de concierge
d'Asnières *.
La duchesse d'Orléans reconnut libéralement les services
de son maître d'hôtel. Aux étrennes du 1er janvier 1399,
elle lui donna un hanap de vermeil5, et, au mois d'août de
cette année, elle acheta un anneau d'or pour l'offrir comme
cadeau de noce à une belle-fille de Gilles Malet6.
Gilles Malet était un vrai bibliophile. Passionné pour la
recherche des beaux livres, il se plaisait à en acquérir, dont
il faisait présent à son maître. Il se croyait payé de sa peine
et de ses déboursés quand il pouvait inscrire sur l'inven-
1. Arch. nat., KK. 242, fol. 93. (Note de M. Prost.)
2. Pièces justificatives.
3. Ms. français 10431, p. 275.
4. Quittances analysées dans un registre d'Aubron; voir ms. français des
Nouv. acq. 35G3, articles 1331 et 1410.
5. Ms. français 10432, p. 203.
6. Ibid., p.* 240.
GILLES MALET. 15
taire de la librairie du Louvre des articles tels que les
suivants :
Un très bel livre, grant, où sont les cinq livres de Moyse glosés,
donné au roi par Gilles Malet1. [33.]
Un très bel Psautier glosé, en très grant volume, donné au roi
par Gilet. [43.]
Les fleurs sur tous les livres saint Augustin, en deux grans
volumes, que donna au roi messire Gilles Malet. [299.]
Un petit livret, plat, en latin, nommé Bestiaire figuré, que Giles
Malet donna au roi. [790.]
Un livre des Miracles et de la vie monseigneur saint Loys, donné
au roi par Gilet. [940.]
Unes Croniques de France, données au roi par Gilet. [990.]
Les Prophecies Nostre-Dame, de l'institucion du royaume de
France et de la noblesse d'icelui, donné au roi par Gilet, en fran-
çois rimé et en latin en prose. [997.]
Il n'y a pas moins de 24 volumes inscrits avec cette pro-
venance sur les inventaires delà librairie du Louvre2.
Charles V devait royalement reconnaître les cadeaux de
son « amé vallet de chambre » ; le 1 1 janvier 1 378 (n. st.),
il lui fît payer 300 francs d'or, en recompensation de cer-
tains joyaux cpu'il en avait reçus aux étrennes de l'année
précédente.
Sous le règne de Charles VI, antérieurement au 9 février
1 39â (n. st.), Gilles céda au duc d'Orléans, pour une somme
de 300 francs d'or, « un livre en deux volumes, nommé
« Titus Livius » ; l'élévation de cette somme, qu'il acheva de
toucher seulement le 9 octobre 13943, montre que c'était
un magnifique exemplaire de la traduction de Pierre Ber-
suire, analogue à ceux qui sont possédés par la bibliothèque
1. Les cotes inscrites entre crochets sont celles de l'Inventaire publié dans la
seconde partie de ce volume.
2. Ce sont, outre les sept qui viennent d'être cités, ceux qui figurent sur le
Catalogue imprimé à la fin de cet ouvrage sous les n" 72, 74, 77, 81, 82, 85,
87, 89, 90, 113, 291, 772, 906, 909, 1100 et 1126.
3. Voir les trois pièces publiées à l'Appendice (IV) d'après les originaux de
la Collection de Bastard.
16 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
Sainte-Geneviève et la bibliothèque de la ville de Genève.
Le sceau de Gilles Malet nous est parvenu. Il fait partie
de la collection formée par Aubron et donnée au Cabinet
des médailles par Mme la comtesse de Bastard. Demay l'a
décrit dans les termes suivants : « Sceau rond de 25 mil-
« limètres. Écu fascé d'hermines et de ... six pièces, pen-
ce ché, timbré d'une heaume cime de deux clefs, entre deux
« cornes, supporté par deux chèvres. Légende en capi-
« taies : SEEL GILES MALET1. » Je suis porté à croire que
ce sceau a été détaché par Aubron de la pièce du 9 octobre
1394 qui porte le n° 204 dans le ms. français 3638 des
Nouvelles acquisitions.
Gilles Malet mourut au mois de janvier 141 1 2. Il s'était
marié deux fois.
D'un premier mariage contracté avec Pernelle de Gaur-
rien, il avait eu deux enfants, Philippe et Marguerite, nés
en 1374 et 1376, ou environ, auxquels il fit donner des
tuteurs le 7 mars 1385 (n. st.) par l'official de Paris3.
Pernelle figure dans l'acte d'acquisition de la terre de
Soisi le 4 mars 1376 (n. st.)4. La même année, Gilles dut
se remarier à Nicole de Chambli, comme M. Henri Moran-
villé l'a déduit d'un acte du 8 décembre 13765. Nicole
1. Delisle, Les Collections de Bastard d'Estang, p. 216.
2. L'acte dressé après la mort de Gilles Malet est publié aux Pièces justifica-
tives; il contient les mots : « Livres dont messire Giles a eu la garde, c'est
« assavoir depuis l'an mil CCC LXXIII, jusques au mois de janvier mil CCCC
« et dix qu'il est allé de vie à trespassement... »
3. « Ad relationem Egidii Maleti, militis, magistri hospitii domini nostri
régis, patris Philippi undecim et Margarete novem annorum vel circiter, ejus
liberorum et defuncte domicelle Petronille de Gaurrien, ejus uxoris, dedimus
in tutores et curatores dictis liberis, videlicet Johannem Foultrechat et Petrum
Renoust, burgenses Parisienses, qui juraverunt facere bonum inventarium et
reddere compotum, etc.; preterea diclus dominus Egidius juravit facere bonam
partem dictis suis liberis de bonis, etc.; nihil. » Registres de l'officialité de
Paris, aux Arch. nat., Z. 1e 26, fol. 36 V.
4. Acte analysé dans un inventaire de l'année 1721. Arch. nat., S. *656.
5. Trésor des chartes, reg. CIX, fol. 195 v\
GILLES MALET. 17
possédait sur les halles et les moulins de Rouen une rente
qui était entrée dans sa famille par suite d'un échange
conclu entre Philippe le Bel et Oudard de Ghambli. Le
roi, au mois de février 1379 (n. st.), autorisa l'affectation
d'une partie de cette rente à des œuvres pies, avec
exemption des droits d'amortissement1.
Ce fut à Nicole de Chambly et à ses fils, Jean et Charles,
que décharge fut donnée des livres dont la garde avait été
confiée, pendant quarante-deux ans, à Gilles Malet2. Ce fut
elle qui fut maintenue, au moins en partie, dans la jouis-
sance des domaines de son mari, et ce fut pour noble et
puissante dame Nicole de Ghambli, dame de Villepesque et
de Soisi, que fut rédigé le cueilleret des cens dus à Soisi le
jour Saint-Remi 14133.
Deux mots maintenant sur les monuments consacrés à
Gilles Malet et à sa femme Nicole de Ghambli.
La dalle qui recouvrait les restes de Gilles Malet et ceux
de sa femme existait encore dans l'abbaye de Ghaalis du
temps de Gaignières, qui en a fait relever le dessin4.
Gilles y était représenté à côté de sa femme. L'inscription
qui devait y être jointe n'est point connue. Mais je puis
citer plusieurs monuments épigraphiques exécutés, selon
toute apparence, du vivant de Gilles Malet.
1. Ms. français 26283, pièce 108. (Titres originaux de dom Villevieille.)
2. Acte dressé après la mort de Gilles Malet et qui est publié aux Pièces
justificatives, XVI.
3. Extrait aux Arch. nat., S. 339. — Gilles Malet eut un fils nommé Gilles,
dont la veuve bailla en 1419 un long dénombrement : « Jeanne de Soycour,
dame de Soisi et de Villepescbe, vicomtesse de Corbeil, en son nom et comme
ayant la garde de Gilles et de Jacques, enfants mineurs d'elle et de Gilles
Malet, seigneur de Soisy. » Il y en a dans le carton S. 339 des Archives natio-
nales une analyse détaillée dont tous les articles ont été rapprochés des articles
correspondants d'un dénombrement baillé en 1407 par Gilles Malet.
4. Département des Estampes, volume coté Pe. 5, fol. 5. N° 3966 du Cata-
logue de M. Bouchot. Le dessin de Gaignières a été reproduit dans l'ouvrage
de B. Prost, Inventaires mobiliers, t. I, pi. XVIII.
2
18 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
En effet, ce personnage aimait à rappeler par de belles
inscriptions les fondations qu'il faisait dans différentes
églises. Gaignières1 nous a conservé le texte d'une inscrip-
tion qu'il avait vue dans l'abbaye de Chaalis :
A cest autel de la Trinité sont obligez les religieux de Chaalis par
la confirraacion du chapitre gênerai, célébrer perpetuelement cha-
cun jour une messe pour Charles le quint de ce nom, roy de France,
et pour Gilles Malet, son varlet de chambre, et damoiselle Nicole
de Chambly, sa femme. Ce fu fait l'an mil trois cens soixanle-dix-
neuf.
De son côté, l'abbé Lebeuf 2 avait remarqué une inscrip-
tion analogue, gravée sur une lame de cuivre, dans l'église
de Soisi-sous-Étiolles :
Le prieur de l'hermitage de Senart est tenu de CELEBRER
CHAQUE SEMAINE DEUX MESSES EN l'eGLISE DE CEANS, A l'aUTEL
de Saint-Michel..., et la veille de Saint-Michel les vespres,
ET LE JOUR LA MESSE, POUR l'aME DE GlLLES M\LET, CHEVALIER
ET MAISTRE d'hOSTEL DU ROI, SEIGNEUR DE VlLLEPECLE ET SoiSY,
et dame Nicole de Chambly, sa femme. 1411.
Il a dû exister dans l'église de Pont-Sainte-Maxence une
inscription du même genre, rappelant l'office hebdomadaire
que Gilles Malet, « pour la vraye amour et singulière affec-
« tion qu'il avoit à l'église du Pont » , avait fondé dans l'église
de cette localité et auquel le maître d'école devait faire
assister les enfants de la paroisse. Voici le texte d'une des
clauses de l'acte de fondation, en date du 31 août 14073 :
Et pourra faire mettre ledit chastellain, si il lui plaist, un ymage
de la Trinité audit autel saint Jehan, et aussy en ladite église, près
1. Même volume du Département des Estampes.
2. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris (réimpression), t. V,
p. 68.
3. Publié par l'abbé L. Piban, à la p. 8 de l'opuscule intitulé : Gilles Malet,
bibliothécaire de Charles V, châtelain de Pont-Sainte-Maxence (Beauvais >
1888, in-8% 15 p.).
GILLES MALET. 19
dudit autel, un tableau de Trinité, auquel tableau sera escripte et
dcscripte l'ordonnance dessus déclarée pour ladite messe.
Les goûts artistiques de Gilles Malet sont attestés par le
soin qu'il prit de se faire représenter, lui, sa femme et ses
enfants, dans plusieurs des églises enrichies par ses bien-
faits.
Son effigie et celle de sa femme étaient sur un vitrail de
l'abbaye de Bonport, qu'Alexandre Lenoir a reproduit dans
le Musée des monuments français1.
Il nous est parvenu deux morceaux d'une grande pierre
plate, jadis placée dans l'église de Soisi, sur lesquels un
habile imagier a gravé les figures de Gilles Malet, de sa
femme et de trois de leurs enfants ; les personnages sont à
genoux, en prières. Le premier morceau, encore aujour-
d'hui dans l'église de Soisi, représente le père et la mère,
avec cette inscription :
Monseigneur Giles Malet, chevalier, seigneur de Ville-
PECLE, CONSEILLER ET MAISTRE d'oSTEL DU ROY, CHASTELLAIN DE
pont-sainte-maxence, visconte de corbeil et seigneur de
Soisy; madame Nicole de Chambly, sa femme.
Sur le second morceau, trouvé dans une propriété pri-
vée du village de Soisi, se lisent trois noms, malheureuse-
ment mutilés :
arles || ...let || ...1er
Mess. Jehan Malet || chevalier chambellenc || du Roy.
phelippe ||escvier... || de bali... il pannetier...
De ces trois personnages, les deux premiers sont incon-
testablement les fils de Gilles Malet, qui sont ainsi qualifiés
1. T. VIII, p. 93, pi. 289. Voir aussi le Magasin pittoresque, t. XXIX, p. 236.
— Le 23 octobre 1383, Gilles Malet et sa femme firent dans l'abbaye de Bon-
port une fondation, à laquelle ils affectèrent 33 livres 6 s. 8 d. de rente assise
sur les balles et les moulins de Rouen. Ms. français 26283, pièce 108.
20 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
dans l'acte de remise de la librairie du Louvre entre les
mains d'Antoine des Essarts, au commencement de l'an-
née 1411 : « Messire Jehan Malet, chevalier et maistre
« d'ostel du roy, et maistre Charles Malet, licencié en
« lois. »
Le premier morceau de la pierre est gravé dans le recueil
des Inscriptions du diocèse de Paris de M. de Guilhermy1;
le second dans le Bulletin archéologique du Comité des tra-
vaux historiques, où il accompagne un rapport de M. Jules
GuifYrey'.
Je suis loin d'avoir épuisé toutes les sources de rensei-
gnements auxquelles on pourrait puiser des renseignements
sur la vie de Gilles Malet. J'ai tenu cependant à entrer dans
quelques détails, pour montrer que ce personnage n'a pas
été clerc, ce qu'il importait d'établir pour prouver la faus-
seté des lettres qu'on suppose lui avoir été adressées par
Charles V et par Jean, duc de Berry. Tel est le sujet d'une
petite dissertation qu'on trouvera dans les Pièces justifica-
tives.
Gilles Malet est le seul garde de la librairie du Louvre
dont la biographie mérite de fixer l'attention. Il suffira de
dresser la liste des officiers qui lui ont succédé.
Gilles Malet fut remplacé par Antoine des Essarts, con-
seiller et garde des deniers de l'épargne du roi. Les clés
de la librairie lui furent remises le 7 juillet 141 1 en vertu
d'une ordonnance des gens des comptes3. Le 1 1 mars 1 41 %
1. T. IV, p. 207 et 208. Voir aussi Revue archéologique, 13e année, t. II,
p. 563.
2. Année 1883, p. 186.
3. L'inventaire de l'année 1411 se termine par la prise en charge d'Antoine
des Essars : « Je, Anthoine des Essars, escuier, varlet trenchant, conseiller et
garde des deniers de l'espargne et de la libraierie du roy nostre sire, confesse
avoir eu et receu de messeigneurs des comptes du roy nostre sire, en six cayers
de parchemin contenans lxxii foillez, le double de ce présent inventaire, deue-
SUCCESSEURS DE GILLES MALET. 21
(n. st.), il prit en charge les livres de la librairie sur l'in-
ventaire que Jean Le Bègue en avait rédigé. Il resta fort
peu de temps en fonctions. Il fut déchargé de la garde de
la librairie le 8 mai 14121.
Il eut pour successeur Garnier de Saint-Yon, échevin de
Paris, qui prêta serment le 1 % mai 1 41 % 2 et dont l'adminis-
tration fut aussi éphémère. Il n'était plus en fonctions le
13 octobre 1413, date à laquelle un nouvel inventaire fut
dressé par Jean Le Bègue, Thomas d'Aunoi et Jean de La
Croix3.
A Garnier de Saint-Yon succéda Jean Maulin, jadis clerc
de la Chambre des comptes du duc de Berry4, depuis clerc
de la Chambre des comptes du roi. Jean Maulin fut installé
comme garde de la librairie le 13 octobre 1413, mais en
réalité il ne prit possession et n'accepta la responsabilité
qu'à partir du 10 janvier 1416 (n. st.)5.
ment collationné par maistre Jehan Le Bègue, notaire et secrétaire du roy
nostredit seigneur et greffier en laditte chambre, avec les livres contenuz et
declairez en icellui, depuis le lui0 fueillet dudit présent inventaire jusques cy,
lesquelz sont en une tour du chastel du Louvre, en trois chambres ou estaiges
l'une sur l'autre, desquelles chambres ou estaiges les clefs me furent baillées
par l'ordonnance desdittes gens des comptes dès le vne jour de juillet derrenier
passé. Tesmoing mon saing manuel cy mis, le xr jour de mars mil CCCC et
unze. Anthoine des Essars. » (Ms. français 2700, fol. 133.)
1. « Garnerius de Saint-Yon, scabinus ville Parisiensis, commissus ad cus-
todiam librarie régis in Lupara et aliorum librorum quocumque fuerint, loco
Anthonii des Essarts, causis certis ad hoc ipsum regem moventibus, exonerati,
per ejus litteras datas 8a maii 1412, duodecimoque mensis ejusdem prestitil
solitum juramentum. » Recueil de Menant, t. 1, fol. 155. (Bibliothèque de
Rouen, collection Leber, n° 5870.) Cf. Boivin, ms. français 22571, p. 97.
2. Voir la note précédente.
3. Appendice, XVI.
4. Lettre de Jean, duc de Berry, du 10 juillet 1384, dans les titres originaux,
dossier Gilier, pièce 18, ms. français 27808.
5. Appendice, XVI. — Boivin, ms. français 22571, p. 97, nous a conservé un
passage qui se trouvait au fol. 9 v du Mémorial H de la Chambre des comptes,
dans lequel les dates paraissent avoir été altérées. Je le reproduis tel qu'il est
dans la copie : « Magister Johannes Maulin, alter clericorum régis in illa
« caméra compotorum, ordinatus custos librorum et librarie régis, loco Anthonii
« de Essartis et Garnerii de Sancto Yone, per literas régis datas 14martii 1412,
« iteratas 10 augusti 1412. Die quoque 18 ejusdem mensis prestitit intus solitum
« juramentum. »
22 GARDES DE LA LIBRAIRIE.
Garnier de Saint-Yon recouvra le 21 juillet 141 8 la place
qu'il avait perdue en 1413. Il est mentionné à cette date
comme ayant requis la confection d'un inventaire rédigé
ou du moins vérifié par « aucuns de messeigneurs des
« comptes ' » . Il assista en 1 424 à la prisée des livres du roi,
opération à laquelle procédèrent deux libraires de l'Uni-
versité, d'après les instructions des commissaires ordonnés
sur le fait des obsèques de Charles VI. Le duc de Bedford,
devenu propriétaire de la collection, en laissa la garde à
Garnier de Saint-Yon le 22 juin 1425 et n'en prit lui-même
livraison que le 15 octobre 14292.
1. « Garnerius de Saint Yon, cui rex per litteras datas Parisius 21 julii 1418,
commiserat custodiam librorum suorum in Lupara exislentium, et ad dicti
Garnerii requestam, commissum fuerat certis personis de Caméra compotorum
faciendum inventariuni (fuit hodie traditum ad burellum per dictos commis-
sarios, duplicatum fuit), et prestitit juramentum de bene et fideliter custo-
diendo libros dictos et neraini revelare dicte librarie secretum. Quo juramento
prestito, reddita fuit ci clavis altéra dicte librarie in Caméra existens, unacum
inventario prefato, cum duplicato, suo manuali signe- signato. » Mémorial H,
cité par Boivin, ms. français 22571, p. 97. Cf. le recueil de Menant, t. XIII,
fol. 137. (Bibl. de Rouen, n» 5870 de la Collection Leber.)
2. Appendice, XVII.
in.
Inventaires de la librairie.
Gilles Malet dressa, en 1373, l'inventaire des livres qui
se trouvaient dans les trois chambres d'une tour du
Louvre affectées à la librairie du roi; cet inventaire, sur
lecjuel il dut ajouter la liste des volumes dont la collec-
tion s'accrut depuis 1 373 jusqu'à la mort de Charles V, est
intitulé :
Cy après en ce pappier sont escrips les livres de très souverain
et très excellent prince Charles le quint de ce nom, par la grâce de
Dieu roy de France, estans en son chastel du Louvre en trois
chambres, l'une sur l'autre, l'an de grâce M. CCC. LXXIII, enregis-
trés de son commandement par moy Gilet Malet, son varlet de
chambre.
L'exemplaire original ne nous en est point parvenu.
Deux mois après la mort de Charles V, maître Jean
Blanchet, chargé par le duc de Bourgogne de procéder à
un recolement de la librairie, copia l'inventaire, en y
ajoutant des notes qui expliquaient l'absence de certains
volumes. La copie annotée qu'il en exécuta occupe les
feuillets 2-37 d'un registre qui porte aujourd'hui à la
Bibliothèque nationale le n° 2700 du fonds français. Ce
registre, à la fin duquel François Ier a écrit quelques mots :
« Ce présent livre appartient à moy Françoys, roy de France
« par la grâce de Dieu », n'est arrivé à la Bibliothèque du
roi qu'en 1732, avec les manuscrits de Colbert.
Maître Jean Blanchet, après avoir terminé son recole-
ment, remit entre les mains du roi les clés des trois
?i INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
chambres de la librairie en même temps qu'une copie de
l'inventaire écrite sur un long rouleau de parchemin. La
remise des clés et du rouleau est constatée, en tête du
registre ms. 2700, par une note ainsi conçue :
Les livres contenus cy après en ce livre ont esté inventoriés par
maistre Jehan Blanchet, secrettaire du roy, du commandement de
monseigneur de Bourgongne, le vie de novembre mil CCC. IIII**, et
tous y ont estez trouvez, exceptez ceulz qui sont signez et escripts
sur les marges avoir estez bailliez par le roy dont Diex ait l'âme.
Et, ce fait, ledit maistre Jehan a prise la clef desdictes ni chambres,
et portée au roy, avecques un roule que il a fait de la coppie des-
diz livrez.
Le rouleau copié par maître Jean Blanchet et remis par
lui à Charles VI est celui qui, après avoir appartenu à
Baluze, est arrivé en 1719 à la Bibliothèque du roi et qui
se voit aujourd'hui dans la Galerie mazarine, au-dessous du
portrait du roi Jean. Une observation consignée dans le
registre 2700 prouve que le rouleau venu du cabinet de
Baluze1 est bien le double écrit en 1380 par maître Jean
Blanchet. Deux articles se rapportant au Rational de Guil-
laume Durant et à la Vie des Pères, cotés 21 1 et 212, n'y
sont pas à la place qu'ils occupent sur l'exemplaire ayant
servi au recolement, et l'erreur a été notée dans les termes
suivants, en marge du fol. 12 de cet exemplaire :
Maistre Jehan Blanchet avoit oublié d'escripre les deux livres qui
sont cy devant ainssi signés -J-, et en son roule les a mis cy en droit.
Ce n'est pas la seule différence qu'on y puisse remarquer.
Sur le registre figurent 34 articles dont l'équivalent ne
1. La plupart de ces articles se rapportent à des livres qui avaient été défini-
tivement aliénés avant l'année 1380, notamment à ceux que Charles V avait
donnés aux chanoines de Vincennes. Voir le Catalogue publié dans la seconde
partie du présent ouvrage, n°» 43, 123, 136, 155, 158, 168, 201, 202, 204, 208,
216 et 1217. Le rouleau ne mentionne pas davantage le Roman de la Rose que
Charles V envoya au comte de Salisbury par l'intermédiaire de l'archevêque de
Rouen; voir l'article 1183 du même Catalogue.
INVENTAIRES A ET B. 1373-1380. 25
se trouve pas sur le rouleau1, et le rouleau en contient 20
qui manquent dans le registre. Les deux copies ont été
exécutées d'après l'exemplaire original de l'année 1373,
sans qu'on ait même cru devoir tenir compte des modi-
fications subies par les couvertures des volumes pendant
les sept dernières années du règne de Charles V. En tête
du registre, nous lisons cet avertissement :
Plusieurs des livres cy après contenus ont esté recouvers depuiz
que ce présent inventaire fu fait, si que il ne se fault pas arrester
aux couvertures.
Dans les deux exemplaires de l'année 1380, rien ne dis-
tingue les articles qui ont été ajoutés au texte primitif pen-
dant les années 1374-1380. L'existence d'additions de ce
genre n'est pas douteuse, et je puis en citer plusieurs
exemples empruntés à la copie du registre, que je dési-
gnerai désormais par la lettre A, et à la copie du rouleau,
désignée par la lettre B. Sur l'une et sur l'autre, nous
voyons figurer :
1° (A 202!, B 214.) La traduction du Rational par Jean
Golein, sur laquelle Charles V a inscrit lui-même la date de
1374;
2° (A 193, B 213; A 235, B 238.) Deux copies de la
traduction de la Cité de Dieu, qui ne fut achevée que le
1er septembre 1375;
3° (A 201, B 200.) L'atlas catalan, dont la composition
doit, selon toute apparence, être rapportée à l'année 1 375 ;
4° (A 242, B 245.) Un exemplaire de la traduction de
Valère Maxime, en tête duquel est inscrite la date de 1 375 ;
5° (A 204, B 201 ; A 245, B 248; A 246, B 249.) Le
texte latin et la version française du Songe du Verger, qui
ont été terminés, le texte latin en 1 376 et la traduction
1. J'ai adopté le numérotage donné par Van Praet dans son édition de l'in-
ventaire.
26 INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
française entre le mois de septembre 1 376 et le mois de
mars 1 378 ;
6° (A 231 , B 234.) Le livre de l'Information des princes,
traduit par Jean Golein, dont la copie présentée à Charles V
est datée du 212 septembre 1 379 ;
7° (A 233, B 236.) Un article dans lequel Nicole Oresme
est appelé évêque de Lisieux, titre qui ne lui fut pas con-
féré avant le 16 novembre 1377.
La place qu'occupent les sept articles reconnus pour
avoir été ajoutés après coup est à remarquer.
L'inventaire comprend trois séries, répondant chacune
à une des trois chambres de la tour dans lesquelles les
livres étaient rangés.
La première série (nos 1-269 du registre1, 1-280 du rou-
leau2) comprend les livres placés à l'étage inférieur :
« Gy après sont contenus les livres qui estoient en la prê-
te mière chambre par bas. »
La deuxième série (nos 270-529 du registre, 289-548 2
du rouleau) les livres placés à l'étage intermédiaire : « Cy
« après enssuient les livres qui estoient en la chambre du
« milieu. »
La troisième (nos 530-91 03 du registre, 549-91 3 du rou-
1. Conformément aux numéros qui ont été inscrits de nos jours sur la marge
du rouleau. Ils diffèrent légèrement des numéros marqués dans la copie moderne
du rouleau qui forme la seconde partie du ms. français 13567.
2. Les cotes 281-288 sont affectées à des instruments de musique : « Une
guiterne à une teste de lyon en un estuy de cuir. — Une autre guiterne à une
teste de dame. — Un luz. — Une guiterne à une teste d'angelot d'ivoire, gar-
nie d'argent, dont les broches sont d'argent à façon de serainez, et bordée
d'argent tout autour, esmaillée de France, à un estuy de cuir, fermant à clef.
— Vne guiterne non parfaite en un estuy. — Une mescheant rebele, et le fonz
de une. — Une guiterne d'ivoire où il a un demaiement d'yvoire, très bien
ouvrée au bout. (Le roy les a rebailliez à ses petis menesterelx à qui il estoit
coroussié quant il leur fist oster.) — Uns tabliaux de boys, où il a dedenz ou
couronnement de cyre, viel. Il a esté geté dehors pour ce qu'il ne valoit riens. »
3. Les cotes 911-930 sont consacrées aux articles ajoutés après coup pour les
livres provenus de la librairie de Jean de Montaigu, dont le duc de Guienne
confia la garde le 7 janvier 1410 (n. st.) à Gilles Malet.
INVENTAIRES A ET B. 1373-1380. 27
leau) les livres de l'étage supérieur : « Cy ensuient les livres
« qui estoient en la m6 chambre au plus hault, en latin, et
« est la gregnieur partie d'astronomie ; et se aucune chose
« y a de françois, c'est de la dicte science ou des des-
« pendances. »
Les sept articles qui viennent d'être cités appartiennent
à la fin de la première série des deux exemplaires de l'in-
ventaire de Gilles Malet copiés en 1380, série consacrée à
la salle basse de la librairie. Il est donc permis de supposer
que Gilles Malet a enregistré à la fin de ce chapitre les
volumes qui entrèrent dans la Bibliothèque du roi posté-
rieurement à l'année 1 373, et que le supplément formé par
ces volumes embrasse à peu près les articles 193 à 269 de
l'inventaire A et les articles 213 à 280 de l'inventaire B.
L'inscription d'un livre sur les inventaires A et B ne
prouve donc pas d'une manière absolue que ce livre est
antérieur à l'année 1 373 ; mais on peut considérer comme
certain que ces deux inventaires, tels que nous les possé-
dons, sont au plus tard de l'année 1380.
Il est aussi probable que des articles supplémentaires ont
été intercalés dans les autres séries de l'inventaire. Ainsi,
Gilles Malet a enregistré1, comme se trouvant dans la troi-
sième chambre de la librairie, une très belle bible venue
de l'abbaye de Saint-Lucien de Beauvais, que Charles V,
par une note autographe2, déclare avoir acquise en 1378.
Sur les marges de la copie contenue dans le registre 2700,
on rencontre beaucoup de notes relatives à l'absence d'un
assez grand nombre de livres de la librairie du roi, qui
sortirent de la librairie du Louvre pendant les trente pre-
mières années du règne de Charles VI. Beaucoup de ces
notes doivent être de la main de Gilles Malet.
1. N° 795 du registre et n* 798 du rouleau.
2. A la fin de la Bible qui est aujourd'hui conservée dans le trésor de la
cathédrale de Girone.
28 INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
L'inventaire de Gilles Malet fournit très rarement des
indications suffisantes pour reconnaître les volumes qui
faisaient partie de la bibliothèque de Charles V. Cette
lacune se trouve heureusement comblée dans un nouvel
inventaire qui fut rédigé en 1411 après la mort de Gilles
Malet. Cet inventaire est l'œuvre de Jean Le Bègue, gref-
fier de la Chambre des comptes 1 5 qui eut pour collabora-
teurs (outre ses collègues à la Chambre des comptes, le
conseiller sire Michel de Laillier et maître Nicolas des
Prés), Bureau de Dammartin, général conseiller2, et sur-
tout Oudart Boschot, prêtre, écolier étudiant à Paris en la
Faculté de décret. Ce dernier reçut une gratification de
1 00 francs pour avoir travaillé à l'inventaire pendant les
cinq premiers mois de l'année 14113. La commission au
nom de laquelle travailla Jean Le Bègue avait une double
tâche à remplir : elle devait vérifier la gestion de Gilles
Malet et dresser un état des volumes confiés au nouveau
garde de la librairie. De là une double opération. Jean Le
Bègue et ses collègues commencèrent par reconnaître les
livres qui, portés sur l'inventaire original, ne se trouvaient
plus dans la librairie en 1411. 11 y en avait environ 188,
dont ils dressèrent la liste, en signalant les circonstances
qui justifiaient l'absence de chaque volume. Je désignerai
par la lettre C cette liste, qui est contenue dans le ms. fran-
çais 2700, fol. 41 à 49. Après avoir constaté les déficits et
donné décharge aux héritiers de Gilles Malet, Jean Le Bègue
inventoria très exactement les volumes qui étaient con-
servés dans les trois chambres de la librairie. Il enregistra
1. Il sera question de Jean Le Bègue plus loin, clans l'article relatif à Raoul
de Presles, chapitre IX.
2. « A Bureau de Dampmartin, gênerai conseiller, pour ses peines en faisant
les inventaires de la librairie d'iceluy seigneur, où il a vacqué plusieurs jours,
100 1. » (2 septembre 1411.) Collection Menant, à la bibliothèque de Rouen,
n° 5870 de la collection Leber, t. XI, fol. 127.
3. Appendice, XV.
INVENTAIRE D. 1411. 29
d'abord les livres qui figuraient déjà sur le catalogue de
Gilles Malet ; les articles 1 à 726 du nouvel inventaire * sont
consacrés à ces manuscrits. Vient ensuite, sous les cotes
727 à 921 2, la description de cent quatre-vingt-quinze
livres dont la librairie royale s'était enrichie pendant les
trente premières années du règne de Charles VI. Ce sup-
plément ne comprenait pas les vingt volumes envoyés par
le duc de Guienne en 1 il 0 : Jean Le Bègue les laissa à part
et les enregistra sous les cotes 922 à 941 . L'inventaire de
1411, dont les principales divisions viennent d'être indi-
quées, remplit les feuillets 53 à 133 du ms. français 2700;
je le distinguerai désormais par la lettre D.
L'inventaire D reproduit les premiers mots du deuxième
et du dernier feuillet de chacun des volumes qui étaient
conservés en 1 380 dans la tour de la librairie. A l'aide de
ces indications, nous pouvons constater rigoureusement
l'identité des manuscrits qui nous viennent de Charles V et
de Charles VI. J'en citerai ici un seul exemple. Sous les
nos 2090 à 2092 du fonds français, nous avons un exem-
plaire de la Vie de saint Denis3, autrefois relié en un volume,
aujourd'hui divisé en trois tomes, dont le second feuillet
commence par les mots : Nobis in mundi, et le dernier par
les mots : Donnant ans loiaus. Si maintenant nous nous
reportons à l'article 100 de l'inventaire D, nous y verrons
mentionnée : « La vie saint Denis et la vie de quarante-six
« autres sains, bien historiés, à chemise de toille à queue,
« escript de lettre formée, en françois et latin, commençant
« ou iie foillet Nobis ut mundi, et ou derrenier Donnant ans
1. Les n°" 1 à 182 se rapportent à la première chambre; les n08 183 à 407, à
la deuxième; les n08 408 à 726, à la troisième.
2. Les n°" 727 à 874 s'appliquent au supplément de la troisième chambre, et
les n"8 875 à 921 au supplément de la première.
3. Sur cette vie de saint Denis, voir le mémoire que j'ai inséré dans les
Notices et extraits des manuscrits, t. XXI, part, n, p. 249-263.
30 INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
« royaulx*, à n fermouers d'argent dorez. » On voit avec
quelle minutieuse exactitude cette description s'applique au
manuscrit dont nous nous occupons, et on n'hésite pas un
instant à reconnaître dans ce manuscrit l'exemplaire qu'ont
possédé Charles V et Charles VI. Mais on doit encore faire
à ce sujet une autre observation. Le ms. français 2090 à
2092 n'est pas complet; il y manque une dernière partie,
dont le texte se trouve dans le manuscrit latin 5286. L'in-
ventaire D prouve que celte lacune existait déjà en 1380,
puisqu'à cette époque le dernier feuillet du volume était le
même qu'aujourd'hui. Je m'en tiens à cet exemple : il suffit
pour montrer le prix des renseignements que nous avons à
puiser dans l'inventaire de 1411.
En 141 3, au moment où Jean Maulin, clerc du roi en la
Chambre des comptes, fut nommé garde de la librairie,
maitre Thomas d'Aunoi et Jean de La Croix, conseillers et
maîtres des comptes du roi, furent chargés, avec Jean Le
Bègue, notaire et secrétaire du roi, de rédiger un nouvel
inventaire de la librairie du Louvre. Les deux premiers
commissaires laissèrent à Jean Le Bègue2 le soin de procéder
à cette opération, qui fut commencée le 18 octobre 1413.
Le second inventaire de Jean Le Bègue, que je désignerai
par la lettre E, est dressé sur le même plan que le premier.
Il renferme 916 articles, auxquels a été ajoutée, sous les
cotes 917-971, la liste de cinquante-cinq volumes qui
1. Les deux fautes de lecture ut pour in, etroyaulx pour loiaus, se trouvent
à la fois dans les inventaires D et E.
2. Voici le texte de deux notes autographes de Jean Le Bègue, qui sont dans
le registre E : 1° En regard des articles 4-7, relatifs aux quatre volumes d'un
Miroir historial : « Mémoire que, avant ce que ce présent inventoire feust fait,
monseigneur duc de Guienne manda maistre Jehan Maulin et moy, qui avions
chascun une clef de ladicte librairie, et nous fist bailler à mons. de Bavière
ces quatre volumes de Vincent. Le Bègce. — Soient recouvrez. » (N° 880 de
mon édition.) 2° En regard de l'article 263, relatif aux Miracles Nostre-Darae :
« Raditur quia non fuit repertus, licet inde sit oneratus Anthonius deEssartis,
per ante custos librorum régis. Le Bègue. (N° 950 de mon édition.)
INVENTAIRES E. 1413 ET F. 1424. 31
avaient été enlevés de la librairie en 1414 ou 141 51. L'ori-
ginal de cet inventaire, écrit sur parchemin, est conservé
à la Bibliothèque nationale, n° 9430 du fonds français2.
Une copie sur papier3, composée de 98 feuillets, qui fut
faite au mois de décembre 1 41 5, ne nous est pas parvenue.
A la date du 21 juillet 1418, nous voyons mentionnés
« Garnier de Saint- Yon, garde de la Bibliothèque du roi,
« et aucuns de messieurs des comptes commis pour faire
« l'inventaire4 »; je ne saurais dire s'il s'agit là d'un travail
effectué ou simplement projeté. Dans tous les cas, je n'en ai
découvert aucune trace.
Le dernier inventaire de la librairie du Louvre, auquel
j'ai affecté la lettre F, est celui qui fut rédigé, au mois
d'avril 142,4, par deux notaires, à la requête des commis-
saires ordonnés par le gouvernement anglais sur le fait des
obsèques de Charles VI. Il comprend 843 articles5 rangés
à peu près suivant l'ordre de l'inventaire de 141 3. On n'y
trouve point l'indication des mots par lesquels commencent
1. Les not 1 à 224 se rapportent à la première chambre; les nos 225 à 443, à
la deuxième; les n08 444 à 899, à la troisième; les nos 900 à 916, aux livres
envoyés en 1410 à la librairie du Louvre par le duc de Guienne.
2. Le fol. 12 v° du ms. 9430 est reproduit en fac-similé sur la planche XLVIII
de l'atlas du Cabinet des manuscrits.
3. C'est à cette copie que se rapportent deux articles d'un mémoire annexé
au ms. français 9430 (fol. 70) qui est intitulé : « Ce sont les parties de pappier,
encre, plumes, ponces et autres chozes livrées par Guillaume des Champs en
la Chambre des comptes du roy nostre sire à Paris, depuis le ne jour de sep-
tembre M CCCC et quinze jusques au ix° jour de janvier ensuivant. » Voici le
texte de ces deux articles : « xxa die dicti mensis [decembrisj, pro papiru pro
duplicando inventariurn librorum librarie régis, videlicet pro duabus manibus,
ni sol. par. — Item ea die [ix januarii], pro religando inventariurn librorum
régis continens novem quaternos, ni sol. »
4. Recueil de Menant, à la bibliothèque de Rouen, Collection Leber, n° 5870,
t. XIII, fol. 137.
5. Voici les divisions de l'inventaire de l'année 1424 : n" 1 à 215, première
chambre; n°" 216 à 422, deuxième chambre ; n°» 423 à 816, troisième chambre;
n08 817 à 820, livres recouvrés le 1er octobre 1420; n08 821, 822, livres trouvés
dans la succession de Gérard de Montaigu, évéque de Paris; nos 823 à 843,
« aucuns livres qu'on ne trouve pas bien selon l'inventoire, et pour ce sont
mis à part pour voir s'ils se trouveront. »
32 INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
le second et le dernier feuillet des manuscrits. Ce qui lui
donne une certaine importance, c'est qu'il indique, en
monnaie parisis, le prix auquel chaque volume fut estimé
par trois libraires de l'Université : maître Jean Marlet,
Denis Gourtillier et Jean de Santigni.
Nous n'avons que des copies modernes de l'inventaire de
l'année 1424, savoir : la première à la bibliothèque Sainte-
Geneviève, ms. 964, d'après un exemplaire original sur
papier qui fut communiqué, en 1686, au P. Du Molinet;
la deuxième, à la bibliothèque Mazarine, ms. 2030; la
troisième, à la Bibliothèque nationale, ms. français 2613
du fonds des Nouvelles acquisitions, d'après la copie de
Sainte-Geneviève. Il y en a un extrait à la bibliothèque de
Rouen, dans le tome II du Recueil de Menant (n° 5870 du
fonds Leber).
Les six inventaires qui viennent d'être passés en revue
portent exclusivement sur les livres qui étaient gardés au
Louvre dans la tour de la librairie, sous les règnes de
Charles V et de Charles VI. Les autres livres de ces princes
étaient confondus avec les ornements et les joyaux qu'ils
faisaient porter à leur suite ou qui étaient déposés dans
leurs principales résidences, à l'hôtel Saint-Paul, à Reauté-
sur-Marne, à Melun, à Vincennes et à Saint-Germain-en-
Laye. C'est ainsi qu'un assez grand nombre de livres
figurent sur l'inventaire général des meubles de Charles V,
rédigé en 1380 sous la direction de Philippe de Savoisi,
de Gilles Malet, de Jean de Vaudetar, de Gabriel Fatinant et
de Jean Crète. Cet inventaire de l'année 1380, dont une
copie du xve siècle1 est conservée à la Ribliothèque natio-
nale, n° 2705 du fonds français, fournit donc un utile com-
plément aux inventaires particuliers de la librairie du
Louvre. Je le distinguerai par la lettre G.
1. Le frontispice est aux armes et à la devise de Charles VI : JAMES.
ÉDITIONS DES INVENTAIRES. 33
Une quinzaine de livres figurent, en 1418, sur l'inven-
taire des joyaux de la couronne, que M. Douët d'Arcq a
publié1 d'après un registre des Archives nationales et que
je désignerai par la lettre H.
Il y a déjà longtemps que les savants ont commencé à
apprécier l'utilité de ces anciens inventaires. Je dois indi-
quer ici les travaux dont ils ont été l'objet dans les deux
derniers siècles.
Boivin les a, le premier, mis à profit pour composer un
mémoire qu'il inséra en 1717 dans le recueil de l'Académie
des inscriptions2 sur la bibliothèque du Louvre.
En 1830, M. Barrois en a fait entrer quelques extraits
dans sa Bibliothèque protypographique3 .
En 1836, Van Praet leur a consacré un volume tout
entier, dans lequel il semblait que la matière dût être
épuisée. Il n'en est cependant pas ainsi. Van Praet s'est
borné à publier : 1° sous les cotes 1 à 930, l'inventaire A;
2° sous les cotes 931 à 112)2, un abrégé de la partie sup-
plémentaire (articles 727 à 921) de l'inventaire D; 3° sous
les cotes 1123 à 1236, la plupart des articles de l'inven-
taire G, relatifs à des livres. Il a donc négligé les inven-
taires B, G, E et F, et il n'a employé que la moindre partie
de l'inventaire D. De là les plus regrettables lacunes : des
articles d'une importance capitale ont été omis, et, ce qui
est plus fâcheux, l'éditeur, en laissant de côté l'indication
des premiers mots des deuxièmes et des derniers feuillets,
a privé ses lecteurs d'un moyen qui leur eût permis de
retrouver avec certitude dans les collections modernes les
volumes possédés par Charles V et Charles VI. Outre ces
1. Choix de pièces relatives au règne de Charles VI, t. II, p. 279-361.
2. Mémoires, t. II, p. 747. Des extraits de l'inventaire de Gilles Malet ont
été publiés dans le même recueil (Histoire), t. I, p. 310.
3. P. 1-99.
3
34 INVENTAIRES DE LA LIBRAIRIE.
lacunes, nous avons à déplorer l'inexpérience du copiste
que M. Van Praet avait chargé de transcrire l'inventaire A
et une partie des inventaires D et G. La comparaison de
quelques articles du manuscrit et de l'édition donnera la
mesure de la confiance que méritait le copiste employé par
Van Praet.
N° 45. La Somme juste. — Lisez : La Somme Asce.
N° 75. Des moraulx Bestes. — Lisez : Des metaulx, des bestes.
N° 115. Dévot, de Lye [ce qui est interprété par : Dévotion de
Notre-Dame de Liesse). — Lisez : d'Enoc, d'Elye.
N° 177. Sermontois. — Lisez : Serventois.
N° 188. Un psaultier en latin et fermoers. — Lisez : en latin et
françois.
N° 227. L'évesque de Vvs (Viviers). — Lisez : L'évesque de Burs
(Burgos).
N° 251. Aucuns respons. — Lisez : Anteinez, respons.
La Société des Bibliophiles français a fait paraître, en
1867, un élégant volume1 dans lequel Douët d'Arcq a
combiné l'inventaire de l'année 141 1 avec celui de l'année
1 424 ; en suivant l'ordre de celui-ci, auquel il a emprunté
les chitfres de la prisée des libraires, il a reproduit les
notices de l'inventaire de 1 41 1 .
La notice sur la « Bibliothèque du roi », que M. Franklin
inséra en 1870 dans le tome II de son ouvrage sur les
Anciennes bibliothèques de Paris (p. 107-218), contient
quelques extraits des différents inventaires, avec le fac-
similé de plusieurs passages choisis dans le ms. français
2700 (inventaires de 1373 et de 1411) et dans le ms.
français 9430 (inventaire de 1413).
En 1879, l'inventaire du mobilier de Charles V, compre-
nant les livres du roi conservés en dehors de la tour du
1. Inventaire de la bibliothèque du roi Charles VI fait au Louvre en li'23
par ordre du régent duc de Bedford. Paris, 1867, ia-8% xli et 319 p.
EDITIONS DES INVENTAIRES. 35
Louvre, a été publié par Jules Labarte dans un volume de
la Collection de documents inédits.
Les rédacteurs des inventaires qui viennent d'être passés
en revue n'ont pas cru pouvoir rapprocher les ouvrages de
même nature et ne se sont nullement préoccupés d'un
classement méthodique ou alphabétique1. Cette lacune a été
bien incomplètement comblée par les tables que les édi-
teurs ont jointes à la reproduction du texte des manuscrits.
Dans le résumé que j'ai inséré en 1880 à la fin du der-
nier volume du Cabinet des manuscrits (p. 114-170), j'ai
essayé de grouper les volumes se rapportant aux mêmes
matières et je me suis efforcé de faire entrer dans chaque
notice les renseignements que les différents inventaires
fournissent sur le même manuscrit, et notamment les pre-
miers mots du deuxième feuillet. On sait que c'est là le
trait essentiel du signalement à l'aide duquel peut être
rigoureusement distinguée et identifiée chacune des copies,
souvent nombreuses, d'un même texte.
La même méthode a été appliquée, avec des dévelop-
pements assez considérables, à l'édition qui remplit à peu
près en entier la seconde partie du présent ouvrage. Je
crois n'avoir laissé de côté que les détails relatifs à l'état
matériel des reliures, qui, depuis longtemps, ont disparu
des trop rares volumes de la vieille librairie du Louvre
après bien des vicissitudes subies pendant les cinq der-
niers siècles. Nous en avons ainsi reconnu une centaine.
Espérons que l'index ajouté à mon édition facilitera la tâche
des bibliographes et des bibliophiles qui seront tentés de
rechercher des débris de notre première Bibliothèque
nationale.
1. Gilles Malet avait cependant essayé de réunir dans la troisième chambre
de la tour les livres latins et ceux qui traitaient d'astronomie et d'astrologie.
IV.
Aperçu de la composition de la librairie.
Pour avoir une idée exacte de la librairie du Louvre, il
est indispensable de lire entièrement l'Inventaire dont le
texte sera publié à la fin du présent ouvrage ; mais un court
résumé, dans lequel les détails secondaires seront laissés
de côté, suffira pour faire comprendre la composition de
la Bibliothèque royale à la fin du xive et au commencement
du xve siècle. J'indiquerai donc en peu de mots ce qu'elle
renfermait de plus remarquable sur la théologie, le droit,
les sciences et les arts, l'histoire et la littérature. Cet
aperçu comprendra les volumes qui étaient dispersés dans
les diverses résidences royales.
THÉOLOGIE.
Plusieurs bibles latines. Les différentes parties de l'ancien et du
nouveau Testament. Environ vingt-cinq psautiers, dont plusieurs
n'étaient, à proprement parler, que d'anciens livres d'heures. Peu
de commentaires sur la Bible en dehors de la glose; les seuls que
j'aie remarqués sont ceux de Nicolas de Lire sur le Psautier, de
Raban sur les Paralipomènes et sur Judith, de saint Jérôme sur
l'épître aux Galates, de Bède sur les épitres de saint Paul. Une
Concordance. L'Histoire scolastique, texte latin et version française
de Guiart des Moulins. Plusieurs recueils de figures de la Bible,
presque tous ornés de nombreuses peintures. Les compilations inti-
tulées : Composition de sainte Ecriture et Cy nous dit.
Les traductions du Rational de Durant et du Miroir de l'Eglise.
Une très nombreuse collection de tous les livres qui servaient à la
célébration de l'office divin : une quarantaine de bréviaires à l'usage
de Rome, de Paris, de l'Angleterre, des Cordeliers et des Domini-
cains; une trentaine de missels, avec beaucoup d'évangéliaires,
APERÇU SOMMAIRE. 37
d'épistoliers, de graduels, de collectaires et de prosiers; des rituels,
des pontificaux et des cérémoniaux pour le sacre du roi; plus de
cinquante livres d'heures. Presque tous ces manuscrits étaient en
latin : on n'avait guère en français que de petits recueils de prières,
quelques morceaux de bréviaire et le missel, encore n'est-il pas cer-
tain que le missel eût été complètement traduit; la traduction fran-
çaise qu'on en avait entreprise pour Blanche de Navarre, seconde
femme de Philippe de Valois, ne fut pas achevée, « pour ce que,
« disait-on, il n'estoit pas expédient de translater tel livre, en espè-
ce cial le saint canon ».
Texte latin de quelques ouvrages d'Origène, de saint Jérôme, de
saint Augustin, de saint Grégoire, d'Isidore, de Julien de Tolède,
de saint Bernard, de Hugues de Saint-Victor, de Pierre Lombard,
de saint Thomas d'Aquin et de Gilles de Borne.
Traduction de la Cité de Dieu et des Soliloques de saint Augus-
tin; des Quarante homélies et du Dialogue de saint Grégoire; de
l'Arrhe de l'âme de Hugues de Saint-Victor; des Amitiés spirituelles
d'Aelred; du traité d'Innocent III sur la condition humaine; du livre
des Abeilles de Thomas de Cantimpré; du livre des Voies de Dieu
de sainte Elisabeth.
Fort peu de théologie scolastique et de sermons; quelques sommes
abrégées, celle de Baimond de Penafort, celle de Geoffroi de Gri-
mouville, celle de frère Laurent appelée la Somme le roi : il devait
bien y avoir une dizaine d'exemplaires de ce dernier ouvrage.
Divers petits traités sur la morale chrétienne et les pratiques reli-
gieuses; des livrets de dévotion; des choix de prières et de médi-
tations.
De tous les ouvrages qui sont compris dans le corps du droit civil,
Charles V ne possédait en latin que les Institutes; mais il avait
plusieurs exemplaires de la version française des Institutes, du
Digeste, du Code, des Novelles et de la Somme d'Azon sur le Code.
Le droit féodal était représenté dans sa bibliothèque par trois copies
du Coutumier de Normandie et par le livre de Pierre de Fontaines;
le droit canon, par les traductions du Décret et des Décrétales, la
Somme dite Copiosa, le Miroir de Durant, un formulaire de la cour
de Borne, la traduction de l'Ordinaire de Tancrède, le texte latin et
le texte français du Songe du Verger.
1 t i fcp.Oft
38 COMPOSITION DE LA LIBRAIRIE.
SCIENCES ET ARTS.
Compilations encyclopédiques : le livre des Propriétés des choses
par Barthélemi L'Anglais, texte latin et version française ; l'Image
du monde, en prose et en vers; le Trésor de Brunetto Latini; le
livre de Sidrac.
Le Timée de Platon en latin. Les principaux ouvrages d'Aristote
en latin; la traduction française des Ethiques, des Politiques, des
Économiques, des Problèmes, des Météores, du livre du Ciel et du
monde.
Presque tous les traités de Sénèque en latin, et la traduction des
Épîtres et du livre des Remèdes. La Consolation de Boèce, texte
original et différentes versions en prose et en vers.
Le texte latin et la traduction du Policratique de Jean de Salis-
bury. L'art démonstratif de Baimond Lulle.
Plusieurs compilations de philosophie morale. Les traités de Gilles
de Borne et d'autres auteurs sur le gouvernement des princes.
Les moralités sur le jeu d'échecs.
L'Arithmétique de Boèce et divers traités d'algorisme. Euclide.
Une immense collection de livres astronomiques et astrologiques,
dans laquelle se trouvait la suite à peu près complète des ouvrages
scientifiques qui avaient été traduits de l'arabe. Trente volumes sur
la géomancie, quatre sur la chiromancie et un sur la nécromancie.
Différents traités sur les phénomènes atmosphériques, l'aimant,
les pierres, les plantes et les animaux; dix bestiaires; un volu-
craire; sept lapidaires; le livre de Macer sur les herbes.
Environ soixante volumes de médecine et de chirurgie.
L'ouvrage de Pierre de Crescens sur l'économie rurale. Un vieil
exemplaire de Saeculus ou Siculus Flaccus. Bien sur la chasse, si ce
n'est deux traités sur les maladies des oiseaux de proie.
Dix copies de la traduction de Végèce. Un Frontin.
Trois manuels du jeu d'échecs et un du jeu de dés.
Deux traités de musique.
Quatre exemplaires de la prétendue traduction de Solin. Traité
des provinces du monde. Cinq exemplaires de Marc-Paul; deuxde
Jean de Mandeville et deux de la lettre du prêtre Jean. Les cartes
qui sont aujourd'hui connues sous le nom d'atlas catalan.
Traduction du Miroir historial de Vincent de Beauvais, des prin-
APERÇU SOMMAIRE. 39
cîpaux ouvrages de Bernard Gui, de Valère Maxime et de Gervais
de Tilbury.
Josèphe, texte latin et traduction. Eusèbe. Collations de Cassien,
texte et traduction. Vies des pères; Légende dorée; vies de saints
fort nombreuses, en latin et en français. Recueil de pièces sur les
événements du pontificat de Clément V.
Récits fabuleux de la guerre de Troie, de plusieurs épisodes de
l'histoire de la Grèce et de la vie d'Alexandre. Compilation intitu-
lée les Faits des Romains et présentée comme une traduction de
César, de Lucain et de Suétone. Traduction de Tite-Live et peut-
être de Salluste.
Pas un seul des auteurs qui ont écrit en latin sur l'histoire de
France. Plusieurs exemplaires des Grandes Chroniques et de divers
abrégés de l'histoire de nos rois. Poème sur le commencement des
Gestes de France, écrit probablement en provençal. Trois exem-
plaires du roman de Philippe le Conquérant, c'est-à-dire, selon
toute apparence, d'une chronique rimée de Philippe-Auguste. Vies
de saint Louis par le sire de Joinville et par le confesseur de la reine
Marguerite. Poème sur la croisade de saint Louis, sur Philippe le
Hardi et sur la cérémonie dans laquelle Philippe le Bel prit la croix.
Poème sur la bataille de Cassel et les guerres de Flandre. Autre
poème sur les campagnes de Philippe de Valois en Flandre. Chro-
nique rimée de la guerre du roi de France avec le roi d'Angleterre,
des faits du roi de Navarre et de la révolte du peuple de Paris.
Toutes ces chroniques métriques, dont la perte est fort regrettable,
appartenaient vraisemblablement à la même famille que le grand
livre rimé dont parle Jean le Bel, « lequel, dit cet historien, aucun
« controuveur a mis en rime par grandes faintes et bourdes con-
te trouvées, duquel le commencement est tout faulx et plain de men-
« chonges, jusques au commencement de la guerre que le roy Edo-
« wart emprit contre le roy Philippe de France, et de là en avant
« peut avoir assez de substance de vérité et assez de bourdes, et sy
« y a grand plenté de parolles controuvées et de redictes pour
« embelir la rime ». Il est assez curieux que la librairie du Louvre,
si riche en chroniques rimées, n'ait pas renfermé un seul exem-
plaire du livre de Froissart. Avec les chroniques étaient mêlés
quelques registres relatifs à la politique et à l'administration du
royaume : un recueil des testaments des rois, une collection de
traités d'alliance, une copie des pièces du traité de Brétigny, une
copie des privilèges accordés aux rois par les papes, le procès de
Robert d'Artois, un état du comté de Montfort, un tableau du cours
des monnaies, un inventaire de joyaux.
40 COMPOSITION DE LA LIBRAIRIE.
Poème sur les campagnes de Charles, frère de saint Louis, en
Italie. Traduction des chroniques espagnoles de l'évêque de Bur-
gos, par Jean Golein. Le livre royal de Jean de Cardailhac, relatif
aux démêlés de Henri de Transtamare et de Pierre le Cruel. Deux
volumes, dont l'un en vers, sur les guerres de l'Angleterre et de
l'Ecosse. Deux chroniques des évêques de Liège.
Collection considérable d'ouvrages sur les croisades, plusieurs
en latin, beaucoup en français, les uns en prose, les autres en vers;
dans cette collection, les chroniques proprement dites sont fort
nombreuses; les compositions romanesques le sont encore davan-
tage; on y remarque plusieurs opuscules relatifs à des projets d'ex-
pédition qui ne furent jamais exécutés et des livrets à l'usage des
voyageurs en Orient, par exemple « les pèlerinages d'oultre mer et
« à savoir demander en langaige sarazin ses nécessités pour vivre ».
LITTÉRATURE.
Quatre volumes renfermant les ouvrages élémentaires dans les-
quels les enfants apprenaient la grammaire latine. Plusieurs copies
des grands dictionnaires de Hugutio et de Jean de Gênes. Un dic-
tionnaire abrégé, en français et en latin, qui était au service person-
nel du roi. Le formulaire de Thomas de Capoue.
Les principaux ouvrages d'Ovide. Trois copies de Lucain. Le
poème de la Vieille. L'Alexandréide de Gautier de Châtillon. Les
Métamorphoses moralisées; la traduction de l'Anticlaudien, celle
de la Vieille.
Romans carlovingiens : Agolant, Aimeri de "Narbonne, Amis et
Amille, Anséis de Carthage, Aubri le Bourguignon, Aye d'Avignon,
Berte, Beuve d'Aigremont, Beuve de Hantonne, Foulques Faucon,
Garin le Loherain, Garin de Montglane, Girard de Roussillon, Gui
de >anteuil, Guillaume d'Orange, Jourdain de Blaives, Maugis le
larron, Olivier, Pépin, les Quatre fils Aymon, Raoul de Cambrai,
Roland, Turpin, Vivien.
Romans de la Table ronde : Artus, Artus le restauré, l'Atre péril-
leux, Branor, Brut, Cligès, Gauvain, Giron le Courtois, Glorion de
Bretagne, le Saint-Graal, Iseult la Blonde, Lancelot, Marc de Cor-
nouaille, Meliadus, Palamèdes etGalaad, Perceval le Galois, Tristan.
Romans se rapportant à l'antiquité grecque et romaine : Troie,
Hector, Thèbes, Thessalus, Florimont, Alexandre, Athis et Profilias,
les Sept sages, la Maie marrastre, Marc fils de Caton, Laurin, Cas-
siodorus, Pellarmenus, Berinus, Florence et Octavien.
Romans d'aventures : Blancandin et le Beau mauvais, Meraugis,
APERÇU SOMMAIRE. il
Meliachim et le Cheval de bois, Robert le Diable, Eustache le Moine,
la châtelaine de Coucy, la darne de Fayel.
Compositions satyriques ou allégoriques : plusieurs recueils de
fables, le Renard, la Rose, Torchefauvel, la Vision du prieur de
Salon, une traduction française du livre de Calila.
J'ai déjà signalé plusieurs ouvrages qui appartiennent aussi bien
à la littérature qu'à la théologie, à la morale ou à l'histoire. A ceux
qui ont été indiqués, il faut ajouter les Machabées, la Passion,
Balaam et Josaphat, le Reclus de Moliens et les Pèlerinages de
Robert de Digulleville. L'un des poèmes inspirés par la Passion
était un mystère : c'est la seule production dramatique qui figure
sur les inventaires de la librairie du Louvre.
Une quinzaine de recueils de chansons, dont beaucoup étaient
notés; quelques dits et fabliaux : les Trois morts et les trois vifs, la
Bataille des Sept arts, les Dits de Baudouin de Condé, la Voie de
paradis de Rutebeuf; plusieurs volumes de jeux partis et de pièces
légères dont le sujet est assez bien indiqué par les mots : « Papiers
« d'amours, demandes et responses d'amours, jugemens d'amour. »
Opuscules de Watriquet, en six volumes.
V.
Condition des livres d'après les inventaires. — Langues.
Genres d'écritures, de peintures et de reliures.
Les rédacteurs des anciens catalogues du Louvre ne se
sont pas bornés à copier les titres des livres confiés à leurs
soins; ils en ont quelquefois apprécié le contenu : c'est
ainsi qu'ils ont signalé aux lecteurs les truffes ou men-
songes dont leur semblaient remplis les romans d'Artus et
de Jehannette, d'Eustache le Moine et de Jehan le duc du
Mont aux Fées1. Ils ont souvent indiqué en quelle langue
chaque ouvrage était écrit2 : en latin, en français, en gas-
con3, provençal4 ou langue d'oc5, en espagnol ou en ita-
lien6; ils sont même allés jusqu'à distinguer le dialecte
picard7. Mais ils se sont surtout attachés à décrire la con-
dition matérielle des livres ; on lit avec un véritable intérêt
les détails qu'ils donnent :
1 ° Sur la forme et la taille des volumes : livres grands
et petits, livres plats8, livres gros et courts9, gros volume
carré10, volume assez longuet11, rouleaux12, livres fermés
à clef13 ;
1. Articles 1085, 1103 et 1127.
2. La langue de chaque ouvrage est ordinairement indiquée par la citation
des premiers mots des seconds et des derniers feuillets.
3. Articles 996, 1068 et 1107.
4. Article 377 bis. — 5. Article 378.
G. Articles 713, 714 et 715.
7. Articles 451, 792, 933, 945, 946.
8. Articles 118, 165, 231, 239, 259, 274, 760, 763, 844.
9. Articles 139, 805, 819.
10. Article 125. — 11. Article 121.
12. Articles 104, 343 et 888. Cf. l'article 601, où il est question d'une peau
de parchemin, sur laquelle maître Jean de Linières avait tracé des figures
astronomiques.
13. Articles 432, 436, 1011 et 1012.
FORME ET ÉCRITURE DES LIVRES. 43
2° Sur l'âge des manuscrits : un évangéliaire en par-
chemin pourpré paraissait assez vieux pour que la trans-
cription en fût attribuée à saint Jean1; l'écriture dans
laquelle les diphtongues sont figurées par deux lettres
séparées (ae, oè) est qualifiée de très ancienne2; mais il ne
faut pas attacher un sens rigoureux aux expressions vieux
ou ancien qui reviennent souvent sous la plume de Gilles
Malet : en effet, un exemplaire du roman de la Rose est
désigné comme un livre « très- vieil3 » ;
3° Sur la division des pages en deux ou trois colonnes4;
4° Sur les différentes encres : lettre d'or sur parchemin
noir5; lettre d'or, d'azur et de vermillon6;
5° Sur le caractère des écritures : lettre formée 7 ; lettre
de forme 8 ; vieille lettre de forme9 ; bonne lettre de forme 10 ;
— grosse lettre11; grossettement escript12; menue ou très
menue lettre13; menue lettre de forme14; menuement
escript15; très menuement escript16; — lettre bastarde17,
par opposition à lettre de forme18 et à lettre courante19;
menue lettre bastarde20; — lettre courante21 ; — lettre de
1. Article 83.
2. Article 853. Cf. l'article 915.
3. Article 1185.
4. Articles 984, 1003, 1023, 1028, 1056, 1081, 1118, 1160, 1199, 1202.
5. Article 83.
6. Articles 59, 242.
7. Article 1003.
8. Articles 58 Us, 184, 980.
9. Article 107.
10. Article 12.
11. Article 173.
12. Article 130.
13. Article 15.
14. Articles 450, 1145.
15. Article 129.
16. Article 165.
17. Articles 942, 1018, 1191.
18. Article 923.
19. Article 801.
20. Articles 565, 776, 1089.
21. Articles 301 et 1000.
44 CONDITION DES LIVRES.
note1; — lettre boulonnoise2; grosse lettre boulonnoise3;
lettre de forme boulonnoise4; bonne lettre boulonnoise5;
6° Sur la manière dont beaucoup de volumes étaient
enluminés et historiés6 : enluminé d'ancienne façon7, enlu-
miné d'or8, d'or et de noir9, de blanc et de noir10, d'azur
et de rose 11 ; enluminé tout au long des colonnes de fleurs
de lis d'or et d'azur12; enluminé à histoires de Boulogne13;
enluminure boulonnoise14; bonnes couleurs d'enluminure
boulonnoise15; — historié es marges de haut et bas*6; his-
torié es marges d'en bas17; et sont les histoires par les
marges très anciennes18; historié d'anciens images19; his-
torié d'ancienne façon20; historié d'or et de noir21 ; historié
de blanc et de noir22; historié de noir23; historié d'encre
1. Articles 650, 866, 956, 1127, 1162 et 1212.
2. Articles 3, 440, 516, 713, 812, 814, 830, 914 et 1211.
3. Articles 119 et 156.
4. Articles 294, 455, 665, 1205.
5. Article 692. — Le catalogue des livres du duc de Berry, publié à la fin de
la seconde partie de cet ouvrage, mentionne presque tous les genres d'écriture
qui viennent d'être énumérés, et de plus les suivants : lettre ronde (n°8 11, 116
et 134 de l'édition, lettre de court (n08 38, 115, 152), lettre françoise (n° 9),
lettre lombarde (n° 126 et 156).
6. Les enluminures sont presque toujours distinguées des histoires, c'est-à-
dire des miniatures formant tableau; voir les articles 40, 46, 50, 121 et 153.
7. Article 57.
8. Articles 46, 66, 120 et 153.
9. Article 121.
10. Articles 222 et 264.
11. Article 223.
12. Article 513.
13. Article 1205.
14. Article 259.
15. Article 714. — Des exemples qui viennent d'être cités, il faut rapprocher
les textes suivants qui sont tirés du catalogue des livres du duc de Berry :
« Historié de l'ouvrage de Lombardie (nos 4, 21, 64, 182, 210); enluminé ou his-
torié d'ouvrage romain (n06 1, 3, 18, 105) ; historié d'images romains (n° 138);
historié d'images de la manière romaine (n° 75). »
16. Article 232.
17. Articles 985 et 1086.
18. Article 1211.
19. Article 46.
20. Article 57. — 21. Article 121.
22. Articles 153, 222 et 256. — 23. Article 1225.
LEUR ILLUSTRATION. 45
sans couleurs1. Le manuscrit français 810, qui a fait partie
de l'ancienne librairie du Louvre, nous offre un bon
exemple de ce dernier genre d'histoires. Dans le chapitre
suivant, on trouvera quelques détails relatifs à certains
genres de décoration propres aux manuscrits faits pour le
roi Charles V;
7° Sur les ornements des tranches : psautier peint d'azur
sur les feuillets2; — psautier armoyé sur les feuillets des
armes de Bourbon3; — et sont les feuillets peints à fleurs
de lis4 ; — et sont les feuillets dorés à lozanges bezancées5 ;
— et sont les feuillets historiés0. — L'expression « feuillets
« par dehors historiés à images7 », appliquée aux deux
volumes du Bréviaire de Belleville, désigne certainement
les petits tableaux qui ont été peints sur les marges infé-
rieures de ce beau manuscrit.
Quant aux couvertures et aux ornements accessoires des
livres, fermoirs et pipes servant à fixer les signets, je me
bornerai à citer ici textuellement quelques articles des
inventaires.
En voici une trentaine qui sont empruntés aux premières
pages de l'inventaire de la librairie dressé en 1411. Je
suis l'ordre des cotes que portent les articles dans le ms.
français 2700, fol. 53 et suiv. :
1. Couvert de cuir vermeil à empreintes, à quatre fermouers d'ar-
gent blanc.
2. Jadiz couvert de veluau vert, à deux fermouers d'argent, et de
présent est recouvert de cuir vermeil à empraintes, garny de quatre
fermouers d'argent dorez à une fleur de liz.
1. Articles 985 et 1073.
2. Article 39.
3. Article 49.
4. Article 289. — Le ms. français 2813, qui a appartenu à Charles V, a encore
la tranche peinte à Heurs de lis.
5. Article 120.
6. Article 153.
7. Article 152. — L'expression par dehors équivaut à en dehors de la jus-
tification.
46 CONDITION DES LIVRES.
4. Couvert de cuir rouge, à deux fermouers de cuivre.
6. Couvert de cuir vermeil à empraintes, à deux fermouers de fer.
11. Couvert de cuir blanc, à deux fermouers.
19. Couvert de drap de soye.
20. Couvert de soye à deux fermouers d'argent doré.
24. Couvert de cuir rouge à queue, à quatre fermouers de cuivre.
28. Couvert de soye tannée. -
34. Couvertes de veluau à fleurs de liz, à trois bouillons d'argent,
à deux fermouers d'argent.
36. Couvertes de soyes, à deux fermouers d'argent esmaillez aux
armes de France.
38. Couvertes de veluau inde, à deux fermouers d'argent doré.
54. Couvert de veluau sanguin, doublé de sandal jaune, à deux
fermouers d'argent.
57. Couvert de toile painte, à deux fermouers d'argent.
60. Couvert de drap d'or vert, à deux fermouers d'argent.
65. Couvert d'une chemise de soye asurée à queue, et deux fer-
mouers d'argent dorez.
69. Couvert de cuir rouge empraint, à deux fermouers de laton.
70. Couvert d'un drap d'or mauvais, royé, à deux fermouers d'ar-
gent aux armes de France.
78. Couverte de soye jaune, à deux petiz fermouers d'argent.
80. Couvert de drap d'or marramas, à deux fermouers d'argent
dorez.
82. Couvert de brodeure à fleurs de lis, d'un costé l'Anonciacion,
de l'autre la Trinité; à deux petiz fermouers d'argent dorez.
85. Couvert de cuir très vermeil.
88. La couverture losengée à perles et brodée des armes de Jain-
ville.
89. Couverte de soye, qui jadis fu de drap d'or, à deux fer-
mouers d'argent.
90. A une couverture de soye, et deux "fermouers d'argent des
armes de la royne Jehanne d'Evreux.
92. A deux fermouers d'argent dorez esmaillez.
93. Couvert de drap d'or marramas.
94. Couvert de drap inde et rouge.
96. Couvert de cuir vert.
99. Couvert de soye à queue longue, à deux fermouers d'argent.
103. Couvert d'un sandal jaune à queue.
104. Couvert de cuir paint aux armes de France et de Bourgoigne.
107. Couvert d'une chemise de toille blanche, à deux fermouers
d'argent dorez et dix doux d'argent blanc.
113. Couvert de veluau inde à une fleur de lis de brodure d'or.
LEUR COUVERTURE. 47
Telles étaient les couvertures des volumes qui s'étalaient
à plat sur les longs pupitres des trois salles affectées à la
librairie dans une des tours du Louvre. Bien plus somp-
tueuses encore étaient les reliures des livres tenus à la dis-
position des chapelains et des clercs de la maison royale,
et des volumes qui servaient couramment au roi, aux
princes et princesses de sa famille, peut-être aussi aux
familiers qui suivaient la cour. Les livres de ce genre se
trouvaient dans les appartements des châteaux royaux
affectés à l'habitation du souverain. Aussi sont-ils compris
dans l'inventaire du mobilier, mêlés aux objets du culte,
aux ornements ecclésiastiques, aux joyaux, aux pièces
d'orfèvrerie, à la vaisselle d'argent, aux tentures et tapis-
series. Parmi les nombreux exemples que fournit la publi-
cation de Jules Labarte1, je prendrai les suivants :
1208. Ung grant Missel pour les prelatz, couvert d'une couver-
ture à fleurs de liz d'or sur veluiau azuré, et à deux fermoueurs
d'or à deux escussons d'or à troys fleurs de liz enlevées, et une pipe
d'or à troys pommelles d'or à deux fleurs de lys aux deux boutz.
1215. Ung très bel Messel, bien escript et bien enlumyné, qui
est pour le roy en son oratoire, à deux fermoers d'or hachiez à
fleurs de lys, et les tiroers de chesnettes d'or à ung petit lys au
bout.
2088. Une très belle Bible, en françoys, à deux fermoers d'argent
esmaillez de France, à une chemise de soye à queue.
2099. Unes Cronicques de France, à deux fermoers d'argent dorez,
et ont une chemise de soye à queue.
2850. Unes très petites Heurètes, qui ont les ais d'or, esmaillées
de France et de Navarre et de l'Annonciacion, et sont en petit estuy
de brodeure d'or.
3050. Ung livre couvert de satanin azuré, ouvré de brodeure à
angeloz et elles de papillons, et sont plusieurs Oroisons en latin et
en françoys et plusieurs suffraiges, et n'y a que ung très petit fer-
mouer d'or, aux armes de madame la duchesse mère du roi.
1. Inventaire du mobilier de Charles V. Paris, 1879, in-4°. (Collection de
documents inédits.)
48 CONDITION DES LIVRES.
3051. Item, ung livret où sont les Heures saint Loys de France
et saint Loys de Marceille, à ungs aiz de brodeure à perles, où est
saint Loys de Marceille qui sermonne, à deux petiz fermouers d'or.
3058. Ung livret qui a les aiz couvers de brodeure à fleurs de lys
et petites marguerites, et sont les fueillés pains à fleurs de lys, et à
une pippe où il a ung petit dyamant et deux perles, et deux fer-
moers d'or à deux grosses perles au bout, et est en ung estuy à
fleurs de lys.
3282. Ung Bréviaire, et a les deux fermouers d'or, à tissu d'or
tfrait, et ou fermouer a en chascun ung ruby d'Alixandre et quatre
perles, et est la pippe d'or à ung ballay et à six perles, en ung estuy
fort, fermant à serreure.
3305. Item, unes très parfaictement belles Heures, très noblement
cscriptes et enluminées et très richement ystoriées; et sont cou-
vertes de brodeure à lozanges de France, à la brodeure vermeille
et des armes de Behaigne, et est le lozangeiz de perles, et sont les
fermoers d'or, esmaillez partie desdictes armes; et a sur la bizette
quatre besanceaulx de perles et deux saphirs carrez; et sont en ung
estuy de cuir ferré.
VI.
Origine des livres.
L'origine première d'un assez grand nombre des manus-
crits dont nous nous occupons nous est révélée par les
inventaires de la librairie et du mobilier. Nous y voyons
figurer des volumes qui devaient être depuis plus ou moins
longtemps dans le mobilier de la couronne1 : trois psau-
tiers de saint Louis2, dont deux sont parvenus jusqu'à
nous3, un missel dont les fermoirs étaient aux armes de
Marie de Brabant, femme de Philippe le Hardi4, un bré-
viaire de Philippe le Bel5, plusieurs des ouvrages dont la
composition ou l'exécution matérielle remontait au règne
du roi Jean6. On distingue dans ces inventaires plusieurs
manuscrits que Charles V possédait déjà avant de monter
sur le trône7, et d'autres qui lui échurent, à lui ou à son
fils et successeur Charles VI, à la mort de princesses de la
maison royale :
Jeanne d'Évreux, veuve de Charles le Bel8; Jeanne, fille
de Philippe de Valois, fiancée de Jean d'Aragon 9 ; Isabelle,
fille de Jean le Bon, femme de Jean-Galéas Visconti10;
1. Dans les notes qui vont suivre, les renvois sont faits aux numéros du
Catalogue abrégé de la librairie du Louvre qui est publié à la fin du présent
volume.
2. Articles 45, 46 et 47.
3. Voir plus loin, chapitre XIII, notices xv et xvn.
4. Article 164.
5. Article 128. Voir plus loin, chapitre XIII, notice xix.
6. Voir à l'Appendice une note sur les livres du roi Jean.
7. Articles 122, 128, 174, 181 et 529.
8. Articles 47, 101, 110, 153, 164, 188, 244, 338 bis et 372.
9. Articles 146 et 147. — 10. Articles 162 et 246.
4
50 ORIGINE DES LIVRES.
Marie, sœur de la précédente, femme de Robert, duc de
Bar1; la reine Jeanne de Bourbon2.
Grâce aux inventaires, nous connaissons les noms des
personnages qui ont contribué par des cadeaux à l'enri-
chissement de la librairie du Louvre. Ce sont des auteurs :
Jean de Cardailhac3 et Raoul de Presles4;
Des souverains étrangers : le roi de Jérusalem et de
Sicile5; un roi d'Espagne, probablement Henri de Trans-
tamare, roi de Castille6;
Des princes ou des barons français : la duchesse d'Or-
léans7, fille de la reine Jeanne d'Évreux; le duc d'Anjou8,
le duc de Berry9, le comte d'Harcourt10;
Des prélats : l'archevêque d'Embrun11, le cardinal de
Boulogne12, le cardinal Jean de Dormans13, Miles de Dor-
mans, évéque de Beauvais14;
1. Article 180.
2. Articles 49, 103, 112, 121, 122, 149, 163, 184, 248, 271, 282, 331, 373, 459,
526, 932, 973, 1106, 1119 et 1131.
3. Article 1016 : « Un livre nommé Royal, que fit et donna au roi le patriarche
d'Alexandrie, et y est du roi Piètre et du roi Henri, en latin. »
4. Article 1066 : « La Muse maistre Raoul de Praelles. » — Cf. article 505 :
« Philosophie morale... Donné à maistre Raoul de Praelles quant il donna la
Muse. »
5. Article 812. Il s'agit du Contenant de Rhasès, ms. latin 6912, qui dut être
envoyé à Philippe de Valois par Robert, roi de Sicile.
6. Sur une Histoire de Troye en prose, envoyée par le roi d'Espagne, voir le
ms. français 24396, fol. 23 a.
7. Articles 371 et 1049. — C'est pour cette princesse, femme du duc Phi-
lippe, fils du roi Philippe de Valois, que fut exécuté un beau livre d'heures
aujourd'hui conservé au château de Wernigerode et dont j'ai donné la descrip-
tion dans la Bibliothèque de l'École des chartes, en 1885, t. LXV1, p. 490-539.
8. Article 819 et peut-être 264.
9. Articles 534, 1206 et peut-être 352. — On lit dans un compte de l'année
1374 : « A Estienne de Courbuelh, messagier à pie, envoyé de Lezignan à
« Bourges quérir unes eures de mons. (de Berry), pour porter à Paris au sire
« de Partenay, qu'il les bailla au roy. » Arch. nat., KK. 252, fol. 28 v°. (Note
de Douët d'Arcq.)
10. Article 1155; cf. l'article 1139.
11. Article 351.
12. Article 360.
13. Article 166. — 14. Article 3.
LIVRES DONNÉS AU ROI. 51
Différents officiers attachés à la maison royale ou pour-
vus de charges administratives : Gilles Malet1, Gervais
Chrétien2, Jean de Vaudetar3, Nicole de Vaircs4, un prévôt
de Paris5 et un gouverneur du bailliage d'Amiens6.
Parmi les plus beaux volumes de la librairie royale
devaient se trouver des manuscrits offerts au roi soit
comme étrennes de nouvel an, soit à l'occasion de la
Sainte-Agnès, fête du 1 9 janvier, jour anniversaire de la
naissance de Charles V7.
Les rédacteurs des inventaires ont prêté beaucoup d'at-
tention aux armoiries peintes sur les volumes qui passaient
sous leurs yeux. C'est ainsi qu'ils signalent les armes
d'Athènes8, d'Auxerre9, de Belleville10, de Castille11, de
Ghambli12, de Constantinople13, de Foix14, d'Harcourt15,
de Joinville16, de Navarre17, de Préaux et de Crespin18.
Ces armoiries rappellent d'anciens propriétaires, dont les
noms sont parfois indiqués en toutes lettres. Tels sont ceux
de saint Pierre de Luxembourg19, des papes Clément VI et
1. Articles 32, 43, 72, 74, 77, 81, 82, 85, 87, 89, 90, 113, 291, 299, 772, 790,
906, 909, 940, 990, 997, 1100 et 1126. Voir plus haut, p. 15.
2. Article 810 et peut-être 809.
3. Article 21.
4. Article 28.
5. Article 70.
6. Article 1169.
7. Voir ce que j'ai dit à ce sujet dans le Journal des Savants (mai 1906,
p. 235), à propos de la merveilleuse coupe d'or du Musée britannique, aux
émaux représentant des scènes de la vie de sainte Agnès.
8. Article 182.
9. Article 859.
10. Articles 152 et 183. Olivier de Clisson était seigneur de Belleville.
11. Article 48.
12. Articles 50, 251 et 916.
13. Article 261.
14. Article 272 bis.
15. Article 344.
16. Article 52.
17. Articles 17, 41, 218, 245 et 217 bis.
18. Article 256.
19. Article 66.
52 ORIGINE DES LIVRES.
Urbain V1, de Jean de Graon, archevêque de Reims2, de
Jean Royer, évêquede Meaux3, de Pierre deVillars, évêque
de Troyes4, de Waleran, comte de Saint-Paul5, de Jean,
comte d'Harcourt6, de la comtesse de Pembroke7, de la
dame d'Avaugour8, du sire d'Andresel9, de Pierre d'As-
nières10, de Jacques de Rue11, de Philippe de Maisières12,
de Raoul de Presles13, de Martin de Melou14, de Jean de
Vaubelon15, de Gencien Tristan16 et de Jean de Marigny17.
Les livres du comte de Saint-Paul étaient sans doute
entrés dans le domaine royal par suite de la disgrâce qu'il
encourut lors de son mariage avec la sœur utérine de
Richard II. Les « très parfaitement belles heures, très nota-
ce blement écrites d'or et d'azur, et très richement historiées
« et enluminées partout » , qui furent mises dans la chambre
du roi à Vincennes18, venaient d'une saisie faite en 1372
sur Yolande de Flandre, comtesse de Rar et de Longue-
ville19. Les livres de Jacques de Rue durent être confisqués
au moment de l'arrestation ou du jugement de ce confident
1. Articles 51 et 150.
2. Article 345.
3. Article 182.
4. Articles 4, 5, 1050 et 1051.
5. Articles 154, 251, 403, 407, 941, 951, 952, 1033, 1192.
6. Article 273.
7. Article 1026.
8. Article 151.
9. Article 991.
10. Article 361.
11. Articles 903, 1090, 1095, 1125 et 1132.
12. Article 1041.
13. Article 976.
14. Article 155.
15. Article 30.
16. Article 123.
17. Articles 525, 605, 617, 627, 052, 656, 694, 698, 808, 817, 822, 825, 827, 834,
835, 840, 841, 842, 848, 850.
18. Article 242.
19. Voir la notice XXXI dans le chapitre relatif aux livres de Charles V
parvenus jusqu'à nous.
LIVRES CONFISQUÉS. 53
de Charles le Mauvais. On peut en dire autant de ceux de
Jean de Marigni, malheureux médecin qui fut exécuté en
13781.
Nous aimons à croire que des moyens aussi rigoureux
furent rarement mis à profit pour enrichir la librairie du
Louvre. En effet, il est certain que la plupart des manus-
crits qui la remplissaient furent achetés ou copiés par
Charles V. Ce prince se fît céder par les moines de Saint-
Lucien de Beauvais une très belle bible latine, bien écrite
et bien historiée2. En 13721, il acheta de Jean Golein, pour
500 francs, une bible en deux volumes et deux Concor-
dances3. L'année suivante, il ordonna de payer 50 francs
pour un exemplaire du livre de Thomas de Cantimpré*.
Frédéric Cornier lui fit venir trois grands volumes de vies
de saints qui lui avaient été vendus par les Jacobins de
Venise5.
En 1372, il se fit remettre par Gérard de Montaigu des
livres hébraïques qui étaient déposés au Trésor des chartes,
et dont les uns furent incorporés dans la librairie du
Louvre et d'autres prêtés à des Juifs, notamment à un
nommé Menecier. Huit volumes hébreux furent mis à la
disposition de l'astrologue du roi, maitre Thomas de Bou-
logne6.
Jean de Neufchâtel, chanoine de Saint-Merri, mort le
31 mars 1380, laissait une collection d'environ 80 manus-
crits, qui, par ordre du roi, furent portés à l'hôtel de
1. Le 7 septembre 1378, le roi ordonna de payer le salaire dû à un sergent à
verge du Chàtelet, pour avoir gardé « maistre Jehan de Marigny, phisicien,
prisonnier oudit Chastellet, qui pour ses démérites a esté excequtez. » Mande-
ments de Charles V, p. 873, n° 1785.
2. Article 2.
3. Extrait de la Chambre des comptes par Dupuy; Collection Dupuy, 755,
fol. 98.
4. Ibid.
5. Article 914.
6. Voir l'Appendice, IX.
54 ORIGINE DES LIVRES.
Gilles Malet, pour que celui-ci pût choisir et retenir les
volumes utiles à la librairie royale1.
M. Omont a reconnu trois articles de l'inventaire de Jean
de Neufchàtel qui paraissent bien avoir été retenus par
Gilles Malet et qu'on reconnaît sur l'Inventaire du Louvre :
1. L'Istoire de Troyes la grant, versefiée en françois, commen-
çant ou 11e feuillet pour ce quil vit. — (N° 1207 de mon édition de
l'Inventaire des livres de Charles V.)
4. Un texte du livre des Sentences, commençant ou ne feuillet
numéro. — (N° 311 du même Inventaire.)
73. Boèce, de Consolation, commençant et dolor. — (N° 499 de
cet Inventaire.)
On avait laissé passer, sans en profiter, l'occasion de se
procurer de bons livres en 1 362, au moment où fut inven-
toriée la bibliothèque de Robert Le Coq, à la suite d'une
confiscation remontant à quatre années2. *
1. L'inventaire et la prisée de cette bibliothèque ont été publiés par M. Omont
dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, année 1889, p. 163-169,
d'après le ras. français 11455.
2. La Bibliothèque d'un avocat du XIVe siècle : Inventaire estimatif des
livres de Robert Le Coq, publié par Delacbenal, dans la Nouvelle Revue his-
torique de droit français et étranger, t. XI, année 1887, p. 524-537, d'après
le recueil de Menant, ras. 5870 du fonds Leber à Rouen, t. III, fol. 119.
VII.
Caractères propres aux livres de Charles V. — Armes. —
Supports de l'écu. — Miniatures de présentation. — Bor-
dures TRICOLORES.
Ce qui doit le plus nous intéresser dans la composition
de la librairie du Louvre, ce sont les volumes qui furent
copiés et enluminés sous le règne et aux frais de Charles V.
On verra un peu plus loin, dans un chapitre spécial, des
notes relatives aux scribes et aux peintres qui furent
employés à cette besogne. Pour le moment, je dois me bor-
ner à quelques observations sur différents caractères aux-
quels on peut, dans une certaine mesure, reconnaître les
livres exécutés pour le roi.
Les armes de France décorent les frontispices de plusieurs
des manuscrits de Charles V : les fleurs de lis y sont tan-
tôt sans nombre1, tantôt réduites à trois2. — Dans le
ms. français 1792, à côté des armes de France, se voit
un écartelé de France et de Dauphiné. — Le ms. 3348
(jadis 5365) de Bruxelles nous offre le même écartelé, avec
une bordure de gueules.
Souvent, dans ces manuscrits, les armes de France ont
des anges pour supports. J'en ai remarqué des exemples
dans les manuscrits français 1950, 2813 et 22913 de la
Bibliothèque nationale, et dans la traduction française des
Éthiques du Musée Méermanno-Westréenien de La Haye.
Je crois devoir attirer d'une façon particulière l'at-
1. Exemples dans les mss. de la Bibliothèque nationale, fr. 1792, 22913 et
Nouv. acq. 4515. Voir aussi Besançon 434, et Bruxelles 3348 (jadis 5365).
2. Exemples dans les mss. de la Bibliothèque nationale, fr. 1792 et 22913.
56 CARACTERES DES LIVRES.
tention sur les deux lions à longues queues qui accompa-
gnent assez fréquemment l'écu fleurdelisé. On les rencontre
dans le Valère Maxime (ms. français 9749) ; dans deux
exemplaires de la Cité de Dieu (mss. français 22913 et
Angers 162); dans l'Enseignement des princes (Besan-
çon 434), dans la Vie de saint Rémi (Bruxelles 3348) et
dans le Songe du verger du Musée britannique. L'écu placé
entre les lions est resté vide dans le ms. français 10135
(Grandes Chroniques de France), dans la Légende dorée de
la bibliothèque Mazarine (n° 1 729) et dans une Bible histo-
riale de Copenhague (De Thott, fol. 6). L'origine royale de
ces manuscrits n'est pas douteuse.
Je connais deux manuscrits exécutés avec luxe, du temps
de Charles V, dans lesquels deux lions du type dont il est
ici question ne servent pas de support aux armes royales ;
l'un est une Cité de Dieu en français, qui appartient à
M. Henri Yates Thompson1, l'autre est une Cité de Dieu en
latin conservée au Musée britannique2.
Je suis porté à croire que ces deux manuscrits avaient
été copiés pour le roi, et que, par suite de circonstances
restées inconnues, ils n'ont point pris place dans la librairie
du Louvre, soit que le roi n'en ait pas reçu livraison, soit
qu'il en ait disposé en faveur d'un membre de sa famille
ou d'une personne de son entourage.
La Cité de Dieu en français a appartenu à Jean, duc de
Berry, frère du roi.
Quant à la Cité de Dieu en latin, les deux lions qu'on y
voit au bas d'une page servent de supports à un écu chargé
d'une molette d'éperon, au chef de trois bandes3. M. Ernest
1. Des séraphins planant dans les airs servent de supports aux armes du duc
de Rerry qui décorent un volume de la Cité de Dieu appartenant à M. Henri
Yates Thompson.
2. Mss. addit. 15244 et 15245.
3. J'en ai donné la reproduction dans les fac-similés de livres copiés et enlu-
minés pour Charles V, pi. XII, n" 2.
ARMES DU ROI. 57
Petit a bien voulu me faire observer que ce sont les armes
gravées sur le sceau appendu en 1337 à une quittance de
« Hugonin Aubriot1 », le même, peut-être, qui depuis fut
prévôt de Paris, et qui, sous le nom de Hugues Aubriot,
jouit encore d'une grande notoriété.
Ce qui vient d'être dit des lions de ces deux Cités de
Dieu ne pourrait pas, jusqu'à un certain point, s'appliquer
à un Missel écrit de « lettre boulonnoise », qui appartint
un moment au duc de Berry et sur le frontispice duquel
on remarquait les deux lions servant de supports à l'écus-
son d'un cardinal, ainsi décrit sur un inventaire des livres
du prince : « Un escu aus armes de France, à un chef d'or,
« tenu de deux lions, et dessus le chapel d'un cardinal2. »
Ce n'est pas seulement dans les manuscrits que nous ren-
controns les lions de Charles V. Une charte de ce prince,
en date du 20 juillet 1366, relative à une fondation faite
dans la cathédrale de Rouen, est ornée d'une grande ini-
tiale tracée à la plume, dans laquelle Charles V est repré-
senté à genoux devant la Vierge, sous une arcade au-dessus
de laquelle sont deux écus, l'un de France aux fleurs de lis
sans nombre, l'autre écartelé de France et de Dauphiné;
chacun des deux écus est soutenu par un lion accroupi3.
Il y a aussi deux lions aux pieds du roi dans l'initiale de la
charte relative à l'inaliénabilité de l'hôtel Saint-Paul, en juil-
let 1 364 4. De même un lion aux pieds du roi dans l'initiale
d'une charte de l'abbé de Royaumont en 1 374 5.
Il était assez habituel de faire peindre au commencement
des exemplaires destinés au roi la remise du livre entre les
mains du souverain par l'auteur ou le traducteur. Toute-
1. Voir Y Histoire des ducs de Bourgogne, de M. Ernest Petit, t. VIII, p. 373.
2. Inventaire des livres du duc de Berry, article 71.
3. Musée des Archives nationales, p. 219.
4. Ibid., p. 218.
5. Archives nationales, J. 465, n° 48.
58 CARACTÈRES DES LIVRES.
fois cette scène a été souvent reproduite dans les copies
faites pour d'autres personnages et dans celles que les
libraires devaient mettre en vente. Je considère comme
exemplaires originaux de présentation les manuscrits sui-
vants, que j'énumère en les rangeant dans l'ordre adopté
plus loin pour les notices du chapitre XIII :
V. Traduction de la Bible par Raoul de Presles. Musée britan-
nique, Lansdowne, n° 1175.
VII. La Bible historiale copiée en 1372 par Raoulet d'Orléans et
offerte au roi par Jean de Vaudetar. Musée Meermanno-Westrée-
nien à La Haye. La présentation du livre est le sujet d'un grand
tableau, d'autant plus précieux qu'il est accompagné d'une inscrip-
tion faisant connaître le nom du peintre : « Johannes de Brugis,
pictor régis, fecit hanc picturam propria sua manu. »
XI. Second volume de la Bible historiale, copiée en 1362 par
Raoulet d'Orléans. Le dauphin Charles y est représenté en prières
devant la sainte Vierge. Ms. français 5707.
XII. Le Rational de Guillaume Durant, traduit par Jean Golain.
Ms. français 437. Sur le frontispice, le traducteur est représenté
assis aux pieds du roi qui lui ordonne de traduire l'ouvrage de
Guillaume Durant; derrière le roi se tiennent debout ses deux
jeunes fils, le dauphin Charles et Louis, duc d'Orléans. De l'autre
côté, face au roi, le peintre a figuré la reine Jeanne de Bourbon,
avec ses deux filles, Marie et Isabelle.
Un petit tableau assez semblable a été peint en grisaille
dans l'initiale de la charte1 par laquelle les religieux de
Royaumont s'engagent, le 14 septembre 1374, à célébrer
des messes à l'intention du roi, de la reine et de leurs
enfants. On y a représenté, comme dans la miniature du
Rational, le roi avec ses deux fils, et la reine avec ses deux
1. Au Trésor des chartes, pièce 48 du carton J. 465 des Archives nationales.
Voir le Mémoire du comte François Delaborde : Une charte historiée des
Archives nationales, dans le volume du Centenaire de la Société des Anti-
quaires de France, 180b-190b, p. 93. Un fac-similé de l'en-téte de la charte
est héliogravé dans le même volume, pi. V.
EXEMPLAIRES DE PRÉSENTATION. 50
filles. Voir aussi le manuscrit indiqué un peu plus bas
(p. 60) sous le n°LIV.
De ces deux peintures, on peut, je crois, rapprocher une
miniature du manuscrit 434 de Besançon1, que Gastan2 a
décrite comme il suit :
« Un tableau fort curieux est celui qui représente
« un roi et une reine, avec leurs enfants, trois garçons
« et deux filles en bas âge, revêtus de petits costumes de
« damoiseaux et de damoiselles. »
Les trois garçons seraient les princes qui furent les ducs
d'Anjou, de Berry et de Bourgogne. Une réplique de ce
tableau est dans une autre copie du même ouvrage de Jean
de Vignai (ms. français 1 728 de la Bibliothèque nationale).
XXX. Les Heures de Savoie. Ms. E. V. de l'Université de Turin,
volume aujourd'hui détruit, dans lequel Charles V était représenté
un grand nombre de fois.
XXXII. Le livre du sacre. Musée britannique, Cottonien, Tibe-
rius, B. VIII.
XXXV, XXXVI. La Cité de Dieu, traduite par Raoul de Presles,
qui est représenté (fol. 3) offrant son livre à Charles V. Ms. fran-
çais 22912.
XXXIX. Les Homélies de saint Grégoire, offertes par une dame
au roi. Ms. 2247 de l'Arsenal.
XLII. Le livre des Propriétés des choses, traduit par Jean Cor-
bichon. Ms. 2953 (jadis 9094) de Bruxelles. Ce n'est peut-être
qu'une réplique de l'exemplaire du roi.
On en peut dire autant de plusieurs autres exemplaires
du même ouvrage : le ms. français 1 6993 delà Bibliothèque
nationale, le manuscrit qui a porté le n° 34 dans le fonds
Barrois et qui a été en vente à Florence en 1 903 et à Franc-
fort en 1905, etc.
1. Sur ce manuscrit, voir plus loin, dans le chapitre XIII, la notice liv, et
dans le t. XXXII du Catalogue des manuscrits des départements, p. 250-253,
la description du ms. 434.
2. Bibliothèque de l'École des chartes, 1882, t. XLIII, p. 215.
60 CARACTÈRES DES LIVRES.
M. III. Les Noies de Dieu, traduction française offerte au roi par
Jacques Bauchant. Ms. français L792.
LUI. Les Éthiques d'Aristote, traduites par Nicole Oresme. Musée
M( •■ rinaimn-W estréenien à La Haye. L'hommage du livre au roi est
figuré sur le fol. 5.
LIV. Les Éthiques d'Aristote, traduites par Nicole Oresme.
Ms. 2904 de Bruxelles. Voici les sujets traités dans trois comparti-
ments de la peinture du frontispice : Nicole Oresme offrant son
livre au roi ; le roi et la reine assis, une fdle auprès de la reine,
deux garçons derrière le roi; un professeur en chaire, avec des
auditeurs parmi lesquels se trouve le roi.
I.\ I. Les Politiques et les Economiques d'Aristote. Ms. de M. le
comte de Wasiers. Présentation du livre au roi par Nicole Oresme.
LIV. Le livre de l'Enseignement des princes. Ms. de Besançon,
n° 434. Le roi est représenté deux fois sur le frontispice : dans un
compartiment, il assiste à la messe; dans l'autre, il converse avec
des prélats et des seigneurs.
L\. Le livre du Gouvernement des rois. Ms. français 1728.
Béplique d'une partie du manuscrit précédent.
LXI. Le livre de l'Information des princes, traduit par Jean
Golein. Ms. français 1950. Hommage du livre au roi.
LXII. Version française par Denis Foulechat du Policratique de
Jean de Salisburv. Ms. français 24287. Ce pourrait n'être qu'une
réplique de l'exemplaire du roi. Le frontispice représente le roi dans
son étude.
IAYI. Traité de la sphère. Ms. 182 du Collège de Saint-Jean à
Oxford. Le roi y est représenté dans son étude sur le fol. 1, et rece-
vant le livre au fol. 33.
I.WIX. Opuscules de Bernard Gui, traduits par Jean Golein.
Ms. 697 du fonds de la reine au Vatican. En tête, miniature repré-
sentant la réception du livre par le roi.
LXXXI. Valère Maxime, traduit par Simon de Hesdin. Ms. fran-
çais 9749. Sur le frontispice se voit le traducteur faisant l'hommage
de son livre à Charles V.
XC. Les Grandes Chroniques de France. Ms. français 2813, qui
avoir été terminé en 1379 et dans la dernière partie duquel
ont été figurées plusieurs scènes de la vie de Charles V.
Je recommanderai pour l'étude de l'iconographie de
Charles V les manuscrits désignés ci-dessus sous les nos VII,
XI, XII, XXX, XXXII, XXXV-XXXVI, LUI, LIV et XG. Des
ICONOGRAPHIE DU ROI. Gt
représentations contenues dans ces manuscrits, il convien-
dra de rapprocher celles que nous offrent les initiales des-
sinées à la plume en tête de plusieurs chartes du règne de
Charles V, savoir :
Juillet 1364. Charte relative à l'inaliénabilité de l'hôtel Saint-Paul.
Archives nationales, J. 154, n° 5. — Dessin reproduit dans le Musée
des Archives nationales, p. 218. Cf. la notice d'Edouard Dupont,
Notices et documents publiés [en 1884] pour la Société de l'Histoire
de France, p. 189.
Janvier 1366 (peut-être 1367, n. st.). Charte dont le C initial ren-
ferme le buste de Charles V. — Archives nationales, J. 358, n° 12.
20 juillet 1366. Charte relative à une fondation faite par le roi
dans la cathédrale de Rouen. Archives nationales, J. 463, n° 53. —
Reproduction dans le Musée des Archives nationales, p. 219. Cf. la
notice d'Ed. Dupont, dans l'ouvrage précité, p. 189.
Janvier 1372 (n. st.). Charte relative au don d'une parcelle de la
Vraie Croix fait par Charles V à son frère le duc de Berry. Archives
nationales, J. 185, n° 6. — Fac-similé lithographie dans plusieurs
exemplaires de l'ouvrage du comte de Bastard sur les Peintures et
ornements des manuscrits \ et gravure dans le Musée des Archives
nationales, p. 225. Cf. la notice d'Ed. Dupont, dans l'ouvrage pré-
cité, p. 189.
14 septembre 1374. Charte de Pierre, abbé de Royaumont. Archives
nationales, J. 465, n° 48. — Dans l'initiale sont représentés le roi
et la reine avec leurs deux fils et leurs deux filles ; à leurs pieds,
l'abbé et quatre moines de Royaumont. (Communication de M. le
comte François Delaborde.)
Janvier 1377 (n. st.). Charte de fondation du couvent des Céles-
tins de Limai près Mantes. Archives de Seine-et-Oise. Dans l'ini-
tiale, Charles V, à genoux devant une représentation de la Trinité,
remet un rouleau à un groupe de religieux agenouillés devant lui;
au-dessus de la tête du roi, les armes de France à trois fleurs de lis,
soutenues par deux anges qui planent dans les airs. — Dessin repro-
duit dans le Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts
de la France (1857-1860), t. IV, p. 239, et dans le Musée des
archives des départements, planche XLIV, notice 119.
1. Les Collections de Bastard d'Eslang à la Bibliothèque nationale, par
L. Delisle, p. 267.
62 CARACTÈRES DES LIVRES.
Novembre 1379. Charte de fondation de la Sainte-Chapelle de
Vincennes. Double exemplaire aux Archives nationales, L. 852,
n° 1. — Gravure dans le Musée des Archives nationales, p. 232 et
233. Cf. la notice d'Éd. Dupont, ouvrage précité, p. 191.
L'étude iconographique qui reste à faire sur les représen-
tations de Charles V resterait incomplète s'il n'y était pas
tenu compte des monuments sculptés1 et d'objets divers
tels que la parure d'autel en soie du Musée du Louvre, sur
laquelle se voient Charles V et sa femme Jeanne de Bourbon
à genoux au pied du calvaire2.
Plusieurs des manuscrits exécutés pour Charles V pré-
sentent une particularité assez remarquable. Les miniatures
en sont encadrées dans des bordures tricolores, tantôt
bleu, blanc et orange ou rouge, tantôt orange ou rouge,
blanc et bleu. Ces couleurs constituaient bien la livrée de
Charles V. Ce qui le prouve, c'est que sur le beau portrait3
peint en 1 371 en tête de la Bible du Musée Méermanno-
Westréenien, le fauteuil sur lequel est assis le roi et le dais
circulaire suspendu au-dessus de sa tête sont ornés de bor-
dures aux trois couleurs, rouge, blanc et bleu.
Les manuscrits de la seconde moitié du xive siècle dont
les miniatures ont une bordure à ces trois couleurs sont
assez nombreux. Je n'en ai pas rencontré moins de soixante-
seize4, savoir :
Bibliothèque nationale : Latin 461, Second volume des Postilles
de Nicolas de Lire.
1. Voir les indications assez confuses données par Hennin, les Monuments
de l'Histoire de France, t. V, p. 70-72.
2. Sur cette parure, venue de la cathédrale de Narbonne, voir la notice de
Montaiglon, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1852, troisième
série, t. III, p. 552.
3. Reproduit en chromolithographie au commencement de l'édition de l'In-
ventaire du mobilier de Charles V, par Jules Labarthe.
4. Je n'ai pas porté sur cette liste le ms. français 3372 des Nouv. acq. (Grandes
Chroniques de France), dont le frontispice est signalé comme refait, dans le
ENCADREMENTS TRICOLORES. 63
Bibliothèque nationale : Latin 835, Missel.
— Latin 861, Missel.
— Latin 1082, Heures ou Psautier férial de la chapelle de l'hôtel
du roi (XVIII).
— Latin 11G9, Heures. — Sur le folio 82 v° du ms. 1169, on lit
cette souscription : « Alanus scripsit has horas; uxor ejus
« illuminavit eas. »
— Latin 4040, Lettres de Clément IV. Le mémoire des sommes
dues à l'enlumineur qui a exécuté les peintures du ms.
latin 4040 se trouve au fol. 140 v° de ce volume : « Une
ystore, x s.; vcxliii lettres, le cent vi s., valent xxxn s. vi d.;
cl entrelinares, xvm d.; somme : xliiii s. »
— Latin 13836, dernière partie de la compilation historique
d'Yves, moine de Saint-Denis.
— Latin 14270, Répertoire moral de Pierre Bersuire.
— Latins 16759, 16771, 16776, 16780, 17217, 17222, 17234 et
17272. Huit volumes de différents livres de la Bible glosée.
— Français 1, Bible anglo-normande.
— Français 5, Bible historiale.
— Français 31 et 32, Tite-Live en français.
— Français 157, Second volume de la Bible historiale.
— Français 158, Second volume de la Bible de Raoul de Presles.
— Français 159, Bible historiale.
— Français 161 et 162, Bible historiale copiée par GeoffroiGodion.
— Français 169, Nouveau Testament.
— Français 174, Second volume de la Cité de Dieu.
— Français 204, Politiques, Économiques et Éthiques d'Aristote.
— Français 210, Problèmes d'Aristote, traduits par Evrart de
Conti.
— Français 246, Compilation d'histoire universelle, datée de 1364.
— Français 269-272, Tite-Live en français.
— Français 823, les Pèlerinages de Guillaume de Degulleville,
copie datée de 1393.
— Français 962, Psautier latin français.
— Français 1728, le Gouvernement des rois.
— Français 1950, l'Information des princes.
— Français 2813, Grandes Chroniques de France (XC).
Catalogue de la bibliothèque de Didot, vente de 1881, n° 65. — Les cotes ajoutées
en chillres romains à la fin de certains articles, entre parenthèses, renvoient aux
notices sommaires dont les manuscrits correspondants ont été l'objet dans le
chapitre XIII du présent ouvrage.
64 CARACTÈRES DES LIVRES.
Bibliothèque nationale : Français 5707, Bible copiée en 13G2 par
Baoulet d'Orléans (XI).
— Français 10135, Grandes Chroniques de France (XCIII).
— Français 12593, Boraan de la Rose.
— Français 16993, Propriétés des choses (XLII).
— Français 20090, Bible historiale (VIII).
— Français 22921, Lamentations de saint Bernard, etc.
— Français 24209, Guillaume de Tyr, en français.
— Français 24287, Version française du Policratique de Jean de
Salisbury, par Denis Foullechat (LXII).
— Français 24388, Roman de la Rose. — On lit à la fin de ce
manuscrit : « Iste liber emptus fuit a Petro dicto Chevalier,
in vico novo Béate Marie Parisiensis a me supscriplo : ST.
REMENSIS. »
— Français 4508 des Nouvelles acquisitions, Epitres et évan-
giles en français (XIV).
— Français 4515 et 4516 des Nouvelles acquisitions, Voyages de
Jean de Mandeville (LXXIII).
Bibliothèque Mazarine, ras. 1729, Légende dorée (LXXXII).
Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 777, Tite-Live, en français
(LXXX).
Musée Du Tuit à Paris, n° 95 du Catalogue de Bahir, Coutumier
de Normandie.
Bibliothèque d'Angers, ms. 162, Premier volume de la Cité de
Dieu, en français (XXXVIII).
Bibliothèque de Besançon, ms. 55, fragment d'un Bréviaire à
l'usage des Dominicains, dans lequel, au fol. 92 v°, en tête
de l'office de l'Avent, est une petite miniature à bordure
tricolore (Notre-Seigneur sur les nuages venant juger les
hommes).
— ms. 434, l'Enseignement des princes (LIX).
Bibliothèque de Bordeaux : ms. 730, Tite-Live en français (cité
d'après le Catalogue général, t. XVIII, p. 372; une notice plus
développée a été insérée dans le Catalogue des manuscrits de la
bibliothèque de Bordeaux, publié en 1880 par M. Delpit, p. 311).
Musée Condé à Chantilli, Légende dorée (LXXXII).
Bibliothèque de Grenoble, ms. 42, la Bible en français par Raoul
de Presles.
Cabinet du comte de Wasiers à Lille, Traduction des Politiques
d'Aristote (LVI).
Bibliothèque de Lyon : ms. 182, jadis 116, troisième volume du
ENCADREMENTS TRICOLORES. 65
« Spéculum historiale » de Vincent de Beauvais : « Explicii
terciura volumen Speculi hystorialis, scriptum per Johanneni
de Germignyaco, anno Doraini M0 CCC° XLVI, die rnarlis
ante nativitatem ejusdera Domini. » (Cité d'après le Cata-
logue général, t. XXX, p. 37.)
Bibliothèque de Lyon : ms. 880, jadis 786, Grandes Chroniques
de France, copiées par Perrin Le Cerf.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2073, jadis 9507, le Livre
des Abeilles de Thomas de Cantimpré (XLI).
— ms. 2902, jadis 9505, Traduction des Éthiques d'Aristote, par
Nicole Orême.
— ms. 2904, jadis 11201, Traduction des Politiques et des Éco-
nomiques d'Aristote, par Nicole Orême.
— ms. 2953, jadis 9091, Livre des Propriétés des choses (XLII).
— ms. 3421, jadis 9227, Légende dorée (LXXXII).
— ms. 9091, Epîtres de Sénèque en français (LVIII).
Bibliothèque de l'Université de Cambridge : DD. 5, 5, Partie d'été
d'un bréviaire franciscain, ayant appartenu à Marie de Saint-Paul,
comtesse de Pembroke. Ms. signalé par M. Paul Meyer, dans Roma-
nia, t. XV, p. 350.
Bibliothèque royale de Copenhague, fonds De Thott, fol. n° 6,
Bible historiale (IX).
— fol. n° 429, Dernière partie du Miroir historial.
— fol. n° 431, Histoire universelle.
Bibliothèque de Genève, ms. français 77, Tite-Live en français.
Musée méermanno-westréenien, à La Haye. Bible historiale, copiée
en 1372 (VII).
Bibliothèque de l'Université de Leyde, Voss. gall., fol. 3 a, pre-
mier volume du Miroir historial.
Musée britannique à Londres : Royal, 16, G. vu, Histoire uni-
verselle.
— Lansdowne, 1175, Premier volume de la Bible française de
Raoul de Presles (LXV) .
— Addit. 21143, Grandes Chroniques de France; exemplaire
ayant porté le n° 8298.4 à la Bibliothèque du roi.
— Cabinet de M. H. Yates Thompson à Londres : les Heures
de Jeanne de France, reine de Navarre.
Bibliothèque bodléienne, à Oxford : n° 249 des mss. Canonici,
Mise. Seconde partie d'une Bible historiale. (Note de M. Paul Meyer.)
Collège Saint-Jean à Oxford : ms. 102, Traité de la sphère.
Cabinet de M. S. C. Cockerell, à Richmond Hill (Surrey). Roman
de la Rose.
5
66 CARACTÈRES DES LIVRES.
Bibliothèque universitaire de Turin : E. V., Heures de Savoie.
(Brûlé en 1904.)
Bibliothèques inconnues : Boman de la Bose, exemplaire de la
bibliothèque Didot, n° 33 de la vente de 1878. Peut-être
l'exemplaire du cabinet de Paillet, annoncé dans le Bulletin
mensuel de la librairie Damascène Morgand, février 1887,
p. 101 et 102, n° 12199.
— Bible historiale en deux volumes reliés aux armes de François
de Neuville Villeroy, archevêque de Lyon; en vente le
1er décembre 1891 chez Quaritch. Catalogue 48 de ce
libraire, p. 34, article 261.
— Bible historiale, en deux volumes, ayant appartenu à la famille
de Clermont-Tonnerre, puis à Lamoignon et au duc de
Hamilton; annoncés sur le même catalogue, p. 33, n° 260.
— Deux feuillets d'un Missel, représentation de Dieu sur son
trône et du Christ en croix assisté de sa mère et de saint
Jean; vente de la bibliothèque Didot en 1884, n° 64.
— Exemplaire du Livre des Propriétés des choses, qui a porté le
n° 34 dans le fonds Barrois et qui a été en vente en 1903
chez Olschki à Florence, et en 1905 chez Baer à Francfort [?].
Sur ces quatre-vingt-quatre manuscrits, il y en a vingt-
trois ou vingt-quatre tout au plus qui soient reconnus avoir
été possédés par Charles V. Il n'est donc pas possible
d'adopter l'opinion de Paulin Paris et de Lacabane, qui
croyaient que les miniatures encadrées de bordures trico-
lores annoncent toujours le règne de Charles V * . A coup sûr,
l'encadrement tricolore n'est pas un caractère spécial aux
livres faits pour Charles V. Il y a plus. Cet ornement ne
peut pas même être donné comme exclusivement propre
aux manuscrits décorés par les enlumineurs de ce roi ou
1. « La bande tricolore qui encadre la première miniature et qui se rapporte
toujours au règne de Charles V... » P. Paris, Les Manuscrits françois, t. I,
p. 3. Cf. l'édit. des Grandes Chroniques, t. VI, p. 493, dans laquelle l'auteur
ne maintient pas son opinion sur la valeur des bandes tricolores. — Voici ce
que dit Lacabane {Bibliothèque de l'École des chartes, 1840-1841, t. II, p. 71),
à l'occasion du ms. des Grandes Chroniques aujourd'hui coté 2813 : « La bande
tricolore qui en accompagne les miniatures prouverait suffisamment qu'il a
appartenu à Charles V. En effet, cette bande, quelle qu'en soit l'origine ou la
signification, annonce toujours le règne de ce roi. »
ENCADREMENTS TRICOLORES. 67
exécutés sous son règne. On le trouve aux fol. 1 et 15 du
manuscrit français 823 qui porte, au fol. 168 v°, une date
authentique : « L'an M. CGC. II1F* et XIII, le pénultime jour
d'avril. » Je dois encore faire observer que la bordure tri-
colore entoure les armes de la famille d'Orgemont sur
huit manuscrits venus du chapitre de Notre-Dame de Paris
et aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale,
n03 16759, 16771, 16776, 16780, 17217, 17222, 17234- et
17272 du fonds latin. Paulin Paris et Lacabanc, qui
attribuaient la possession de ces volumes à Pierre d'Orge-
mont, chancelier de Charles V, supposaient que le chance-
lier avait fait travailler pour lui les enlumineurs de son
maître. Mais comme, selon toute apparence, ces manuscrits
ont appartenu, non pas au chancelier, mais à son fils, Pierre
d'Orgemont, évêque de Paris, depuis 1 384 jusqu'en 1409,
ils ne peuvent être invoqués à l'appui de l'opinion que j'ai
cru devoir combattre. Il est donc prudent de ne pas se pro-
noncer d'une manière absolue sur la signification des enca-
drements tricolores; jusqu'à présent, on n'y peut voir qu'un
système de décoration qui a été principalement en vogue
à Paris dans la seconde moitié du xive siècle. Peut-être
même faut-il en faire remonter l'origine à la première moi-
tié de ce siècle : on trouve en effet la bande tricolore sur
plusieurs pages du manuscrit latin 138361, qui date, selon
toute apparence, du règne de Philippe le Long, et dont
les miniatures ne semblent avoir été ni ajoutées ni retou-
chées à une époque postérieure.
1. Fol. 43, 85, 87 et 101 v. Je crois que la pièce de vers par laquelle le scribe
Guillaume L'Escot fait hommage de son travail à Philippe le Long (Guillermi
pennula Scoti || Librum scripsit...) s'applique également au ms. latin 13836
et au ms. français 2090-2092. Voir Notices et extraits des manuscrits, t. XXI,
part. II, p. 257* et 258.
VIII.
Écrivains et enlumineurs qui ont travaillé
pour Charles V.
Charles V employa pour copier et décorer ses manus-
crits les plus habiles calligraphes et enlumineurs de Paris.
Les noms de plusieurs d'entre eux nous sont connus. Je
commence par les copistes.
Henri L'Uilier, libraire de Paris, qui vendit en 1 370
un livre à Jean, duc de Berry1, est qualifié d'écrivain du
roi le 29 mai 1 371 , dans un mandement relatif à des four-
nitures d'étoffes pour faire des couvertures de grand luxe
à un livre appelé le Gouvernement des princes et à plusieurs
autres2. Le titre de libraire du roi lui est donné en 1373,
dans un acte concernant la maison qu'il possédait à Paris
rue Neuve-Notre-Dame et à laquelle pendait pour enseigne
l'écu de Notre-Dame3.
Henri du Trevou. — On connaît quatre volumes sur
lesquels cet habile copiste a mis son nom :
A la Bibliothèque nationale, le ms. français 17218 : le
Gouvernement des rois, etc., — et le ms. français 1950 :
le Livre de l'Information des princes, daté de 1379;
A la Bibliothèque royale de Belgique, le ms. 2953 (jadis
9507) : le Livre de Thomas de Cantimpré, le Bien univer-
sel des mouches à miel, que Charles V fit écrire en 1372;
1. Compte cité par le comte de Toulgoet dans les Mémoires de la Société
des Antiquaires du Centre, t. XVII, p. 142.
2. « Pour demi aine et demi quartier de baudequin d'oultremer, vert et
rouge, à Henry L'Uillier, nostre escripvain, pour faire une couverture à un
livre appelle le Gouvernement des princes, et plusieurs autres... » Pièces justi-
ficatives, VII, année 1369.
3. Archives nationales, S. 4069, nc 1.
HENRI DU TREVOU. 69
Au Musée britannique, le n° 1 1 75 du fonds Lansdowne :
second volume de la traduction de la Bible par Raoul de
Presles.
Paulin Paris a cru reconnaître la main de Henri du Tre-
vou dans la première partie du ms. français 2813, l'exem-
plaire des Grandes Chroniques de France copié pour
Charles V.
Henri du Trcvou1 s'adonnait au commerce des livres. Le
%\ février 1395 (n. st.), il servit d'intermédiaire au carme
Jean Golcin pour faire acheter au duc d'Orléans un exem-
plaire du Rational des divins offices, que ce religieux avait
traduit, une vingtaine d'années auparavant, pour le roi
Charles V.
Jean L'Avenant est qualifié de « scriptor librorum
régis », dans une lettre du 29 avril 1364, qui lui assignait
des gages de quatre sous par jour2.
En 1350, Jean L'Avenant avait touché une somme de
8 1. t. pour travaux exécutés aux bréviaires de Jean, duc
de Normandie3.
Oudin de Carvanay. — Paulin Paris4 a cru reconnaître
la main d'Oudin de Carvanay dans la seconde partie de
l'exemplaire des Grandes Chroniques que Charles V se fit
1. « Henri du Trevou, libraire, en son nom et en faisant fort en ceste partie
de maistre Jehan Goulain, maistre en théologie, confesse avoir eu et receu de
Godefroy Le Fèvre, varlet de chambre et apoticaire de monseigneur le duc
d'Orléans, cent livres tournois, qui leur sont deubz pour la vente d'un livre en
françois appelé le Racionnel des divins offices. Ledit Henry promet acquitter le
[dit] seigneur et le dit Geffroy envers le dit maistre Jehan et tous autres... »
Le Roux de Lincy, La Bibliothèque de Charles d'Orléans, p. 33, n" 8. — L'édi-
tion porte : Henry de Trenon. Le marquis de Laborde, ayant à citer une quit-
tance (Les Ducs de Bourgogne, t. III, p. 98, n° 5650), avait adopté la forme
Tienon.
2. Mémorial D de la Chambre des comptes, dans le recueil de Menant,
t. VII, fol. 66 v\ (Bibliothèque de Rouen, n" 3404.)
3. Archives nationales, reg. KK. 7, fol. 71 v\
4. Les Manuscrits françois, t. VI, p. 355.
70 ÉCRIVAINS.
copier peu de temps avant sa mort1; mais l'attribution est
douteuse.
Le manuscrit français 823, bel exemplaire des Pèleri-
nages de Guillaume de Degulleville, nous fournit un exemple
authentique de l'écriture d'Oudin de Carvanay ; il se termine
par quelques vers du copiste :
Ci-après commence une oroison de Nostre-Damc, que celui qui
escripst ce livre fist.
O très glorieuse Marie,
Vierge, de Dieu mère et amie,
Dame des cielx et de tous anges,
Joïe de tous sains et archanges,
Nostre confort, nostre espérance,
Dame, faites-nous délivrance
Enfin de maulz, si que puission
Cognoistre en recepeion,
Au point de la mort, vostre fils.
Royne puissant, qui jadis
Vîntes Teofil, vostre amy,
Acquiter du faulx ennemy,
Nous commendons, très chiere dame,
A vous nostre corps et nosti'e ame,
Yci tant com sommes en vie.
Amen, chascun de nous en die.
Oudin de Carvanay n'était pas le seul copiste qui
s'adonnât à la versification. Je vais avoir à citer plusieurs
pièces de vers que le plus célèbre écrivain de Charles V,
Raoulet d'Orléans, a semées dans les livres qu'il a calli-
graphiés.
Raoulet d'Orléans. — La revue des écrivains employés
par Charles V se terminera par le nom du plus célèbre
d'entre eux, Raoulet d'Orléans, à la plume duquel nous
devons une douzaine de volumes, dont plusieurs sont des
chefs-d'œuvre calligraphiques.
1. Ms. français 2813.
0UD1N DE CARNAVAY. 71
1° Le plus ancien est une petite Bible historiale, dédiée au
dauphin Charles, dont le second tome seul nous est par-
venu (ms. français 5707). La transcription en fut achevée
le 20 décembre 1362, comme nous l'apprend la souscrip-
tion tracée sur le fol. 367 v°, à côté d'une note autographe
de Charles V :
Ci fine l'Apocalipse saint Jehan, || parfaite par Raoulet d'Orliens,
le || vintiesme jour de décembre, l'an || mil trois cens soisante et
dcus.
Les trois dernières lignes de cette souscription ont été
effacées, et c'est seulement très récemment, et en essayant
de divers jeux de lumière, que je suis parvenu à les lire ;
elles ont échappé à la photographie.
La copie terminée, sur un dernier feuillet, au-dessous
d'une charmante miniature représentant le Dauphin en
prières devant la Vierge, près d'un pupitre recouvert d'un
tapis aux armes de France et de Dauphiné, Raoulet ajouta
une prière qui, dans sa pensée, devait être récitée par
Charles, ainsné fils du roy de France, duc de Normandie
et dalphin de Viennoys. Ce sont là les mots que nous offrent
en acrostiche les lettres initiales des vers de la prière :
Courtoise Vierge, fille et mère,
i/onnorée du très doulz père,
.duquel nuls n'a comparoison,
Recevez en gré m'oroison.
Le loyer estes de bien fait,
En vous est tretout bien parfait.
Si vueil mettre toute m'entente
A vous servir, com excellente,
impossible de mortel vice,
iYommée mère de justice,
Seur tous les ciex estes assise,
iV'onques pour riens ne fustes mise
Enz ou siège de deité
.Fors pour sauver humanité,
/oie des anges, si vous pri
72 ÉCRIVAINS.
Zoiaument, d'umblc cuer, merci,
.Si vraiement, com le salu
De sauveraent, qui tant valu
U monde, vous dist Gabriel,
Pendant respons qui moult fu bel,
Ouquel char et sanc déité
Zprist avec l'humanité;
Dieu le très hault souverain père,
En vous com sa très douce mère
Fiablement se heberga ;
i?aison fu quant il s'i loga.
ylprès cil qui onc ne menti
iVbblement de vous se parti,
Conques mais tele départie
En ce monde ne fu oye,
De vierge naistre purement
U monde sans corrumpement.
Cil qui toutes choses puet faire,
Dont après, par divin mistère,
En vie de mort surrexi,
iVbus le savons tretous de fi.
Or vous suppli, très doulz ymage,
i?oyne de l'umain lignage,
Afère Dieu, pour toutes loenges,
auquel nom s'enclinent les anges,
iVburricière des orphelins,
Z)roit port à tous bons pèlerins,
Joie de tous desconfortez,
En qui soûlas et grant bontez
Et tout bon conseil et aye
Preuve cil qui de cuer vous prie.
Z)epriez li que par sa grâce
liions pour demourer espace
La sus ou ciel où il monta,
Pour ce que de mal s'exenta.
//onnorablement à sa destre
/hesu, le très douls roy celestre,
Aoble siège vous ordena
Z)essus toutes et vous donna
El chief couronne de salut ;
U monde n'a qui ce valut,
/ointes mains et d'umble courage
RAOULET D'ORLÉANS. 73
En vostrc très digne servage,
iVbble dame, me recevez,
No procureur estre devez
Ou ciel, où perdurablement
Fpuissons manoir sauvcment
<yans faillir avecques les siens.
De tous ces vers enluminez
Par ordre les testes prenez,
Si vous sera moult bien descript
Pour qui cest livre fu escript.
Et fu parfait, que je ne mente,
L'an mil CCC trois et LX.
Ces vers sont évidemment l'œuvre de Raoulet d'Orléans.
Nous allons voir qu'il se plaisait à insérer dans ses copies
des échantillons de son talent de rimeur, fantaisies de meil-
leur goût que les étranges interpolations d'un autre copiste
contemporain, Raoul Tainguy, dont le regretté Siméon
Luce1 a spirituellement tiré le nom de l'oubli.
2° Après la Bible historiale de 1 362 doit prendre place
une copie de la traduction du livre de Jacques de Cessoles,
la Moralité sur le jeu des échecs, terminée par ces mots :
« Et fu escript de Raoulet d'Orléans, l'an de grâce mil
« IIP LX et VII. » L'existence en est attestée par une copie
du xve siècle, ms. français 1 1 69 de la Bibliothèque natio-
nale, dans laquelle a été servilement reproduite la souscrip-
tion de l'exemplaire exécuté en 1 367.
3° En 1368, Raoulet d'Orléans copia les Quarante homé-
lies de saint Grégoire et le traité de l'Arrhe de l'àme par
Hugues de Saint- Victor, dans un volume destiné au roi
Charles V et qui est aujourd'hui conservé à la bibliothèque
1. En léte du t. II des Œuvres d'Eustache Deschamps, p. vi-xvi. — Outre
les manuscrits cités par Luce, M. Camus a cité un exemplaire de la traduction
de Végèce copié par Raoul Tainguy, conservé à Gènes dans la bibliothèque du
duc de Gênes; voir Romania, 1896, t. XXV, p. 393.
74 ÉCRIVAINS.
de l'Arsenal sous le n° 2247. Nous y lisons, à la fin de la
première partie :
Ci fine le livre que saint Grégoire pape fist des Omelies sur
xl euvangiles, exposées moult noblement; et fut parfait et escripl
par Raoulet d'Orliens, l'an de grâce mil CCC LXVIII, qui fut le
quint an du règne au très noble roy Charles, roy de France, que
Dieux vueille garder en corps et en ame de tous ennemis visibles et
non visibles. Amen.
4° En 1371, Gervais Chrétien, premier physicien du roi
Charles V, offrit à son maître un bel exemplaire des Voyages
de Jean de Mandeville1, qu'il avait fait écrire par Raoulet
d'Orléans :
Ce livre cy fist escrire honnorables homs, sages et discret maistre
Gervaise Crestien, maistre en medicine et premier phisicien de très
puissant, noble et excellent prince Charles, par la grâce de Dieu
roy de France. Escript par Raoulet d'Orliens, l'an de grâce mil CCC
LXXI, le xvme jour de septembre.
5° Sous l'année 1 372! se place la splendide Bible histo-
riale2 que Jean de Vaudetar fît écrire par Raoulet d'Or-
léans pour être offerte à Charles V. Le copiste a mis à la fin
une longue pièce de vers, dans laquelle il vante la richesse
des illustrations du livre :
Onques je ne vi en ma vie
Bible d'ystoires si garnie,
et rappelle qu'il avait déjà copié trois autres bibles, dont
l'une a été citée cinq pages plus haut. La pièce mérite d'être
publiée dans son entier :
Ci fine la Bible en françois ;
Plus ne vous en diray, ainçois
Vueil supplier la souveraine,
Qui de miséricorde est fontaine,
1. Mss. français 4515-4516 du fonds des Nouvelles acquisitions.
2. Au musée méerrnanno-westréenien de La Haye.
RAOULET D'ORLEANS. 7f,
El son doulz filz qu'elle porta,
Car en eulz il grant confort a,
Qu'il vucillent garder de contraire
Vaudeterre, qui la fisl faire,
Et Raoulet d'Orliens, qui l'escrist,
Qui rent grâces à Jhesus Crist,
Et à sa mère, de cuer pieu,
Quant donné li ont temps et lieu
D'un si très digne livre faire,
Qui à tous crestiens doit plaire,
Qui du lirre auront cognoissance.
Et dit, puis qu'il issi d'enfance,
Que c'est la quarte pour certain
Qu'il a escripte de sa main,
Et la moitié d'une pour voir,
Que l'en doit bien ramentevoir,
Qui fu faite pour excellans
Princes Charles le roy des Frans,
Que Dieux vueille si bien conduyre
Qu'ennemy ne li puisse nuyre,
Ne visible ne non visible,
Ne nesune chose nuysible,
Et quant du siècle départie
Fera, que Dieux de sa partie
Le retiengne senz detrier.
Or vueilliez Dieu pour moy prier,
Que par sa digne mort amère,
Que il souffri présent sa mère,
Ausquelz deus moult me reconforte,
Car il sont du ciel seule porte,
Que de tout pechié me deslace,
Et en sa douce amour m'enlace,
Mon cuer face en li si lacier,
Que riens ne l'en puist deslacier,
Si que en paradis me face
Veoir Jhesu Crist face à face.
Amen.
A vous, Charles, roy plain d'onnour,
Qui de sapience la flour
Estes sur tous les roys du monde,
Pour le grant bien qu'en vous habonde,
Présente et donne cestui livre,
76 ÉCRIVAINS. •
Et à genolz cy le vous livre,
Jehan Vaudetar, votre servant,
Qui est cy figure devant.
Conques je ne vi en ma vie
ni 1 île d'ystoires si garnie,
D'une main pourtraites et faites,
Pour lesquelles il en a faites
Pluseurs alées et venues,
Soir et matin, par my les rues,
Et mainte pluye sus son chief,
Ains qu'il en soit venu à chief.
Si fu au prince sus nommé
Ce livre baillé et donné
Par ledit Jehan, que je ne mente,
L'an mil CCC XII et soixante
De bon cuer, et vausist mil mars,
xxyiii jours ou mois de mars.
6° Peu après que Nicole Oresme eut terminé la traduc-
tion des Éthiques, des Politiques et des Économiques
d'Aristote, c'est-à-dire en 1376, le roi s'en fit faire par
Raoulet d'Orléans une très élégante copie, en deux volumes
de petit format, dont le premier est au Musée Méermanno-
Westréenien et le second à la Bibliothèque royale de
La Haye. Raoulet a inscrit son nom dans l'un et dans l'autre.
A la fin du premier nous lisons :
Ci fine le livre d'Ethiques, lequel fit faire très noble, très excel-
lent et vray catholique prince Charles le quint, par la grâce et loenge
de Dieu roy de France, et l'escripst Raoulet d'Orliens, Tan mil CCC.
LXXVI. Deo gratias.
Le copiste a tracé cette note dans le second :
Je Raoulet d'Orliens, qui l'escri, ay mis le texte premier, ainsi
signé T; et après la glose s'ensuit, ainsi signée O, qui fait Oresme.
7° De 1 376, il nous faut descendre jusqu'en 1 396 pour
rencontrer une œuvre datée de Raoulet d'Orléans : le pre-
mier tome d'un Miroir historial en français, que Louis, duc
RAOULET D'ORLÉANS. 77
d'Orléans, se fit copier sous la direction de Thévenin
Angevin en quatre grands volumes1. L'écrivain s'est fait
connaître à la fin du premier :
Ci fine le premier volume du livre dit Mireoir hystorial, escripl
par Raoulet d'Orliens, l'an mil trois cens quatre vins et seize :
Parfait à Dieu grâces rendy,
De juing le premier vendredy.
C'est probablement dans la période écoulée entre 1 370
et 1 396 que furent exécutées les copies dont il me reste à
parler.
8° Le manuscrit français 12465 de la Bibliothèque natio-
nale, contenant le Pèlerinage de l'àme de Guillaume de
Degulleville, se termine par la souscription :
Ci fine le Pèlerinage de l'ame. R. d'Orliens.
9° Le manuscrit additionnel 1 5420 du Musée britannique,
qui vient de la bibliothèque du duc de Sussex, contient la
traduction en vers des Heures de Notre-Dame et des Sept
psaumes de la pénitence, à la suite desquels (fol. 73) se
lisent des vers de notre Raoulet, dont je dois la transcrip-
tion à l'obligeance de M. Paul Meyer :
Or prions tous d'umble courage
Le Dieu qui nous fist à s'ymage,
Et la doulce Vierge bénigne,
Sur toutes femmes la plus digne,
Pour qui amour heures ay dites
En françoys cy devant escriptes,
Que, par leur très sainte pitié,
Mettent paix en crestienté,
Et soit par eulx l'Eglise mise
Ou saint estât et en la guise
1. Les trois premiers sont conservés à la Bibliothèque nationale sous les
n°a 312, 313 et 314 du fonds français. J'en ai donné la description dans la
Gazelle archéologique, année 1880.
78 ÉCRIVAINS.
Qu'estoit quant saint Pierre vivoit;
Aussi au roy anglois octroit
Grâce de si bien gouverner
Qu'en paradis puisse régner,
Que chascun doit à Dieu requerre,
Et qu'ilz sauvent les biens de terre
Et nous face tant ses amis
Qu'enfin soion en gloire mis.
1 0° Un exemplaire de la traduction en vers de la Conso-
lation de Boèce, indûment attribuée à Charles, duc d'Or-
léans, a été incontestablement copié par Raoulet d'Orléans,
qui l'a enrichi de vers de sa façon :
C'est le Congié de Vescrivain.
Icy en droit fine Boëce,
En qui pevent trouver l'adresce
Homs et femmes, par ses recors,
A sauver leurs âmes et corps,
Non pas eulz laissier tourmenter
De desespoir, ne seurmonter
En orgueil, Tort pechié terrible,
Le plus grief de tous et horrible;
Ainçois est d'avoir pacience,
Nuit et jour, et querre science
Glorieuse pour Dieu amer,
Requérir, servir, honnorer,
Et la doulce vierge Marie,
Sur tous les cielx d'ange chierie,
En qui divine pourvéance
Se mist et ot double substance
Merveilleuse pour nostre amour,
Ausquelz prierons, sans demour,
Jointes mains, que ilz gardent d'yre
Li vaillans homs qui fist escrire
Le livre assez bien compassez,
Et les âmes des trespassez
Vueillent garder de maulx liens.
R. dit Amen d'Orliens.
Qui cest escript à droit verra.
Nom et scurnom y trouverra.
RAOULET D'ORLÉANS. 79
Levers : R. dit Amen d'Orliens, doit certainement s'inter-
préter : « L'écrivain Raoulet d'Orléans dit Amen. »
Les initiales des vers du Congé de l'écrivain donnent en
acrostiche le nom de Jehan de Langres esmailleur,
c'est-à-dire, selon toute apparence, Jean de Langres, qui
fut garde de l'orfèvrerie de Paris de 1382 à 1400. C'est
apparemment « li vaillans homs qui fist escrire le livre » .
J'ai publié sur le manuscrit français 1 982! des Nouvelles
acquisitions une notice, qui a été imprimée dans la Biblio-
thèque de l'École des chartes, 1873, t. XXXIV, p. 5-32!, et
dans le tome II de mon Inventaire des mss. français de la
Bibliothèque nationale, p. 334-346. — S'il fallait s'en rap-
porter à la souscription du ms. français 12459, un clerc
Jehan de Langres aurait copié la Consolation de Boèce en
1414.
Je clos cette énumération par l'indication d'un manus-
crit qui a fait partie de la librairie des ducs de Milan et
dont le sort actuel est inconnu. C'était probablement un
exemplaire du Roman de Renard, qui est indiqué en ces
termes dans le Catalogue de la librairie de Pavie en 142G,
publié par le marquis d'Adda l :
Liber in rithmo gallico, mediocris voluminis, de Proprietatibus
animalium, copertus corio rubeo sculpto, tractans de vulpe cum
aliis animalibus. Incipit : « Qui le bien set », et finitur « Raulet de
Auriens ». Sign. DLXXXVIII.
Nous manquons à peu près complètement de renseigne-
ments sur les artistes qui ont fait preuve d'un véritable
talent et d'une grande richesse d'imagination en semant à
profusion des ornements de tout genre et des miniatures
de toute taille sur les pages des livres de Charles V. Le
hasard nous a conservé le nom d'un enlumineur et d'une
1. Indagini sulla libreria Visconteo-Sforzesca del caslello di Pavia, parle I,
p. 29, n° 300.
80 ENLUMINEURS DES LIVRES.
« enlumineressc », Jean Le Noir et Bourgot, sa fille, qui
étaient passés du service de la duchesse de Bar à celui du
roi Jean et du dauphin Charles. Celui-ci leur donna en 1 358
une maison sise à Paris, rue Troussevache 1 . Un compte du
duc de Berry lui donne en 1 375 le titre d'enlumineur du roi
et de monseigneur le duc2.
On doit peut-être considérer comme un des enlumineurs
de Charles V un certain Remiet, auquel s'adresse une notule
mise en marge du fol. 18 v° dans un exemplaire des Pèle-
rinages de Guillaume de Degulleville, dont il a été question
un peu plus haut : « Remiet, ne faites rien cy; car je y feray
« une figure qui y doit estre. » Ce Remiet pourrait bien
être Pierre Remiot, enlumineur, qui reçut 1 00 sous parisis
en 1 396 pour avoir « enluminé et cadelé à images d'or et
« fines couleurs » un tableau auquel est transcrit la bulle
du pape, pardons et indulgences accordés aux fidèles qui
entendaient la messe dans la chapelle du duc d'Orléans au
couvent des Célestins de Paris3.
On n'a pu jusqu'ici déterminer la part que prirent à la
décoration des livres du Roi les peintres qui du temps de
Charles V travaillèrent à l'embellissement des églises et des
châteaux. Un seul nom doit être retenu dans une étude
uniquement consacrée à la librairie du Louvre : celui de Jean
de Bruges, l'auteur du grand portrait qu'on admire à
La Haye au commencement de la très belle bible offerte
au Roi par Jean de Vaudetar en 1 372. L'œuvre parut assez
remarquable pour que, contrairement à l'usage, on ait pris
soin d'y juxtaposer une inscription solennelle, tracée en
grosse minuscule d'or et coupée en dix lignes :
Anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo primo,
1. Appendice, V, d'après le registre XC du Trésor des chartes, n" 4.
2. Champeaux et Gauekery, Travaux d'art exécutés pour Jean de France,
duc de Berry, p. 118.
3. Quittance analysée dans le ras. français 10431, p. 277.
JEAN DE BRUGES. 81
ISTUD OPUS PICTUM FUIT AD PRECEPTUM ET HONOREM ILLUSTRIS
PRINCIPIS KaKOLI, REGIS FrANCIE, ETATIS SUE TRICESIMO QUINTO
ET REGNI SUI OCTAVO, ET JoHANNES DE BrUGIS, PICTOR REGIS
PREDICTI, FECIT HANC PICTURAM PROPRIA SUA MANU.
Au sujet de Jean de Bruges, je me borne à citer un
texte emprunté aux comptes de Jean, duc de Berry1 :
A Jehan de Burges (sic), paintre et varlet de chambre du Roy
nostre sire, pour don à lui fait par monseigneur le duc do la somme
de vixx frans, pour les bons services qu'il lui a faiz en faisant cer-
taines pourtraitures pour mondit seigneur, par son mandement
adreçant aux gens des comptes de mondit seigneur, donné le ve jour
de mars CGC IIIIXX, et lettres closes escriptes de la propre main de
mondit seigneur, données le xe jour de janvier l'an MCCCLXXVIII,
vixx frans.
La peine que le duc de Berry prenait d'écrire de sa
propre main pour presser le paiement d'une somme due à
Jean de Bruges montre en quelle estime il tenait cet
artiste.
1. Archives nationales, KK. 242, fol. 102. Je dois la communication de ce
texte à mon ami M. Henri Moranvillé.
IX.
Traducteurs.
Il n'entre pas dans mon plan de passer en revue les
ouvrages qui ont été composés en France sous le règne de
Charles V et dont plusieurs des auteurs ont dû être encou-
ragés par des subventions du roi. Je rappellerai seulement
d'un mot le Songe du verger, à la composition duquel il
paraît s'être vivement intéressé, et dont le manuscrit ori-
ginal, portant jadis la signature royale, est conservé au
Musée britannique1; deux ouvrages (les Vies des papes2
et un Commentaire sur la règle de saint Benoît3), dont
l'auteur, son chapelain et ambassadeur, Pierre Bohier, lui
fit hommage, en les faisant précéder d'épitres dédicatoires ;
et un petit « traictié de Testât, science et pratique de l'art
« de bergerie », dont il existe plusieurs éditions gothiques1
et qui se présente connue une œuvre composée en 1379,
sur l'ordre du roi, par le bon berger Jean de Brie.
Si je laisse de côté l'histoire générale des lettres et des
sciences au temps de Charles V, je dois entrer dans
quelques détails sur les traductions qu'il fit exécuter d'un
assez grand nombre de textes latins dont il voulait que
les clercs ne lussent pas seuls à tirer parti. Le caractère
1. Voir plus loin, chap. XIII, notice xcvh.
2. On trouvera à l'Appendice (XIII) la lettre dédicatoire de cet ouvrage. Pierre
Bohier vante le goût du roi pour la lecture et le soin qu'il prenait de former
une bibliothèque comparable à celle d'Alexandrie.
3. Copie du xvne siècle dans le rns. latin 13806. Une note jointe à ce manus-
crit mentionne la présence d'un exemplaire de cet ouvrage dans la bibliothèque
du couvent des Célestins de Paris.
4. La Bibliothèque nationale (Réserve, S. 1001) possède un exemplaire de
l'édition qui paraît la plus ancienne et qui est sortie de l'atelier parisien de
Simon Vostre.
TRADUCTEURS. 83
et l'utilité de cette entreprise n'ont pas échappé aux con-
temporains. Voici en quels ternies y fait allusion un ser-
gent Jacques Bauchant, en présentant au roi sa traduc-
tion des Voies de Dieu : « Geste noble affection de faire
« translater livres, especialment historiens et moraulx,
« avés vous eu tous dis en volenté et propos, et est chose
« ainsi comme toute notoire1. » De son côté, Christine de
Pisan ne craint pas d'entrer à ce sujet dans des détails
longs et circonstanciés :
Non obstant que bien entendist le latin, et que ja ne feust besoing
que on lui exposast, de si grant providence fu, pour la grant amour
qu'il avoit à ses successeurs, que au temps à venir les voult pour-
veoir d'enseignemens et sciences introduisables à toutes vertus,
dont pour celle cause fist par solempnelz maistres, souffisans en
toutes les sciences et ars, translater de latin en françois tous les
plus notables livres, si comme la Bible en m manières, c'est assa-
voir le teste, et puis le teste et les gloses ensemble, et puis d'une
autre manière alégorisée. Item le grant livre de saint Augustin de
la Cité de Dieu. Item le livre du Ciel et du Monde. Item le livre de
saint Augustin de Soliloquio. Item des livres de Aristote Ethiques
et Politiques, et mettre nouveaux exemples. Item Végèce de cheva-
lerie. Item les xix livres des Propriétés des choses. Item Valerius
Maximus. Item Policratique. Item Titulivius, et très grant foison
d'aultres, comme sanz cesser y eust maistres qui grans gages en
recevoient de ce embesoignés2.
La même Christine de Pisan, dans son poème intitulé le
Chemin de long estude, indique avec une grande précision
le but que le roi se proposait :
Fist-il pour celle entention
Mainte noble translacion,
Qui oncques mes n'ot esté faitte,
Et moult fu noble œuvre et perfaitte,
Faire en françois du latin traire,
Pour les cuers des François attraire
1. Préface de la traduction des Voies de Dieu, ms. français 1792.
2. Faits de Charles V, III, xn. J'ai suivi pour cette citation le texte du ms.
français 10153.
84 TRADUCTEURS.
A nobles meurs par bon exemple.
Combien que le latin tout emple
Entendist, les voult il avoir,
Affin de ses hoirs esmouvoir
A vertu, qui pas n'entendroient
Le latin, si se entendroient1.
Au témoignage de Christine de Pisan viennent se joindre
ceux de Denis Foulechat et de Raoul de Presles. Le premier
de ces auteurs nous avertit, au commencement de la tra-
duction du Polycratique2, que Charles V Ta chargé de cette
besogne, « afin que toutes gens s'i puissent grandement
« profiter j>. Raoul de Presles s'adressant au Roi lui-même
ne tient pas un autre langage : « Vous avez, lui dit-il3,
« l'ait translater pluseurs livres, tant pour plaire à vous,
« comme pour proufiter à voz subgés... Vous avez voulu
« estre translaté de latin en françois, pour le proufit et uti-
« lité de vostre roiaume, de vostre pueple et de toute cres-
« tienté, c'est assavoir le livre de monseigneur saint Augus-
« tin de la Cité de Dieu. » Il paraît que les termes « pour
« l'utilité du roiaume et de toute la chrestienté » se trou-
vaient dans le mandement même par lequel Charles V
allouait des fonds à Raoul de Presles pour l'indemniser de
son travail4.
Le choix des ouvrages à traduire ne fut point renfermé
dans d'étroites limites : les textes sacrés ne firent point
négliger les textes profanes, et les auteurs de l'antiquité ne
1. Ms. français 1188, fol. 81.
2. Préface mise en tête du ms. français 24287. — Le frontispice représente
Charles V lisant le Polycratique.
3. Prologue de la traduction de la Cité de Dieu.
4. Van Praet cite, probablement d'après une note manuscrite de Roivin, un
mandement du roi, en date du 28 octobre 1371, chargeant Raoul de Presles de
traduire la Cité de Dieu, « pour l'utilité de luy, du royaume et de toute la
« chrestienté ». Inventaire des (ivres de l'ancienne bibliothèque du Louvre,
p. 43. L'extrait rapporté par Van Praet a été tiré du compte de Jean Lais-
nier, receveur général des aides en 1371. Voir plus loin, p. 109, et plus haut,
p. 1 et 2.
DENIS FOULEOIIAT. 85
furent point sacrifiés à ceux des derniers siècles. On
demanda des représentants à toutes les époques comme à
toutes les branches de la littérature.
Il y aurait à coup sûr une belle étude à faire sur l'en-
semble des traductions que Charles V, suivant sur ce point
les traces de son père, fit entreprendre, et qui, pour la
plupart, furent promptement menées à bonne fin. On
s'étonne qu'un tel sujet, mis plusieurs fois en concours par
l'Académie des inscriptions, n'ait point encore été traité.
Gomme travail préparatoire, j'insère ici les notes que j'ai été
amené à réunir en recherchant et examinant les manuscrits
de l'ancienne librairie du Louvre. Je les présente en sui-
vant l'ordre alphabétique des noms des traducteurs.
Denis Foulechat.
La traduction du Polycratique de Jean de Salisbury fut
entreprise sous les auspices de Charles V. L'exemplaire de
cette traduction, qui est à la Bibliothèque nationale sous le
n° 24287 du fonds français, et qui est sans doute un des
exemplaires originaux, s'ouvre par une rubrique qui
annonce que l'ouvrage avait été commandé par le Roi.
Ci commence le prologue sur la translacion d'un livre appelle
Policratique, composé de très excellent docteur maistre Jehan de
Salusbery, lequel fîst translater de latin en françois très excellent
et puissant, très crestien et misericort prince, le très noble roy de
France Charles quint de ce nom, l'an de grâce M. CCC. LXXII, et
de son règne le ixe...
Le traducteur le déclare nettement dans un épilogue
adressé au roi (fol. 296) :
Quant je os oy et entendu que il vous plaisoit et vouliés que je
translatasse le livre qui est appelé Policraticon et le meisse de latin
en romans, je n'osé pour rien contredire.
Le nom du traducteur n'est pas douteux; il est écrit en
86 TRADUCTEURS.
toutes lettres dans l'inventaire de Gilles Malet (A 228,
B 231 ) : « Policraticon, translaté en françois par frère Denys
« Foulechat i . . . » Le texte même de l'ouvrage confirme cette
attribution. Le prologue se termine par une invocation à
saint Denis2, qui serait difficile à expliquer si le traduc-
teur n'avait pas eu saint Denis pour patron. Il y a plus, le
nom de Denis Foulechat, sous une forme énigmatique, est
en toutes lettres au commencement de l'ouvrage, et le tra-
ducteur nous a livré le mot de l'énigme dans une petite pièce
de vers mise à la fin du livre (fol. 296) :
Ici est fine le livre de très excellent et très noble docteur et par-
fait en plusieurs sciences, comme le livre le monstre, qui est appelle
Policraticon, compilé de maistre Jehan Salusberien, translaté de
latin en françois.
Le translateur pas ne se nomme,
Car n'est pas amé de tout homme;
Mais qui à l'arbre de science,
Comme dit est, retournera,
Il en venra à congnoissance
Par les rainsseaus qu'il trouvera :
Prengne les chiefs par droite ligne
Et les mette com dens de pigne,
Il y verra par droite voie.
Or li veulle Diex donner joie.
Amen.
Si le voulez plus clerement
Où son nom par les chiefs applique,
Retournez au commencement
Du livre, en l'Entetique3.
1. Ce religieux, qui appartenait à l'ordre de saint François, a été parfois
appelé Soulechat, par suite d'une mauvaise lecture. Voir Sbaralea, Scriptores
ordinis s. Francisci, p. 220, et Hist. litl. de la France, t. XIV, p. 112. Il faut
surtout consulter les textes auxquels la table du tome III du Chartul. univ.
Paris, renvoie, sous le nom Dionysius Foulechat.
2. « Si me vueille Dieu donner grâce de le parfaire... Et monseigneur saint
« Denys la me vueille empêtrer... » Ms. 24287, fol. 5 v°.
3. La traduction de l'Entetique est dans le manuscrit latin 6416 de la Biblio-
thèque nationale (fol. 3), qui contient le texte latin du Polycratique. Les
auteur? du Catalogue des manuscrits du roi (t. IV, p. 241) ont attribué cette
DENIS FOULECHAT. 87
Suivant ce conseil, reportons-nous au commencement du
livre pour examiner dans Y « Entétique » les « chefs de
ligne », c'est-à-dire les premières lettres des phrases. D'un
coup d'œil nous constatons qu'en réunissant ces initiales
nous obtenons le nom de Denis Foullechat.
Doulz filz, très chierement amé...
Et point ton pié si n'entrera...
Nulle chose ne te soit si seure...
Il te doit tous temps estre en mémoire...
Se tu en ys par aventure...
Fais que ta dextre si porte le bourdon...
Or t'avise que tu soies estranges...
Va et quelque part tu yras...
La foy du seigneur de ton hostel...
Les fols et ceuls qui sont trop sages...
Et celui qui amera vérité...
Celui par droit de patronage...
Humblement dont doit estre...
Au premier de cuer diligent...
Tu trouveras à plain...
Denis Foulechat avait travaillé sans avoir les ressources
nécessaires pour remplir comme il l'aurait voulu la tâche
qui lui avait été imposée; il avait laissé en souffrance des
passages qu'il espérait pouvoir améliorer s'il lui était donné
de revenir à Paris * . Peut-être avait-il été éloigné de cette
ville à la suite de la condamnation de certaines propositions
qu'il avait soutenues2.
Le système de traduction adopté par l'écrivain est ainsi
exposé dans le prologue (fol . 5 v°) :
Et pour ce que suyvre le latin à la lettre et le translater si comme
traduction à Jean Le Bègue. J'ignore l'origine de la méprise; je constate
seulement que le ms. 6416 a dû appartenir à Jean Le Bègue; on y trouve sur
le fol. 2 v° la devise He bien alegue, anagramme de Jehan Le Bègue.
1. « Et en pluseurs lieux, où je n'ay peu trouver conseil n'en livre, n'en plus
soullisans de moi, j'ay laissié les espaces en espérance de les corrigier, s'il plai-
soit à Dieu que je retournasse à Paris, où je pourroie et par livres et par doc-
teurs bien recouvrer de les amender. » Fol. 296 v°.
2. Voir à ce sujet plusieurs pièces des années 1368 et 1369 dans le tome III
du Charlul. univ. Paris., n" 1298, 1299, 1349-1352 et 1354.
88 TRADUCTEURS.
il gist, pas ne seroit chose que l'en peust entendre, pour ce que la
haute et noble rhétorique des poètes anciens entrelace les mos et
quiert estrange gramoire et tient sentences suspensives parfondes
et obscures, qui, ja lonc temps a, pour les petis entendemens est du
tout oubliée en la commune escole, j'ay ordené, à l'aide et la grâce
de Dieu et de sa très chière mère, de le mettre clerement senz muer
la sentence, afin que toutes gens le puissent entendre, au mieux que
je pourray, en suppliant à tous ceuls qui deffaut y verront que, pour
l'amour de Dieu, charitablement le vueillent corriger, et humble-
ment leur requier en ycelle manière que pas ne se travaillent à
quérir le poil dessoubz le cuir. Car en pluseurs pas j'ay trouvé que
un dit pouoit avoir divers entendemens. Si ay aucunes fois mis
et adjousté pluseurs synonimes pour les convocacions déclarer.
Aucunes foiz ay quis circonloquicions pour ce que les mos du latin
n'ont pas propres significas selon commun françois, et de pluseurs
entendemens ay esleu celui qui m'en sembloit selon l'entendement
de l'aucteur et la connexion de ce devant et de ce qui s'ensuit,
lequel par aventure de plaine face donroit, à celui qui le liroit senz
veoir ce de devant et le point qui s'ensuit, un autre entendement.
Jacques Bauchant.
Jacques Bauchant, de Saint-Quentin, en Vermandois, ser-
gent d'armes du roi, possédait une petite bibliothèque.
Charles V, qui s'en était fait communiquer le catalogue, y
remarqua un texte latin des Voies de Dieu, ou Visions de
sainte Elisabeth; il exprima le désir de le voir mettre en
français. Ce fut Jacques Bauchant qui reçut la mission
d'exécuter le travail. Le manuscrit original de la traduction
nous est parvenu, et nous y pouvons lire d'intéressants
détails sur la façon dont le roi eut connaissance du livre et
des conditions dans lesquelles le traducteur dut se mettre
à l'œuvre :
Mon très redoubté signeur, Quant de vostre bénigne grâce il vous
plut à moy faire tant de honneur comme de moy retenir à vous et
faire vostre sergant d'armes, pour ce que il vous fu raporté d'au-
cuns que je avoie pluseurs livres, et que je m'i cognoissoie aucune-
ment, vous me commandastes que je vous apportasse par escript
les titres de tous les livres que je avoie par devers moy, lesquiex je
DENIS FOULECHAT. 80
vous aportai, et oïstes lire, especialment ceulz en latin, entre les-
quiex vous advisastes le title d'un petit livret moral intitulé le livre
des Voies de Dieu; et pour ce que il vous sambla par le title que il
estoit ou devoit estre assés moral, et aussi pour essaier se je me
saroie d'aucune chose entremettre, il vous plut à moy commander
que je le vous translatasse de latin en françois, lequel commande-
ment, confiant de vostre grant bénignité, je reçu, non pas que je
me sentisse souflîsant à ceste œuvre ny à autre translater, mais
pour obéir à vostre commandement, si l'ai translaté au mieux que
je ay peu ; et pour ce, mon très souverain et très redoubté signeur,
je supplie très humblement à vostre royal magesté que ceste petite
translation il vous plaise recevoir en gré, benignement supporter
les deffautes, et tenir, se il y a aucun bien, que il vient tout de
Dieu et rien de moy.
Je cite cette dédicace d'après le manuscrit même de pré-
sentation, qui est à la Bibliothèque nationale, n° 17921 du
fonds français.
Encouragé par l'accueil fait à son premier travail, Jacques
Bauchant s'essaya sur un texte de l'antiquité classique, le
traité de Senèque de Remediis fortuitorum. Il fit hommage
de cette seconde traduction à Charles V. L'épître dédica-
toire1 est curieuse à plus d'un titre. Il y faut remarquer
un passage, d'où il semble résulter que le traducteur avait
comparé plusieurs exemplaires.2 et qu'il avait eu quelque
peine à se reconnaître au milieu des variantes.
A vous, très noble, très excellent et bien puissant prince, et en
vérité la fleur de la merveille de tous princes terriens, Charles, le
quint de ce nom, roy de France, digne de règne et de régner,
Jacques Bauchans, de Sainct Quentin en Vermandois, vostre
petit et humble serviteur et sergent d'armes, luy tout et ce petit
qu'il a de pouoir prest en vostre service, et vous doinst en tele
manière persévérer ou gouvernement de vostre règne, que ce soit
au plaisir de Dieu, au salut de vostre ame, à l'onneur et à l'utilité
1. Je la cite d'après un bel exemplaire en grosse écriture ilamande du
xv° siècle, n° 1090 du fonds français.
2. Comparez ce qui est dit plus loin (p. 1 10 et Appendice, XII) des nom-
breux exemplaires du texte latin de la Cité de Dieu que Raoul de Presles a
consultés en vue de la traduction de cet ouvrage.
90 TRADUCTEURS.
de vous et de vostre pueple, et à la confusion de tous ceulx qui
sont ennemis de vous et de vostre royaume.
Très souverains, très redoubtez et très renommez princes, Je,
vostre petite créature, confians de vostre constante debonnaireté et
souveraine bénignité, non mie de mes mérites, après ce que autres
fois vous presentay le livre Madame saincte Elisabeth, des Révéla-
tions des Voyes de Dieu, que je translatay de latin en françois, me
suis orez de rechief enhardis de présenter à vostre très haulte et très
excellente Majesté ce petit livre, que Senecque fist entre les autres, qui
est intitulé des Remèdes ou confors de maulx de fortune qui aviennent
ou peuent avenir aux hommes, lequel livre il envoya à un sien amy
appelle Callio, que j'ay translaté en françois selon le foible sens de
mon povre entendement. Et ja soit ce que le livre soit petit en
escripture, toutesfois il m'a esté assez duret en translation, tant
pour ce que je n'ay peu trouver vrais exemplaires ne du tout sem-
blables, mais les uns plus contenans et autrement que les autres,
tant pour ce que le stile est grief et estrange quant à moy, et espe-
cialment pour la foiblesse de mon jugement et de ma petite science.
Pourquoy, très redoubté et très débonnaire prince, je supplie très
humblement à vostre haulte et très bénigne Majesté, qu'il vous
plaise à supporter mon ignorance et prendre en gré et en pacience
mon petit euvre, à l'exemple du souverain roy, qui eut plus agréable
le petit don de la povre femme que les grandes offrandes du riche.
Dans la suite de l'Épître, Jacques Bauchant a voulu faire
montre d'érudition en citant les Fastes d'Ovide et les
Éthiques d'Aristote. Il termine en avertissant que, dans le
dialogue, il présentera comme interlocuteurs, non pas Sen-
sualité et Raison, mais Senèqne et Callio.
... Pour la translation estre plus plaine et plus ententable, et pour
ce aussi que je l'ay trouvé en aucuns de mes exemplaires, ou lieu
de Sensualité, j'ay mis Callio, auquel Senèque envoya son livre, qui
met avant les doubtes et doleurs, et Senecque ou lieu de Raison, si
que Callio sera complaignant et mettant avant les doubtes et doleurs,
et Senecque sera confortant et respondant aux doubtes.
Jacques Bauchant mourut vers l'année 1 396 *. Une partie
1. Un acte du 12 janvier 1397 (n. st.) mentionne les exécuteurs testamen-
taires «de feu Jacques Bauckent, jadiz sergent d'armes du roy, estans à Saint-
« Quentin en Vermandois ». Bibliothèque nationale, Quittances, à la date du
12 janvier 1396 (v. st.), ms. français 26028, pièce 2474.
JACQUES 1UUCHANT. 91
de sa bibliothèque fut acquise par le duc d'Orléans1 . Il devait
s'y trouver un volume, aujourd'hui n° 2063 du fonds fran-
çais, qui renferme la traduction de Végèce faite en 1284
par Jean de Meun pour Jean, comte d'Eu, le Lapidaire et le
Testament de Jean de Meun. Ce volume avait été copié en
1 340 pour maître G. de Dynant et acheté à Noyon, en mars
1367, par Jacques Bauchant au prix de trois florins d'or,
non compris le Testament de Jean de Meun, qui y fut
ajouté après coup2.
Jean Corbechon.
Ce fut par l'ordre de Charles V que Jean Corbechon3 mit
en français le livre des Propriétés des choses, composé au
xme siècle par Barthélemi L'Anglais, comme l'annonce
expressément la note par laquelle se termine un exemplaire
de cet ouvrage conservé à la Bibliothèque royale de Bel-
gique4, n° 2953 (jadis 9094) :
Ce livre des Proprietez des choses fu translaté de latin en fran-
1. Le 5 avril 1397 (n. st.), Olivier de L'Empire, un des quatre principaux
libraires de l'Université, reçut 48 sous, pour avoir prisé des livres que le duc
d'Orléans avait achetés le mois de mars précédent, « lesquelz feurent feu
« Jacques Bauchant, demourant à Saint-Quentin ». Le Roux de Lincy, La
Bibliothèque de Charles d'Orléans, p. 34 et 35, n" 12.
2. Au fol. 107 v° du ms. français 2063, on lit : « Chils livres est Jaque Bau-
« chant, sergent du roy nos., en la prevosté de Saint-Quentin en Vermendoiz,
« et li cousta à Noyon m flourins d'or que on dist frans, qui valoient sur tout
« xlviii s. parsis, le gros tournois d'argent pour xvi d. parsis. Che fu ou mois
« de march l'an CCC LXVI. Qui le troeve ou cui il le prestera, si le rende, si
« fera ce que il devera, et contient dusques chi xm quohiers e v foellais, et
« sur tout xv quohiers. » Au dernier feuillet est une note de Jacques Bauchant
dans laquelle on remarque ces mots : « Tous chilz livres, ensi que il est loiiés,
« a cousté lxiiii s., le gros tournois d'argent pour xvi d. parsis. »
3. Le 6 février 1369, le pape Urbain V recommanda au chancelier de Paris
Jean Corbechon, de l'ordre des ermites de Saint Augustin, qui faisait depuis
dix ans des leçons à la Faculté de théologie. Chartul. univ. Paris., t. III,
p. 186, n« 1353.
4. Si ce manuscrit n'est pas l'exemplaire original de présentation, il en est
une réplique fidèle. Voir plus loin chapitre XIII, notice XLII des manuscrits
parvenus jusqu'à nos jours.
92 TRADUCTEURS.
çois l'an de grâce mil CCC LXXII, par le commandement de très
puissant et noble prince Charles le quint de son nom, régnant à ce
temps en France puissanment. Et le translata son petit et humble
chappellain frère Jehan Corbechon, de l'ordre Saint Augustin,
maistre en théologie, de la grâce et promocion dudit prince et sei-
gneur très excellent.
Un compte de François Chanteprime mentionne à la date
de 1 372 une gratification que le roi fit donner à l'auteur
de cette traduction1.
La bibliothèque Mazarine a recueilli deux manuscrits qui
portent une note ainsi conçue : « Iste liber est fratris
« Johannis Corbechon, sacre pagine professons. » Cet
ex-libris, reproduit en fac-similé dans le livre de M. Fran-
klin2, paraît bien être autographe; il suffirait pour mon-
trer que Corbechon est la vraie forme du nom du traduc-
teur, qui a été souvent appelé Corbicho?i3.
Les deux manuscrits de Jean Corbechon que la Mazarine
possède4 sont un recueil de Postilles (n° 181, jadis 1 69) et
un exemplaire du quatrième livre des Sentences (n° 849,
jadis 313).
Jean Daudix.
Jean Daudin, chanoine de la Sainte-Chapelle5, traduisit le
traité de Pétrarque sur les Remèdes de l'une et de l'autre
fortune. Il entreprit ce travail à la demande de Charles V,
qui l'en récompensa en lui faisant payer le 1 5 avril 1 377
1. « A frère Jehan Corbechon, Augustin, pour avoir translaté de latin en
françois, pour le Roy, le livre de Proprietatibus reruni. » Van Praet, Inven-
taire de l'ancienne bibliothèque du Louvre par Cilles Malet, p. 114.
2. Franklin, Les Anciennes bibliothèques de Paris, t. II, p. 112.
3. Voir le Manuel de Brunet, t. II, col. 269 et 1621.
4. Voir le catalogue de M. Molinier, t. I, p. 67 et 401.
5. « Johannes Daudin, canonicus sacre capelle palatii », assista, le 21 nov.
1364, à une réunion de la Faculté de théologie dans les écoles des Frères Prê-
cheurs. Chartul. univ. Paris., t. III, p. 116.
JEAN C0RBECII0N. 93
une somme de 200 francs d'or1. Le prologue, qui a la forme
d'une épître adressée au roi, débute par ces mots :
Mon très cher et redoublé seigneur, Vostre excellent sapience a
eu plaisir et propos de commender à moy, vostre très humble et
petit subget, que de langage latin je translatasse en françois ce pré-
sent livre, très plantureux et habundant en tout fruit de doctrine
morale, et très doulx et souef en aornement d'éloquence, lequel,
pour remédier aux langoureuses pensées humaines, icelui excellent
et très renommé clerc maistre François Petrarch, Qeurentin, com-
passa nagaires et intitula des Remèdes de l'une et l'autre fortune...
Il est étonnant que les inventaires de la librairie du Louvre
ne mentionnent pas cette traduction, ni aucun autre écrit
de Pétrarque.
Un moment, j'avais pensé que le ms. français 593 de la
Bibliothèque nationale, qui contient le second livre de la tra-
duction de Jean Daudin, pouvait être un morceau d'un
exemplaire ayant fait partie de la librairie du Louvre. Après
y avoir mûrement réfléchi, je ne crois pas qu'on puisse s'ar-
rêter à cette hypothèse.
Le catalogue dressé par Gilles Malet2 contient un article
ainsi conçu :
De erudicione puerorum nobilium, en françois, translaté par
maistre Jehan Daudin, à deux fermouers des armes monseigneur le
Dalphin, couvert de soye à queue.
Le 30 avril 1 380, Charles VI se fit livrer le volume ainsi
décrit, et la trace en a disparu. Aucun autre exemplaire de
cette traduction de Jean Daudin n'a encore été signalé. Il
1. « A maistre Jehan Deudin, chanoine de nostre saincte chapelle royal
à Paris, pour ce qu'il a translaté, de nostre commandement, de latin en fran-
çois, un livre appelle Patrac, lequel nous avons mis et retenu devers nous. »
Mandements de Charles V, p. 836, n° 1696.
Il a été démontré que la traduction de ce traité est bien de Jean Daudin,
et non pas de Nicole Oresme, comme on l'a souvent prétendu. Voir le mémoire
que j'ai publié en 1891 dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XXXIV,
part, i, p. 273-304.
2. A. 231 et B. 235.
94 TRADUCTEURS.
s'agit évidemment du traité que Vincent de Beauvais a com-
posé sous le titre : De puerorum nobilium erudicione, et dont
nous avons dans le ms. latin 7605 de la Bibliothèque natio-
nale (fol. 104) le texte original adressé à la reine Margue-
rite, femme de saint Louis; ce texte a été compris dans
l'édition des Opuscules de Vincent de Beauvais publiée à
Bàle en 1 481 1 . Quant à la traduction française, elle nous est
parvenue, en assez mauvais état, dans une copie du
xve siècle, ms. français 9683 de la Bibliothèque nationale ;
le nom du traducteur n'y est pas indiqué; mais il n'est
guère probable que deux écrivains aient entrepris à la
même époque la traduction d'un traité qui n'avait guère
de célébrité. Je n'hésite donc pas à attribuer à Jean Daudin
la version contenue dans le ms. 9683.
On peut également, sans trop de témérité, considérer
Jean Daudin comme le traducteur d'un autre traité de
Vincent de Beauvais : l'Épître consolatoire qui fut adressée
par ce religieux à saint Louis à l'occasion de la mort du
fils aîné du Roi. Ce qui est certain, c'est que la traduction en
a été faite en 1 374 par un « très petit et humble servant »
de Charles V. Nous avons vu un peu plus haut que Jean
Daudin se qualifie de « très humble et petit subget » du
roi. On trouvera dans un chapitre subséquent2 la notice du
ms. français 1032 qui contient la version française de
l'Épître consolatoire.
Jean Golein, carme.
Le carme Jean Golein, dont le nom revient souvent dans
les actes de l'Université, à partir de l'année 13693, et qui
1. N» 7562 de Proctor.
2. Chapitre XIII, notice XL.
3. Chartul. univ. Paris., n°» 1279, 1430, 1459, 1465, 1481, 1577, 1579, 1621,
1669.
L'un des plus curieux de ces textes est celui qui se trouve clans le t. III,
p. 224, enquête qui eut lieu en 1375 pour découvrir l'auteur d'une traduction
JEAN DAUDIN. 95
mourut en 1 403, fut un des traducteurs auxquels Charles V
fit le plus fréquemment appel. Nous pouvons citer huit
ouvrages qu'il fut chargé de mettre en français :
1° La vie de sainte Agnès; Jean Golein, dans le prologue
de sa traduction de l'Arbre généalogique des rois de
France, écrite en 1369, déclare avoir antérieurement
« translaté l'ystoire de Madame sainte Agnès, la sainte
« vierge, en laquelle feste est le jour benoit de la nativité
« du haut, puissant et très excellent seigneur, auquel Dieu
« doint bonne vie et longue1. » Charles V était né, en effet,
le jour de sainte Agnès, %\ janvier 1338. Les catalogues
de la librairie du Louvre ne mentionnent aucun exemplaire
de la Vie de sainte Agnès en français.
Ce texte n'est pas le seul indice que la fête de sainte
Agnès, anniversaire de la naissance de Charles V, était une
fête domestique dans la maison de Charles V. L'inventaire
du mobilier royal2 nous apprend positivement que ce
jour-là les courtisans faisaient des cadeaux au Roi. On y
trouve mentionné un anneau dont l'origine est ainsi indi-
quée : « Et le donna le sire de La Rivière au Roy le jour
« d'une sainte Agnès. » Le même inventaire mentionne plu-
sieurs autres articles pouvant faire supposer que Charles V
avait une dévotion particulière pour la sainte, dont la fête
coïncidait avec l'anniversaire de sa naissance : un taber-
nacle avec images de Notre-Dame et de sainte Agnès3; une
image de Notre-Dame en compagnie de saint Jean l'Évan-
du livre de Marsile de Padoue et de Jean de Jandun. « Magister Johannes dic-
« tus Goulain, de ordine de Carmello », intervint dans cette enquête.
Aux documents du Carlulaire de l'Université, on peut ajouter une pièce que
M. Ernest Petit a bien voulu me signaler dans le registre Xla33 du Parlement
(au fol. 396) : texte du 10 septembre 138G mentionnant « magister Johannes
« Goulain, de ordine Fratrum Béate Marie de Carmello, magister in sacra
« pagina ».
1. Ms. 697 du fonds de la reine de Suède, fol. 110.
2. Éd. Labarte, p. 80, n* 495.
3. Ibid., p. 47, n" 174.
96 TRADUCTEURS.
géliste et de sainte Agnès 1 ; et surtout une image de sainte
Agnès, avec un support, sur lequel on doit appeler particu-
lièrement l'attention ; le rédacteur de l'inventaire le décrit
en ces termes : « Et est sur un entablement d'argent doré
« à fenestrages esmaillés de la Vie de sainte Agnès2. » Ces
compartiments de vermeil remplis par des émaux repré-
sentant la Vie de sainte Agnès ne seraient-ils pas le type
ou l'imitation des réserves ménagées par l'orfèvre pour
recevoir les émaux figurant les scènes de la vie de sainte
Agnès, sur la fameuse coupe que nous avons pu admirer
dans le cabinet du baron Pichon, et qui est aujourd'hui une
des pièces les plus remarquées dans les galeries du Musée
britannique3?
%° Les Fleurs des chroniques de Bernard Gui. Il est à
supposer que Charles V, satisfait de l'hommage que Jean
Golein lui avait fait de la Vie de sainte Agnès, résolut de
l'employer aux travaux de traduction qui lui tenaient à
cœur, et pour lesquels ce religieux lui semblait présenter
de véritables aptitudes. Le premier ouvrage qu'il lui dési-
gna paraît avoir été les Fleurs des chroniques de Bernard
Gui. Nous possédons encore l'exemplaire original de la tra-
duction, qui lui en fut offert, et à la fin duquel le roi a tracé
ces mots :
Cez Croniquez dez papez et dez empereurz sont à nous Charles
le Ve de nostre nom roy de France, et le fîmes faire l'an M CCC
LXVIII. CHARLES.
J'en ai donné la description en 1 879 quand le manus-
1. Éd. Labarte, p. 116, n° 865.
'2. Ibid., p. 121, n° 907. — Le même inventaire (n° 1386) mentionne une autre
« couppe dorée et esmaillée, ouvrée à fenestraige ».
3. Voir le mémoire de M. Ch. H. Read, The Royal gold cup of the king of
France and England , nom preserved in the British Muséum (vol. VII,
part, m, plates xi-xiv, dans les Vetusta mo alimenta), et mon article : La
Coupe d'or du roi Charles V, dans le Journal des Savants, année 1906,
p. 233. L'état primitif de la coupe est figuré dans le volume intitulé British
Muséum, A Guide to the medixval room, 1907, p. 235.
JEAN GOLEIN. 97
crit était à la bibliothèque de la Chambre des députés1. Il
est depuis passé à la Bibliothèque nationale, où il a pris le
n° 1409 dans le fonds français des Nouvelles acquisitions.
3° Divers opuscules historiques de Bernard Gui. L'exem-
plaire original est au Vatican, ms. 697 du fonds de la
Reine2. Au commencement du livre, Jean Golein avertit le
lecteur que le roi lui avait ordonné de traduire ces opus-
cules, et qu'il lui en avait fait communiquer un exemplaire
appartenant à Louis, comte d'Étampes et sire de Lunel :
... Je frère Jehan Golein, petit religieux de l'ordre des frères de
Nostre-Dame du Carme, petit clerc de raondit seigneur3, qui suyle
plus petit et le moins sachant des maistres en théologie de l'Uni-
versité de Paris, voulant obéir à son commandement, comme raison
le veult et je y suy tenuz par la doctrine de l'Apostre et par plu-
seurs autres raisons, lesqueles se je ne cognoissoie, pechié de ingra-
titude me puniroit, ay entrepris à translater de latin en françois ce
livre, lequel mondit seigneur souverain m'a fait bailler par noble
prince monseigneur Loys, conte d'Estampes et sire de Lunel, lequel
m'a commandé que je le translate de latin en françois, en prose
clere et entendible à chascun, si y pense à avoir mérite devers
Dieu, par l'obéissance à laquele je ay très grant volenté, tant pour
l'onneur et révérence de Dieu, comme pour la noblesce et grâce que
Dieu a ordonnée en mondit seigneur...
Le prologue ajouté à l'un des opuscules de Bernard Gui,
l'Arbre généalogique des rois de France, indique la date à
laquelle la traduction en fut faite : « Ou temps du roy
« Charles, qui régnoit et tenoit la coronne et le sceptre royal
« en France, en grant justice et très noble sapience, l'an
« de Nostre Seigneur mil CCC LXIX, fu translaté de latin
« en françois par frère Jehan Golein, de l'ordre de Nostre
1. Notice sur les manuscrits de Bernard Gui, dans Notices et extraits des
manuscrits, t. XXVII, part, n, p. 227-232.
2. Sur ce manuscrit, voir une notice de M. Ant. Thomas dans Le Cabinet
des manuscrits, t. III, p. 330, et dans les Mélanges de l'École française de
Rome, année 1881.
3. « Charles, à présent tenant le sceptre et la coronne du royaume et de
l'empire de France. »
7
98 TRADUCTEURS.
« Dame du Carme, pour ce temps maistre régent à Paris
« ou couvent de la dicte ordre, l'an VI° du royaume du
« devant dit seigneur et par son commandement... »
Jean Golein, dans la préface de sa traduction des Col-
lations de Cassien, dont il va être question, rappelle que
précédemment le roi lui avait fait « translater ung livre de
« ystoires des papes, des empereurs de Romme et des roys
« de France, des consilles generaulx et des noms des
« evesques de Limoges et de Tholose et aucuns autres
« abrégés ».
4° Les Collations de Cassien. En 1370, Jean Golein s'atta-
qua à un ouvrage de longue haleine, les Collations de Cas-
sien, dont le roi avait manifesté le désir d'avoir la
traduction :
Mon très redoubté seigneur le très noble prince, plain de vertus,
le roy Charles, qui tient et gouverne le royaulme et empire de
France, l'an M. CGC. LXX, en attribuant tout à Dieu et fait escrire
en monnoye Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat, en
désirant que ses vertus particulières soient assemblées avecques
les souverains, lui a pieu à moy commander, son petit subjet, frère
Jehan Golein, indigne maistre en théologie, provincial de la pro-
vince de France, de l'ordre de Nostre-Dame de la montaigne du
Carme, que -..je luy translatasse ce présent livre, lequel contient
les vertus des anciens preudommes.
Le manuscrit français 175, d'après lequel je cite ce pas-
sage, a été indiqué1 comme étant l'exemplaire du roi
Charles V, mais l'identification n'est pas admissible : la
copie du ms. 175 ne doit pas être antérieure au milieu du
xve siècle ; elle est fort imparfaite et les espaces réservés
pour les peintures sont restés en blanc.
5° Le Rational des divins offices. Dans la préface de cet
ouvrage, Jean Golein, après avoir loué « le sage roy Charles,
« régnant en France l'an mil CCG LXXII » , de marcher sur
1. P. Paris, Les Manuscrits françois, t. II, p. 57.
JEAN GOLEIN. 99
les traces de son patron Charlemagne, le plus noble des
monarques chrétiens, le disciple d'Alcuin, qui lui avait
appris les sept arts, après l'avoir félicité de ses succès dans
la guerre contre le roi d'Angleterre1, avertit le lecteur du
prix que ce prince attachait à faire traduire le livre de Guil-
laume Durant :
Considérant que, ou mistère de l'Eglise, et especialment ou mis-
tère de la messe, est la conclusion universale de tout le salut
humain, afin qu'il le puisse plus dévotement révérer et honnorer et
en ses oroisons de cuer contempler, ha commandé mondit souve-
rain seigneur à moy, son très petit clerc, frère Jehan Golein, de
l'ordre de Nostre Dame du Carme, le plus petit maistre en théologie
de sa fille l'Université de Paris, que je li mette et translate de latin
en françois le livre que on appelé le Racional des divins offices...2.
Gomme on l'a vu plus haut, Jean Golein a rapporté à l'an-
née 1372 l'exécution de sa traduction du Rational. Une
copie exécutée pour le Grand bâtard de Bourgogne3 doit
représenter un exemplaire dont il est difficile de fixer la
date, indiquée par ces vers :
M semel, et C ter, V(?) sex decies, ea prêter
I(?) datur undena, septembris luce vicena
Sexta, tune hujus scripture finis habetur :
Pro pena cujus scriptori pocula detur.
Est Carmelita, ma. Jo. Golein nomine fertur,
A quo transfertur hic liber, ut sit ita
1. « En ceste foy ont ensuyvi les nobles roys de France leur droit patron le
dit saint Charles, et par especial le sage roy Charles régnant en France l'an
rail CCC LXXII, lequel, à la forme et manière de ses prédécesseurs, donnans
l'onneur du royaume à Jhesu Crist, fait mettre ou coing de sa monnoie d'or
Christus vincit, Christus régnât, Christus imperat, par son estude et sapience
ha conquis, à l'ayde de Dieu, pluseurs terres, villes et citez sur son anemi le
roy d'Angleterre, si comme est la conté de Pontieu en Picardie, et en Aqui-
taine Caours, Montauban, Figiach, Lymoges, et oultre la moitié de Gascoingne,
et ce li ha Dieu donné, par grâce especial, que tout le monde le redoubte et l'a
en révérence... » Ms. français 437, fol. 2 v, col. 1.
2. Ibid., col. 2.
3. Ms. 2001 de l'Arsenal. Voir le Catalogue de M. Henry Martin, t. II, p. 368.
100 TRADUCTEURS.
Rege jubente sibi, sic de sermone Iatino
Transtulit omnino, sicul apparet ibi :
Cui régi strenuo de quolibet iste peritus
Nititur et penitus posse parère suo.
Hune sacrum Flamen doctorem théologie
In summa requie denique ponat. Amen.
La copie et l'enluminure de l'exemplaire destiné à
Charles V ne durent pas être terminées avant l'année 1 374,
comme l'indique la note écrite à la fin du volume par le
roi lui-même : « Cest livre nommé Rasional des divins
« ofises est à nous Charles le Ve de notre nom, et le finies
a translater, escrire et tout parfere, etc., l'an mil CCC.
« LXXIIII. »
Le 26 mars 1 387, Jean Golein, intervenant dans un pro-
cès en qualité d'exécuteur testamentaire de Marie de
Lesinnes, dame de Seignelai, fut amené à rappeler qu'il
avait jadis fait « certaine translation d'un livre pour le roy
« nostre sire, dont Diex ait l'ame, et, en rémunération, le
« roy li donna certaine somme de florins 1 » .
On peut supposer que Jean Golein touchait des droits
d'auteur sur la vente des copies du Rational. Le 211 février
1395 (n. st.), le libraire Henri du Trevou, agissant en son
nom et se portant fort pour Jean Golein, donna quittance
d'une somme de 1 00 livres tournois que le duc d'Orléans
leur devait pour la vente « d'un livre en françois appelé
« le Raccionnel des divins offices2 ».
1. « Entre madame Marguerite de Vienne, d'une part, et les exécuteurs du
testament ou darrière voulante de feue Marie de Lisignes et ses héritiers,
d'autre part; madame Marguerite dit qu'elle bailla pieça en garde etendepost
à la dicte madame Marie un chapiau d'or, en la valeur de vc frans, et conclut
à la restitution du dit chapiau, ou de la dite somme de vc frans, et à despens.
Maistre Jehan Goulain, l'un des exécuteurs, dit qu'il fist pieça certaine transla-
cion d'un livre pour le roy Charles nostre sire, dont Diex ait lame, et en
remuneracion le roy li donna certaine somme de florins, et dit qu'il presta à
la dite Marie xxxn frans, d'une part, nc d'autre, et li bailla vc en depost, et
li randi Marie cent livres de rente à vie. » (Registre Xla 1473 du Parlement,
fol. 101.) — Communication de M. Ernest Petit.
2. Le Roux de Lincy, La Bibliothèque de Charles d'Orléans, p. 33, n° 8.
JEAN GOLEIN. 101
G° Vers la fin du règne de Charles V, Jean Golein fut invité
par le roi à traduire un traité sur « l'Information des
« princes », qui avait été composé pour le prince Louis, fils
de Philippe le Hardi. L'exemplaire original de la traduction,
qui se conserve à la Bibliothèque nationale (n° 1950 du
fonds français), contient une rubrique initiale et une sous-
cription finale qui nous font connaître le nom du traduc-
teur et celui du copiste :
Ci commence le livre de l'Informacion des princes, translaté de
latin en françois, du commendement du roy de France Charles le
quint, par son clergonnet frère Jehan Golein, de l'ordre de Nostre
Dame du Carme, maistre en théologie indigne.
Ci fenist le livre de l'Informacion des roy s et des princes. Henri
du ïrevou a escript ce livre de l'Informacion des roys et des princes,
et l'achiva à escrire le juesdi xxne jour de septembre l'an mil CCC.
LXXIX, pour le roy de France Charles, son très cher et redoubté
seigneur.
La date de l'achèvement de la copie ne doit pas être fort
éloignée de la date de la rédaction.
Outre l'exemplaire original, la Bibliothèque nationale
possède, dans le fonds français, neuf copies de la traduc-
tion de Jean Golein1; il suffit de signaler celles qui ont été
faites pour Jean, duc de Berry (n° 1210), pour Louis, duc
d'Orléans (n° 1213), et pour François, comte de Montfort,
qui devint duc de Bretagne (n° 12254).
7° Les Chroniques d'Espagne ou de Burgos. On ignore
à quelle époque de sa vie Jean Golein dut s'occuper de la
Chronique universelle que Gonzalo de Hinojosa, évêque de
Burgos, avait composée dans le premier tiers du xive siècle.
La traduction qu'il en fit pour Charles V était partagée en
deux parties ou deux volumes. L'exemplaire offert au roi
est ainsi désigné dans l'inventaire de l'année 141 1 :
Les Croniques d'Espaigne, que fist l'evesque de Burs, translatées
1. Voir Hist. lilt. de la France, t. XXXI, p. 43.
102 TRADUCTEURS.
en françois par frère Jehan Goulain, en deux volumes, très bien
cscript, de lettre de forme et à deux coulombes, et très bien histo-
riez et enluminez. Le premier volume commençant ou ne foillet
Hercules fut mort son filz, et ou derrenier le prefect fist. Et le second
volume commençant ou 11e foillet mais après il retourna, et ou der-
renier terre et gasta, et est signé Charles. Tous deux couvers de
grans chemise de soye d'asur et de blanc, à grandes queues, à n fer-
moirs d'argent dorez, esmaillez de France et tissuz de soye1.
Le duc de Berry s'en était procuré deux exemplaires2,
dont un, acheté le %9 octobre 1 407 au prix de 160 écus
d'or, est conservé au Musée britannique3. Il débute
(fol. 10) par ces mots :
Cy commencent les Croniques de Bourgues dès le commencement
du monde, par l'ordre des aages, compilées et ordenées en latin
par révèrent père en Dieu Guillaume, evesque de Burgues, et par le
commandement du roy de France Charles le quint translatées en
françois par son petit clerçonnet frère Jehan Goulein, de l'ordre
Nostre Dame du Carme, indigne maistre en théologie.
En 1398, le duc d'Orléans se faisait copier et enluminer
un exemplaire des « Croniques de Burgues4 ».
Un exemplaire de la seconde partie, commençant au
règne de Constantin, existe à la bibliothèque de Besançon
et a été l'objet d'une notice de Castan5.
Dans l'incendie de la bibliothèque Cottonienne a péri un
exemplaire de la seconde partie, qui est indiquée comme
il suit dans le Catalogue6 publié à Oxford en 1696 :
Liber nonus Chronicorum sive pars secunda historiœ a Constan-
1. Ms. français 2700, fol. 127 V. — Les Chroniques sont mentionnées dans
les différents inventaires A 227, B 230, D 885, E 189, F 166.
2. Ou peut-être deux parties dépareillées.
3. Royal, 19. E. VI. Catalogue de Casley, p. 300. Note communiquée par
M. Paul Meyer, qui a relevé les premiers mots du second feuillet du texte : car
elles furent composées...
i. Voir les quittances publiées ou citées par Le Roux de Lincy, La Biblio-
thèque de Charles d'Orléans, p. 44, n° 40.
5. Bibliothèque de l'École des chartes, 1883, t. XLIV, p. 265-283.
6. Thomas Smith, Calaloyus librorum mss. bibliothecx Collouiancc, p. 72.
JEAN f.OLEIN. 103
tino Magno ad Ludovicura III regem Francise, ex latino in gallicum
translata, per Fr. Joannem Golein Carmelitam, magistrum theo-
logiae, jussu Caroli V, régis Francise, pulchris elegantibusque pictu-
ris passim ornata. (Otho, C. iv.)
8° Appendice à la Légende dorée. Le ms. français 57
de Genève est une Légende dorée, à la fin de laquelle se
trouvent les « lntitulacions des festes nouvelles, translatées
« de latin en françois par Jehan Golain1 ».
Ce religieux ne se bornait pas à traduire des textes
latins; il se mêlait quelque peu du commerce des livres.
Le 24 novembre 1 372, le roi lui fit payer 500 francs, prix
d'une Bible en deux volumes et de deux Concordances2.
Un conseiller au Parlement, Guillaume de Lirois, par
son testament en date du 29 février 1 392 (n. st.), ordonna
de rendre à Jean Golein un Directorium juris que ce reli-
gieux lui avait donné deux mois auparavant3. Le 17 no-
vembre 1400, Jean Golein prêta un exemplaire du Memo-
riale historiarum de Jean de Paris à Nicolas de Lespoisse,
qui le rendit au couvent des Carmes après la mort du
prêteur4.
Le nom ou peut-être la signature de « Goulain » se
trouve au commencement de deux manuscrits de l'Arse-
nal5, lesquels viennent tous les deux du couvent des
— C'est, je crois, d'après ce catalogue que l'ouvrage est cité dans la Biblio-
thèque historique delà France, t. III, p. 117, n° 16436.
1. Seuebier, Catalogue des manuscrits de Genève, p. 318.
2. Note de P. Dupuy, Collection Dupuy, vol. 755, fol. 98.
3. « Item voluit et concessit idem testator quod quidam liber qui inlitulatur
Directorium juris reddatur fratri Johanni Goulain, quamvis ipse sibi dederat
die Purificationis béate Marie virginis ultimo preterito. » Testaments publiés
par Tuetey dans les Mélanges historiqibes du Comité des travaux historiques,
t. III, p. 270.
4. Ms. 1117 de l'Arsenal : « Iste cronice sunt magistri Johannis Goulain, qui
« eas adcommodavit magistro Nicolao de Lespoisse, xvn die novembris, anno
« Domini millesimo quadringentesimo. — Magister Nicholaus eos reddidit con-
« ventui Parisiensi post mortem dicti magistri Johannis Goulen. » Catalogue
de M. Henry Martin, t. II, p. 290.
5. N°s 44 et 152. Même catalogue, t. I, p. 20 et 78.
104 TRADUCTEURS.
Carmes de Paris. Dans un livre qu'il avait donné à cette
maison et qui est arrivé à la Bibliothèque nationale1, une
note rappelle qu'un monument avait été élevé sur sa
sépulture.
Nicole Okbsme.
Une des œuvres qui ont fait le plus d'honneur à Charles V,
ce fut la traduction de plusieurs des livres les plus impor-
tants d'Aristote, les Éthiques, les Politiques et les Écono-
miques. Il en chargea Nicole Oresme, doyen du chapitre de
Rouen. Le travail commencé en 1371 devait se prolonger
jusqu'en 1374.
Le 1 0 décembre 1371, une somme de 1 00 francs fut
allouée au traducteur des Éthiques et des Politiques2. Je
citerai textuellement une lettre du 21 mai 1 372 dont les
termes montrent bien le prix que le roi attachait à pos-
séder la traduction des ouvrages du grand philosophe
grec :
De par le roy.
Jehan d'Orléans, Nous faisons translater à nostre bien amé le
doyen de Rouen, maistre Nicolle Oresme, deux livrez, lesquiex
nous sont très nécessaires et pour cause, c'est assavoir Polithiques
et Yconomiques, et pour ce que nous savons que ledit maistre
Nicolle a à ce faire grant peine et grant dilligence, et que il con-
vient que pour ce il délaisse toutes ses autres oevrez et besoignes
quelconques, voulons que, pour sa dicte peine, et aussi pour ce que
il y entende et laisse toutes autres besongnes, quelles que elles
soient, vous li bailliez et délivrez tantost et sans nul delay la somme
de deux cens franz d'or. Si gardez, sur toute l'amour que vous avez
à nous et le plaisir que vous desirez nous faire, et si cher que vous
1. Ms. latin 17273 : « Istum librura dédit librarie conventus Parisiensis, ordi-
« nis fratrum béate Dei genitricis Marie de monte Carmeli, reverendus magis-
« ter bone memorie magister Johannes Goulen, conventus Rothomagensis, ac
« in regno Francie legatus, cujus soi>ultura habetur magnifiée elevata in isto
« conventu infra capellam sanclc Anne. Cujus anima quiescat cum beatis. »
2. Noie de Pierre Dupuy, Collection Dupuy, vol. 755, fol. 98.
NICOLE ORESME. 105
doubtez encourir nostre indignacion, que en ce ne faitcz faulte,
quelque chevance que fcre en doiez. Car ainssi li avons promis, et
pour ce que vous sachiez que ce vient de nostre conscience, nous
avons en ces présentes cy dessoulx escript de nostre main. Donné
en l'abbaye de Chaaliz, ce xxie jour de may. Et telle lettre et des-
charge que avoir en vouldrez, nous la vous promettons passer et
faire.
Les recommandations que le roi ajouta de sa main au
bas de la lettre sont encore plus pressantes :
Gardez sur quanque vous douptez nous courouser, queque che-
vance que vous en doiez faire, vous ly délivrez sanz nul deloy
uc franz. Escrit de notre main.
CHARLES1.
Un acte du 5 février 1 373 (n. st.), dont le texte ne nous
est point parvenu, se rapportait à la continuation de l'en-
treprise2.
Le 31 août 1374, le roi lui-même remit à son bien-aimé
Nicole Oresme une somme de 200 francs d'or, à valoir,
disait-il, « sur sa painne ou salaire de nous translater deux
« livres, lesquiez nous sont trez neccessaires, c'est assavoir
« Polithiquez et Economiquez 3 » .
Après avoir achevé les Éthiques, les Politiques et les
Économiques d'Aristote, Nicole Oresme travailla sur le
livre du Ciel et du Monde, qu'il termina en 1377, au
moment où le Roi récompensait sa persévérance en le fai-
sant monter sur le siège épiscopal de Lisieux. C'est Nicole
lui-même qui nous l'apprend : « Ainsi, dit-il, à l'aide de
« Dieu, j'ay accompli le livre du Ciel et du Monde, à com-
« mandement de très excellent prince Charles quint, par la
1. Orig., Collection Clairambault, vol. 187, p. 6997. Mandements de
Charles V, p. 458, n" 889.
2. Note de Pierre Dupuy, Collection Dupuy, vol. 755, fol. 97 v°.
3. Pièces justificatives (Appendice X), d'après l'original, Collection Clai-
rambault, vol. 215, p. 9621.
106 TRADUCTEURS.
« grâce de Dieu roy de France, lequel, en ce faisant, m'a
« fait evesque de Lisieux1. »
La nomination de Nicole Oresme à l'évêché de Lisieux
est du 16 novembre 13772, et un mois auparavant, le
8 octobre, le roi lui faisait payer 200 francs d'or pour
sa traduction du livre du Ciel et du Monde3.
Deux exemplaires de la traduction des Éthiques, des
Politiques et des Économiques, l'un de grand, l'autre de
petit format, tous deux exécutés avec luxe, pour la librai-
rie de Charles V, nous sont parvenus. Les deux volumes du
premier sont partagés entre la Bibliothèque royale de Bel-
gique (ms. 2902, jadis 9505) et le cabinet de M. le comte
de Wasiers; les deux volumes du second, entre le Musée
Méermanno-Westréenien de La Haye et la Bibliothèque
royale de Belgique (ms. 2904-, jadis 11201).
J'ai pu étudier comparativement ces quatre volumes, et
j'en ai publié la description dans mes Mélanges de paléo-
graphie et de bibliographie*, p. 257-282.
Les travaux dont la vie et les œuvres de Nicole Oresme
ont été l'objet me dispensent de parler ici5 plus longuement
d'un des hommes qui ont le plus efficacement secondé le
1. P. Paris, Les Manuscrits français, t. IV, p. 351, d'après le ms. fran-
çais 565.
2. Gallia christiana, t. XI, col. 788.
3. « Magister Nicolaus Oresmes, pro dono sibi facto per dominuni regem,
per litteras 8 octobris 1377, pro pena et labore transferendo de latino in galli-
cum unurn librum vocatum de Celo et mundo, 200 francos auri. » Extraits des
Journaux du Trésor, éd. Moranvillé, dans la Bibliothèque de l'École des
chartes, 1888, t. XLIX, p. 382, art. 322.
4. Paris, 1880, in-8°, pages 257-282. J'avais précédemment étudié un manus-
crit de la bibliothèque d'Avranches, qui paraît bien être l'exemplaire original
de la traduction des Politiques et des Économiques. Voir la Bibliothèque de
l École des chartes, 1869, t. XXX, p. 601-620.
5. Je me permets seulement de relever un détail dont j'ai dû la connais-
sance aux éditeurs du Charlul. unir. Paris., t. III, p. 224. C'est qu'en 1375
Nicole Oresme, alors doyen de l'église de Rouen, prit part à l'enquête ouverte
pour découvrir l'auteur d'une traduction française du livre de Marsile de
Padoue et de Jean de Jandun.
NICOLE ORESME. 107
roi Charles V dans ses efforts pour développer en France
le goût des études littéraires.
Raoul de Presles.
Raoul de Presles est à coup sûr un des écrivains les plus
distingués de la seconde moitié du xive siècle1. Il était déjà
parvenu à un âge assez avancé quand Charles V eut recours
à son talent pour obtenir la traduction d'ouvrages considé-
rables dont on lui avait fait apprécier la valeur. Raoul de
Presles ne lui était pas seulement connu par la façon dont
il remplissait des charges administratives. Sous les titres de
Musa2 et de Morale compendium de republica3, il avait com-
1. J'insère ici une note écrite en caractères du xv° siècle sur le fol. 27 du
ms. latin 3233, à la fin d'un des ouvrages de Raoul de Presles, celui qu'il a
intitulé Musa. Cette note a déjà été citée par Lancelot (Mém. de l'Acad. des
inscr., t. XIII, p. 622), qui n'en avait pas reconnu l'auteur :
« Isle Radulphus de Praellis consiliarius fuit et magister requestarum hospi-
ciorum Karoli quinti et Karoli sexti. Scripsit autem Compendium et hune librum
quem intitulavit Musam. Transtulit eciam de latino in ydioma vulgare seu
gallicum Ribliam et librum Augustini de Civitate Dei, et decessit anno M" CCC°
octogesimo secundo, in vigilia Sancti Martini hyemalis, prout in ejus epitaphio
super ejus tumbam in ecclesia Sancti Mederici Parisiensis, in cappella parrochie
scribitur. Morabatur autem in vico novo Sancti Mederici, satis prope conum
versus quadruvium Templi. Ejus animam habeat paradisus.
« Vidi ego in compoto ordinario baillivie Viromandie de anno M. CCC sep-
tuagesimo quarto, capitulo recepte de Vaily, quomodo iste Radulphus habebat
a rege Karolo quinto pensionem de vic libris per annum super dictam terram
de Vailly, pro vacando liberius translacioni memorati libri de Civitate Dei,
quem, de ejus mandato, transferendum in gallico susceperat.
« A BELE VIEGNE. »
La devise A bêle viegne est l'anagramme du nom de Jehan Le Bègue, gref-
fier de la Chambre des comptes, dont il a été question (p. 28) à propos des
inventaires de la librairie du Louvre, et dont nous connaissons plusieurs autres
manuscrits (latin 6416; français 13569 et 23083). Dans le ms. latin 6416,
les mots A bêle viegne accompagnent la mention De libris Johannis Le Bègue,
et, sur le frontispice du volume, la devise Paix et joye à Bêle viegne est plu-
sieurs fois répétée. — Jean Le Bègue est connu pour avoir dédié à Charles VII
une traduction de l'histoire de la Guerre punique par Léonard L'Arétin. Voir
P. Paris, Les Manuscrits françois, t. I, p. 35-37.
2. Il y en a une belle copie dans le ms. latin 3233, auquel je viens d'emprun-
ter la note de Jean Le Bègue.
3. La Bibliothèque nationale en possède deux anciennes copies : lat. 15690,
fol. 14 'i v°, et lut. 1821 des Nouv. acq., fol. 95.
108 TRADUCTEURS.
pose des ouvrages latins dont le texte nous est parvenu ; il
était, en outre, l'auteur d'une compilation historique en
français dont nous ne connaissons que le sujet : une Chro-
nique générale allant de la Création jusqu'au temps de
Tarquin l'Orgueilleux et de Cambyse.
Ce fut en 1371 que Raoul de Presles, sur l'invitation
expresse du roi, prit la plume pour traduire et commen-
ter en plus d'un endroit la Cité de Dieu de saint Augus-
tin. Dans l'Épître dédicatoire mise en tête de l'ouvrage,
l'auteur, après avoir exprimé son étonnement d'avoir été
choisi pour rédiger une si difficile traduction, rappelle ses
travaux antérieurs et entre dans des détails fort intéres-
sants sur les principes d'après lesquels il a pu mener l'en-
treprise à bonne fin :
Je doi estre esmerveillé, et non sans cause, de ce que délaissiez
les souverains clers de vostre roiaume, dont il y en a tant et de si
grans que en toute crestienté n'en a tant de telz, et auxquiex tele
euvre appartenoit et leur estoit deuee à translater, il peut estre
cheu en vostre pensée de le moy baillier, qui, au regart de eulx,
ne suis que poudre et cendre, et comment vous avez voulu à moy,
qui sui de si feible entendement, baillier si fort fessel, et à si petite
main si grant mole à tourner. Et pour ce que l'en ne cuide pas que
par arrogance ou par moy ingérer je l'aie voulu entreprendre, je
appelle Dieu à tesmoing, et vous le savez assez, comment et par
quel temps je l'ai refusé et différé à entreprendre, et les excusa-
tions que je y ai prétendues, tant pour ce que je savoie et scé la
foiblesse de mon engin, la grandeur de l'euvre, et l'aage dont je
sui, qui me deusse, si comme il me semble, d'ores en avant reposer.
Si ne tiengne, vous ne autre, moy avoir esté si bardi ou si oultre-
cuidé de l'avoir entreprise de moy. Car, se je cuidasse avoir com-
mis plus grant offense, et que l'en me tenist plus oultrecuidre de
le vous avoir refusé que de avoir obey à vostre commandement, je
l'eusse à plain refusé; car il me sembloit que je avoie assés labouré
en mon temps, tant à faire le livre qui se apele le Compendieux
moral de la chose publique, et le livre qui se apele la Muse, laquele
il vous plut à recevoir en gré, pour ce que je l'avoye intitulé à
vouz, comme les Croniques en françois contemporisées du commen-
cement du monde jusques au temps de Tarquin l'Orguilleux, et du
RAOUL DE PRESLES. 109
roy Cambises, qui régnèrent en i temps, avecques aucunes espistres,
considéré encore la grant charge du fait de mon advocacie, qui est
office publique et qui requiert labour continuel; mais je croi que
vous aviés leue celé parole de Senèque qui dit « ociosité sans lettre
« est mort et sépulture de homme vif ».
Si suppli à vostre royal Majesté que, aussi comme simplement à
vostre commandement j'ai ceste euvre entreprise, vous plaise à la
recevoir en gré, et supporter mes defaultes, dont je sai bien que il
en y aura pluseurs; et se je ne ensuy en ceste translation les propres
moz du texte, et que je y voise aucunes fois par une manière de
circonlocution ou autrement, il me sera pardonné, pour ce que
vous m'avez commandé, pour la matière esclarsir, que je ensuive
la vraie, simple et clere sentence et le vrai entendement, sans
ensuivre proprement les mos du texte, et si y a pluseurs mos qui
ne se peuent pas bonnement translater en françois sanz adicion ou
déclaration...
Pour indemniser Raoul de Presles du travail qu'exigeait
la traduction de la Cité de Dieu, le Roi, par une lettre du
28 octobre 1 371 4, lui assura une pension annuelle de
400 livres, qui paraît avoir été portée à 600 livres et avoir
été assignée sur la terre de Vailli en Vermandois2. Le tra-
vail, commencé à la Toussaint 1 371 , fut terminé le 1er sep-
tembre 1375. C'est ce que nous apprenons par une note
placée à la fin du second volume de l'exemplaire qui fut
offert au roi 3 :
Ceste translacion et exposicion fu commenciée par maistre Raoul
1. Jusqu'ici, le texte de cet acte n'est point connu. Voici l'extrait qu'en a
pris Pierre Dupuy : « M. Raoul de Praesles, advocat et conseiller du roi, par
« mandement dudit seigneur du 28 octobre 1371, a translaté en françois le livre
« de saint Augustin de la Cité de Dieu, et pour ce lui a ordonné 400 frans d'or
« par chascun an jusques à ce que la translation soit faiete. » Collection Dupuy,
vol. 755, fol. 98. Cf. Van Praet, Inventaire de la bibliothèque du Louvre,
p. 43; et Lancelot, Mém. de l'Académie des inscr., t. XIII, p. 619. — Une
note de Blanchard mentionne ainsi l'acte du 28 octobre 1371 : « Don de 400 1.
« à maître Raoul de Praelles, advocat et conseiller du roy, pour translater de
« latin en françois le livre de saint Augustin de la Cité de Dieu, pour l'utilité
« publique du royaume et de toute la crestienté. » Mandements de Charles V,
p. VII.
2. Voir la note de Jean Le Bègue publiée plus haut, p. 107.
3. Mss. français 22912 et 22913.
110 TRADUCTEURS.
de Praelles à la Toussains l'an de grâce mil CCC soixante et onze,
et fu achevée le premier jour de septembre l'an de grâce mil CCC
soixante et quinze.
Le travail de Raoul de Presles semble avoir été fort cons-
ciencieux. Il dit avoir consulté plus de trente exemplaires
du texte latin de la Cité de Dieu et avoir habituellement
employé celui qui avait paru le meilleur : « Le nostre prin-
ce cipal, duquel nous n'en veismes oneques nul plus par-
ce fait1. » Il dut se livrer à de longues recherches pour
recueillir les éléments du commentaire dont il accompagna
sa traduction. On en peut apprécier l'étendue en parcou-
rant la liste des autorités qu'il a mise en tête de son pre-
mier volume2. Toutefois, il est bon de remarquer que toutes
les citations ne doivent pas être de première main : un
certain nombre ont dû être empruntées à des ouvrages tels
que les Miroirs de Vincent de Beau vais.
Nous savons d'ailleurs que Raoul de Presles avait à sa
disposition un assez grand nombre de livres. Il avait à
coup sûr accès à la librairie du Louvre, dont un volume
lui fut donné par le roi3. Lui-même possédait une biblio-
thèque assez bien fournie. Une lettre de Charles V4, du mois
de mai 1 375, nous apprend que son hôtel de la rue Neuve-
Saint-Merri dut alors s'accroître d'une annexe, indispen-
sable, dit le roi, « pour mettre ses livres, dont il a plusieurs,
« et convient, ajoute-t-il, qu'il en soit grandement garni,
« tant pour nous servir en translacions et exposicions,
« comme en autres choses dont nous l'avons chargé et
« chargeons de jour en jour ».
1. Livre V, ch. XIII. Voir à l'Appendice, XII.
2. Voir à l'Appendice, XI.
3. « Ung livre couvert de cuir fauve, à queue, nommé Philosophie moral.
Donné à maistre Raoul de Praelles, par feu le roy Charles quant il donna la
Muse. » Ms. 2700, fol. 49, n" 182.
4. Pièce citée par Lancelot (Mémoires de l'Académie des inscriptions, t. XIII,
p. 621), d'après le registre CVII du Trésor des chartes, n° G21.
RAOUL DE PRESLES. 111
Le succès de la traduction de la Cité de Dieu est attesté
par le nombre et la somptuosité des exemplaires manuscrits
cjui nous en sont parvenus, et par la beauté des éditions
gothiques qui en furent imprimées à Abbeville en 1 486 et
à Paris en 1531.
Charles V, fort satisfait du travail accompli par Raoul
de Presles sur la Cité de Dieu, lui imposa une nouvelle
tâche non moins lourde que la précédente. La lecture de la
Bible était une des dévotions auxquelles il aimait le plus à
s'assujettir. Au dire de Philippe de Maizières1, il s'était fait
une loi de lire la Bible en entier une fois chaque année.
Pour ces lectures, il pouvait se servir des nombreuses copies
de la Bible historiale qu'il possédait et dont plusieurs,
d'une remarquable magnificence, sont arrivées jusqu'à
nous : la petite Bible copiée en 1362 par Raoulet d'Or-
léans2, celle que Jean de Vaudetar lui offrit en 1 372! 3, celle
que le duc de Berry avait trouvée assez belle pour vouloir
se l'approprier4 et celle que le môme prince se fit donner
en 1403 par Charles VI r>.
Non content d'avoir la Bible historiale à sa disposition,
Charles V voulut posséder une version plus littérale des
Saintes Écritures6. Pour l'avoir à son gré, il eut de nou-
1. Cet auteur s'exprime ainsi, en donnant indirectement des conseils à
Charles VI : « Que se dira de la grant dévotion... de ton père Charle, humble
« et devol, qui chascun an, par grant devocion, lisoit, par manière d'oraison,
« la Bible toute entière, et ainsi le fist xv ou xvi ans sans faillir. » Le Songe
du Vieux pèlerin, ms. français 9201, fol. 111.
2. Le tome II est à la Bibliothèque nationale, ms. français 5707.
3. Au Musée Méermanno-Westréenien à La Haye.
4. Ms. français 20090.
5. Le premier volume de cet exemplaire est à la bibliothèque de l'Arsenal,
n° 5212.
6. Christine de Pisan (1. III, ch. xn), mal renseignée, fait honneur à
Charles V de trois genres de travaux qu'il aurait fait entreprendre sur la
Bible : « Si comme la Bible en trois manières, c'est assavoir le texte, et puis
le texte et les gloses ensemble, et puis d'une autre manière allégorisée. » —
— « Le texte » désigne la traduction de Raoul de Presles; « le texte et les
gloses ensemble », c'est le travail commencé par Jean de Si sous le règne de
112 TRADUCTEURS.
veau recours à Raoul de Presles, qui vécut encore assez
longtemps pour terminer, ou peu s'en fallut, la traduc-
tion de la Bible.
Les conditions dans lesquelles le travail fut entamé et la
méthode que le roi fît adopter sont très nettement indi-
quées par Raoul de Presles. Il s'exprime ainsi dans une
Épître dédicatoire qu'un seul manuscrit paraît avoir con-
servée, le premier volume d'un exemplaire original, que
Charles VI abandonna en 1403 à son oncle le duc de Berry
et qui a été recueilli par le Musée britannique1 :
A vous, très excellent et très puissant prince, Charles le quint,
roy de France, je Raoul de Preelles, vostre petit serviteur et sub-
ject, tout ce que je puis faire. Mon très souverain et très redoubté
seigneur, Quant vous me commandastes à translater la Bible en
françoys, je rais en deliberacion lequel seroit plus fort à moy, ou
du faire ou du refuser. Car je consideroie la grandeur de l'euvre et
mon petit engin, d'une part, et, de autre part, je consideroie qu'il
n'estoit riens que je vous peusse et deusse refuser. Je consideroie
de rechief mon aage, et l'adverse fortune de ma maladie, et les
autres euvres que je avoie faites : c'est assavoir, la translacion et
exposicion du livre de monseigneur saint Augustin de la Cité de
Dieu, le livre qui s'appelle le Compendieux moral de la chose
publique, le livre qui s'appelle la Muse, aveques aucunes espitres.
Mais tandis come je debatoie ceste question en moy meismes, je me
recordai que je avoie leu en un livre que nature humaine est comme
le fer, lequel, se l'en ne le met en euvre, il se use, et se l'en n'en use
point, il s'enrouille et se gaste, et toutevoies se degaste il moins
quant l'en en use que quant l'en le laisse gésir. Et pour ceste cause
je l'entrepris et amai miex à moy user en exercitant que moy consu-
mer en occiosité, comme, selon le dit du sage, occiosité sans lettres
soit mort. Si suppli à Vostre Magesté que vous veulliez recevoir en
gré ce que je en ferai. Car, quant à la manière du translater, là où
je verray qu'il cherra abreviacion, je la ferai, la sustance demou-
Jean ; quant à la Bible allégorisée, ce pourrait être un arrangement de la Bible
moralisée qui a été étudiée dans YHist. litt. de la France, t. XXXI, p. 218-243.
1. Fonds Lansdowne, n' 1175. — Le texte qui suit est emprunté à Samuel
Berger {La Bible française, p. 245), qui l'a tiré du Catalogue des mss. du
fonds Lansdowne.
RAOUL DE PRESLES. H 3
rant entière. Et où je verrai qu'il ara repeticion d'une meisme
chose, si comme en Paralipomenon et en Esdras le secont, et ail-
leurs, je ferai remission. Et aussi lairai je à nommer plusieurs noms
de gens, de villes et de citez, là où je verrai que ce ne seroit que
charge au liseur, et qu'il n'en seroit de riens miex édifié; et aussi
ne scet l'en aucune fois se ce sont leurs propres noms, ou de leurs
pères ou aiolz, ou de leurs villes ou citez, pour ce que ainsi le
m'avez vous commandé. Mon entente est aussi de faire aucuns pro-
logues où je verrai qu'il en sera besoing à la declaracion des livres,
et aussi aucuns integumens es commencemens d'aucuns chapitres,
afin de comprendre plus legierement la sentence, et partout où il
ara une ligne par dessouz, ce sera hors le texte, pour le declairier
et pour comprendre plus legierement ce que le texte du chapitre
veult dire. Car sans declaracions aucunes le texte est mult oscur en
plusieurs lieux, especiaument aus gens lais qui n'ont point estudié
en la Sainte Escripture. Et ne tiengne nul à arrogance ce que je
l'ai entrepris : car vostre commandement m'en excusera en tout et
par tout. Aprez, je supplie à touz ceulx qui verront ceste euvre
que, s'il y a aucune chose qui ne soit à point mise et à son droit,
qu'il veullent supporter mes deffautes; et ce qu'il y trouveront de
bien, il le veullent attribuer à Nostre Seigneur, duquel tout bien
vient. Et en outre, se il y a aucune chose regardant la foy, je m'en
rapporte à ce que la foy en veult, et que nostre mère la sainte
Eglise en tient.
La part que le roi prit à la direction du travail est expres-
sément rappelée dans le prologue mis en tête du Lévi-
tique :
Combien que je pensse avoir procédé en ceste translacion et
ensuivi le texte sans faire declaracion quelconques, toutes voies,
pour ce que il pleut à Vostre Magesté de moy commander que je ne
me passasse pas de la translacion si legierement comme je eusse
peu bien faire, par laquelle parolle je conçu que vous vouliés avoir
ce qui faisoit à l'entendement du teuxte, il m'a semblé que à l'en-
tendement de ce livre de Levitique il y fault mettre aucunes decla-
racions par manière de préambule, si comme fist le Maistre des
histoires, lequel ensuivi en partie Josephus,... si l'ensuivray en
ceste partie ,...
1. Samuel Berger, La Bible française, p. 247.
414 TRADUCTEURS.
L'exemplaire le plus complet que Samuel Berger ait ren-
contré de la Bible de Baoul de Presles s'arrête au ch. xix
de l'évangile de saint Mathieu. La fin n'était peut-être pas
rédigée quand l'auteur fut enlevé par la mort le 10 no-
vembre 1 382.
Je ne sais à quelle époque de la vie de Raoul de Presles
peut être rapportée la traduction d'un mémoire sur les
rapports des deux puissances1. En voici les premiers
mots :
Au commandement de très hault et excellent prince Charles, par
la grâce de Dieu le Ve roy de France de ce nom, maistre Raoul de
Praeles translata de latin en françois la question qui s'enssuil. La
question est telle, assavoir se la dignité pontifical et impérial ou
royal sont deux puissances distinctes, divisées et séparées, sans ce
que l'une despende de l'autre...
Simon de Hesdin.
Simon de Hesdin, de l'ordre de Saint-Jean de Jérusa-
lem, entreprit de traduire, « en l'honneur de Charles V »,
l'ouvrage de Valère Maxime. Nous possédons, à la Biblio-
thèque nationale (ras. français 9749), l'exemplaire des
quatre premiers livres qui fut déposé dans la librairie du
Louvre et qui porte en tête la date de 1 375 :
Ci commence la translacion du premier livre de Valerius Maxi-
mus, avec la declaracion d'iceli et addicions plusieurs, faite et com-
pilée l'an mil CCC LXXV, par frère Symon de Hesdin, de l'ordene
de l'ospital de Saint Jehan de Jérusalem, docteur en théologie.
Dans le prologue, le traducteur prévient qu'il s'est plus
attaché au sens qu'à la lettre du texte original, de façon à
donner satisfaction au roi.
... Il est assavoir que m'entente n'est ne fu onques de translater
ccst livre de mot à mot, car ce seroit aussi comme impossible de
translater le en celle manière, et que sentence y fust trouvée enten-
1. Ms. latin 14617, fol. 112-123 v.
RAOUL DE PRESLES. 115
dable ne delitable, au mains en la plus grant partie. Et les causes si
sont la brieve et estrange manière de parler, la difficulté du latin
et le merveilleus stille du livre. Et pour ce est mon entente de trans-
later le de sentence à sentence, et de faire de fort latin clair et
entendable romant, si que chascun le puist entendre; et où la sen-
tence sera obscure pour l'ingnorance de l'ystoire, ou pour autre
quelconque cause, de la declarier à mon pouoir...
... En requérant dévotement la grâce et ayde de Dieu, et de la
beneoite vierge Marie, ausquels je requier de tout mon cuer que je
puisse ceste œuvre faire, par leur sainte grâce et especial ayde, en
telle manière que elle soit plaisans et proffitable à très noble, très
poissant, très excellent et très sage prince Charte le quint roy de
France de ce nom, gouvernant et régnant à présent, en l'onneur et
révérence duquel, après Dieu, je ay entrepris ceste œuvre.
La traduction de l'ouvrage fut achevée par Nicolas de
Gonesse sous le règne de Charles VI à l'instigation de Jean,
duc de Berry.
Anonymes.
Je dois encore mentionner plusieurs ouvrages dont la
traduction a été faite pour Charles V, sans que le nom des
auteurs soit connu. Dans cette catégorie, il faut ranger :
1 ° Le livre de Pierre de Crescens : Ruralium commodo-
rum libri XII. Un exemplaire de la traduction française
copié au xv° siècle pour un membre de la famille Du Fou1
et orné de peintures, est intitulé : « Ce livre est nommé
« Rustican, lequel parle du labeur du champ, que fîst trans-
« later le très noble roy de France Charles le quint de ce
« nom, l'an mil CGC soixante treze. » Un autre exemplaire2,
également du xve siècle, porte un titre différent : « Cy
« commence le livre des Ruraulx prouffitz du labour des
« champs, lequel fu compilé en latin par Pierres des Gres-
« cens, bourgois de Boulongne la Grasse, et depuis a esté
1. Bibl. nat., ms. français 12330.
2. Bibliothèque Mazarine, n°a 3589 et 3590.
116 TRADUCTEURS.
« translaté en françois à la requeste du roy Charles le quint
« de ce nom. »
La bibliothèque de l'Arsenal * possède la belle copie qui
en fut faite pour le Grand bâtard de Bourgogne, et M. Qua-
ritch a mis en vente en 1906, au prix de 3,500 1. st., un
exemplaire en écriture bourguignonne qui a dû être com-
mandé par un grand seigneur llamand2.
Les inventaires des livres de Charles V ne mentionnent
ni le texte latin ni la traduction de l'ouvrage de Pierre de
Crescens. Le duc de Berry s'était procuré le texte original
et la traduction. Le texte latin qu'il avait donné à la
Sainte-Chapelle de Bourges est arrivé à la Bibliothèque
nationale3.
2° Le livre de Thomas de Cantimpré : Bonum universale
de apibus. Voici quelques lignes de l'épître dédicatoire qui
est en tête de cet ouvrage, dans le ms. 2953 (jadis 9507)
de la Bibliothèque royale de Belgique :
A très souverain et très excellent prince Charles, par la grâce de
Dieu roy de France, la vostre povre et humble créature, qui, jour
et nuit, à son petit povoir, s'efforce de Dieu prier pour vous et pour
vostre très noble lignée, tout humble obédience et parfaite révé-
rence et vraie subjection.
... En bonne simplesce je me sui enhardi dudit livre transporter
de latin en françois, comme vostre très haute excellence si le m'a
commandé, en suivant le latin le plus près que bonnement j'ai peu ;
et aucunes foiz, où l'aucteur du livre et les docteurs et philosophes
ont, pour le plus bel et rectorique latin quérir, transporté les dic-
tions, pourquoy le françois ainsi ordené seroit pesant et moins cler
à entendre, j'ai la sentence mise rez à rez, si comme j'ay pensé que
il l'eussent dit eulz meismes, se il parlassent françois...
1. Ms. 5064. Voir le Catalogue de Henry Martin, t. V, p. 32.
2. Les peintures en sont décrites dans le Catalogue n° 250 (article 764) publié
en juin 1906 par M. Quarilch, et je dois à l'obligeance de ce libraire le texte
des premiers mots du second feuillet : il a bien voulu m'apprendre que son
manuscrit ne répond pas aux notices 1592 et 2205 de la Bibliothèque pro-
typographique de Barrois.
3. Ms. latin 9328.
ANONYMES. 117
3° Les Tables astronomiques d'Alphonse, roi de Castille.
L'exemplaire de la traduction à la fin duquel Charles V avait
mis sa signature a figuré sur les inventaires de la librairie
du Louvre jusqu'en 1413 inclusivement (A 629, B 637,
D 693, E 720). L'inventaire de 141 1 le décrit ainsi :
Item les Tables Alphons, roy de Castelle, translatées en françois
du commandement du roy Charles le quint, et sont en un cayer de
parchemin sans aiz, royées par dessus de vert et de jaune, très bien
escriptes de lettre de forme, à deux coulombes et enluminées d'or,
commençant ou ne foillet dessus dictes, et ou derrenier table du
moyen, et sont signées au dos dudit derrenier foillet CHARLES1.
Cet exemplaire disparut de la librairie du Louvre vers
l'année 1414 (E 966).
4° Les Soliloques de saint Angustin, que Christine de
Pisan2 range parmi les livres que Charles V fit traduire. Il
y en a un exemplaire mentionné dans l'Inventaire de Gilles
Malet3 :
Le Seul parler saint Augustin, couvert de soie vermeille, et fer-
mouers d'argent.
La copie qui en est classée à la Bibliothèque nationale
sous le n° 1 832 du fonds français peut remonter à la fin
du règne de Charles V.
Charles V ne possédait pas seulement dans sa librairie
les traductions dont il avait été le promoteur et dont il avait
largement subventionné les auteurs. Il y avait recueilli
nombre de traductions qui avaient été exécutées, soit de
son temps en dehors de son action directe, soit sous les
règnes de ses prédécesseurs. Comme telles, sans rappeler
les travaux de Jean de Meun, de Jean de Vignai, de Jean
1. Ms. français 2700, fol. 109 v°, n° 693.
2. Livre III, ch. xn.
3. Ms. français 2700, fol. 9, n° 143.
118 TRADUCTEURS.
de Sy, de Pierre Bersuire, je citerai les épîtres de Senèque
à Lucilius, traduites en français par un Italien pour un
comte de Gaserte. Il y en avait deux exemplaires dans la
librairie du Louvre :
Les Espitrez de Senèque à son amy Lucile, et en la fin du livre
est la table de ce qui contenu y est, escript de plus menue lettre.
— A monseigneur d'Angiou, vie de mars IIIIXX. (Ms. 2700, fol. 5 v°,
n° 65.)
Item Senèque, couvert de soye à queue, à cignes blans et deux
fermouers d'argent dorez, esmaillez de France, à tixuz vers, escript
en françois, de très parfaitement belle lettre, et bien historié et
enluminé, commençant ou ne foillet des rebriches le XXXV il de mana-
nimitc, et ou derrenier sont amonestez, à une pipe d'argent doré.
(Ms. 2700, fol. 66 v°, n° 169.)
Je considère comme l'équivalent d'un exemplaire de
Charles V le manuscrit n° 9091 de la Bibliothèque royale de
Belgique.
Les Quarante homélies de saint Grégoire et le livre de
l'Arrhe de l'àme de Hugues de Saint-Victor. — Une dame,
dont nous regrettons de ne pas connaître le nom, fit tra-
duire ces deux ouvrages par Pierre de Hangest, prévôt de
l'église d'Amiens. La copie qu'elle chargea Raoulet d'Orléans
d'exécuter en 1 368 pour l'offrir au Roi est aujourd'hui con-
servée à la bibliothèque de l'Arsenal (ms. 2247).
La Géomancie de Guillaume de Meerbeke, qu'un écri-
vain normand, Gautier Le Breton, clerc, originaire de Bas-
queville-le-Martel, traduisit en 1347 dans le château de
Dangu, pour un noble et puissant baron le seigneur de
Préaux. — Le manuscrit original fut recueilli dans la librairie
de Charles V; il est aujourd'hui à la bibliothèque du Collège
de la Trinité à Cambridge1.
Charles V ne possédait qu'un exemplaire du texte latin
1. Montague Rhodes James, The Western manuscripls in Ihe library of
Trintiy Collège Cambridge, t. III, p. 492.
ANONYMES ET DIVERS. 110
de l'historien Josèphe. La traduction française de l'ouvrage
de cet auteur, qui doit dater de la fin du xiv6 siècle, n'en-
tra dans la librairie du Louvre qu'en 1410, par suite de
l'envoi qu'en fit alors le duc de Guyenne. Le duc de Berry
a bien pu encourager l'auteur, jusqu'ici inconnu, de cette
traduction. Il s'en fit faire deux beaux exemplaires1, dont
le plus somptueux, inachevé au moment de la mort du
prince, fut terminé sous le règne de Louis XI pour Jacques
d'Armagnac, duc de Nemours. Les tableaux dont Jean
Fouquet l'a enrichi en ont fait l'un des plus précieux monu-
ments de la peinture française du xve siècle.
1. Voir la seconde partie de cet ouvrage, p. *308, notices 210-210 ter.
Prêts et dons de livres faits par Charles V.
Charles V usait avec une véritable grandeur des trésors
littéraires qu'il avait amassés. Il prêta différents manuscrits
au duc d'Anjou1, au duc de Berry2, à Jean de Dormans,
évêque de Beauvais3, et à Simon de Hesdin4.
Il donna à Philippe de Maisières la jouissance d'un très
beau psautier en grand volume, écrit de grosse lettre
ancienne5. Philippe de Maizières appréciait les beaux
manuscrits : nous pouvons en juger par l'élégance du petit
volume qu'il offrit à Richard II, roi d'Angleterre, et qu'on
admire dans une des vitrines du Musée britannique6.
Le roi échangea quelques livres avec Jean de Cardaillac,
patriarche d'Alexandrie7, avec Raoul de Presles8 et avec
monseigneur d'Harcourt9. Il en offrit en pur don à son
grand-oncle Philippe et à sa grand'tante Blanche, duc et
duchesse d'Orléans10, à sa belle-sœur Marie de Bourbon,
1. Articles 21 et 92. — Il s'agit là de deux volumes particulièrement précieux :
la Bible historiale, qui est maintenant au musée Méermanno-Westréenien de
La Haye, et de l'Apocalypse, qui fut un des modèles employés pour l'exécution
de la grande tapisserie d'Angers.
2. Article 975 : l'original de la traduction de Tite-Live.
3. Article 2.
4. Article 976.
5. Article 64.
6. Le fac-similé autotypique du titre de ce manuscrit, du Musée britannique
(Royal 20. B. vi), se trouve dans la première série des Reproductions from
illuminaled mss., pi. XXV.
7. Article 150.
8. Article 505.
9. Article 1139.
10. Articles 872 et 991.
PRÊTS ET DONS DE LIVRES. 121
prieure de Poissi1, à sa sœur la duchesse de Bar2, à son
neveu Henri de Bar3, à Charles le Mauvais, roi de Navarre4,
à Pierre, comte d'Alençon5, au comte de Saarbruck6, au
marquis de Saluées7, au comte de Salisbury8 et à l'abbé de
Fécamp, sans doute Jean de La Grange9. Il fit encore
livrer plusieurs volumes au bailli de Rouen10, à Évrart
Tramagon11, à maître Gervais12, à maître Jean de La Cha-
leur13, à Aimeri de Mengniac14, à Montigny 15, cà frère Morice,
compagnon du confesseur16, à maître Philippe Ogier17, à
Arnaud Guillon18, à messire Pierre d'Avoir19, à Pierre le
1. Article 186.
2. Article 104. — La même duchesse de Bar est indiquée, au n° 1124,
comme ayant emprunté un manuscrit de Giron le Courtois.
3. Article 669. — La donation faite à Henri de Bar est peut-être du règne de
Charles VI. — Henri de Bar, fils du duc Robert, périt en 1396 à la bataille
de Nicopolis.
4. « Pour faire une couverture et une chemise à un bréviaire que nous
envoiasmes à nostre très cher et amé frère le roy de Navarre, le xvie jour
d'avril [M. CCC LXXI]. » Lettre de Charles V, dans l'Appendice, VII.
5. Article 23.
6. Article 864.
7. Article 1029.
8. Article 1182.
9. Boivin, dans le ms. français 22571, p. 77.
10. Article 413.
11. Article 434 : « Le Songe du Verger... Baillé par le roi à Evrart Trama-
« gon. » Évrart de Tramagon, docteur en droit civil et canon, avait fait des
leçons de droit à Paris en 1371, 1372 et 1373. Hauréau, Notices et extraits de
quelques manuscrits de la Bibliothèque nationale, t. II, p. 133. — Il devint
doyen du chapitre de Chartres, puis évéque de Dol. Voir Charlul. univ. Paris.,
t. III, p. 216, notes de la pièce 1393.
12. Article 819.
13. Article 1049. A ce Jean de La Chaleur, qui fut chancelier de l'Université
en 1373 (Chartul. univ. Paris., t. III, p. 563), le roi donna un très bel
exemplaire du Catholicon.
14. Article 1180.
15. Article 1206.
16. Articles 469 et 866.
17. Article 95. — Philippe Ogier, à qui Charles V fit livrer une Bible abré-
gée, a signé beaucoup d'actes de ce prince de 1364 à 1378.
18. Articles 36 et 713.
19. Article 506 ter. — Pierre d'Avoir, chevalier, était un chambellan du roi.
Mandements de Charles V, n08 99 et 1644.
122 PRETS ET DONS DE LIVRES.
chirurgien, qui vint de Montpellier avec Jean, le bon phy-
sicien1, et à Renaud Fréron2.
La générosité d'un prince aussi éclairé devait nécessaire-
ment s'exercer au profit des établissements ecclésiastiques.
Je ne parlerai pas de la splendide couverture, dont il fit
revêtir un évangéliaire de la Sainte-Chapelle3, ni du livre
des cérémonies du sacre, qu'il déposa à l'abbaye de Saint-
Denis le 7 mai 13804, ni d'une Bible et d'un Catholicon
qu'il mit dans sa chapelle5, ni môme des nombreux
volumes dont il pourvut le chapitre de VincennesG; mais
je ne saurais passer sous silence les libéralités qu'il fit au
collège de maître Gervais et au couvent des Dominicains
de Troyes.
Simon de Phares, en son Recueil des astrologues, parle
à deux reprises7 des livres et des instruments dont
Charles V dota le collège fondé en l'Université de Pains par
son médecin, maître Gervais Chrétien. Ce témoignage est
confirmé par les statuts mêmes du collège8 et par la men-
1. Article 828.
2. Article 810. On pourrait rapporter au règne de Charles VI, aussi bien qu'à
celui de Charles V, les livraisons de livres faites à Arnaud Guillon, à Pierre
d'Avoir, à Pierre le chirurgien et à Renaud Fréron.
3. Ms. latin 8851.
4. Article 228.
5. Articles 5 et 1050. Il est possible qu'il s'agisse ici de la Sainte-Chapelle du
palais.
6. Articles 43, 123, 136, 155, 158, 168, 169, 201, 202, 204, 208, 212, 216, 217,
262, 278 et 287.
7. « ... Leur donna belle librarie bien garnie de livres, spères, astrolabes,
saphées et autres instrumens servans à la dicte science [d'astrologie], qui
encores y sont. » (Ms. français 1357, fol. 3.) « Ung colliege de astrologie et
« medicine, où il rnist plusieurs livres singuliers des dictes sciences, en grant
« et merveilleux nombre...; y mist aussi plusieurs astralabes, equatoires,
« spères et autres instrumens, comme saphées, désirées et semblables. » (Ibid.,
fol. 142.)
8. « Quia idem rex dominus noster dictum collegium in redditibus, admorti-
zationibus et libris multipliciter augmentavit, adeo quod sibi debetur princi-
paliter nomen et auctoritas fundatoris et etiam collatoris... » (Ms. latin 4397 A,
PRÊTS ET DONS DE LIVRES. 123
tion que fait Gilles Malet d'un exemplaire des Éthiques
donné par le Roi « aux escoliers maistre Gervaise1 ».
Ce fut à la prière de Pierre de Villars, évêque de Troyes,
que Charles V fit délivrer aux Dominicains de Troyes des
joyaux, des reliquaires et des livres, dont l'aliénation fut
sévèrement interdite, le 26 février 1 371 , par le pape Gré-
goire XI2. La bulle qui prononçait cette interdiction fut
transcrite sur chacun des livres, avec une note portant
que la donation du Roi avait été provoquée par Pierre de
Villars, et que tout volume aliéné, engagé ou prêté devait
être considéré comme la propriété de l 'évêque et du cha-
pitre de Troyes et du couvent des Dominicains de Paris.
Malgré ces précautions, les livres offerts par Charles V aux
Dominicains de Troyes furent dispersés au xvr9 siècle,
sous l'administration d'un prieur ignorant3. La Biblio-
thèque nationale en a recueilli quatre, les nos 7475, 8541
et 1 0623 du fonds latin, et le n° 5256 (en partie) du fonds
français; deux autres sont possédés par la ville de Troyes4;
un septième a passé dans une vente publique faite à Paris
en 18245 : exemplaire de la Légende dorée, ayant appar-
tenu au cardinal de Brienne et terminé par une note dont
nous n'avons qu'une transcription peut-être incorrecte :
Vitam Sauvilla — Sanctorum scripsit in illa
Rotomagi villa — Bernardo permanet illa.
Ce fut fet en l'an de grâce
A mon sire B. de Brace,
fol. 54.) Voir dans le môme volume, fol. 21, 46 ve et 82, les statuts relatifs à
la conservation des livres du collège de maître Gervais.
1. Article 479.
2. Voir à l'Appendice, VIII.
3. Moréri, t. III, p. 116, au mot Camusat.
4. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques des départements,
série in-4% t. II, p. 132 et 274, n»s 267 et 653.
5. C'était le n" 2314 d'une vente Chardin. Voir le Catalogue rédigé pour cette
vente, p. 215.
124 PRÊTS ET DONS DE LIVRES.
Mil et trois cens et trente et cinc
Et à grant pêne y avint * .
La même bibliothèque renfermait un autre manuscrit
provenant de la donation faite aux Dominicains de Troyes :
recueil de dix traités, dont le premier et le dernier doivent
être intitulés : « Régula? in omnes libros veteris ac novi
Testamenti... Meditationes Guigonis prioris Carthusie2. »
C'est un des volumes de la collection Hamilton, qui sont
échus à la Bibliothèque royale de Berlin3.
Un neuvième volume que les Dominicains de Troyes
possédaient en vertu de la donation de Charles V avait été
recueilli par les Jésuites dans leur bibliothèque du collège
de Clermont4. Il a depuis appartenu à Méerman5 et au
comte d'Ashburnham6. J'ignore où il se trouve aujourd'hui.
1. Laire, Index librorum ab inventa typographia ad annum 1500. Seno-
nis, 1791, t. II, p. 274, n° 9.
2. Ibid., n° 13.
3. N« 89 du fonds Hamilton. Voir Neues Archiv, t. VIII, p. 331.
4. N» 439 du Catalogue.
5. N" 440 du Catalogue de la vente Méerman.
6. N» 83 de l'Appendice.
XI.
La librairie sous le règne de Charles VI.
Charles VI avait reçu de son père le goût des livres; il
était encore enfant quand Charles V mit à sa disposition un
roman de Godefroi de Bouillon1. Son oncle, le duc de
Bourgogne, favorisa les libérales inclinations du jeune roi
et lui suggéra l'idée de maintenir la librairie du Louvre sur
le pied où l'avait mise Charles V.
Nous avons vu que, sous le règne de Charles VI, la garde
de la librairie resta confiée à Gilles Malet jusqu'à la mort
de celui-ci, arrivée au mois de janvier 1 41 1 , puis à Antoine
des Essarts du 7 juillet 1 41 1 au 8 mai 1 41 3, à Garnier de
Saint- Yon du 12 mai 14121 au 13 octobre 1413, à Jean
Maulin du 13 octobre 1413 jusqu'au mois de juillet 1418,
et à Garnier de Saint- Yon à partir du $1 de ce mois de
juillet.
Les successeurs de Gilles Malet ne paraissent pas s'être
beaucoup occupés de la librairie. Il fut enjoint à Jean Mau-
lin de ne point se mêler du fait de la librairie les jours
non fériés, pour n'être point détourné du travail dont il
était chargé à la Chambre des comptes2, et Garnier de
Saint-Yon dut prêter serment de ne révéler à personne le
secret de la librairie3.
1. Inventaire général des livres de Charles V et de Charles VI, dans la seconde
partie de cet ouvrage, article 1033.
2. « lnjunctum etiam sibi fuit ne in diebus non feriatis intus ingérât se
quoquo modo in facto dicte librarie, ita ut per occupationem ejusmodi vacet a
facto ordinario camere compotorum. » Mémorial H de la Chambre des comptes,
cité par Boivin, ms. français 22571, p. 97.
3. « Prestitit juramentum de bene et fideliter custodiendo libros dictos et
nemini revelare dicte librarie secretum. » Même Mémorial, cité au même
endroit.
126 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
L'inventaire des livres du roi qui fut dressé en 1411,
avant l'installation d'Antoine des Essarts, constata la pré-
sence d'environ 2,1 0 volumes qui étaient entrés au Louvre
depuis le récolement de 1380. Les documents qui nous
sont parvenus ne donnent guère le moyen d'expliquer une
telle augmentation. Toutefois nous savons que plusieurs des
copistes et des enlumineurs parisiens, dont l'habileté défiait
alors toute concurrence, ont travaillé pour le compte de
Charles VI1, et nous possédons plusieurs manuscrits de
grand luxe sur lesquels on distingue la devise Jamais, qu'il
avait adoptée, et le Cerf-volant, dont Froissart2 et le Reli-
gieux de Saint-Denis3 ont donné, chacun de son côté, une
explication différente. C'est ici l'occasion de faire remarquer
que Charles VI ne fut pas le seul prince qui prit pour devise
le Cerf-volant. En tête d'un manuscrit de la Bibliothèque
de Munich, Cas des nobles malheureux de Pétrarque, copié
en 1 458 et illustré par Jean Fouquet, l'écu de France, sou-
tenu par deux cerfs blancs, au collier fleurdelisé, se voit
sur une tapisserie à bandes rouges, blanches et vertes,
dans une salle où se tient un lit de justice4. Le cerf- volant
1. « A l'aumosnier. pour paier unes Heures qu'il a fait faire pour le Roi,
xxx lrans. » (Rôle du mois d'avril 1388, dans la Collection Clairamlmull,
vol. 1G, ]). 515.) — o A ceulz qui font les grans Heures du Roi, imsx x frans. »
(Rôle de septembre 1389, ibid., p. 521.)
2. Froissart (éd. de la Société de l'Histoire de France, t. X, p. 258) décrit
un rêve dans lequel Charles VI, en 1382, s'était vu, aux environs d'Arras,
chevauchant un cerf-volant, « et tant li plaisoit li figure de che cerf que
« à paines en imagination il n'en pooit partir, et fu li une des incidenses prê-
te miers quant il descendi en Flandres combattre les Flamens, pourquoi le plus
« il encarga en sa devise le cerf- volant à porter s.
3. Suivant le Religieux de Saint-Denis (éd. Bellaguet, t. I, p. 70), on aurait
pris dans une chasse du roi un cerf avec un collier portant cette inscription :
César hoc mihi donavit, « et quia id nunquam visuin fuerat vel auditum, in
« invencione ejus tantam complacenciam cepit ut deinceps in vasis regiis
« aureis et argenteis et omni supellectili pomposa cervum volantem et coronam
« collo gerentem faceret figurare ». Une quittance du 13 juin 1385 mentionne
un étendard « à la devise du roy à un cerf volant à ailes d'or. » Bibl. nat.,
Nouv. acq. fr. 20027, pièce 82.
4. Il y en a une médiocre reproduction dans le volume que Curmer a consa-
cré à l'œuvre de Fouquet. On a longtemps cru que ce manuscrit avait été
LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI. 127
a été aussi une des devises de la maison de Bourbon,
comme Brantôme1 l'a rappelé à propos du grand éten-
dard du connétable.
Plusieurs écrivains ont offert leurs ouvrages à Charles VI,
notamment Robert, évêque de Senez2, Bernard Alamand3
et Pierre Salmon, dont la Bibliothèque nationale possède le
recueil des opuscules présenté au Roi4, magnifique manus-
crit renfermant un portrait de Charles VI5, du duc de
Bcrry0 et de Jean sans Peur, duc de Bourgogne7 ; la devise
James y est inscrite dans plusieurs tableaux sur le man-
teau du roi et sur des pièces d'ameublement. L'exem-
plaire de l'ouvrage d'Honoré Bonet, La Vision du Prieur
de Salon, qui entra dans la librairie du Louvre sous le
règne de Charles VI, était garni de trois courts fermoirs
d'argent doré, « faits en forme de deux mains, avec trois
cerfs volants d'argent doré 8 » . Il faut encore citer Le Songe
du vieux pèlerin, de la bibliothèque de l'Arsenal9, dont une
page (fol. 34) est couverte par une grande peinture, enca-
drée de demi-fleurs de lis et représentant un cerf blanc
ailé, la couronne royale au cou, volant dans un ciel rouge;
fait pour Etienne Chevalier. Tout récemment, M. le comte Durrieu a découvert
qu'il avait eu pour premier possesseur Laurens Girard, notaire et secrétaire du
Roi, contrôleur de la recette générale des finances depuis 1456.
1. Éd. de la Société de l'Histoire de France, t. I, p. 286.
2. Le Miroir moral de Robert, évéque de Senez, fut offert à Charles VI en
1385. Voir les mss. latins 3490 et 6485.
3. Voir le traité sur le schisme, ms. latin 1481, fol. 51 v°. — Le P. Dairc
(manuscrit des Célestins, ms. français 15290, p. 50) indique un ouvrage du
même auteur intitulé : Expositio aliquorum verborum Chrisli, qui fut pré-
senté au roi le 15 février 1398.
4. Ms. français 23279. Sur ce manuscrit, voir une notice de Levesque dans
Notices et extraits des manuscrits, t. V, p. 415; l'édition que Crapelet a don-
née en 1833 du Dialogue entre Charles VI et Salmon; enfin la notice de M. H.
Moranvillé dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1889, t. L, p. 10.
5. Fol. 1 v°, 5, 19.
6. Fol. 53.
7. Fol. 5 et 19.
8. Inventaire des livres de Charles V et Charles VI, article 1213.
9. Ms. 2G82. Voir le Catalogue de M. Henry Martin, t. III, p. 74 et 75.
128 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
peut-être aussi le Térence de la même bibliothèque1, dont
le cadre du frontispice est orné aux quatre angles de ban-
nières d'azur à fleurs de lis d'or, mais dont la devise des
banderoles est De bien en mieux.
Cette devise a fait élever des doutes sur l'attribution du
Térence à Charles VI2; mais je suis porté à croire que ce
roi a bien pu adopter la devise De bien en mieux. Sur un
vitrail de la cathédrale d'Évreux, on a relevé, avant la
Révolution, les armes royales accompagnées de la lettre K,
d'un cerf ailé accolé d'or et d'une devise qu'on lisait En
bien*. N'y aurait-il pas là une lecture défectueuse et incom-
plète de la devise De bien en mieux inscrite sur les enrou-
lements d'une banderole.
Un bel exemplaire des Gesta Romanorum passe encore
pour avoir été un livre de Charles VI. Il était dans la col-
lection du bibliophile James Edwards, mort en 1819. Nous
le connaissons par l'éloge que Dibdin en a fait dans The
bibliographieal Decameron 4 .
Un compte de l'année 1389 mentionne un livre dont
Jean Dodieu, évêque de Senlis, fit présent au Roi5, et le
docteur Hamy6 nous a appris, il y a peu d'années, com-
1. Ms. 664. Les miniatures de ce manuscrit sont à la veille d'être publiées en
héliogravure par M. Henry Martin.
2. M. Henry Martin, dans une excellente notice qu'il a publiée en 1902 (Bul-
letin de la Société de l'histoire du théâtre, n° 1, p. 15-42), est porté à croire
que le Térence de l'Arsenal n'a jamais appartenu à Charles VI ; il l'appelle le
Térence des ducs, parce qu'il a incontestablement appartenu au duc de
Guyenne et qu'il a été longtemps, à titre de prêt, entre les mains du duc de
Berry. Ce manuscrit peut bien avoir été, à l'origine, destiné au Roi, dont les
armes sont peintes sur les bannières du frontispice.
3. J'ai jadis pris cette note sur une pièce qui paraissait provenir du cabi-
net de Gaignières.
4. T. I, p. cci-cciii, avec la gravure qui fait face à la p. cxcix.
5. « Pour une aune et demie de drap de soye... pour faire couvrir un sautier
et un journal pris en la tour de Meleun, et un livre d'enseignement donné au
dit seigneur par mons. l'evesque de Senliz. » (Reg. KK20 des Arch. nat.,
fol. 80. Note de Douët d'Arcq.)
6. Cresques lo Julien. Note sur un géographe juif catalan de la fin du
LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI. 129
ment, au mois de novembre 1 38 1 , D. Juan, duc de Gérone,
fils aîné de Pierre V, roi d'Aragon, fit remettre à Guillaume
de Gourci, pour l'offrir au roi de France, une mappemonde
qui était déposée dans les archives de la couronne à Barce-
lone, et qui était l'œuvre d'un juif nommé Cresques.
En 1 41 0, la librairie du Louvre s'enrichit d'une vingtaine
de volumes qui méritaient une place à côté des livres de
Charles V : ils avaient été saisis au château de Marcoussis,
après la mort de Jean de Montaigu, grand maître de l'hô-
tel du roi, décapité aux halles de Paris le 1 7 octobre 1 409 4.
Le duc de Guyenne2 les fit déposer au Louvre par l'entre-
mise de Jean d'Arsonval, son confesseur et maître d'école;
Gilles Malet les reçut le 7 janvier 14103. La Bibliothèque
nationale en possède encore deux4, sur lesquels Jean d'Ar-
sonval a mis cette note : « Des livres de Marcoussis, pour
« mons. de Guienne, mis au Louvre en garde. »
XIV siècle. Paris, 1891, in-8°. (Extrait du Bulletin de géographie historique
et descriptive, année 1891, n° 3.)
1. La biographie de Jean de Montaigu a été publiée par Lucien Merlet, dans
la Bibliothèque de l'École des chartes, 3e série, t. III, p. 248-284.
2. Louis, fils de Charles VI, duc de Guyenne, avait le goût des beaux livres,
il a possédé un Térence que le duc de Berry semble avoir voulu s'approprier.
Voir plus haut, p. 128, et les Inventaires de Jean, duc de Berry, éd. Guif-
frey, t. 1, p. 335, n° 1248, et t. II, p. 301. — Sur les livres du 'duc de Guyenne,
il faut consulter le travail de Léopold Pannier, Les Joyaux du duc de Guyenne.
Recherches sur les goûts artistiques et la vie privée du dauphin Louis, fils
de Charles VI. Paris, 1874, in-8°, 72 p. (Extrait de la Revue archéo-
logique.)
3. « S'ensuit la declaracion de certains autres livres que monseigneur le duc
de Guienne, qui à présent est, a envoiez en la dicte librarie par maistre Jehan
d'Arçonval, confesseur et maistre d'escolle du dit monseigneur de Guienne, et
lesquelz furent receuz et mis en ladicte librarie par feu messire Giles Malet,
en son vivant garde de la dicte librarie, le vu" jour de janvier l'an mil CCCC
et neuf. » Ms. français 2700, fol. 132. La liste de ces livres se trouve à part
dans les inventaires de 1380 (partie supplémentaire), à la fin des inventaires de
1411 et de 1413 (A 911-930, D 922-941, E 900-916). D'autres volumes ayant
appartenu à Jean de Montaigu furent recueillis par le duc de Berry. Voir les
Inventaires du duc de Berry, éd. Guiffrey, 1. 1, p. 258, n" 972, et t. II, p. 282,
n° 1194.
4. Fonds français 174 et 542. — Le ms. français 810 vient aussi de Jean de
Montaigu.
9
130 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
Le 22 mai 1422, on déposa pareillement dans la tour
du Louvre deux pontificaux qui s'étaient rencontrés dans
la succession de Gérard de Montaigu, évêque de Paris,
frère de l'infortuné grand maître1.
Malgré le silence des inventaires, nous savons que la
librairie du Louvre contenait un fonds de livres hébraïques
dont le noyau s'était formé sous le règne de Charles V et
qui reçut un notable accroissement sous celui de Charles VI.
Le premier de ces rois avait réglé l'emploi qu'il enten-
dait faire de livres confisqués sur les Juifs et déposés au
Trésor des chartes. Il en fit prêter quelques-uns à des
Juifs établis à Paris, il en déposa d'autres dans la librairie
du Louvre et il en mit plusieurs, à la disposition de son
astronome Thomas de Bologne, le père de Christine de
Pisan. Il en fut dressé un état général, au bas duquel le Roi
mit sa signature2, pour servir de décharge au garde du Tré-
sor des chartes, Gérard de Montaigu, qui, dans une des pré-
faces de l'Inventaire du Trésor, a mentionné la remise à la
librairie d'un très beau rôle de la loi et de plusieurs autres
très beaux livres juifs3.
Une seconde collection de livres hébraïques fut livrée à
Gilles Malet vers 1 397 : elle se composait de cent quatorze
volumes, de quatre rôles et d'une quantité de cahiers de
la Bible ou du Talmud, qu'on avait trouvés, après l'expul-
sion des Juifs, dans une maison du faubourg Saint-Denis
ayant pour enseigne un porcelet4.
L'énumération des pertes que subit la librairie du
1. Inventaire de l'année 1424, articles 811 et 812.
2. Appendice, IX.
3. « Alios, videlicet unuin rotulum pulchriorem legis prediete, cum aliqui-
bus aliis pulchrioribus libris, posuit in sua libraria apud Luparain. » Préface
de Gérard de Montaigu, citée par Bordier, Les Archives de France, p. 168.
4. Sauvai, t. II, p. 520. Cf. la citation que Boivin (ms. français 22571, p. 89)
fait du texte de Sauvai d'après le manuscrit original de la bibliothèque du
chancelier. L'expulsion des Juifs est rapportée à l'année 1393 dans la Chro-
nique du religieux de Saint-Denis, t. II, p. 118.
LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI. 131
Louvre sous le règne de Charles VI sera plus longue que
le tableau de ses accroissements pendant la même période.
Dans l'intervalle compris entre la retraite de Garnier de
Saint-Yon et l'installation de Jean Maulin, soit vers l'an-
née 1414, cinquante-cinq volumes lurent enlevés de la
tour de la librairie1. On ne saurait dire si ce fut un vol,
ou bien un abus d'autorité commis par un des princes qui
se disputaient alors le pouvoir.
L'usage qui s'introduisit de ne point réintégrer dans le
dépôt les livres qu'on voulait lire ou consulter entraîna des
conséquences encore plus funestes que l'enlèvement dont il
vient d'être question. Charles VI fut le premier à donner
l'exemple de cet abus. Il négligea toujours de faire rendre
au garde de sa librairie les volumes qu'il lui demandait
pour se distraire ou pour s'instruire, et qu'il voulait avoir
toujours sous sa main, même pendant ses voyages2. Voici,
par ordre chronologique, l'indication des livres qu'il se
fit remettre et qui ne rentrèrent jamais dans la tour de
la librairie :
1380, 30 septembre : Achèvement du Brut (art. 1094); —
5 octobre : Livre du sacre (art. 230) ; — 16 décembre : Chroniques
(art. 989).
1381, 30 avril : Instruction des enfants nobles (art. 529); —
14 octobre : Gilles de Rome (art. 514).
1382, 25 janvier : Faits des Romains, le Saint-Graal et Tristan
(art. 974, 1114 et 1202).
1384, 11 octobre : la Mort d'Artus (art. 1082).
1389, 20 janvier : Bréviaire (art. 125).
1. Le catalogue de ces cinquante-cinq volumes est dans le ras. français 9430,
articles 917 à 971.
2. « Pour un coffre de bois moien, couvert de cuir par dehors et garni
de loille par dedens, ferré et cloué, fermant à clef, pour mettre et porter en
chariot les livres et roumans du dit seigneur, lxiiii s. p. » (Compte de 1396,
Arch. nat., KK 25, fol. 53. Note de Douët d'Arcq.) — Un compte de 1387
(ibid., KK 18, fol. 42 v) mentionne « un coffre de bois couvert de cuir, fermant
à clef, ferré et cloué ainsi qu'il appartient, pour mettre et porter en chariot
les livres et romans de la royne ».
132 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
1392, 24 septembre : le Trésor, la Légende dorée et Godefroi de
Bouillon (art. 451, 908 et 1028); — 20 novembre : Jean de Mande-
ville (art. 877).
1393, lors du voyage du roi au Mont-Saint-Michel ' : les Faits de
Troie (art. 1211) ; — 12 septembre : les Faits de César (art. 984).
1397, 31 décembre : Julius César en prose (art. 983).
1398, 29 décembre : une Bible en français (art. 103).
1405, 5 juin : Instruction des princes (art. 510).
Date incertaine, lors d'un voyage du roi en Languedoc : Aye
d'Avignon (art. 1089).
Je n'ai pas compris dans ce relevé le Trésor du roi Phi-
lippe2 que Charles VI se fît porter à Rouen, en novembre
1415, par le garde de la librairie Jean Maulin3, ce volume
ayant été réintégré à sa place et étant enregistré sur l'in-
ventaire de 1424.
La reine Isabeau contribua à l'appauvrissement de la
librairie royale. Elle s'en fit communiquer ou donner, ce
qui était tout un, plusieurs volumes de la librairie du
Louvre : un Missel français4 ; des Heures, en janvier 1 388 5;
le Saint-Graal, le Bel Escanor et les Gestes de Pépin, en
1. Une allusion à ce voyage se trouve dans un mandement de Louis, duc
d'Orléans, du 13 septembre 1398 : « Pour avoir refait tout de neuf deux pots
d'argent de l'eschançonnerie, qui étoient très vieillement dorés et qui pieça lui
furent donnés par la ville et habitans de Falaise, au voyage que le Roi fit au
Mont-Saint-Micbel, lesquels ont été refondus parce qu'ils étoient rompus et
dépecés en plusieurs endroits... » Ms. français 10432, p. 11.
2. Article 1037.
3. « Mardi ultima, magister Jobannes Maulin, clericus compotorum régis et
custos sue librarie Lupare, pro viagio per eum facto erga regem, de mandato
ejusdem domiui, mense novembris ultimo preteriti, de Parisius apud Rotho-
înagum, pro defereiido quemdam librum dicte librarie, intitulatum Thésaurus
régis, in quo iibro figurautur plures modi ingeniorum belli, pro quo fuerunl ei
taxati, per dominum regem, per ejus litteras ultima novembris ultimo prete-
riti, sic signatas : Par le Roy, Le Bègue, mi fr. per diem, ultra vadia sua
ordinaria ; in quo viagio vacavit per vin (lies, inceptos vim die dicti mensis
novembris, pro eodern, xxxn 1. t., valent xxv 1. xn s. p.; comp. per se et lit—
teram suam datam ista die. » Journal du Trésor, au 31 mars 1410, publié par
H. Moranville, Bibliothèque de l'École des chartes, 1888, t. XLIX, p. 426.
4. Inventaire des livres de Cbarles V et Cbarles VI, article 187.
5. Ibid., article 249.
LES LIVRES DE LA REINE ISABEAU. 133
août 13901; le Bestiaire d'amour, l'Enserrement de Merlin
et Torrez, chevalier au cercle d'or, en novembre 13922;
Tristan, en 1402;\ et Artus, en 14044. Les goûts littéraires
de cette princesse ont été judicieusement appréciés par
Vallet de Viriville5, qui a relevé dans les comptes de
l'argenterie la mention non seulement de divers livres de
piété qu'Isabeau fît écrire, peindre ou réparer6, mais encore
d'une chronique qu'elle emprunta en 1398 de Philippe le
Hardi, duc de Bourgogne7, des Cent ballades d'Othe de
Granson qu'elle acheta en 1399 de Pierre Le Portier8, et
d'une Légende dorée qui lui coûta 54 livres parisis en
14009. Les mêmes comptes nous apprennent le nom de
plusieurs écrivains, enlumineurs, libraires et relieurs de
Paris qui travaillèrent pour la reine10 : Jean de Chàtillon,
écrivain de lettre de forme, en 1 396 et 1 398 ; Jean d'Essy,
libraire, en 1397; Geoffroi Ghorse, écrivain et enlumineur,
en 1397; Robin de Fontaines, enlumineur et écrivain, en
1 398 ; Pierre Le Portier, écrivain de lettre de forme, en
1398 et 1401 ; Perrin Gauvel, en 1398; Alain Sebèce, écri-
vain, en 1398; Jean Geoffroi, relieur, en 1398; André de
La Croix, écrivain de lettre courante, en 1 398 ; Jean de
Jouy, enlumineur, en 1 398 ; Jean d'Arras, libraire ; Hilaire
1. Inventaire des livres de Charles V et Charles VI, articles 1103, 1119 et 1160.
2. lbid., articles 794, 1144 et 1195.
3. lbid., article 1199.
4. lbid., article 1081.
5. La Bibliothèque d'Isabeau de Bavière. Paris, 1858, in-8", 38 p. (Extrait
du Bulletin du bibliophile, année 1858.)
6. Parmi les livres de dévotion qui ont servi à Isabeau, Vallet de Viriville
a cru pouvoir ranger les Heures conservées à la Bibliothèque nationale sous le
n° 1403 du fonds latin ; il en a donné une description détaillée.
7. Dissertation de Vallet de Viriville, p. 6.
8. lbid., p. 6.
9. lbid., p. 7.
10. lbid., p. 7-27. J'ai ajouté à la liste de Vallet de Viriville plusieurs noms
consignés dans les comptes de la reine Isabeau, registre KK 41 des Archives
nationales.
134 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
de Rez, libraire; Gervaisot de Deuil, écrivain de lettre de
forme, en 1401 ; et Haincelin, peintre, en 1403. Ce fut Isa-
beau de Bavière, et non Isabelle d'Aragon, femme de Phi-
lippe le Hardi1, qui fit mettre un exemplaire de la Somme le
roi dans l'église des Innocens à Paris, afin que ceste matière
fust sceue comme souveraine de touz ceulx qui là le voul-
droient lire2 ». Ce fut encore pour la reine Isabeau que
fut faite en 1398 une traduction de la Passion, dont il y a
deux exemplaires à Bruxelles3 et à Munich4; un troisième
a formé le n° 71 de l'Appendice de la bibliothèque du
comte d'Ashburnham.
Un des plus beaux manuscrits que la reine Isabeau ait
possédés est l'exemplaire des poésies de Christine de Pisan
que l'auteur lui offrit entre les années 1410 et 1415 et qui
est conservé au Musée britannique dans le fonds Harley,
n° 4431 . Jaquette de Luxembourg, femme du duc de Bed-
l'ord, qui l'a possédé, a mis sa signature sur le premier
feuillet de garde. Le frontispice, qui représente la reine
Isabeau, recevant le livre des mains de Christine, dans un
somptueux appartement, en présence des dames de sa
cour, a été reproduit dans l'ouvrage de Henry Shaw5 et
dans le tome III des Œuvres poétiques de Christine de
Pisan, où le fac-similé accompagne une note de M. Paul
Meyer. Il faut voir aussi sur ce beau manuscrit l'Introduc-
tion de M. George F. Warner à The Epistle of Othea to Hec-
tor, translatée from the french of Christine de Pisan by
1. Comme l'avaient cru Quétif et Échard {Script, ord. Prsedic, t. I, p. 387),
dont la conjecture a été consignée sans observation dans l'Hist. litt. de la
France, t. XIX, p. 399. Ce qui prouve que cette conjecture est inadmissible,
c'est que le manuscrit dont il s'agit n'est certainement pas du xme siècle.
2. Ms. français 22935, jadis 82 de Notre-Dame.
3. Catalogue des mss. de la bibl. de Belgique, n° 1641, t. II, p. 181,
jadis n° 9303.
4. Calai, codicum mss. Monac, t. VII, p. 11, n° 70. — Hennin, Monuments
de l'histoire de France, t. V, p. 137.
5. Dresses and décorations of the Middle âges.
LES LIVRES DE LA REINE ISABEAU. 135
Stephen Scrope. Ce dernier ouvrage, publié en 1 904 pour
le Roxburghe Club, contient la reproduction de la minia-
ture qui, dans le ms. harléien, se trouve en tête de l'Épitre
d'Othéa.
On pourrait encore citer un autre manuscrit du Musée
britannique1 venu probablement de la reine Isabeau de
Bavière : un exemplaire des Vies de saint Louis et de Phi-
lippe le Hardi par Guillaume de Nangis; le frontispice en
est publié en autotypie dans la première série des Repro-
ductions from illuminated manuscripts , plate xxvm.
Mais je ne dois pas m'attarder à'parler des goûts de la
reine Isabeau. Ce qu'on en pourrait dire ne doit pas me
faire oublier qu'il s'agit ici d'expliquer la décadence et la
ruine de la librairie du Louvre au commencement du
xve siècle. Si le magnifique dépôt créé par Charles V n'avait
été mis à contribution que pour satisfaire la curiosité de
Charles VI et d'Isabeau de Bavière, le mal n'aurait pas été
irréparable; il fut sans remède du jour où l'on tira du
Louvre, comme d'un magasin commun, tout ce qui était à
la convenance des membres de la famille royale.
A l'avènement de Charles VI, le duc d'Anjou se fît
remettre près de quarante ouvrages soigneusement choisis
parmi les plus beaux exemplaires de la librairie royale :
Gilles Malet lui en livra quatorze le 7 octobre 1 380 2, treize
le 22 novembre suivant3, et quatre au mois de mars 1 381 4.
Le 3 mai de la même année, il lui bailla ce qu'il avait de
la traduction de la Bible commencée par Jean de Sy5; l'un
t. Royal ms. 18. B. m. Sur ce manuscrit, voir mes Notes sur quelques manus-
crits du Musée britannique. Paris, 1878, p. 36, n° x. (Extrait des Mémoires
de la Société de l'histoire de Paris, t. IV.)
2. Inventaire des livres de Charles V, articles 115, 218, 296, 471, 481, 484,
501, 523, 854, 881, 899, 906, 978 et 1015.
3. Articles 151, 295, 298, 386, 391, 395, 398, 408, 415, 417, 772, 857 et 1155.
4. Articles 490, 976, 986 et 1056.
5. Articles 31 et 32. Voir encore aux articles 442 et 526 l'indication de
manuscrits livrés à monseigneur d'Anjou.
136 LA LIBRAIRIE SOUS CHARLES VI.
de nos plus beaux manuscrits du milieu du xive siècle.
Dans le principe, il ne s'agissait que d'un prêt1; mais la
plupart des volumes remis au duc d'Anjou ne devaient
jamais rentrer au Louvre.
Ce fut un vrai pillage auquel prirent part les oncles du
roi, les ducs de Berry2 et de Bourgogne3, ses tantes la
duchesse de Bourgogne *, celle de Bar5, et Catherine de
Bourbon0, son frère Louis, comte de Valois et bientôt duc
d'Orléans7, son cousin Jean, comte de Montpensier8.
C'était un trésor qu'on croyait inépuisable et qu'on met-
tait à contribution même pour l'éducation des enfants de
la maison royale. On en fit profiter le petit dauphin Charles,
qui mourut en 1401 9, à l'âge de dix ans, Louis, duc de
Guyenne, mort en 1 41 5d0, un troisième fils du Roi, Charles,
qui lui succéda11, et deux filles Marie12 et Michelle13.
1. Article 899.
2. Articles 2, 264 et 948.
3. Philippe le Hardi, suivant l'inventaire de 1404 publié par Peignot (Cotai.
de la bibl. des ducs de Bourgogne, p. 51), possédait un exemplaire des Poli-
tiques, dont les fermoirs étaient aux armes du roi. Cf. l'inventaire publié par
G. Doutrepont, p. 51.
4. Article 22.
5. Articles 916 et 946.
6. Articles 212 et 263.
7. Articles 4, 9, 173, 181 et 517. — L'article 4 doit correspondre à la Bible
qui porte le n° 590 à la bibliothèque de l'Arsenal.
8. Article 124.
9. Articles 285 et 1026. Le 16 octobre 1400, Charles VI acheta à son secré-
taire, maître Hue de Fontaines, un livre destiné à son fils le dauphin Charles,
livre, dit-il, « ouquel est contenu tout le psautier, les Heures de Nostre-Dame,
« de la Croix et du saint Esperit, les Sept pseaulmes, avecques les Vigiles de
« mors à neuf pseaulmez et pluseurs autres choses, et lequel est très bien
« illuminé, historié et bien garny de fermaulx d'or. » (Bibl. nat., Lettres de
Charles VI, à la date du 16 octobre 1400, ras. français 25707, pièce 479.)
10. Articles 166 et 515. Ce fut pour le prince Louis que fut composé, par
« magister Odo natione Picardus », un commentaire sur le poème de Theodo-
lus, dont il existe plusieurs éditions. Celle qui fut imprimée à Paris en 1488
par Pierre Levet est à la Bibliothèque nationale, Réserve, m. Yc. 323.
11. Articles 264 et 905.
12. L'article 264 de l'Inventaire doit s'appliquer à Marie, fille de Charles VI,
qui fut religieuse à Poissy, plutôt qu'à Marie, fille du roi Jean.
13. Article 905. — Je ne parle pas ici d'un livre d'Heures, aujourd'hui con-
LE PILLAGE DE LA LIBRAIRIE. 137
Ce qui précipita la décadence de la librairie du Louvre
ce fut l'habitude qui s'introduisit de la considérer comme
un magasin rempli d'objets qui pouvaient être offerts en
cadeau à des princes et des princesses, à des prélats, à des
courtisans, à des serviteurs dont il convenait de reconnaître
honorifiquement le dévouement. C'est ainsi que sortirent
du Louvre beaucoup de livres d'une grande valeur : le
Bréviaire de Belleville, que Charles VI envoya à Richard II,
roi d'Angleterre1, le Tristan, qui fut offert à la reine d'Es-
pagne2, et le Miroir historial, que le duc de Guyenne
ordonna de remettre au duc de Bavière3. Ainsi furent dis-
persés les nombreux volumes que reçurent en présent
Louis, duc de Bourbon4, le comte de Flandre5, le comte de
Nevers6, le comte de Savoie7, le sire de Coucy8, le sire de
Gonnaut9, Guillaume des Bordes10, le sénéchal d'Eu11,
Jacques du Val, secrétaire du roi12, maître Renaud de
Chasteaux13, Bussy, l'un des gens du sire de Coucy14, et
un chanteur de la reine Isabeau15.
serve à Nuremberg, que Charles VI donna à une reine d'Angleterre, non pas à
sa fille Isabelle, la malheureuse femme de Richard II, mais plutôt à Jeanne de
Navarre, femme de Henri IV en 1403, ou bien à Catherine de France, mariée à
Henri V en 1420. Il sera question de ce livre dans le chapitre XIII, notice xxix.
1. Notes inscrites par Jean Flamel sur le Bréviaire de Belleville, aujourd'hui
n°« 10483 et 10484 de fonds latin.
2. Inventaire des livres de Charles V, article 1202.
3. Ibid., article 880.
4. Ibid., articles 20 et 975.
5. Ibid., article 25.
6. Ibid., article 1125.
7. Ibid., article 1085.
8. Ibid., articles 19 et 1160.
9. Ibid., articles 656 et 909.
10. Ibid., article 28.
11. Ibid., article 893.
12. Ibid., article 656.
13. Ibid., articles 653, 668, 706, 725 et 778.
14. Ibid., articles 1090 et 1109.
15. Ibid., article 1106.
XII.
Ruine de la librairie.
Malgré les causes d'appauvrissement qui viennent d'être
rappelées, la librairie du Louvre renfermait encore plus
de huit cents volumes quand la mort de Charles VI vint
lui porter un coup dont elle ne devait pas se relever. En
avril 1424, Garnier de Saint-Yon reçut l'ordre de faire
estimer par trois libraires, Jean Merles, Denis Courtiller et
Jean de Sautigny, les livres confiés à sa garde. Il y en
avait huit cent quarante-trois, dont la prisée monta à
2,323 livres 4 sous parisis, environ 25,000 francs de notre
monnaie, valeur intrinsèque; le duc de Bedford les acheta
et en prit définitivement possession le 22 juin 14251. Il
parait n'avoir eu à débourser qu'une somme de 1 ,200 francs,
qui fut payée comptant à Pierre Thuri, entrepreneur du
mausolée de Charles VI et d'Isabeau de Bavière2.
En changeant de maitre, l'ancienne librairie royale ne
changea pas de garde. Garnier de Saint-Yon en resta chargé
jusqu'au 15 octobre 14293, époque où, selon toute appa-
rence, le duc de Bedford en fit passer la meilleure partie
soit en Angleterre, soit, ce qui est encore plus probable,
1. Appendice, XVII. Cf. Van Praet, Inventaire de la bibliothèque du
Louvre, p. xl et xli.
2. Boivin, dans le ms. français 22571, p. 102, nous a conservé cet article du
compte de Renaut Donat : « Argent comptant issu de certains livres du feu
« roy trouvez au Louvre, douze cents livres receues de M. le régent, pour les
« livres que ledit seigneur eut, pour bailler la dite somme sur les sépultures
« que l'on faisoit pour le roy et pour la reyne. M CCCC XXV. » Cf. Sauvai,
t. II, p. 15, et Van Praet, p. xxiv.
3. Appendice, XVII ; Van Praet, p. xli, d'après l'inventaire F.
RUINE DE LA LIRKAIRIE. 139
dans le château de Rouen1. Dès l'année 1427, il en avait
détaché un magnifique exemplaire du Tite-Live français2,
qu'il envoya à son beau-frère le duc de Gloucester, biblio-
phile éclairé3, dont les manuscrits sont en partie revenus
en France4. Mais le duc de Bedford, dont le nom sera tou-
1. Le 11 avril 1433 (n. st.), Gontier d'Oessel, hucher, demeurant à Rouen, se
faisait payer pour « douze cassis à mettre toille, mis et assiz huit en plusieurs
« bées de fenestre eslans en la libraric du chastel de Rouen, et quatre en la
« chambre où est de présent logié nions, le gouvernant régent de France, duc
« de Bedford ». Bibl. nat., Quittances, à la date du 11 avril 1432 (v. st.), ms.
français 26056, pièce 2050.
2. Aujourd'hui à la bibliothèque de Sainte-Geneviève, ms. français 777. On
lit à la fin de ce volume : « Cest livre fut envoyé des parties de France et donné
« par mons. le régent le royaume, duc de Bedford, à mons. le duc de Glou-
« cestre, son beau-frère, l'an mil quatre cens vingt-sept. »
3. Voici quelques détails intéressants sur la bibliothèque que Honfroi, duc
de Gloucester, mort en 1447, fonda à l'Université d'Oxford : « Splendidam in
« publicuin studiosorum usum sedificâvit bibliothecam. Quam optimis qui-
« busqué libris instruere cupiens, misit in Galliam et Italiam, qui antiquissi-
« mos et sclectissimos codices coemerent, nullis sumptibus parcens, ut hune
< litterarium thesaurum compararet. Empti sunt igitur partim in Gallia, par-
« tim in Italia, praeter obvios et communes sine numéro libros, prastantissimi
« rarissimique auctores cenlum viginti novem. Quibus in Angliam invectis,
« exullavit bonus dux tanquain qui invenisset spolia multa, misitque omnes
« dictos libros Oxoniam et bibliotheese, quam ibi recens œdificaverat, donavit :
« plures promittens, ubi se offerret occasio et ubi prece vel precio i)oterunt
<r haberi. » Joannis Pitsei, Relationum historicarum de rébus anglicis t. I,
p. 638. — /Eneas Sylvius disait, en parlant du duc de Gloucester : « Huic tanta
« litterarum est cura ut ex Italia rnagistros accierit poetarum et oratorum
« interprètes. » Ms. latin 4314, fol. 164 v°. — Un catalogue des 129 volumes donnés
à l'Université d'Oxford par le duc de Gloucester a été publié dans les Moni-
menta Academica du Rev. H. Anstey (London, 1868, in-8°, p. 758-772). Voir
aussi l'édition de YHistoria minor de Mathieu de Paris, donnée par sir Frédé-
ric Madden, t. I, p. xxxix.
4. Outre le Tite-Live dont il vient d'être question, ou peut citer cinq manus-
crits de la Bibliothèque nationale qui ont appartenu au duc de Gloucester :
l*un recueil d'anciens panégyriques (ms. latin 7805); 2° un recueil de lettres de
Cicéron, qui lui avait été donné par Zanon, évoque de Bayeux (ms. latin 8537) ;
3° une Bible historiale qui lui avait été offerte en 1427 par Jean Stanley et qui
fut achetée à Londres en 1461 par Philippe de Loan (ms. français 2) ; 4° un Déca-
méron, à la fin duquel on lit : « Cest livre est à moy Homfrey, duc de Glou-
« cestre, du don mon très chier cousin le conte de Warewic » (ms. fran-
çais 12421); 5° un roman de Renard (ms. français 12583).
Le Musée britannique possède deux manuscrits du duc de Gloucester, dont
l'un (le Songe <!u Verger, Royal 19. C. iv) vient incontestablement de la librairie
140 RUINE DE LA LIBRAIRIE.
jours attaché à plusieurs chefs-d'œuvre de la calligraphie
et de la peinture du xve siècle1, aimait trop les beaux
livres pour qu'on puisse supposer qu'il n'ait pas conservé
à peu près dans son intégrité la collection qui lui était si
merveilleusement échue en 1424 ou 1425. C'est donc à la
mort du duc de Bedford (14 septembre 1435) que dut
être irrévocablement dispersée la collection de livres
qu'avait formée Charles V. Le comte d'Angouléme, pen-
dant sa captivité à Londres, en racheta un volume, sur
lequel Charles V avait lui-même tracé quelques lignes2.
La librairie du château de Blois, à la fin du xve siècle,
renfermait un certain nombre de volumes qui avaient fait
partie de la librairie du Louvre. Tout porte à croire que
Charles, duc d'Orléans, avait recueilli en Angleterre, pen-
dant qu'il y était prisonnier, un Tacuinum sanitatis (aujour-
d'hui notre ms. latin 6977) et une copie des Éthiques tra-
duites par Nicole Oresme (ms. français 542). Selon toute
vraisemblance, ce fut pareillement d'Angleterre que Louis
de Bruges tira une dizaine de manuscrits qui venaient de
l'ancienne librairie de Charles V3.
En dehors de la librairie du Louvre, après la mort de
Charles VI et après celle de son premier chapelain Jean Du
Molins, on trouva dans l'hôtel de ce chapelain et dans la
du Louvre, et dont l'autre (Chroniques des rois de France jusqu'à la mort de
saint Louis, Royal 16. G. vi) pourrait bien avoir la même origine.
Le recueil d'anciens portraits qui est à la bibliothèque d'Arras renferme celui
de Honfroi, duc de Gloucester. Il y en a une reproduction phototypique dans
l'élégant volume qui a été publié en 1903 à Oxford sous le titre de Pietas Oxo-
niensis, in me.mory of sir Thomas Bodley, knt , and Ihe foundation of the
Bodleian library (in-8°, 50 p., avec planches).
1. Voira l'Appendice (XVIII) une note sur les manuscrits qui nous autorisent
à ranger le duc de Bedford parmi les grands bibliophiles du moyen âge.
2. Ms. français 437.
3. Mss. français 174, 403, 493, 495, 761, 793, 810, 1064, 1589 et 1634. Il n'est
pas tout à fait certain que les mss. 493 et 1589 aient appartenu à Louis de
Bruges. Ce qui est démontré, c'est que l'exemplaire des poésies de Christine de
Pisan offert à Isabeau de Bavière était en Angleterre avant d'appartenir à
Louis de Bruges. Voir plus haut, p. 134, ce qui est dit du ms. harléien 4431.
RUINE DE LA LIBRAIRIE. 141
chapelle du Roi à l'hôtel de Saint-Paul une certaine quantité
de livres qui furent remis à la garde de maître André
Courtevache, maître des comptes, et un peu plus tard à
celle de maître Gilles Le Veau. Dans le nombre, se faisaient
remarquer un Catholicon et de belles Heures précédées du
psautier. Après la rentrée de la ville de Paris sous la domi-
nation de Charles VII, on les confia à M. de Lalier, et le
Catholicon fut enchaîné dans la Chambre des comptes. On
se demandait en 1464 ce qu'étaient devenus ces livres, dont
le sort est resté inconnu 4 .
Telle fut la fin lamentable de la belle collection que
Charles V avait installée au château du Louvre. Des douze
cents volumes dont elle se composait, c'est à peine si on
est arrivé aujourd'hui à en reconnaître avec certitude un
peu moins de cent, dispersés dans diverses bibliothèques
de l'Europe. Ces précieuses épaves vont être passées en
revue dans le chapitre suivant.
1. « Memore que, après le trespas du roy Charles VIe, et aussi après le très-
pas de messire Jehan du Molin, son premier chapellain, certains livres estans
en l'ostel dud.it chapellain, et aussi en la chapelle dudit roy à Saint-Pol, furent
baillez et mis en la garde de maistre André Courtevache, maistre des comptes,
et après le décès dudit maistre André en ot la clef maistre Giles Le Veau, et
sont es coffres du Roy que on a acoustumé de porter à l'eschequier, et y
a Catholicon, et unes belles Heures où est le Psautier, premièrement couvertes
d'or. Et après, c'est à savoir l'an M CCCC XXXVI, après la réduction de la ville
de Paris à l'obéissance du Roy, lesdis livres furent baillez à M. de Lalier, pour
les garder pour le Roy ou les luy envoyer ; mais le Catholicon, qui ja estoit
encheiné, demeura en la Cbambre des comptes, et encore y est. F[aitJ en
novembre IIIIC LX1III. Et est ce memore escript sur le reply par dedans de la
couverture du Manuel maistre Jehan Le Bègue, greffier en ladite Chambre, si
soit sceu que ledit de Lalier en a fait. t> Ms. latin 12815, fol. 206 v. (Commu-
nication de M. Henri Moranvillé.)
XIII.
Manuscrits parvenus jusqu'à nous.
Dans ce dernier chapitre, j'essaierai de faire connaître,
par des notices plus ou moins développées, les livres qui
m'ont paru avoir appartenu à Charles V et Charles VI.
J'exposerai les vicissitudes par lesquelles ils ont passé
avant d'arriver dans les dépôts où ils sont aujourd'hui
conservés, et j'indiquerai les travaux dont beaucoup d'entre
eux ont été l'objet.
I.
« Très belle Bible » en latin.
Trésor de la cathédrale de Girone.
Exemplaire copié au xive siècle, à la fin duquel le copiste
a mis son nom : « Explicit Biblia. Magister Bernardinus
de Mutina me fecit. » Charles V a tracé, sur la même
page, une note ainsi conçue :
Ceste Bible est à nous
Charles le Ve de notre
nom roy de France, et
l'achetâmes de Saint
Lucien de Biauvez, l'an
Mil CCG LXXVIII. Escrit
de notre main : CHARLES.
Figure sur les inventaires de Gilles Malet (A. 795, B. 798) :
Une très belle Bible bien escripte et ystoriée, que le roi p resta
pieça à l'evesque1 de Biauvez, laquelle fu rendue au Roy après le
1. Dans le ms. 2700, fol. 32 v°, on a ajouté, au-dessus de la ligne, le mot
a cardinal ». Il s'agit donc ici de Jean de Dormons, évêque de Beau vais, qui
obtint le chapeau de cardinal en 1368 et mourut en 1373.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 143
trespassement dudit evesque; couverte de soie à une chemise, et fu
de Saint Lucien de Biauvaiz, de qui le Roy l'a achetée.
En marge de cet article, une note a été ajoutée pour
prévenir que la Bible avait été livrée « à monseigneur de
« Berry, vie de novembre MF* et III. » — Au fol. 48 du
ms. 2700, la remise est rapportée à la date du 6 mars
1383.
La Bible fut léguée à l'église de Girone par l'évêque don
Dalmacio de Mur. Elle est ainsi décrite dans un inventaire
du xve siècle :
Quae Biblia est raagnae formae, scripta in pergamenis, cum pul-
cherrima littera et diversis historiis ; supra habet cohopertorium
panni sirici lividi, et duo tanchatoria cum quibus clauditur; sunt
auri fini, cum armis régis Francie, et etiam grenimentum dels gira-
dors est auri fini.
Voir la notice de Jaime Villanueva, dans Viaje literario
a las Iglesias de Espaha, t. XII, p. 109 et 110; un article
de M. Paul Meyer dans la Revue critique du 15 juin 1868,
et surtout la description insérée par M. Brutails dans la
Bibliothèque de l'École des chartes, 1886, t. XLVII,
p. 637-644.
II.
La Bible latine, de moyen format.
Bibliothèque de l'Arsenal, ms. 590. Venu du couvent
des Gélestins de Paris. Exemplaire de luxe, très soigneu-
sement copié, en caractères de moyenne grosseur et d'une
parfaite régularité, de la première moitié du xme siècle.
Le second feuillet commence par les mots : filii in quo.
A la fin de l'Apocalypse, sur le fol. 527 v°, le roi
Charles V a tracé ces lignes :
Ceste Bible est à nous Charles
le Ve de notre nom roy de
France.
CHARLES.
144 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Au-dessous de cette note, Louis, duc d'Orléans, a mis
sa signature LOYS, suivie de ces lignes :
Ceste Bible et à nous Loys, fis
de notre seigneur et père le roy Charles
desus dit, et laquele Bible nous
donnons et avons donné aux
religieux Celestins de Paris.
Priés Dieu pour monseigneur et père,
pour monseigneur et pour moy.
Le fac-similé de ces deux inscriptions a été donné par
M. Franklin dans Les anciennes bibliothèques de Paris,
t. II, p. 90. Il est en phototypie dans mes Fac-similés
de livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. XII.
La Bible de l'Arsenal doit correspondre à l'un ou à
l'autre de ces deux articles des inventaires de Gilles Malet :
Une Bible très belle, couverte de drap de Darflaz ynde à queue,
à deux fermoers d'or esmaillez de France, laquelle fu de l'evesque
de Troyez, conffesseur du roy (A et B. 846).
Une Bible en latin, couverte de cuir vert, à queue, à n fermoers
(A et B. 859).
Ces deux Bibles furent livrées au duc d'Orléans, la pre-
mière en août 13971, la seconde le 31 décembre de la
même année2.
C'est à tort que j'ai jadis indiqué comme ayant appartenu
à Charles V une troisième Bible latine, que le comte Hector
de La Ferrière m'avait dit avoir vue à Saint-Pétersbourg,
et sur laquelle il croyait avoir lu : « Cette Bible est à moy
« Charles V. » Deux des conservateurs de la Bibliothèque
impériale de Saint-Pétersbourg (M. Wladimir Stassoff et
M. Bytshkow) ont bien voulu m'assurer qu'il n'y a rien de
semblable dans cette bibliothèque .
1. Ms. français 2700, fol. 34 V, n" 846, et fol. 48 v°, n° 165.
2. Ibid., fol*. 35, n° 859, et fol. 49, n" 175.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 145
III.
La Bible latine glosée, en deux volumes de moyen
format, soigneusement copiés au xnr9 siècle. La glose, en
plus petits caractères, est disposée sur deux colonnes, à
droite et à gauche du texte.
Musée Dobrée, à Nantes.
M. l'abbé Durville a reconnu que ces deux volumes
avaient fait partie de la librairie de Charles V. Ils répondent
à l'article suivant des inventaires de 141 1 et 1413 (D. 889,
E. 193) :
Item une Bible en latin, en deux petiz volumes, escripz de bonne
lettre de forme, et sont glosez tout autour. Et contient le premier
volume de Genezis jusques en la fin de Baruc, commençant ou
iie foillet en texte vocis actus et in aures, et ou derrenier que supra
teneant. Et le second volume commence à Zechiel jusques en la fin
de l'Apocalipse, et commence ou ne foillet du texte in terra Caldeo-
rum, et ou derrenier libri prophccie hujus. Couvers touz les deux
volumes de chemise de toille à queue, chacun à mi fermoirs d'ar-
gent dorez hachiez à une fleur de lis et à tissuz brodez de fleurs
de lis.
M. l'abbé Durville a bien voulu me communiquer une
photographie de la dernière page de l'Apocalypse, sur
laquelle Charles VI a tracé en trois lignes une note ainsi
conçue :
Cestez biblez, en n volumes, donéez à || notrez confesseur mètre
Renaut dez || Fontainnes, par nous CHARLES.
Renaud des Fontaines, qui avait été recteur de l'Uni-
versité de Paris en 1404, devint évêque de Soissons en
1424. Après sa mort, survenue en 1442, la Bible appar-
tint à son successeur, Jean Milet, puis à la cathédrale de
Soissons.
Une description très détaillée de ce manuscrit a été insé-
10
146 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
rée par M. l'abbé Durville dans le Catalogue des manus-
crits du Musée Dobrée.
IV.
La Bible glosée, en français, par Jean de Sy. Pre-
mière partie, jusqu'au Deutéronome.
Bibliothèque nationale, ms. français 15397.
Exemplaire original, dont les premiers et les derniers
cahiers ont disparu. Tel qu'il est depuis longtemps, il com-
mence au chapitre vm de la Genèse et s'arrête au cours du
dernier chapitre du Deutéronome. La date de la copie doit
être très voisine de la date de la composition; celle-ci
(1 356) se trouve indiquée à la fin du traité sur les âges du
monde, traduit de Bède, et placé par l'auteur à la fin de
la Genèse (fol. 156) : « Et qui ajouste le miliaire de Jhesu
« Grist, ce sont VPIIIP et IIIIXX et IIII, en l'an LVI. »
Les peintures qui sont dans la première partie de ce
splendide manuscrit, et dont beaucoup sont restées à
l'état d'esquisse ou d'ébauche, peuvent être étudiées
comme l'un des plus remarquables spécimens de l'enlumi-
nure parisienne du milieu du xive siècle.
Le ms. 15397 est un morceau de ce que Charles V avait
recueilli du travail de Jean de Sy et qui a été ainsi inven-
torié par Gilles Malet (A. 269, B. 280) :
LXII caiers de la Bible que commença maistre Jehan de Sy, et
laquelle faisoit translater le roy Jehan, dont Diex ait l'âme.
En regard de cet article, Gilles Malet a ajouté ou fait
ajouter une note ainsi conçue : « A monss. d'Anjou,
« nie de may IIIPX et I. »
Voir Samuel Berger, La Bible française, p. 238 et 358.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 147
V.
La Bible traduite par Raoul de Presles, premier
volume.
Musée britannique, fonds Lansdowne, n° 1175.
Manuscrit du dernier quart du xive siècle, copié par
Henri du Trevou, qui a mis cette souscription à la fin :
« Ci fine le Psautier, et c'est la fin du premier volume de
« la Bible, et l'a escript Henri du Trevou. » Il est orné de
miniatures à bordures tricolores, et précédé d'une peinture
sur laquelle est représenté le traducteur offrant son livre
au roi Charles V. Sous ce tableau est transcrite une épître
dédicatoire, qu'on n'a point jusqu'ici remarquée dans
d'autres manuscrits, ce qui n'est peut-être pas une preuve
suffisante pour donner la certitude qu'on est en présence
du tome I de l'exemplaire du roi. Ce qui est certain, c'est
que le volume est arrivé entre les mains du duc de Berry,
qui a mis son nom sur la dernière page.
Voir A Catalogue of the Lansdowne manuscripts in the
British Muséum, part II, p. 2584. — Francisque Michel,
Rapports au ministre, p. 151 . — Samuel Berger, La Bible
française au moyen âge, p. 2l45 et 403.
VI.
L'Apocalypse, en français, toute figurée et historiée.
Bibliothèque nationale, ms. français 403.
Très beau manuscrit du commencement du xme siècle,
ainsi désigné dans les inventaires de Gilles Malet (A. 70,
B.71) :
L'Apocalipse en françois, toute figurée et historiée, et en prose.
Une note a été ajoutée à cet article d'inventaire, proba-
148 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
blement en 1380, pour expliquer l'absence du volume :
« Le roi l'a baillée à monseigneur d'Anjou pour faire son
« beau tapis. »
L'Apocalypse revint prendre sa place dans la librairie :
il figure sur les inventaires de 1411, 1413 et 1 424 (D. 891 ,
E. 1 95, F. 1 70). Celui de 1 41 1 le mentionne en ces termes :
Item, une Appocalipse, en françois, de lettre de forme, à deus
coulombes, bien historiée et figurée; et y a au commencement au
dit livre trois pages toutes figurées; commençant au ne foillet de
l'escripture et envoyez au sept yglises, et ou derrenier et les
IIII euvangiles, couvert de cuir rouge plain, et deus petiz fermoirs
de laton.
Ce manuscrit a fourni à la Société des Anciens textes
français la matière de deux volumes1, le premier consacré
à une reproduction phototypique, le second à une édition
précédée d'une introduction en deux parties : I. Mémoire
sur les figures de l'Apocalypse; II. Les Versions en prose
de l'Apocalypse.
VII.
La Bible historiale.
Musée Meermanno-Westréenien, à La Haye.
Magnifique exemplaire, copié en 1 3721 par Raoulet d'Or-
léans, orné de 270 miniatures à bordures tricolores, et en
tète duquel est un tableau représentant l'offrande que Jean
de Vaudetar fit de ce livre au roi Charles V. En regard du
tableau, une inscription, tracée en grosse minuscule d'or et
coupée en dix lignes, nous apprend que ce tableau est
l'œuvre de Jean de Bruges :
Anno Domini millesimo trecentesimo septuagesimo primo, istud
opus pictum fuit ad preceptum ac honorera illustri[s] principis
1. L'Apocalypse en français au XIIIe siècle, publiée par L. Delisle et
P. Meyer. Reproduction photolypique. Paris, 1900, in-fol. — L'Apocalypse en
français au XIIIe siècle. Introduction et texte. Paris, 1901, in-8-.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 149
Karoli, régis Francic, etatis suc tricesimo quinto et rcgni sui octavo,
et Johannes de Brugis, pictor régis predicti, fecit hanc picturarn
propria sua manu.
Elle est ainsi enregistrée dans l'inventaire de Gilles Malet
(artiele 261 du rouleau) :
Une très belle Bible, en un volume, qui vint de Jehan de Valdc-
tar, très bien ystorié, la pippe et quatre fermoers d'or garnis de
gros saphirs, balaiz et perles, en un estui à fleur de liz, garni
d'argent.
Après avoir été prêtée au duc d'Anjou1, elle passa chez
le duc de Berry, à la mort duquel elle rentra au Louvre,
pour en sortir définitivement au commencement du règne
de Charles VII, après avoir été estimée 15 livres parisis.
C'est ce que nous apprend l'inventaire dressé en 1424
(F. 21 3) :
Item, une très belle Bible, en françois, nommée la Bible que Jehan
de Vaudetar donna au roy; très parfaitement bien escripte et histo-
riée, de lettre de forme, à deux coulombes. Commençant ou ne foil-
let des rebriches de la formacion de Vhome, et ou derrenier avccqucs
moy ; couvert de soye assurée à fleurs de lis de brodeure. Laquelle
Bible maistre Jehan Maulin, après le deceds de feu mons. de Berry
mort, a recouvrée de ses exécuteurs, comme appartenant au roy,
pour remettre en la dite librairie. Et lui avoit esté rendue garnie
d'une grante chemise de soye azurée, de mi fermouers et une
pipe d'or, lesquelz fermouers et pipe n'ont point été rendus, et pour
ce en doit rendre compte ledit Maulin. Prisé xv 1. p.
Voir un article de Waagen, dans Deutsches Kunstblatt,
1852, n° 30, p. 248; mes Mélanges de paléographie,
p. 222; et un passage du livre de Dehaisnes, Hist. de l'art
dans la Flandre, p. 154 et 155.
On trouvera ci-dessus, p. 74, la dédicace mise à la fin
de ce manuscrit, dont l'illustration est ainsi vantée par
Raoulet d'Orléans :
Onques je ne vi en ma vie
Bible d'ystoires si garnie.
1. Note marginale du rouleau.
150 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
VIII.
La Bible historiale.
Bibliothèque nationale, ms. français 20090, qui a fait
partie de la bibliothèque du château d'Anet et de celle du
duc de La Vallière.
Très bel exemplaire, écrit vers le commencement de la
seconde moitié du xive siècle, orné de peintures à bordures
tricolores.
Ce manuscrit, qui à l'origine était partagé en deux
volumes, est peut-être un des exemplaires de la Bible
française qui sont enregistrés sans désignation précise sur
les inventaires de la librairie du Louvre. Il fut communi-
qué en 1383 par Charles VI au duc de Berry; celui-ci,
voulant se l'approprier, l'a fait figurer sur ses inventaires ;
mais les exécuteurs testamentaires du prince, après l'avoir
fait estimer 300 livres tournois et avoir reconnu que le
livre appartenait au roi, le firent rendre au garde de la
librairie du Louvre. C'est ce qui résulte :
1° De l'inscription aux inventaires du duc de Berry
dressés en 1 402, 1 41 3 et 1 41 6 :
Item, une très belle Bible, en françois, escripte de lettre de
fourme, très richement historiée au commencement, garnie de
quatre fermouers d'or, es deux desquels a deux balais, et es deux
autres deux saphirs, en chascun deux perles, esmaillez des armes
de France; et, au bouz des tirans, en chascun, un bouton de
perles, et, sur le tixu d'un chascun, petites flours de lis d'or clouées,
et y a une pipe de deux testes de serpent garnie de seignaulx * .
2!° D'une note ajoutée dans le volume, à la fin des livres
d'Esdras :
Ceste Bible est à Jehan, filz de || roy de France, duc de Berry et||
d'Auvergne, conte de Poitou et || d'Auvergne et de Boulongne.
JEHAN.
1. Inventaires de Jean, due de Berry, éd. Guiffrey, t. I, p. 224, n° 853,
d'après le registre KK 258 des Archives nationales.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 151
Cette note est de la main du duc de Berry, qui a ajouté
après coup les derniers mots et de Boulongne (S. Berger,
La Bible française, p. 360).
3° D'un article du compte de l'exécution du testament
du duc de Berry :
A maistre Jehan Maulin, clerc du roy nostre sire en sa Chambre
des comptes à Paris et garde de ses livres et librarie, auquel les
exécuteurs ont ordonné estre baillié et délivré pour remettre en la
librarie du roy ung très belle Bible en françois, escripte de lettre de
fourme, prisée 240 livres parisis; laquelle Bible le roy fist pieça
bailler à feu mondit seigneur pour icelle veoir, si comme par
ses lettres adreçans à Giles Malet, faictes le vie jour de novembre
1383, peut apparoir ; pour ce la dicte somme de 300 livres tournois * .
IX.
La Bible historiale.
Bibliothèque de Copenhague. Fonds de Thott, n° 6 de la
série in-folio.
Exemplaire copié dans la seconde moitié du xive siècle,
avec de nombreuses miniatures encadrées de bandes tri-
colores. Gros volume de 474 feuillets de parchemin, écrits
sur deux colonnes, hauts de 460 millimètres et larges
de 335.
A l'origine, cette Bible a dû être divisée en deux parties.
La première, répondant aux 253 premiers feuillets du
volume actuel, commence à la Genèse et se termine par le
psautier, suivi des litanies des saints : « Explicit le psau-
« tier David en françois. » — Premiers mots des feuillets
du commencement et de la fin. Fol. 2 : « deth lui vint à
« l'encontre... » — Fol. 3 : « C'est li deable. » — Fol. 253 :
« Et le fils sans mesure... »
La seconde partie (fol. 254-472 du volume actuel) com-
1. lbid., t. II, p. 301, d'après le registre conservé à la bibliothèque Sainte-
Geneviève, ms. 841.
\b2 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
mence aux Paraboles (fol. 254) : « Ci commencent les
« Paraboles Salemon, » et va jusqu'à l'Apocalypse : « Ci
« fenist l'Apocalipse. Explicit toute la Bible en françois »
(fol. 472 v°). — Premiers mots du second et du dernier
feuillet de la seconde partie. Fol. 254 : « C'est à dire
« regarde... » — Fol. 472 : « De souffre en la beste. »
Au bas de la première page de la seconde partie
(fol. 472), on remarque deux beaux lions, semblables à
ceux des manuscrits de Charles V. L'écusson placé entre
les lions est resté vide.
Je n'ai rencontré, dans les inventaires de la librairie du
Louvre, aucun article qui se rapporte expressément à cette
Bible. Je n'en suis pas moins persuadé qu'elle a été exé-
cutée pour le roi Charles V.
Sur la feuille de garde du commencement, une main du
xviie siècle a tracé cette note : « Il y a dans cette Bible
« 1 05 miniatures, dont dans le premier volume une grande
« et 65 petites, et dans le second volume une grande et
« 38 petites. » — Suit une autre note de la même époque,
peut-être de la main de Foucault : « Bible ystoriaux, autre
« exemplaire. »
Voir Abrahams, Description des manuscrits français de
la bibliothèque de Copenhague, p. 2, et Samuel Berger, La
Bible française, p. 425.
X.
La Bible historiale, premier volume, allant de la
Genèse au Psautier.
Bibliothèque de l'Arsenal, n° 5212.
Volume de la fin du xive siècle, orné d'environ 340 petites
miniatures d'une très bonne exécution.
Cette Bible, dont le second volume paraît ne plus exis-
ter, et qui n'est pas mentionnée dans les inventaires de la
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 153
librairie du Louvre, fut donnée par Charles VI à son oncle
le duc de Berry le 25 avril 1403, comme nous l'apprenons
de l'inventaire dressé après la mort de ce prince en 1 41 6 :
Une belle Bible, en deux volumes, escriptc en françois, de lettre
de fourme, et, au commencement du tiers fueillet du premier
volume, a escript les nouvelles faire, et, au commencement du tiers
fueillet du second volume, a escript iniquité. Couverts tous deux de
drap de soye vert ouvré à oyseaulx, doublé de tiercelin vermeil, et
fermans chascun de quatre fermoers d'or, et, au premier volume, a
une pippe d'or, et, au second, n'en a point, laquelle Bible le roy
donna à monseigneur le duc, à Paris, le xxve jour d'avril après
Pasques, l'an mil quatre cens et trois.
Ce volume fut estimé 400 livres.
J'avais jadis indûment supposé que cet article d'inven-
taire s'appliquait à une Bible du duc de Berry, dont le
premier volume est au Musée britannique, n° 1 1 75 du fonds
Lansdowne. — Voir dans la seconde partie de l'ouvrage
l'inventaire des livres du duc de Berry, n° 12, p. 225*
et 273*. Voir aussi les notices de Samuel Berger, dans La
Bible française au moyen âge, p. 368, et de Henry Martin,
dans le Catalogue des manuscrits de l'Arsenal, t. V, p. 1 58.
XI.
La Bible histobiale, de petit format, second volume
Bibliothèque nationale, ms. français 5707.
Ce charmant volume est le second tome d'une Bible de
grand luxe que Raoulet d'Orléans avait copiée en 1362 et
1363 pour le dauphin Charles, et qui, passée en 1407 entre
les mains de Jean, duc de Berry, fut enregistrée comme il
suit dans l'inventaire du mobilier de ce prince dressé en
1413 :
Item, une autre Bible, en deux petis volumes, escripte en fran-
çoys, de lettre de fourme, bien historiée et enluminée; et au com-
mancement du second fueillet du premier volume, a escript du sai-
154 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
rement; et, au commencement du second fueillet de l'autre volume, •
a escript nais seront destruit; couvert chascun volume de drap
de soye ouvrée à fueillages, fermant à nu fermouers d'or, esmaillez
aux armes de France, et en chascun un ymaige ; à une pipe d'or
esmaillée aus dictes armes ; et par dessus une chemise de drap
de damas violet, doublé de tiercelin noir; laquelle Bible le feu
vidame de Laonnois, en son vivant grant maistre d'ostel du roy,
donna à monseigneur, ou mois d'aoust l'an mil CCCC et VII, et mon
dit seigneur y a depuis fait faire les dictes chemises ' .
Suivant une note ajoutée à cet article d'inventaire, le
duc de Berry donna la Bible, le 1er juin 1416, à sa fille la
duchesse de Bourbonnais.
Les textes qui nous font connaître la date à laquelle le
volume a été exécuté, le nom du calligraphe qui le trans-
crivit et le noble usage auquel il fut destiné sont au
nombre de quatre, sans compter l'article de l'inventaire de
1413 qui vient d'être rapporté :
1° Note du copiste, sur le fol. 367 v°, à la fin de l'Apo-
calypse :
Ci fine l'Apocalipse saint Jehan,
parfaite par Raoulet d'Orliens, le
vintiesme jour de décembre, l'an
mil trois cens soisante et deus.
Les trois dernières lignes de cette note ont été effacées
à une date ancienne; c'est tout récemment que j'en ai
soupçonné l'existence et que j'ai réussi à les déchiffrer. Les
traces en ont échappé à la photographie.
2° Sur le fol. 368, une prière en vers, mise par Raoulet
d'Orléans dans la bouche du prince, dont le nom et le titre
sont indiqués tout au long sous la forme d'un acrostiche :
Charles aisné fils du roy de France, duc de Normandie et
dalphin de Viennoys. Cette pièce de vers, qui est publiée
ci-dessus (p. 71), dans l'article consacré à Raoulet d'Or-
1. Inventaires de Jean, duc de Berry, t. I, p. 256, n° 966.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 155
léans, se termine par l'indication de la date 1 363 : L'an
mil CGC trois et soissante. Elle est placée sous une char-
mante petite miniature représentant la sainte Vierge, peinte
en grisaille, et, devant un prie-Dieu recouvert d'un tapis
aux armes de France et de Dauphiné, le dauphin Charles,
dont les traits sont fort reconnaissables.
3° Note autographe de Charles V1 :
Geste Bible est
à nous Charles,
le Ve de notre non,
roy de France; et
est en h volumez,
et la firaez faire
et parfere.
CHARLES.
4° Sur le premier feuillet, notes de Jean Flamel et du
duc de Berry :
Le second volume de la Bible au roy Charles le quint de son
nom; et à présent est à monseigneur le duc de Berry, son frère.
FLAMEL.
Ceste Bible est au duc de Berry, fust au roy Charles, son frère.
JEHAN.
Parmi les fines miniatures dont le volume est orné, il
faut citer celle du frontispice : tableau, divisé en quatre
compartiments à bordure tricolore, qui représente la
Sagesse de Salomon.
Voir Barbet de Jouy, Notice du Musée des souverains,
p. 61 ; Delisle, Le Cabinet des manuscrits, t. III, p. 307;
Berger, La Bible française au moyen âge, p. 348, et la
notice que j'ai publiée dans la Bibliothèque de l'École des
chartes, 1901, t. LXII, p. 551-554.
Deux pages (les fol. 367 v° et 368 r°) ont été repro-
1. Le fac-similé de cette note est dans X Isographie et dans l'atlas du Cabi-
net des manuscrits, pi. XLV, n" 7.
156 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
duites en phototypie dans mes Fac-similés de livres copiés
et enluminés pour le roi Charles F, pi. I et II.
Un autre exemplaire du second volume de la Bible his-
toriale, n° 1 57 du fonds français de la Bibliothèque natio-
nale, qui vient de la librairie du château de Blois, a pu
appartenir à Charles V. Il a été copié au commencement
de la seconde moitié du xive siècle, et les 51 miniatures
dont il est orné sont encadrées de bordures tricolores. —
Voir S. Berger, La Bible française, p. 215 et 333.
XII.
Guillaume Durant, Rational des divins offices. Version
française faite par Jean Golein.
Bibliothèque nationale, ms. français 437.
Exemplaire original, sur le fol. 380 duquel Charles V a
tracé cette note :
Cest livre, nommé Rasional
des divins ofises, est à nous,
Charles le Ve de notre nom,
et le limes tranlater, escrire
et tout parfere, l'an M. CCG
LXX IIII < .
De plus, la signature du roi est sur le fol. 380.
Le frontispice2 représente Jean Golein, assis aux pieds
du roi, qui lui ordonne de traduire le Rational; derrière le
roi se tiennent debout ses deux jeunes fils, le dauphin
Charles et Louis, le futur duc d'Orléans; de l'autre côté,
face au roi, le peintre a figuré la reine Jeanne de Bourbon,
avec ses deux filles, Marie et Isabelle; celle-ci était née le
1. Cette note a été reproduite en fac-similé dans l'ouvrage de M. Franklin,
Les Anciennes bibliothèques de Paris, t. II, p. 111, et dans les planches du
Cabinet des manuscrits, pi. XLV, n" 9.
2. La peinture du frontispice est en phototypie dans mes Fac-similés de
livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. VIII.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 157
24 juillet 1373, l'année qui précéda la confection du
manuscrit. La robe de la reine est aux armes de France et
de Bourbon.
Parmi les autres peintures dont le volume est orné, il
faut remarquer celle du fol. 44, le sacre du roi; celle du
fol. 50, la bénédiction de la reine; et celle du fol. 51 v°,
la bénédiction de la bannière royale.
On a cru voir sur plusieurs miniatures du manuscrit un
semé d'épis d'orge * ; je n'en ai trouvé aucune trace, et je
n'ose pas attribuer la transcription du volume à Henri du
Trevou, comme l'a proposé Paulin Paris2.
Gilles Malet a inscrit ce volume sur son inventaire
(A. 202, B.214) dans les termes suivants :
Un livre à une chemise de soye longue, nommé le Racionnal de
l'Eglise, à deux fermouers d'argent esmaillez, et le translata maistre
Jehan Goulain.
Livré le 7 octobre 1380 au duc d'Anjou3, il rentra dans
la librairie du Louvre et fut compris dans les inventaires
des années 1411, 1413 et 1424 (D. 886, E. 190, F. 167).
Voici la description qu'en donne l'inventaire de 1 41 1 :
Item le Racionnal des divins offices, très bien escript, historié et
enluminé, en françois, de lettre de forme et à deux coulombes ;
commençant au ne foillet après les rebroiches : apert il de Ptholo-
mée, et ou derrenier : re par le commencement, et est signé Charles;
couvert d'une vieille chemise de soye à courte queue, à deux fer-
mouers d'argent dorez esmaillez, en l'un desquelz est escript : Ratio,
et en l'autre : nale.
Ce beau volume, estimé 16 livres en 1424, fut porté en
Angleterre. Il fut racheté à Londres en 1441 par Jean,
comte d'Angoulême, petit-fils de Charles V et grand-père
1. P. Paris, Les Manuscrits françois, t. IV, p. 103.
2. Ibid.
3. La remise au duc d'Anjou est notée en marge des inventaires A et B,
ainsi que sur l'inventaire C 54.
158 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
de François Ier. Nous lisons sur la garde du commencement
une note autographe du prince :
Cest livre est à Jehan, conte d'Engolesme, lequel l'acheta || à
Londres en Engleterre l'an de grâce 1441.
XIII.
Missel de Paris.
Au musée fondé par Ruskin à Sheffield, M. S. C. Cocke-
rell a reconnu un missel qui a appartenu à Charles V et qui
paraît avoir été écrit au commencement du xive siècle. Le
calendrier indique la fête de saint Louis en lettres d'or, et,
au 4 décembre, la fête des Reliques. Il y a beaucoup d'ini-
tiales historiées, de style parisien, et deux très belles pages
historiées, avant le canon : la crucifixion et une « majesté » .
Le premier mot du second feuillet est corpora, ce qui a
conduit M. Cockerell à penser que le Missel de Sheffield
est bien celui qui répond à l'article suivant de l'inventaire
des joyaux de Charles V dressé en 1 380 * :
En la chappelle estant empires l'oratoire du Roy, en la grant tour
du boys de Vincennes, a ung messel très bien escript et noté, et se
commance au deuxiesme fueillet corpora.
XIII ta?.
Missel de Paris.
A côté du missel qui vient d'être signalé, je crois devoir
en indiquer un autre qui n'est pas expressément décrit
sur les inventaires des livres de Charles V et de Charles VI,
mais qui doit offrir les mêmes caractères que les missels
faits pour ces princes, et qui, selon toute vraisemblance,
doit avoir été destiné à une de leurs chapelles.
1. N" 2G21 de l'édition de Labarte; n* 176 de mon Inventaire général.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 159
Les articles suivants relevés dans le calendrier en
démontrent clairement l'origine :
26 avril : Dedicacio capelle régis Parisicnsis.
17 mai : Translatio capitis sancti Ludovici.
11 août : De sancta Corona.
... In prima dominica hujus mensis (augusti) fit festum duplex de
Cruce in ecclesia Parisiensi.
4 décembre : Susceptio Reliquiarum.
On en peut dire autant de quelques mentions contenues
dans le corps du volume :
Fol. 146, à l'office du jeudi saint : Post prandium conveniunt
canonici in majori ecclesia béate Marie, et lavantur altaria.
Fol. 314 : Susceptio Reliquiarum.
Fol. 394 : Susceptio sancte Corone.
Deux notes nécrologiques, relatives à la mort de Charles VI
et à celle du confesseur de ce prince, Michel de Greney,
évêque d'Auxerre, ont été ajoutées dans le calendrier :
Ista die (m idus octobris) cebiit Michael, episcopus Antissiodoren-
sis et Karoli VI confessons, anno M. CCCGIX.
Anno Domini millesimo CCCC XXII, die xxi octobris, obiit Karo-
lus VI pius rex Francorum.
Les parties du graduel ont été notées.
L'enluminure est très bonne. Dans la peinture qui orne
le Te igitur, on remarque l'image de l'Église et de la Syna-
gogue, celle-ci avec les tables de la loi, celle-là avec le
calice.
Commencement du second feuillet après le calendrier :
am et salutarem.
Ce manuscrit est le n° 443 de la Bibliothèque royale de
Belgique, anciennement coté 9125. Voir le Catalogue du
P. Van den Gheyn, t. I, p. 271.
Du missel de la Sainte-Chapelle, je dois rapprocher deux
feuillets tirés selon toute apparence de missels petit in-4°.
160 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Sur chacun d'eux est représente Notre-Seigneur, assis sur
un banc, bénissant de la main droite et ayant la main
gauche sur un livre. Aux angles de chaque tableau, les
figures symboliques des évangélistes. Sur un des feuillets,
la figure du Seigneur est dans un quadrilobe à bordure
tricolore. Dans l'autre, la figure du Seigneur est dans un
losange à bordure tricolore, circonstance qui m'autorise
peut-être à signaler ici ces deux feuillets, exposés sous
verre dans une salle du Musée de Gluny.
Je dois prévenir toutefois que ces feuillets pourraient
bien n'avoir pas été détachés d'un missel. Pareil tableau a
servi de frontispice à la Légende dorée, comme on le verra
plus loin.
XIV.
Les Épitres et les Évangiles des messes de l'an-
née. Traduction française de Jean du Vignai.
Bibliothèque nationale, ms. français 4508 des Nouvelles
acquisitions.
Petit volume de 155 feuillets, dont voici les premières
et les dernières lignes :
Ci commencent les Epistres et les Evangiles de tout l'an, les-
quelz sont translatées de latin en françois, selonc l'ordenance du
Messel à l'usage de Paris. Premièrement, le premier dymenche de
l'Advent Nostre-Seigneur, l'epistre ad Romanos. Fratres, scientes
quia hora est et cetera. Frères, sachiez qu'il est ja heure de nous
lever de dormir... — ... Donques, querés premièrement le royaume
de Dieu et saintée1, et toutes ces choses vous seront adjoustées. Cy
fenissent Epistres et Euvangilles, translatées de latin en françois
selonc l'usage de Paris.
Écriture à longues lignes, du temps de Charles V. Minia-
tures sur les feuillets \ , 23, 74 v°, 90, 94 et 98 v°. La pre-
1. Mot récrit par une main moderne.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 161
mière miniature, qui occupe plus de la moitié de la pre-
mière page, est encadrée dans une bordure tricolore
quadrilobée.
Cette dernière particularité peut, jusqu'à un certain
point, justifier l'attribution du livre à Charles V, bien
qu'on ne puisse l'identifier avec aucun des exemplaires des
Épîtres et Évangiles mentionnés dans les inventaires de la
librairie et du mobilier.
Quoi qu'il en soit, je dois consigner ici une observation
qui se rapporte à la fois à la traduction des Épîtres et des
Évangiles et à celle du Missel.
De la traduction française des Épîtres et des Évangiles
il faut rapprocher la traduction du Missel, dont les mêmes
inventaires1 mentionnent un exemplaire ayant appartenu
à la reine Jeanne de Bourbon et livré le 18 avril 1403 au
duc de Bourgogne par l'ordre de Charles VI.
On peut se demander si le Missel donné en 1 403 au duc
de Bourgogne ne serait pas celui qui est enregistré comme
il suit dans l'inventaire des livres de l'oratoire du feu duc
Philippe le Hardi en 1404 :
La plus grant partie des cayers d'un Messel translaté de latin en
françois, lequel list faire feu la royne Blanche, et lequel a esté laissié
à parfaire, pour ce que on dit qu'il n'est pas expédient de translater
tel livre de latin en françois, en especial le saint canon2.
Si la traduction du Missel est du même écrivain que
celle des Épitres et des Évangiles, et s'il faut accepter le
témoignage de l'inventaire de l'année 1404, il s'ensuivra
que Jean du Vignai a travaillé pour Blanche de Navarre,
seconde femme de Philippe de Valois, comme il l'avait fait
pour la première, Jeanne de Bourgogne, morte en 1348.
Il est bon de faire remarquer que, malgré les scrupules
1. N* 184 de mon édition.
2. Peignot, Catalogue de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, p. 56.
Cf. l'édition de G. Doutrepont, p. 28, n« 6G.
11
162 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
manifestés dans l'inventaire de Tannée 1404, on ne s'est
pas interdit de multiplier les copies de la traduction fran-
çaise du Missel. Les inventaires de la librairie du Louvre
en mentionnent quatre exemplaires1, et la Bibliothèque
nationale en possède un qui a été copié au xve siècle2.
Le traducteur des Épîtres et des Évangiles est Jean de
Vignai; nous avons, à cet égard, le témoignage des diffé-
rents inventaires de la librairie du Louvre3 et celui d'un
exemplaire de la traduction remontant au xve siècle4.
Je crois pouvoir encore citer la souscription finale d'un
exemplaire de la traduction des Épîtres et Évangiles, encore
bien qu'elle contienne une fausse date :
Ce fenist les Epîtres et les Evangiles translatées de latin en fran-
çois, selon l'usaige de Paris. Et les translata frère Jehan de Vignay,
à la requeste de madame la royne de Bourgoigne, femme Philippe
de Yaloy, roy de France, en temps qu'il vivoit. Ce fut fait l'an de
grâce mil CCC XXVI, en mois de may, vme jour entrant. Deo
gratias5.
Le millésime M CCC XXVI ne saurait concorder avec le
règne de Philippe de Valois, qui est monté sur le trône au
printemps de 1328. Le copiste s'est mépris sur les chiffres
du manuscrit original, qui portait peut-être M CGC XXXI
ou M CCC XXXVI. En tout cas, nous possédons là un argu-
ment indiscutable pour fixer la date de la traduction au
règne de Philippe de Valois et pour en faire honneur à
Jean du Vignai.
1. Noa 184-187 de mon édition.
2. N° 180 du fonds français.
3. N° 189 de mon édition.
4. Ms. français 22890.
5. Souscription d'un manuscrit qui a été mis en vente au mois de septembre
1885 par la librairie Quaritch, The choicest portion of Ihe Fuller Russell
library, p. 8, n° 110.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 163
XV.
Psautier de la reine Ingeburge et de saint Louis.
Musée Gondé à Chantilly.
J'ai consacré à ce magnifique manuscrit un assez long
article dans ma Notice de douze livres royaux*. Je me bor-
nerai à insérer ici un abrégé substantiel de cet article.
Le volume dont il s'agit consiste en 200 feuillets de par-
chemin, hauts de 300 millimètres et larges de 200, le cadre
occupé par le texte mesurant 1 80 millimètres sur 115. Les
pages sont à longues lignes, sauf les dernières, qui, à par-
tir du fol. 1 88, sont partagées en deux colonnes. On compte
vingt et une lignes à la page ou à la colonne.
La copie du Psautier est en gros caractères, très régu-
liers, d'une hauteur d'environ 4 millimètres, à traits mas-
sifs, dont l'extrémité inférieure se termine brusquement
par un délié très fin, sans s'appuyer sur la raie de la
réglure quand la lettre ne doit pas se prolonger par le bas.
L'extrémité supérieure des lettres montantes est tranchée
par un délié presque imperceptible. La fermeté et l'unifor-
mité de ces caractères pourraient soutenir la comparaison
avec la fermeté et l'uniformité des bons produits typogra-
phiques.
On peut distinguer deux parties dans le volume.
La première comprend un feuillet de garde ajouté au
xixe siècle et coté 1 ; — un cahier de huit feuillets, cotés 2-9,
lequel contient le calendrier; — quatre cahiers, trois de
huit feuillets et un de six, remplis par une série de tableaux
représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testa-
ment et par l'initiale du Psautier ; le dernier de ces quatre
cahiers est incomplet du premier et du cinquième de ses
feuillets, c'est-à-dire de ceux qui devaient, quand le volume
1. P. 1-17.
164 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
était complet, se trouver avant les feuillets actuellement
cotés 34 et 37 ; le premier avait reçu une peinture sur le
verso; le cinquième était probablement resté en blanc.
La seconde partie commence au fol. 38. Les feuillets dont
elle est composée forment vingt cahiers, dont les signatures
sont encore visibles au bas de la dernière page de chacun
d'eux. Les dix-neuf premiers cahiers sont formés chacun
de huit feuillets ; le dernier n'en a que trois ; les feuillets
qui le complétaient ont disparu, mais ils devaient être
blancs, le texte étant bien complet. Dans cette seconde par-
tie se trouve le Psautier, suivi des cantiques, des litanies
et de diverses prières, parmi lesquelles le Veni creator.
Reprenons chacun de ces morceaux.
Calendrier. — Il est essentiellement français. La men-
tion de l'Invention de saint Denis, marquée au %% avril,
semble dénoter une origine parisienne.
Il faut accorder une attention particulière à quatre notes
qui ont été insérées dans le calendrier très peu de temps
après l'exécution du volume et dont il sera question un peu
plus loin.
Sur le côté droit de chaque page du calendrier, dans
deux médaillons à fond d'or, l'enlumineur a peint, en haut,
une figure symbolique du mois; en bas, le signe corres-
pondant du zodiaque. — En tête du mois se voient deux
lignes écrites l'une en rouge, l'autre en bleu ; la première
est un vers dans lequel sont rappelés les quantièmes des
jours égyptiaques; l'autre indique le nombre des jours du
mois.
Dans la colonne réservée aux lettres dominicales, les A
sont en or et les autres lettres alternativement rouges et
bleues.
En haut des colonnes affectées à l'indication des quan-
tièmes du mois se voient de grands monogrammes (KL),
tracés en or sur fonds bleu et rouge très pâle.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 165
Aux jours des nones et des ides, les mots Non. et ldus
sont en rouge ; le premier de ces mots est toujours figuré
par un 0 faisant corps avec deux N, dont l'un est privé de
son second montant et l'autre de son premier.
Aux autres jours, les notations N, ID' et KL sont alter-
nativement en bleu et en rouge. La notation KL, en carac-
tères allongés, est disposée de façon à servir pour deux
jours consécutifs.
Les majuscules par lesquelles commencent les indica-
tions des fêtes sont alternativement en or et en azur. Ces
indications sont écrites en rouge, en bleu ou en or, sans
que le choix de la couleur semble avoir été déterminé par
l'importance qu'on attachait à la célébration de la fête.
Tableaux. — Un seul côté des vingt-sept feuillets qui
suivent le calendrier a reçu des peintures; l'autre côté est
resté blanc, et les feuillets ont été assemblés de façon que
deux pages peintes se faisant vis-à-vis (un verso et un
recto) sont suivies de deux pages blanches.
La plupart des pages peintes nous offrent deux tableaux
superposés, ce qui donne en somme une cinquantaine de
tableaux, dont les sujets sont indiqués par de courtes
légendes françaises tracées en or sur le blanc du parche-
min. Le texte de ces inscriptions a été publié dans la
Notice sur douze livres royaux (p. 4-7) et dans l'article de
Gh. de Sourdeval, qui sera indiqué un peu plus loin.
Une remarque assez importante est à faire à propos de
cette suite de tableaux. Sur les cinquante sujets qui y sont
représentés, il y en a vingt-neuf qu'on retrouve à peu près
dans le même ordre au commencement du Psautier attri-
bué à Blanche de Gastille qui est conservé à la bibliothèque
de l'Arsenal et qui offre beaucoup d'analogie avec celui
d'Ingeburge. L'illustration des deux manuscrits dérive de
la même source. J'en ai donné des preuves dans la Notice
sur douze livres royaux. Il est impossible de méconnaître
166 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
les liens de parenté qui autorisent à rattacher à la même
famille les deux psautiers, ainsi que celui de la bibliothèque
de l'Université de Leyde, dans lequel saint Louis avait
appris à lire.
On ne pourrait pas, sans avoir vu les peintures du Psau-
tier d'Ingeburge, s'en imaginer la richesse et la beauté.
M. le duc d'Aumale, qui se plaisait à les faire admirer
comme un des plus précieux joyaux de son trésor, ne s'en
exagérait pas la valeur quand il écrivait ces lignes dans
son Catalogue : « Ces tableaux n'ont pas d'analogues et
« sont placés hors ligne par l'originalité, la pureté du style,
« l'éclat et la conservation des couleurs, le dessin des dra-
« peries, qui semble indiquer une certaine connaissance ou
« une divination de l'antique. Les couches d'or sont si
« épaisses et si parfaitement brunies que les figures
« semblent enchâssées dans de véritables plaques de
« métal. » Au dire d'un des plus érudits connaisseurs de
la peinture des manuscrits du moyen âge, M. Arthur Hase-
loff, professeur à l'Université de Berlin, « le Psautier
« de la reine Ingeburge, qui date du commencement du
« xme siècle, nous offre un des plus beaux spécimens de la
« peinture de cette époque; il est décoré dans un style
« sévère et anguleux, par lequel il se rapproche des manus-
« crits allemands et des manuscrits anglais. » M. Haseloff
ajoute que ce manuscrit n'est probablement pas d'origine
française. C'est là une hypothèse que je ne saurais accepter
et sur laquelle je reviendrai un peu plus loin.
Psaumes. — Les initiales des versets sont alternative-
ment en or et en azur, avec de très menus filets en bleu
pour les premières et en or pour les secondes.
Les bouts de lignes restés vides à la fin des versets ont
été remplis par divers ornements, notamment par des
enroulements et par d'autres combinaisons de traits de
plume ou de pinceau, fort déliés, exécutés avec autant
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 107
d'élégance que de légèreté, alternativement en or et en
azur, parfois avec des rehauts de vermillon. L'enlumineur
a souvent utilisé les vides pour y figurer en or de petits
animaux plus ou moins fantastiques et surtout des oiseaux
tels que des paons, des cigognes et des hérons. Sur plu-
sieurs pages sont des ornements qui ressemblent assez à
des fleurs de lis ou à des trèfles.
Le B initial du premier psaume occupe une page entière
qui sert de frontispice. Les extrémités du montant de cette
lettre gigantesque sont ornés de deux petits médaillons,
dans lesquels David est représenté terrassant des bêtes
féroces. La double panse de la même lettre a servi de cadre
à deux tableaux : dans celui du haut, Samuel est averti
par un ange d'avoir à sacrer David; l'autre tableau nous
montre Samuel versant l'huile sainte sur la tête de David.
Les blancs ménagés par le copiste pour les initiales
d'une dizaine de psaumes, notamment de ceux qui forment
le début des matines des sept jours de la semaine, ont été
mis à profit par l'enlumineur, qui s'en est servi pour faire
de ces initiales de petits tableaux de dimensions variées,
dont il a puisé l'idée dans la vie de David.
Litanies. — Les litanies dénotent une origine française.
Elles sont suivies de trente et une oraisons, dont plusieurs
présentent une notable particularité. Les leçons qu'elles
renfermaient à l'origine prouvent que le Psautier avait été
copié pour une femme. Le texte primitif portait : « Michi
« misère, digna inveniar, michi peccatrici, michi misère pec-
« eatrici, exaudi me peccatricem, pollicita sum, debitrix
« sum... » C'est après coup qu'aux leçons misère, digna,
peccatrici, peecatricem, pollicita et debitrix, on a substitué
les leçons miser o, dignus, peccatori, pollicitus, debitor.
De cette minutieuse analyse, il faut maintenant dégager
168 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
les données à l'aide desquelles l'origine du manuscrit
pourra être démontrée.
Le luxe avec lequel le Psautier a été exécuté prouve que
le livre a été fait pour un personnage du plus haut rang,
dont il s'agit de découvrir le nom.
Les expressions misère, digna, peceatrici..., employées
dans les prières de la fin du psautier, font voir qu'il était
destiné à une femme.
Ces deux points établis, si nous jetons les yeux sur le
calendrier mis en tête du volume, nous y remarquerons
trois notes tracées à une date tout à fait voisine de l'exécu-
tion du manuscrit :
m nonas maii. Obiit Sofia, regina Dacie.
m idus maii. Obiit Waldemarus, rex Danorum.
xiii kalendas julii. Obiit Alienor, comitissa Veremandie.
Ce sont les seules notes nécrologiques que renferme le
calendrier. Il est facile de les expliquer toutes les trois : la
dernière s'applique à Éléonore, comtesse de Vermandois,
dont la mort doit être fixée au 20 juillet 1 25 1 3 ; la deuxième
note ne peut convenir qu'à Waldemar le Grand, roi de
Danemark, mort le 12 mai 1182; la première se rapporte
à la reine Sophie, femme de Waldemar le Grand.
Or, quelle est en France, au commencement du
xine siècle, quand on avait si peu de relations avec les
États Scandinaves, la grande dame qui pouvait faire mar-
quer dans son livre de prières le jour anniversaire de la
mort du roi Waldemar et celui de la mort de la reine
Sophie? C'est évidemment la malheureuse épouse de Phi-
lippe-Auguste, Ingeburge de Danemark, qui a fait inscrire
dans son Psautier les noms de son père et de sa mère.
A ces noms dictés par la piété filiale, elle avait voulu en
associer un troisième, celui d'Éléonore de Vermandois,
l'une des plus puissantes vassales de Philippe-Auguste, dont
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 169
l'amitié n'avait sans doute jamais abandonné la reine au
milieu des épreuves qu'elle eut à traverser.
On sait que ces épreuves, commencées en 1 193, le len-
demain de la célébration du mariage, se prolongèrent jus-
qu'en 12113 ou 12114, et qu'à partir de cette dernière date
Philippe-Auguste traita Ingeburge avec les égards dus à
l'épouse et à la reine. Un souvenir de la réconciliation a été
consigné dans le calendrier. Nous y lisons, au 27 juillet, une
quatrième note historique dont voici le texte :
Sexto kalendas Augusti, anno Domini M0 CC° quarto decimo, vein-
qui Phelippe, li rois de France, en bataille, le roi Othon et le conte
de Flandres et le conte de Boloigne et plusors autres barons.
Il est donc démontré jusqu'à l'évidence que le Psautier a
appartenu à la reine Ingeburge et que cette princesse y a
fait inscrire les noms de ses parents, celui d'une amie, et
la mention du plus glorieux événement du règne de son
mari.
Il est vraisemblable qu'un livre destiné à la reine de
France, à la femme de Philippe-Auguste, a été exécuté en
France. On a cependant proposé de lui attribuer une ori-
gine anglaise1. Je ne nie pas qu'on puisse trouver quelques
caractères du style anglais dans l'écriture et la décoration
du Psautier d'Ingeburge, et je sais qu'au xne siècle il exis-
tait en Angleterre, dans certaines maisons religieuses, des
ateliers de copistes dont les produits s'exportaient en
France2. Mais les traces de style anglais que présentent
certains psautiers du commencement du xnie siècle s'ex-
pliquent aisément par l'existence à Paris de calligraphes et
d'enlumineurs qui avaient pu se former dans les ateliers
1. Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. LIX, p. 26.
2. Tel était un prieuré anglais dépendant du prieuré de Sainte-Barbe-en-
Ange, au sujet duquel on lit dans une relation du xn° siècle : « Quia autem
« apud Bequefort victualium copia erat, scriptores etiam ibi habebantur, quo-
« rum opéra ad nos in Normanniam mittebantur. » Hist. MU. de la France,
t. XXXI, p. 281, d'après le ms. 1642 de Sainte-Geneviève.
170 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
anglais, ou qui, sans même être jamais allés en Angleterre,
suivaient les modes anglaises.
Ce qui a pu conduire M. Haseloff à considérer le Psau-
tier de Ingeburge comme un livre anglais, c'est qu'il avait
cru y voir dans le calendrier la mention de beaucoup de
saints anglais; mais, sur ce point, il a été mal servi par
ses souvenirs. Les noms des saints anglais sont absents au
calendrier. Je n'hésite pas à qualifier d'œuvre française le
Psautier dans lequel la reine Ingeburge a fait consigner ses
souvenirs de famille.
Ingeburge mourut en 12136. Tout porte à croire que son
Psautier resta dans la maison royale et qu'il devint la pro-
priété de saint Louis. Telle est, du moins, une tradition
dont il faut tenir grand compte, puisqu'elle est attestée
par une note du xive siècle qu'on lit au revers du dernier
feuillet du calendrier : Ce psaultier fit saint Loys. Cette tra-
dition est d'autant plus respectable que , à la fin du
xive siècle, le Psautier faisait partie du mobilier de la
couronne, et qu'il se conservait comme une relique de
saint Louis, à côté d'un autre Psautier que des preuves
matérielles prouvent avoir été fait vers l'année 1 2l60 4. On
lit, en effet, dans l'inventaire du mobilier de Charles V2 :
Un gros psaultier, nommé le Psaultier saint Loys, très richement
enlumyné d'or et ystorié d'anciens ymages, et se commance le
second fueillet cum exarcerit. Et est le dit psautier fermant à deux
fermoers d'or, neellez à fleurs de liz, pendans à deux laz de soye et
à deux gros boutons de perles et une petite pippe d'or.
Ce signalement s'applique de tout point au Psautier dont
nous nous occupons, comme aussi l'article suivant d'un
inventaire de joyaux conservés en 1418 dans le château de
Vincennes :
Un grant Saultier, nommé le Saultier saint Loys, très richement
1. Voir un peu plus loin, p. 175, la notice XVII.
2. Éd. Labarte, p. 340, art. 3303. — Art. 46 de mon édition des Inventaires
de la librairie de Charles V.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 171
enluminé d'or et ystorié d'anciennes y mages. Et se commance le
second feuillet cum exarcerit. Et est le fermant à deux fermouers de
neelles à fleurs de Hz, pendant à deux laz de soye, et à deux gros
boutons de perles, et une petite pippe d'or1.
Le Psautier disparut dans les troubles qui désolèrent les
dernières années du règne de Charles VI, et l'absence en
fut notée lors d'un recolement auquel il fut procédé
en 1420.
A partir de là, on perd toute trace du Psautier pendant
plus de trois cents ans. Il reparut en Angleterre dans la
première moitié du xvne siècle, enrichi d'une série de
notes qu'un faussaire avait assez maladroitement tracées
sur les premières pages et qui avaient pour but de faire
croire que saint Louis avait donné le livre à Guillaume de
Mesmes, son premier chapelain. Le Psautier d'Ingeburge
devint ainsi la pierre angulaire de la généalogie de la
famille de Mesmes.
Pierre de Bellièvre le trouva en Angleterre pendant son
ambassade à la cour du roi Charles Ier. Il le ramena en
France et en fit hommage en 1 649 au président Henri de
Mesmes. Le livre passa en 1812 dans la famille de Puy-
Ségur. M. le duc d'Aumale put l'acquérir en 1892 et l'in-
corpora dans les collections de Chantilly.
En 1 863, le Psautier fut le sujet d'une notice que Ch. de
Sourdeval communiqua au Congrès des Sociétés savantes,
sans avoir reconnu la véritable origine du manuscrit et sans
avoir soupçonné la fausseté des notes relatives à la généa-
logie de la famille de Mesmes2. Ce fut en 1867, dans la
Bibliothèque de V École des chartes3, que fut proposée l'at-
1. Douët d'Arcq, Choix de pièces relatives au règne de Charles VI, t. H,
p. 324, n" 299.
2. La notice de M. Ch. de Sourdeval a été publiée dans les Mémoires lus à
la Sorbonne en avril 1863, Archéologie, p. 181-183. Elle a été réimprimée en
1880 avec des modifications dans le Bulletin de la Société archéologique de
Touraine, t. V, p. 65-77.
3. 6° série, t. III, p. 201-210.
172 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
tribution du livre à la reine Ingeburge et démontrée la
fausseté des notes généalogiques.
Les deux peintures du fol. 34 ont été reproduites en
héliogravure dans le tome I du Catalogue des manuscrits du
Musée Condé. — Trois autres pages ont été héliogravées
par M. Dujardin et forment les trois premières planches de
ma Notice de douze livres royaux.
XVI.
Psautier de l'abbaye de Peterborough.
Bibliothèque royale de Belgique, n° 593. — Magnifique
psautier, orné de nombreuses miniatures, tout écrit en
lettres d'or, d'azur et de vermillon, à l'usage de l'abbaye
de Peterborough, dont la dédicace est marquée dans le calen-
drier au 28 septembre. — Indiqué dans les anciens inven-
taires : A. 879, B. 882, D. 560, E. 592. Porté dans E. 950
comme enlevé de la librairie vers l'année 1414. — L'ar-
ticle de l'inventaire de 1411 est ainsi conçu :
Item un psaultier très bel, tout escript de lettre d'or et d'asur et
de vermeillon, et sont les aiz brodez des armes de Bourgongne, et y
est le sacre des roys d'Angleterre, à une chemise blanche de toille,
à deux fermoirs d'argent de grosse lettre de forme, en latin, com-
mençans ou ne foillet du psaultier dit nobis bona, et ou derrenier
Dominas vobiscum.
Le dernier feuillet a disparu par suite de l'enlèvement de
la fin du volume, qui contenait le sacre des rois d'An-
gleterre.
Voir la description de ce manuscrit dans mes Mélanges
de paléographie et de bibliographie, p. 197-205, et dans le
Catalogue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Bel-
gique, par J. Van den Gheyn, t. I, p. 375.
Ce dernier auteur a consacré au Psautier de Peterborough
une notice plus développée, qui accompagne la reproduc-
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 173
tion de ce manuscrit dans le Musée des Enluminures1. Il
s'est principalement attaché à y faire connaître une suite de
miniatures allégoriques sur les rapports entre l'Ancien et
le Nouveau Testament.
A ces miniatures sont ajoutés des vers latins expliquant
les allégories bibliques dont se sont tant préoccupés les
théologiens, les poètes palinodiques et les artistes des der-
niers siècles du moyen âge. Le R. P. Van den Gheyn a mis
à contribution les recherches de M. Montague Rhode James,
publiées dans les Cambridge Antiquarian Society's commu-
nications2.
De ces recherches, il résulte que les tableaux du manus-
crit et les légendes en vers qui en expliquent le sujet avaient
été, pour la plupart, copiés d'après les fresques du chœur
de l'église abbatiale de Peterborough, et qu'une suite de
tableaux et d'inscriptions analogues existe ou a existé sur
les vitraux de la cathédrale de Gantorbéry.
Le Psautier de Peterborough rentre donc dans la catégo-
rie des livres d'images consacrés aux harmonies de l'An-
cien et du Nouveau Testament. Ce n'était pas le seul
manuscrit qui représentât ce genre d'ouvrages dans la
bibliothèque de Charles V, où se trouvait, entre autres3,
suivant le catalogue de Gilles Malet : « La Bible historiée,
« toute en y mages, qui fu de la royne Jehanne d'Evreux,
« historiée toute à ymages et toute figurée, » manuscrit
qui parait avoir disparu, et dont un double pourrait bien
être le volume qui porte à la Bibliothèque nationale le
n° 9561 du fonds français4. Mais on y chercherait vaine-
ment la mention de la grande Bible moralisée, la plus
1. Fascicule intitulé: Le Psautier de Peterborough, par J. van den Gheyn,
conservateur à la bibliothèque royale de Belgique. H. Kleinmann et C'% Haar-
lem, imprimeurs-éditeurs, in-fol., 16 p. et 33 pi.
2. T. IX, p. 178-194.
3. Voir l'Inventaire des livres de Charles V, art. 100-107.'
4. Voir Hist. litt. de la France, t. XXXI, p. 246.
174 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
importante œuvre de peinture à l'aide de laquelle on ait
essayé, au moyen âge, d'initier les fidèles au sens allégorique
des Écritures. Sous ce titre de Bible moralisée, on désigne
un énorme recueil de petits tableaux à côté desquels se
sont juxtaposés des versets et des gloses explicatives.
L'ouvrage a dû être composé du temps et sous les aus-
pices de saint Louis, comme l'indique un grand tableau
final dans les -débris d'un exemplaire contemporain, récem-
ment passé en Amérique, dans la bibliothèque de M. Pier-
pont Morgan. Nous en conservons en Europe un exemplaire
complet et contemporain, malheureusement dépourvu du
tableau final et coupé en trois morceaux, le premier à
Oxford1, le second à Paris2 et le dernier à Londres3.
Outre cet exemplaire, qui est un des plus splendides
manuscrits du moyen âge parvenus jusqu'à nous, il en
existe un autre au Musée britannique, qui peut dater du
commencement du xive siècle et dont les peintures sont
en grisailles4.
La Bible moralisée fut traduite en français à la fin du
xive siècle, et, sous cette forme, la Bibliothèque nationale
en possède deux exemplaires, de grand luxe, les n03 1 67
et 166 du fonds français. Le n° 167 a été fait pour le duc
de Bourgogne; l'origine première de l'autre est assez
incertaine; nous savons seulement que les artistes du duc
de Berry ont pu travailler à l'illustration des feuillets du
commencement5.
1. N° 2706 du fonds bodléien (2937 du Catalogue de Bernard).
2. Ms. latin 11560. Une page a été reproduite en héliogravure dans Y Album
paléographique de la Société de l'École des chartes, pi. XXXVII.
3. Musée britannique, Harley, nos 1526 et 1527. Une page a été reproduite en
couleurs dans l'ouvrage de Warner, Illuminaled mss. in the Brilish Muséum,
3e série, n° 8. Voir aussi l'ouvrage du même auteur, Reproductions from illu-
minaled mss., lro série, n" 22.
4. Musée britannique, ms. addit. 18719. Deux pages sont en fac-similé
dans le grand ouvrage du comte de Baslard, qui indique le manuscrit comme
appartenant au Dr Démons.
5. Le fac-similé de trois pages du ms. 167 a été publié dans Le Manuscrit
de Labitte, t. II, p. 90, 101 et 114; et celui du ms. 166, p. 117, 130 et 148.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 175
XVII.
Petit psautier de saint Louis.
Bibliothèque nationale, ms. latin 10525.
Ravissant manuscrit, qui a été exécuté peu de temps
après que le roi fut revenu de sa première croisade. Je
renvoie à ce que j'en ai dit dans la Notice sur douze livres
royaux, p. 37-42. Il répond à cet article de l'inventaire du
mobilier de Charles V dressé en 1 380 1 :
Item ung autre psaultier mendre, qui fut monseigneur saint Loys,
très bien escript et noblement enluminé, et a grant quantité d'ys-
toires au commancemen du dit livre, et se commance ou second
fueillet vas figuli. Ouquel a deux petitz fermouers d'or plaz, l'un
esmaillé de France, et l'autre d'Evreux; à une pippe où il a ung
très gros ballay et quatre très grosses perles.
L'origine du volume est d'ailleurs attestée par une note
écrite sur le feuillet de garde.
Cest psaultier fu saint Loys, et le donna la royne Jehanne
d'Evreux au roy Charles, filz du roy Jehan, l'an de Nostre-Seigneur
mil troys cens soissante et nuef; et le roy Charles présent2, filz
dudit roy Charles, le donna à Madame Marie de France, sa fille,
religieuse à Poyssi, le jour de la Saint-Michel l'an mil IIIIC...3.
Sur ce volume, on peut consulter la Notice du Musée des
souverains, par Barbey de Jouy (p. 42); une notice de
M. Haseloff, insérée en 1900 dans les Mémoires de la
Société des Antiquaires de France (t. IX de la 6e série), et
ma Notice sur douze livres royaux, p. 37-42.
Les 78 tableaux qui ornent ce Psautier ont été repro-
duits en phototypie par les soins de M. Omont4. Diffé-
1. Éd. Labarte, p. 240, art. 3304.
2. Charles VI.
3. La place du complément de la date est restée en blanc. Ce fut seulement
en 1408 que Marie de France fit profession au couvent de Poissy.
4. Psautier de saint Louis. Reproduction de 86 miniatures du ms.
latin 10525 de la Bibliothèque nationale. Paris, Berthaud frères, L1902J,
petit in-8".
176 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
rentes miniatures en ont été publiées dans les ouvrages
suivants :
Recueil des historiens de la France, t. XX, p. 1 ; Album
paléographique de la Société de l'École des chartes;
Mémoires de la Société des Antiquaires de France, 6e série,
t. IX; Notice sur douze livres royaux, pi. IX.
Je dois citer ici, quoiqu'il n'ait pas fait partie des col-
lections de Charles V, un volume, frère du précédent, dont
la première partie est, à vrai dire, une réplique du manus-
crit précédent et dont la seconde partie se compose de
l'office de Notre-Dame et de diverses pièces de dévotion
du genre de celles qui ont formé les livres d'Heures du
type qui a eu la plus grande vogue, du xive au xvie siècle1.
Il a dû être exécuté à la même époque et dans le même
atelier que le psautier de saint Louis. On a inséré dans le
calendrier la mention des mêmes anniversaires. Les formes
féminines employées dans diverses oraisons prouvent que
le livre a été écrit pour servir à une femme, très proba-
blement de la famille de saint Louis, peut-être la reine
Marguerite, peut-être aussi la sœur de saint Louis, Isa-
belle, fondatrice de l'abbaye de Longchamp. Ce petit
psautier a été l'objet des notices suivantes : A. Haselofï,
dans Mémoires de la Société des Antiquaires de France,
t. LIX, 6e série; t. LX, p. 18-42; L. Delisle, dans la
Notice de douze livres royaux, p. 43-51 ; S. G. Cockerell,
A Psalter and Hours executed before 1270 for a lady
comected with Saint Louis, probably his sister, Isabelle de
France. London, 1905, in-4° oblong.
Le volume est dans la collection de Henry Yates Thomp-
son; il avait appartenu à Ruskin.
1. M. Cockerell a cité plusieurs exemples de ce qu'il appelle la combi-
naison du psautier et des heures. Voir la p. 19 du Mémoire de Cockerell cité
uu peu plus bas.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 177
XVIII.
Le Psautier férial de la chapelle du roi de
France.
Bibliothèque nationale, ms. latin 1082.
Volume écrit sur du fin parchemin, en caractères très
régulièrement formés et dont l'enluminure est très soignée.
A la suite du calendrier (fol. 1-6), il contient le psau-
tier intitulé (fol. 7) : « Gy commence le psautier ferial selon
« l'usage de Paris et de la chapelle de l'ostel du roy de
« France. » — Les litanies (fol. 91). — Les Heures de
Notre-Dame (fol. 97). — Les Heures de la Croix (fol. 1 02).
— Les Heures du Saint Esprit (fol. 103). — Les Vigiles
des morts (fol. 103 v°). — Le commun des saints
(fol. 107). — « Ce sont les mémoires de toute l'anée que
« on fait en la chapelle du roy » (fol. 138).
Le principal ornement du volume consiste en dix petites
miniatures (fol. 7 v°, 19, 27 v°, 34, 40 v°, 50, 57, 78,
97 et 107), encadrées de bordures tricolores.
Différents articles du calendrier mettent hors de doute
l'attribution du Psautier au règne de Charles V.
2 janvier. Obiit le roy Phelippe le Lonc, roy de France et de
Navarre, filz du bel roy Ph., l'an MCCC [sic).
21 janvier. Sainte Agnès, vierge et martire. Annuel; feste nou-
velle.
28 janvier. Saint Charlemaingne, roy de France et empereur.
Anuel ; feste nouvelle.
1er février. Obiit Charle, roy de France, filz du bel roy Phelippe,
l'an M. CGC.
9 avril. Obiit le roy Jehan, roy de France, l'an MCCC LXIIII. (En
lettres d'or.)
17 mai. La Translacion du chief saint Loys, roy de France. Anuel;
feste nouvelle.
5 juin. Obiit Loys, roy de France et de Navarre, fils du bel roy
Phelippe, l'an M CCC XVI.
30 juillet. Cy est fait double de la translation saint Charlemaingne.
12
178 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
11 août. La suscepcion de la sainte Coronne. Anuel; feste nouvelle.
23 août. Obiit le roy Phelippe de Valois, l'an M GCCL.
11 septembre. Obiit madame Bone, duchesse de Normandie.
30 septembre. La susception des saintes Reliques en la Sainte
Chapelle royal à Paris. Annuel; feste nouvelle.
30 novembre. Obiit le roy Phelippe le Bel l'an M CCC XII (sic), à
F[ontaine]bluant (sic).
12 décembre. Obiit Jehanne de Bourg[oigne], royne de France.
16 décembre. Obiit Charles de Valoys, père du roy Phelippe de
Valois.
Ce relevé d'obits et de fêtes suggère plusieurs observa-
tions intéressantes. Les seules princesses dont le calendrier
mentionne l'obit sont la reine Jeanne de Bourgogne et la
duchesse de Normandie, Bonne de Luxembourg1, la
grand'mère et la mère de Charles V. Le dernier roi dont la
mort soit rappelée est Jean, père de Charles V ; c'est le seul
dont l'article soit écrit en lettres d'or.
Il dut être fait plusieurs exemplaires du Psautier férial
analogues à celui qui vient d'être décrit. L'un d'eux est
ainsi enregistré dans l'inventaire de la librairie dressé en
1411 :
Item un psaultier ferial, très bel, bien enluminé et escript de
grosse lettre de forme, et y a au commencement un kalendier, com-
mençant ou iie foillet dudit psaultier storum quoniam, et ou derre-
nier lictorum et intercedente, couvert d'une chemise de satin asuré,
doublé de taffetas vert, à n fermouers d'argent dorez esmaillez2.
La particularité qu'il importe le plus de noter dans le
Psautier férial n° 1 082, c'est la qualification de Annuel, feste
nouvelle, donnée à la Sainte-Agnès, fête qu'on célébrait
solennellement à la cour de Charles V, parce que le 21 jan-
1. Puisque l'occasion s'en présente, je dois dire combien j'ai été confus en
m'aperceront tardivement que, dans la Notice de douze livres royaux, j'avais
donné le titre de reine à Bonne de Luxembourg, morte sept mois avant l'avè-
nement de son mari au trône de France.
2. Ms. français 2700, fol. 113 v°.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 179
vier était le jour de la naissance du roi. Voir ce que j'ai dit
à ce sujet dans le Journal des Savants (année 1906, p. 235-
239) à propos de la coupe de Charles V conservée au Musée
britannique. J'y ai parlé des cadeaux qu'on faisait au roi
le jour de Sainte-Agnès, et j'ai cité le passage d'un opus-
cule de Jean Golein, qui déclare, en 1369, avoir translaté
« l'histoire de madame sainte Agnès, la sainte vierge, en
laquelle feste est le jour béni de la nativité du roi Charles » .
XIX.
Bréviaire de Philippe le Bel.
Bibliothèque nationale, ms. latin 1023.
Volume inscrit en 1380 sur Y Inventaire du mobilier de
Charles Vx dans les termes suivants :
Item ung autre bréviaire entier, à l'usaige de Paris, très bien
escript et ystorié, dont la seconde page se commance quoniam
irritaverunt ; et est couvert aux armes de France, à fleurs de lys
d'or trait, et sont les fermouers d'or plaz à ung carré des armes de
monseigneur le Daulphin, et la pippe à deux petites esmeraudes et
troys grenatz et deux grosses perles.
C'est à bon droit que le rédacteur de l'inventaire l'a
vanté comme très bien écrit et très bien historié : un tel
livre devait être depuis longtemps dans la maison de
France. Pour en découvrir l'origine, il faut commencer par
déterminer à quelle époque il a été écrit. Il date d'une
époque antérieure à la canonisation de saint Louis (1297),
ce qui est, d'ailleurs, parfaitement d'accord avec le carac-
tère de l'écriture. En effet, l'office de saint Louis est absent
du Propre des saints, et c'est après coup, à l'aide d'un
grattage très habilement pratiqué, que la mention de la
fête de saint Louis a été insérée dans le calendrier. C'est
aussi après coup, et d'une autre main, que l'office de saint
1. Éd. Labarte, p. 337, art. 3284.
180 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Louis a été ajouté à la fin du volume, sur des feuillets sup-
plémentaires, à la suite de l'office du Saint-Sacrement, fête
instituée par le pape Urbain IV en 1264.
Ce qui me porte à croire que le Bréviaire n° 1 023 a été
exécuté, sinon pour un roi, au moins par l'ordre et aux
frais d'un roi, c'est que le B initial du Psautier renferme
une petite image d'un roi en prières, et ce roi ne saurait
être le roi David, car il est agenouillé devant une statue de
la Vierge tenant l'enfant Jésus sur son bras.
Le luxe avec lequel le Bréviaire a été exécuté convient
bien à une œuvre royale. Le vélin en est d'une exquise
finesse, l'écriture d'une irréprochable régularité, la déco-
ration d'une grande élégance alliée à beaucoup de sim-
plicité.
Le frontispice qui fait suite au calendrier est un tableau
qui occupe toute la hauteur de la page ; il est divisé en deux
compartiments : dans celui du haut, le peintre a repré-
senté, sur un fond d'or, l'onction de David par Samuel ;
dans celui du bas, sur un fond de losanges d'or alternant
avec des losanges d'azur à fleurs de lis d'or, nous voyons
Saiil assister au combat de David contre Goliath. Les dif-
férentes parties du Bréviaire sont ornées d'une foule de
miniatures qui, pour être petites (généralement des car-
rés de 35 millimètres de côté), n'en sont pas moins d'un
bon travail. Les bordures des colonnes d'écriture, dont les
traits se prolongent sur la marge supérieure et la marge
inférieure de certaines pages, contribuent à récréer les
yeux qui s'arrêtent sur les feuillets de ce beau volume.
Le calendrier contient trois articles qui sont bien à leur
place dans un livre du petit-fils de saint Louis.
vin idus aprilis. Obitus interfectorum in Egypto a Sarracenis.
vi kal. maii. Dedicatio capelle régis Parisius.
h idus julii. Anniversarium inclite memorie régis Philippi.
Ne pouvons-nous pas nous demander si nous n'avons pas
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 181
là le bréviaire pour la façon duquel Philippe le Bel paya
1 07 livres 1 0 sous en 1296, et si les peintures ne sont pas
de la main de cet Honoré qui travaillait alors à l'enlumi-
nure des livres du roi1?
Voici les divisions du livre qui se compose de 577 feuil-
lets, hauts de 210 millimètres et larges de 133 :
Fol. 1 . Calendrier.
Fol. 8. Psautier.
Fol. 70. Propre du temps.
Fol. 265. Propre des saints.
Fol. 503. Commun.
Fol. 524. Partie supplémentaire, dans laquelle il faut
remarquer, au fol. 534 v°, un long office en l'honneur des
reliques de la Sainte-Chapelle. A la fin de ee supplément2,
il faut remarquer une prière qui devait se réciter dans un
couvent de femmes, ce qui peut s'expliquer en admettant
que le bréviaire ait été déposé pendant un certain temps
dans un couvent, tel que ceux des Cisterciennes de Mau-
buisson ou des Dominicaines de Poissi, dans lesquels la
famille royale allait souvent faire ses dévotions.
Fol. 551 . Second supplément, ajouté après coup et con-
tenant les offices du Saint-Sacrement, de sainte Anne et de
saint Louis.
Fol. 564. Rubriques relatives à l'ordre des offices pen-
dant l'Avent, puis des Commémorations propres à l'église
de Paris et enfin l'office de la Conception de Notre-Dame.
Ce volume a été l'objet d'un article dans ma Notice de
1. « Pro uno breviario facto pro rege, 107 1. 10 s. Honoratus illuminator, pro
libris régis illuminandis, 20 1. » Compte de la Toussaint 1296, publié par
Julien Havet dans la Bibl. de l'École des Charles, t. XLV, p. 252 et 253,
art. 203 et 215.
2. Fol. 549 : « Summe sacerdos et vere pontifex... Pro nobis miseris pecca-
« tricibus... Nos miseras et indignas...» — En marge sont écrites des variantes
convenant à la récitation de la prière par une femme seule : « Pro me misera
« peccatrice... Me miseram et indignam... »
182 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
douze livres royaux, p. 57-63. On y trouvera des détails sur
le goût de Philippe le Bel pour les livres liturgiques.
XX et XXI.
Bréviaire dominicain connu sous le nom de Bré-
viaire de Belle ville.
Bibliothèque nationale, mss. latins 10483 et 1 0484.
Très beau manuscrit de la première moitié du xive siècle,
orné de remarquables miniatures, qui dut entrer dans la
maison royale à la suite de la confiscation des biens d'Oli-
vier de Glisson et de sa femme, Jeanne de Belleville1,
en 1343.
Ces deux volumes, copiés sur du vélin très fin, sont
ainsi décrits dans l'inventaire du mobilier de Charles V
dressé en 13802 :
TJng très beau bréviaire, très parfait, bien escript, très noblement
enluminé et très richement ystorié, lequel est en deux volumes, et
est à Fusaige des Frères Prescheurs, et est appelle le Bréviaire de
Belleville3, et se commence le second fueillet du premier volume :
Et scitote, et du second volume juslicie. Et en sont les Cueillez par
dehors ystoriez à y mage. Et sont les fermoners d'argent doré
esmaillez des armes de Belleville. Et sont en deux estuiz de cuir
bouiîly ferrez.
Des notes calligraphiées par Jean Flamel, à la fin du pre-
mier volume et au commencement du second, nous
1. De la même confiscation vint aussi un second manuscrit dont le sort n'est
pas connu : « Un très bel messel, bien escript et bien richement enluminé,
a aux armes de Belleville, et est à l'usage de Saint-Dominique, et est nommé
le Messel de Belleville. » Inventaire du mobilier de Charles V, en 1380,
art. 3300.
2. Éd. Labarte, p. 338, art. 3294.
3. Le nom de Belleville désignait bien le personnage qui est généralement
connu sous le nom d'Olivier de Clisson. Gaignières nous a conservé une charte
de l'abbaye de Frontevrault qui mentionne en 1341 o Olivier, seigneur de Cli-
« çon et de Belleville, chevalier, et Johanne, dame de Belleville, sa femme ».
Ms. latin 5480, t. I, p. 37.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 183
apprennent comment ce Bréviaire, donné par Charles VI
à son gendre, Richard II, roi d'Angleterre, fut renvoyé
par Henri IV, successeur de Richard II, à Jean, duc de
Berry, lequel le donna à sa nièce, Marie de France, reli-
gieuse au couvent de Poissi.
Les 446 feuillets du tome I contiennent les morceaux
suivants :
1° L'explication de plusieurs des peintures qui décorent
le Bréviaire;
2° Le Calendrier, dont il ne subsiste plus que les mois
de novembre et de décembre ;
3° Le Psautier, incomplet de deux feuillets ;
4° Des avertissements sur la composition du Bréviaire,
sur la récitation des offices et la célébration des fêtes;
5° Le Propre des saints, depuis la Saint-André jusqu'à
la Saint-Barnabe ; il manque au moins un feuillet ;
6° Le Commun;
7° La partie d'hiver du Propre du temps.
Dans le tome H, composé de 430 feuillets, nous avons :
1° Les deux premiers mois du Calendrier;
%° Le Psautier, dont cinq feuillets ont été arrachés ;
3° Le Propre du temps, à partir de la Trinité, au com-
mencement duquel manque le début de l'office de la
Trinité ;
4° Le Propre des saints, à partir de la Translation de
saint Dominique, avec une lacune portant sur l'office de
saint Pierre et de saint Paul ;
5° Le Commun.
Les cinq premières pages du premier volume sont occu-
pées par « l'Exposition des ymages des figures qui sunt u
« Kalendier et u Sautier, et est proprement l'acordance du
« Vieil Testament et du Nouvel ». On verra plus loin
(notice XXXI), dans la notice sur les Heures d'Yolande de
Flandre, en quoi consistent les figures de l'Accordance de
184 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
l'Ancien et du Nouveau Testament. Le texte de l'Explica-
tion a été publié par M. Marcel de Fréville dans les Nou-
velles Archives de l'Art français*, et, d'après l'édition de
M. de Fréville, dans le second volume du Catalogue des
manuscrits de M. Henry Yates Thompson2.
Ce qui donne au Bréviaire de Belleville une valeur
exceptionnelle, c'est le luxe de bon goût avec lequel il a été
exécuté. Après les mutilations qu'il a subies, et sans par-
ler des pages du calendrier, on y compte encore soixante-
seize petites peintures, mesurant environ 50 centimètres de
largeur sur 40 de hauteur. Outre ces tableaux, qui sont
compris dans la justification même des colonnes, on trouve
sur la marge inférieure des pages trente tableaux, dont le
développement n'atteint pas moins de 1 1 0 millimètres en
largeur. C'est à ces tableaux que fait allusion le rédacteur
de l'inventaire de Charles V dans cette phrase : « Et en sont
« les fueillez par dehors (c'est-à-dire en dehors du cadre
« réservé au texte) ystoriez à ymages. »
Les noms de trois artistes qui ont travaillé à la décora-
tion du Bréviaire de Belleville nous ont été révélés par les
restes de notes inscrites au bas de plusieurs pages pour
établir le salaire qui revenait à chacun des coopérateurs.
De ces notes que le couteau du relieur devait faire dispa-
raître quand le volume était achevé, il subsiste encore des
vestiges qui permettent de lire ces noms dans le premier
volume, tout près du bord inférieur de différents feuillets :
Fol. 33. Mahiet. — J. Pucelle a baillé xx et m s. vi d.
Fol. 62. Ancelot, pro i p[ecia].
Fol. 268 et 300. J. Chevrier, pro i p[ecia].
Mahiet, J. Pucelle et Ancelet sont évidemment les trois
enlumineurs dont les noms ont été tracés à la fin de la Bible
1. Années 1874-1875, p. 145-155.
2. P. 365-368.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 185
n° 1 1 935 du fonds latin de la Bibliothèque nationale, en
caractères si ténus qu'au premier abord on pourrait les
prendre pour de simples fioritures de calligraphie :
Jehan Pucelle, Anciot de Cens, Jaquet Maci : il hont enlumé ce ||
livre ci. Ceste lingne de vermeillon que vous veés fu escrite en l'an
de grâce M. || CCC et XXVII, en un jueudi, derrenier jour d'avril,
veille de mai, v° die1.
Jean Pucelle devait être le chef de l'atelier où furent
exécutées la Bible de 1327 et les Heures de Belleville.
C'est le nom de cet artiste, qui, selon toute apparence, a
servi à dénommer un admirable petit livre d'heures qui est
ainsi désigné dans un des inventaires du duc de Berry 2 :
« Unes petites heures de Nostre Dame nommées les Heures
« de Pucelle... »
M. Marcel Poëte a très heureusement reconnu que Jean
Pucelle figurait, à une date comprise entre 1319 et 1324,
dans un compte de la confrérie de Saint-Jacques-aux-Pèle-
rins de Paris, comme auteur du sceau de cette confrérie.
J'ai décrit le Bréviaire de Belleville avec un peu plus de
développements dans ma Notice sur douze livres royaux,
p. 81-88. On y trouvera, planches XV-XVII, la reproduc-
tion en phototypie de trois pages du manuscrit. Une qua-
trième page a été reproduite dans le premier des fasci-
cules offerts en 1899 au Roxburghe Club par M. Henry
Yates Thompson sous le titre de : The book of Hours of
Joan II, queen of Navarre, p. 6.
XXII.
Bréviaire franciscain de Jeanne d'Évreux.
1. La page qui contient cette note est reproduite en phototypie dans ma
Notice de douze livres royaux, pi. XIV.
2. Éd. de M. Guiffrey, t. I, p. 223, art. 850. — Je crois que cet article d'in-
ventaire s'applique à un petit livre d'heures possédé par Mme la baronne
Adolphe de Rothschild. Voir ma Notice de douze livres royaux, p. 67-75.
186 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Musée Condé à Chantilly.
Petit volume qui fut copié et enluminé avec grand soin
pour la reine Jeanne d'Évreux, femme du roi Charles le
Bel, morte en 1371.
Il ne subsiste plus que le second volume de ce bréviaire,
qui, après la mort de la reine, devint la propriété de
Charles V, et qui est ainsi décrit dans l'Inventaire du mobi-
lier royal en 1 380 * :
Item un autre plus petit Bréviaire, en deux volumes et deux
estuiz brodez, enluminez d'or et ystoriez de blanc et de noir, très
bien escrips. Et se commence le second fueillet du premier volume
qui habitat, et du second sum rex. Et sont les fueillez ystoriez. Et
sont couvers de perles lozangées, de perles blanches et yndes.
Et sont les fermouers du premier volume d'or à deux ymages, et
du second d'or armoyez de France, l'un et l'autre d'Evreux. Et a
ou premier volume une pippe d'or, où a ung saphir et ung ballay
aux deux boutz, et une perle ou mylieu. Et sont en deux estuyz
de broderie.
Ce second volume consiste en 462 feuillets de parche-
min très mince. Il contient le calendrier (fol. 1), le psau-
tier (fol. 7), le propre du temps à partir de Pâques
(fol. 100), le propre des saints à partir de l'Annonciation
(fol. 215) et le commun (fol. 429).
L'écriture est d'une parfaite régularité; le copiste a judi-
cieusement employé deux types de grosseur différente :
le plus gros pour les psaumes, les hymnes, les oraisons,
les capitules et les leçons; le plus petit pour les versets,
les répons, les antiennes et les diverses indications litur-
giques.
Dans la plupart des initiales de paragraphes on trouve,
alternativement répétées, les armes de France, à fleurs de
lis sans nombre, celles de Navarre et celles d'Évreux ; il y
a environ 1 ,330 lettres ainsi décorées. De plus grandes ini-
1. Éd. Labarte, p. 338, n° 3295.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 187
tiales, au nombre de 50, sont ornées de figures plus ou
moins grotesques. De la plupart des initiales partent des
rinceaux qui courent tout le long des marges latérales et
dans l'espace réservé au milieu des pages entre les deux
colonnes d'écriture ; ces rinceaux sont tous exécutés avec
un goût exquis et une irréprochable sobriété.
Le plus bel ornement du Bréviaire consiste en 1 1 4 petits
tableaux, qui ont généralement 34 millimètres de haut sur
23 de large. La plupart de ces tableaux sont peints en gri-
saille sur des fonds d'or et de couleurs, beaucoup se font
remarquer par l'expression des figures, la grâce des atti-
tudes et la disposition des groupes.
Une étude plus développée a été consacrée à ce beau
volume dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XXXI,
1 re partie, p. 1 6 et suiv. Voir aussi le Catalogue des manus-
crits du Musée Gondé, t. I, p. 48. Il y a une héliogravure
de deux pages du bréviaire dans le Catalogue et dans ma
Notice de douze livres royaux (pi.. XIX-XX).
Avant d'être acquis par le duc d'Aumale, le Bréviaire de
Jeanne d'Évreux appartenait à mon ami Louis Blancard,
correspondant de l'Institut, à Marseille.
XXIII.
Le très beau Bréviaire de Charles V.
Bibliothèque nationale, ms. latin 1 052!.
Ce manuscrit correspond à l'article suivant de Y Inven-
taire du mobilier de Charles V, dressé en 1 380 * :
Item ung autre grant Bréviaire entier, très noblement escript et
très noblement enlumyné et ystorié, et est le Psaultier ou mylieu du
Bréviaire. Et se commence la seconde page cognovit bos. Et sont les
fermouers d'or, et est en l'un ung roi, et en l'autre ung ymage
1. Éd. Labarte, p. 336, art. 3281.
188 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
à genoulx. Et est la pipe ouvrée à une orbe voye. Et en est le brief
en françoys.
Charles VI fit cadeau de ce beau livre à son oncle Louis,
duc d'Orléans; la veuve de ce prince, Valentine de Milan,
l'offrit à son beau-frère le duc de Berry. Les exécuteurs
testamentaires voulurent le céder pour une somme de
160 livres parisis au duc de Touraine, depuis le roi
Charles VII, qui le garda sans bourse délier. C'est ce que
nous apprennent deux des inventaires du duc de Berry :
Item un très bel Brevière, escript de bonne lettre de fourme, à
l'usaige de Paris, qui fu du Roy, bien historié et enluminé; et au
commancement du second fueillet après la fin du kalendrier a
escript cognovit bos. Couvert d'un drap de soye ouvré, et par-des-
sus une chemise de drap de damas noir doublé d'un tercelin ver-
meil; fermant à deux fermouers d'or en façon de chasteaulx; et n'y
a point de pipe. Lequel Brevière Monseigneur a eu de feue Madame
d'Orléans, et avoit esté de feu Monseigneur d'Orléans, son mary, à
qui mondit seigneur l'avoit donné1.
A Monseigneur le duc de Touraine, à présent daulphin de Vien-
nois, un très bel Bréviaire, etc., prisé ou dit inventaire la somme
de huit vins livres parisis; lequel Bréviaire, par l'ordonnance de
mes diz seigneurs les exécuteurs et commis à la dicte execucion [de
monseigneur le duc de Berry], fut envoie par maistre Pierre Fran-
chomme, chantre de l'esglise de Paris, au dit Monseigneur le daul-
phin, pour icellui veoir et retenir en paiant la dicte somme de
vm" livres parisis, ou telle autre somme d'argent, à la dicte execu-
cion, comme bon lui sembleroit, affin qu'il eust le fait d'icelle
envers le roy nostre dit seigneur, son père, et autrement, recom-
mandé, lequel mon dit seigneur de Touraine, après ce qu'il ot
longuement veu et advisé le dit Bréviaire, retint icellui par devers
lui, et dont il n'a aucune chose paie ne entencion de paier à la dite
execucion, si comme par les lettres de mes diz seigneurs les exécu-
teurs et commis dessus diz sur ce faictes et données le xxme jour
de novembre M CCCC XVI, avecques recongnoissance et certiffica-
cion de ce du dit monseigneur le daulphin, faicte le xxvme jour
d'aoust mil CCCC et dix-sept, tout cy rendu, peut apparoir...2.
1. Inventaires de Jean, duc de Berry, éd. Guiffrey, p. 258, n° 971.
2. lbid., p. 298.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 189
Quand on a sous les yeux le ms. 1 052, on comprend que
le Dauphin ait éprouvé le désir de s'approprier un aussi
beau livre. Le parchemin en est d'une finesse exquise;
l'écriture, disposée sur deux colonnes, ne laisse rien à
désirer, soit pour l'élégance, soit pour la netteté et la régu-
larité. C'est à bon escient que les clercs du xiv° siècle le
déclaraient très noblement historié et enluminé1. Sans par-
ler des miniatures du calendrier, qui représentent les occu-
pations de chaque mois et les signes du zodiaque, on y
compte 59 tableaux de 50 millimètres de hauteur sur 45 de
largeur et 1 30 tableaux de moindres dimensions, environ
30 millimètres sur 24. De plus, la marge inférieure de plu-
sieurs pages du Psautier renferme huit délicieuses pein-
tures absolument semblables à celles qui ornent les pas-
sages correspondants du Psautier dans chacun des deux
volumes du Bréviaire de Belleville ; elles représentent l'op-
position des vices et des vertus et le Jugement dernier.
Pour plus de détails, je dois renvoyer à ma Notice sur
douze livres royaux (p. 89-93), où se trouve (pi. XVIII)
reproduite la page sur laquelle est représenté le Jugement
dernier.
Le bréviaire n° 1052 est à coup sûr l'un des plus beaux
livres parisiens du milieu du xive siècle. Beaucoup des
207 « images enluminées » dont il est orné doivent être
classées parmi les chefs-d'œuvre sortis à cette époque des
ateliers parisiens. Il est aussi très curieux à étudier pour
l'histoire de la liturgie de l'église de Paris. Il abonde en
renseignements utiles pour l'iconographie hagiographique.
Je n'en citerai qu'un exemple.
Au fol. 529 v°, en tête de l'office de saint Denis, se lit
cette rubrique : « A la procession que l'en fait à Saint-
1. Inventaire de l'année 1416. Ms. de la bibliothèque Sainte-Geneviève,
art. 512, éd. Guiffrey, t. II, p. 298.
190 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
« Denis du Pas, on chante cest R. 0. Constancia... » Au-des-
sous est une miniature qui représente saint Denis dans sa
prison recevant la communion des mains du Seigneur
accompagné d'un petit ange qui sert d'enfant de chœur.
Les artistes se sont bien rarement inspirés de cette
légende, comme l'a remarqué le Père Cahier1, qui cite à
ce propos deux strophes d'une prose d'Adam de Saint-
Victor :
Seniore célébrante
Missam, turba circumstante.
Christus adest, comitante
Celesti rnilitia.
Specu clausum carcerali
Consolatur, et vitali
Pane cibat, immortali
Coronandum gloria.
Pour plus de détails, je me permets de renvoyer à ma
Notice sur douze livres royaux (p. 89-93), où se trouve
(pi. XVIII) reproduite la page sur laquelle est représenté le
Jugement dernier.
XXIV.
Bréviaire a l'usage de Paris.
Bibliothèque nationale, ms. latin 13233.
Volume de petit format (0ml35 sur 0m085). 691 feuil-
lets de parchemin d'une extrême finesse. Écriture très
soignée, disposée sur deux colonnes, pouvant dater du
milieu du xive siècle.
Ce Bréviaire a dû être à l'usage de la maison du roi; il
1. Caractéristiques des saints, p. 54. — La même scène est représentée dans
le beau livre d'heures du château de Windsor, connu sous la dénomination de
Heures de Sobieski, et qui paraît bien avoir été fait vers 1425 pour Marguerite
de Bourgogne, femme d'Arthur de Bretagne, comte de Richemont. La page qui
contient cette peinture a été reproduite dans le recueil de la New Palxogra-
phical Society, pi. XCVI.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 191
me paraît répondre à l'article suivant de l'inventaire d'ob-
jets divers trouvés en 1 380 dans la grand chambre du roi
à Vincennes :
Ung petit Bréviaire, très bel et très noblement escript, sans note,
à l'usaige de Paris, dont le bref est en françoys. A deux fermouers
d'or, à deux boutons de perles. Et est la pippe d'une grosse perle
ou mylieu, ung saphir et ung ballay ou mylieu, couvert d'un camo-
cas de plusieurs sortes. Et se coramance le second fueillet gitacio-
nibus suis* .
Le ms. 132133 répond bien à cette description; c'est
bien un petit bréviaire à l'usage de Paris, dans lequel le
deuxième feuillet après le calendrier comrnence par gita-
cionibus suis; il n'est point noté. Les miniatures y sont en
assez petit nombre et d'une assez petite taille pour que le
rédacteur de l'inventaire n'en ait pas tenu compte ; mais il
a pu dire sans exagération que le livre est très beau et
noblement écrit. A la vérité, le bref copié au fol. 71 est
en latin; mais beaucoup de rubriques, qui sont l'équiva-
lent d'un bref, sont en français.
L'ensemble de l'exécution matérielle rappelle à certains
égards la partie du Bréviaire de Jeanne d'Évreux, dont il a
été question dans l'article précédent.
Voici dans quel ordre se succèdent les différentes pièces
du Bréviaire :
Fol. 1-6. Calendrier parisien.
Fol. 7-69. Psautier, à la fin duquel sont des litanies renfermant
des invocations à beaucoup de saints particulièrement honorés à
Paris.
Fol. 71-88. « Sequitur brève... pro tempore adventus Domini, ubi
primo sciendum est, et secundum dicte ecclesie Parisiensis obser-
vandum... »
Fol. 89-300. Propre du temps. Premiers mots : « Le premier
samedi de l'Avent aus vespres... »
Fol. 301-554. Propre des saints. Premiers mots : « Il est à savoir
1. Art. 127 de mon édition des Inventaires de la librairie de Charles V.
192 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
que en toutes les festes qui sont dedens l'Avent, l'en fait mémoire
de l'Avent par les antenes au jour appartenans... »
Fol. 555-572. Commun.
Fol. 573-635. Supplément au Propre des saints. Premiers mots :
« In festo concepcionis béate Marie virginis débet fîeri sicut in nati-
vitate ejusdem... »
Fol. 637-659. Second supplément, contenant les offices de saint
François (fol. 637), de saint Dominique (fol. 642 v°), des saintes
reliques (fol. 645), de la translation de la sainte Couronne (fol. 650),
de sainte Élizabeth (fol. 653 v°), de saint Eutrope (fol. 655).
Fol. 661-671. « Ci commence l'office du corps Nostre Seigneur. »
Fol. 673. « Ci commence les Heures monseigneur saint Loys, roy
de France. »
Fol. 679. « Ci commencent les Heures de monseigneur saint
Loys, evesque de Marceille , confesseur, de l'ordre des Frères
Meneurs. »
Fol. 685 v°. « De la Crois. »
Fol. 687 v°. « De Saint Esperit. »
Dans le supplément on remarque, au fol. 585 v°, des
règles arrêtées par le chapitre de Paris pour la célébration
des fêtes du temps pascal en 13219, année dans laquelle
Pâques tomba le jour de saint Georges, c'est-à-dire le
23 avril : « Anno Domini M0 CGC0 XXIX0, accidit Pascha in
« festo sancti Georgii, et fuit ordinatum in capitulo Pari-
« siensi de festis celebrandis modo qui sequitur... »
La copie du Bréviaire est un peu postérieure à la date de
cette décision.
XXV.
Bréviaire franciscain.
Bibliothèque du Vatican, n° 603 du fonds d'Urbin.
A côté du Bréviaire n° 1 052 du fonds latin de la Biblio-
thèque nationale, je dois citer deux autres bréviaires qui
sont bien du temps de Charles V et qui paraissent avoir
été faits, sinon pour le roi, au moins pour la maison du
roi. Tous deux présentent les caractères de manuscrits
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 193
sortis des mêmes ateliers que des livres reconnus, d'après
des documents authentiques, avoir appartenu à Charles V.
Le premier, que je connais seulement par une notice,
encore inédite, de monseigneur Stornaiolo et par une pho-
tographie due à l'obligeance de monseigneur Stanislas
Le Grelle, est conservé au Vatican, sous le n° 603 du fonds
d'Urbin, est un bréviaire romain suivant l'usage des Fran-
ciscains : « Ordo breviarii Fratrum Minorum secundum
« consuetudinem Romane curie. »
L'écriture et l'çnluminure dénotent bien l'époque du roi
Charles V.
L'emploi du français pour les rubriques permet de
croire que le livre a été fait pour servir soit dans l'église
d'une communauté de femmes, soit dans un oratoire prin-
cier ou seigneurial : « L'en doit savoir que, quant feste
« d'apostre ou d'evangeliste... — Et en ceste nuit met on
« le livre des Rois... Li offices de la nouvelle sollempnité
« du cors Notre Seigneur... »
Le livre devait être destiné à un établissement parisien :
on y trouve mentionnée la translation du chef de saint Louis.
La beauté de l'écriture, la richesse de l'exécution et le
nombre des peintures (il n'y en a pas moins de 92, sans
compter les grotesques et les sujets de fantaisie qui sont
sur les marges), tout concourt à autoriser l'attribution
du livre à un personnage ou à un établissement de premier
ordre. Ce n'est pas tout. L'initiale du fol. %k v° nous offre un
écusson parti de France et d'Aragon. De plus, le calendrier
contient deux notes relatives à la croisade de saint Louis,
comme on en rencontre dans des livres destinés à la Sainte-
Chapelle et au couvent de Poissi, églises fréquentées par
les membres de la famille royale : « Nonis [junii]. Hic arri-
« puit rex Ludovicus eundi trans mare anno M CC XLVIII.
« — vu idus. Hic M GC XLIX, die dominica per dictum
« regem capta fuit Damieta. »
13
194 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Voilà pourquoi j'ai cru pouvoir citer ce psautier à côté
de l'incomparable bréviaire, le n° 1052 de la Biblio-
thèque nationale, qui a incontestablement été à l'usage de
Charles V.
XXVI.
Bréviaire dont il ne subsiste plus que les pein-
tures.
Bibliothèque nationale, ms. latin 887 des Nouvelles
acquisitions.
Le second manuscrit que j'ai cru devoir rapprocher du
très beau bréviaire de Charles V n'est représenté que par
la découpure de 64 petites miniatures et d'un grand
nombre d'initiales historiées ou de bordures de pages, le
tout monté sur des cartons ou feuillets de bristol, au
nombre de 76, formant un charmant album haut de
1 80 millimètres et large de 125. Cet album a fait partie de
la bibliothèque de M. Albert de Naurois. 11 est aujourd'hui
à la Bibliothèque nationale, par suite d'un don généreux
de la veuve de ce bibliophile aussi sagace que libéral.
11 ne reste du texte que les lignes tracées au verso des
petits carrés qu'une main barbare a découpées pour iso-
ler les miniatures. C'est à l'aide de ces lignes que j'ai pu
m' assurer que le livre ainsi sacrifié était un bréviaire, dont
les rubriques étaient en français. Il était écrit à deux
colonnes, d'environ 40 millimètres de longueur. Le manus-
crit devait être incomplet quand il a subi une si déplorable
mutilation. Aucun des fragments conservés ne paraît avoir
appartenu à un calendrier.
Comme exemples du texte, je citerai ce que j'ai pu déchif-
frer au revers des miniatures qui sont fixées sur les car-
tons XXIV, XXV, XXXI, XLVIII et L.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 195
XXIV. Au revers d'une image représentant saint Louis
debout, tenant le sceptre et la main de justice :
Vigille, la mie leçon.
Post raodum eciam
per totum adventum
et quadragesimam, certis
quoque diebus qualibet
septimana, in festis so-
lempnibus et eorum vi-
giliis, precipue quando-
cunque communicare
XXV. Au revers d'une image de saint Louis tenant la
sainte Couronne dans ses mains :
cujus
immensa bonitas oculis
consuete misericordie sce-
lera nostra respiciens, hujus
mundi et vite nostre ves-
peram celestis gracie ful-
gore perfudit terram no-
stram incomparabili the-
sauro dicavit, genti
XXXI. Au revers d'une image de saint Denis debout
entre deux anges, tenant sa tête dans ses mains :
paulatim sociabat Deo quos
dyabolo subtrahebat. P. Domi-
ne dominasti. Tantas (A.)
per illum Dominus dignabatur
excercere virtutes ac rebellium
corda non minus miraculis
quam predicationibus obtine-
ret. P. Domine quis habi. V.
Exultent justi in conspectu
Dei. La un leçon.
XLVIII. Au revers d'une image représentant une châsse
en forme d'église, portée par quatre religieux :
l'autre feste du
196 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
premiers respons de matines qui
sont teles. Le pi*emier respons après
la première leçon : Locutus (R.)
est ad me unus ex septem angelis
dicens : Veni, ostendam tibi no-
vam in vitam sponsam agni
et vidi Jherusalem descendentem
de celo ornatam monilibus suis
L. Au revers d'une image sur laquelle sont figurés deux
clercs portant une châsse en forme d'église :
Inter preclara igitur mu-
nera primo delata est co
roiia spinea quo quon-
dam sacrilegorum ma-
nibus capiti Salvatoris
in signum illusionis
imposita, cujus duplex
beneficium ex ea nobis
Les miniatures conservées sont au nombre de 64; les
dimensions en sont fort exiguës ; c'est à peine si le champ
sur lequel on a peint chacune d'elles occupe un carré de
40 millimètres ; la plupart sont cernées de bordures trico-
lores. L'exécution en est exquise. Ce sont de petits chefs-
d'œuvre; toutes se font remarquer par l'harmonie et la
douceur des tons. Plusieurs sont traitées en grisaille. La
plupart sont enfermées dans des cadres quadrilobés à
bordure tricolore. L'agencement rappelle tout à fait celui
des médaillons quadrilobés du portail des Libraires à la
cathédrale de Rouen i .
Dans les encadrements ainsi formés, on ne compte pas
moins de 317 initiales historiées, la plupart occupant à
peine un centimètre carré. Il y en a % 1 1 qui renferment
dans leurs panses ou à leurs côtés de charmantes petites
1. Voir le travail de M"e Louise Pillion dans la Revue archéologique,
4e série, t. VI, p. 71-96 et 385-417, pi. VIII-X et XX-XXIII.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 197
têtes, d'une étonnante variété, la plupart très correctement
dessinées, beaucoup avec des physionomies très expres-
sives.
Sur les douze derniers cartons de l'album, cotés LXV-
LXXVI, ont été très adroitement fixés et ajustés 383 petits
morceaux de parchemins provenant les uns des ornements
des marges, les autres du commencement des paragraphes
du manuscrit.
Sur ces 383 morceaux, on ne compte pas moins de
66 fragments ayant fait partie des encadrements ou des
marges inférieures de différents feuillets.
Les encadrements sont assez uniformes, peu compliqués
et du meilleur goût, avec fort peu d'oiseaux.
Les sujets traités sur les marges inférieures des pages
sont généralement des grotesques plus bizarres les uns que
les autres, tous parfaitement dessinés. Ce sont le plus sou-
vent des animaux fantastiques à têtes humaines. Sur les car-
tons LXVI et LXXI, étranges musiciens. Sur le carton LXVII,
acrobate faisant la culbute, les pieds en l'air, appuyé à
terre sur les coudes, tenant un verre d'eau sur ses mains,
la tête entre les bras. Au même endroit, un homme volant
dans les airs. Sur le carton LXXIII, une sirène très élé-
gante. Sur le carton LXVIII, un magnifique brochet sorti
de l'eau. Ailleurs des lièvres ou des lapins.
XXVII-XXVIII.
Bréviaire de la Sainte-Chapelle.
Bibliothèque royale de Belgique, n° 516.
Je rattache à la série de manuscrits dont je m'occupe ici
un magnifique bréviaire de la Sainte-Chapelle, sorti des ate-
liers parisiens, dont les enlumineurs travaillaient pour les
princes de la maison royale au commencement du xve siècle.
C'est le manuscrit de la Bibliothèque royale de Belgique,
198 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
n° 516, consistant en deux volumes jadis cotés 95 11 et
9026.
Dans le calendrier de chacun des volumes on remarque
les articles suivants :
Au 8 février : Obitus Roberti, comitis Atrebatensis.
26 avril : Dedicatio Sancte capelle Parisiensis.
15 juillet : Obitus Philippi, régis Francorum (Philippe-
Auguste).
11 août : Sollempnitas sancte Corone.
8 novembre : Obitus Ludovici, régis Francorum (Louis VIII).
26 novembre : Genovefe virginis de miraculo.
27 novembre : Obitus Blanche, regine Francorum (Blanche de
Castille).
4 décembre : Parisius susceptio Reliquiarum.
Les notes nécrologiques semblent prouver que le calen-
drier a été copié sur un exemplaire du xme siècle affecté au
service d'une église où était particulièrement honorée la
famille du roi Louis VIII. Cet exemplaire avait peut-être été
fait par les soins de saint Louis pour assurer à ses parents
et à son frère le comte d'Artois une part privilégiée dans
les prières du clergé de la Sainte-Chapelle. La copie en
deux volumes que possède la bibliothèque de Belgique a
été faite avec luxe pour Philippe le Bon, duc de Bourgogne.
Les peintures en sont exquises, on y remarque des archi-
tectures à teintes claires qui rappellent les miniatures des
apôtres exécutées par André Beauneveu dans le psautier du
duc de Berry. Le duc de Bourgogne y est représenté deux
fois : dans la partie d'hiver (fol. 308), agenouillé devant
saint André; et, dans la partie d'été (fol. 258), en adora-
tion, avec sa femme, devant le Saint-Sacrement.
XXIX.
Heures de l'église de Sainte-Osithe.
Volume en parchemin, de 229 feuillets, hauts de
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 199
240 millimètres et larges de 170. Généralement 16 lignes à
la page. Très grosse écriture d'une parfaite régularité, pré-
sentant assez constamment des particularités qu'il est bon
de noter.
La diphtongue M, au commencement des mots (JEd-
munde, JEduuarde), est formée par un A et un E conjoints,
ce qui me paraît être resté au xive siècle un caractère
propre à l'écriture anglaise.
Les traits verticaux des petites lettres a, i, m, etc., se
terminent brusquement à la partie inférieure sans avoir
reçu le moindre délié et sans s'être infléchis du côté
droit.
Le sommet des hastes des b, d, h, l est très légèrement
fourchu.
Les e redoublés (Matthéé, Bartholoméé) sont accentués.
Les i seuls ou redoublés sont assez souvent surmontés
d'accents très légèrement tracés.
La capitale M est souvent employée au commencement et
dans le corps des mots concurremment avec la minuscule m,
sans que la capitale dépasse en hauteur les petites lettres a,
c, i, m.
Les n sont toujours parfaitement distingués des u : les
traits supérieurs des u sont nettement séparés, tandis qu'un
délié unit les traits inférieurs.
Les r affectent tantôt la forme ordinaire de la minuscule
ordinaire, tantôt celle qui ressemble au 2 ou au z. Parfois,
dans le corps des mots, la majuscule M ne dépasse pas la
hauteur des minuscules. On voit souvent les lettres AR
réunies en monogramme, le second trait de l'A formant en
même temps le premier trait de l'R.
Les s à la fin des mots ne dépassent pas le niveau des
petites lettres dépourvues de hastes ; au commencement ils
ont de grandes hastes montantes.
La tête des t ne dépasse pas ordinairement la hauteur
200 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
des petites lettres dépourvues de hastes ; mais souvent ils
dépassent plus ou moins le niveau quand ils font suite à
la lettre c.
Les y sont munis d'un gros point en forme de losange ;
semblable point, soit seul, soit surmonté d'un autre point
se terminant en haut par une sorte de crochet, sert pour
la ponctuation.
Il faut distinguer dans le livre douze morceaux bien
tranchés :
I (fol. 1-8). Cahier ajouté au xve siècle contenant de
courtes prières latines précédées d'une introduction en
anglais.
II (fol. 9 v°-15). Calendrier écrit en caractères un peu
plus fins que le corps du manuscrit et à une époque pro-
bablement postérieure. Il n'y a pas les M anglais qui seront
signalés plus haut (p. 199) et un peu plus loin (p. 206)
dans les litanies des saints.
III (fol. 16-20). Cinq feuillets sur lesquels sont peintes
les images de quelques saints ou saintes, savoir :
1° Quatre pages, sur chacune desquelles sont représentés quatre
saints sous des arcades trilobées, avec les noms des sujets écrits en
blanc au-dessus, de l'arcade :
Fol. 16 v°. Saint Pierre. — Saint Pol. — Saint Jehan Baptiste.
— Saint Jehan l'evangeliste.
Fol. 17. Saint Thomas le martir. — Saint Edmont de Pontegni.
— Saint Nicholas. — Saint Jake.
Fol. 18 v°. Saint Edmont le roi. — Saint Lorens. — Saint Domi-
nique. — Saint François.
Fol. 19. La Magdalaine. — Sainte Anne. — Sainte Marguerite.
— Sainte Katerine.
2° (fol. 20). Page divisée en deux compartiments, dont chacun
est rempli par l'image en pied d'une sainte : « Sainte Clare. —
Sainte Ussie. »
J'aurai à revenir sur le nom d'Ussie, qui nous aidera à
découvrir l'origine du manuscrit.
IV (fol. 22). Heures de Notre-Dame.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 201
Les Heures de Notre-Dame comprennent : les matines,
les laudes (fol. 40), prime (fol. 58), tierce (fol. 63), sexte
(fol. 67), none (fol. 70), vêpres (fol. 73) et complies
(fol. 79).
V (fol. 47). A la suite des laudes s'intercalent les Suf-
frages, c'est-à-dire des antiennes, versets, et oraisons, se
rattachant à diverses fêtes et au culte rendu à différents
saints : la sainte Vierge, tous les saints, le saint Esprit, la
Trinité, la sainte Croix, les saints anges, Jean-Baptiste,
Pierre, André, les apôtres, Etienne, Laurent, Thomas de
Gantorbéry (fol. 52), Nicolas, Martin, François, les saints
confesseurs, Marie-Madeleine, Marguerite, Catherine, les
bienheureuses vierges.
VI (fol. 83 v°). Heures du saint Esprit.
VII (fol. 1 04). Heures de la Trinité.
VIII (fol. 139). Heures de saint Thomas de Cantorbéry,
intitulées : « Matutinas de sancto Thoma. » Un supplé-
ment à ces heures, copié sur les fol. 154-157, qui ont été
intercalés après coup dans le manuscrit.
IX (fol. 158). Psaumes de la pénitence.
X (fol. 169 v°). Les litanies.
XI (fol. 179 v°). Psaumes : « Ad Dominum cum tribu-
larer clamavi... (GXIX). Levavi oculos meos... » (CXX).
XII (fol. 191). Vigiles des morts.
Outre les peintures ci-dessus signalées sur les fol. 1 6-20,
et outre d'assez nombreuses initiales richement historiées,
le manuscrit renferme quatorze feuillets peints, savoir :
Fol. 22. La Mort de la sainte Vierge. (En tête des Heures de
Notre-Dame.)
Fol. 39 v°. Noël. « Gloria in excelsis ». — La trahison de Judas.
Jésus devant Caïphe. (Dans les Heures de Notre-Dame, avant Laudes.)
Fol. 57 v°. Cinq scènes de la Passion. [Ibid., avant prime.)
Fol. 62 v°. La Flagellation, etc., — et la Descente du Saint Esprit
sur les apôtres. [Ibid., avant tierce.)
202 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Fol. 66 v°. L'Annonciation, — la Visitation, — la marche et l'arri-
vée au Calvaire. [Ibid., avant sexte.)
Fol. 69 v°. Le Calvaire — et l'Ascension. [Ibid., avant none.)
Fol. 72 v°. La Descente de Croix — et la Cène. [Ibid., avant vêpres.)
Fol. 78 v°. L'Ensevelissement de Jésus, — les saintes femmes au
tombeau, — Jésus en prières dans le jardin des Oliviers. [Ibid.,
avant complies.)
Fol. 83 v°. Image de la Trinité. (Avant les Heures du Saint
Esprit.)
Fol. 104. La Résurrection des morts. (Avant les Heures de la
Trinité.)
Fol. 139 v°. Le Martyre de saint Thomas de Cantorbéry. (Avant les
Heures de saint Thomas.)
Fol. 158. La Présentation de Jésus au vieillard Siméon. (Avant
les psaumes de la Pénitence.)
Fol. 179 v°. La Prière d'une femme montant des degrés et
s'adressant au Tout-Puissant, qui apparoît dans un nuage : « Ad
Dominum cum tribularer clamavi. »
Fol. 191. Cérémonie de l'enterrement.
C'est en somme dix-neuf pages peintes qui contiennent
près de 50 sujets traités avec habileté et qui doivent
prendre place parmi les bonnes œuvres d'art de la pre-
mière moitié du xive siècle.
On voit la composition et l'importance du manuscrit de
Nuremberg. Il faut essayer d'en déterminer l'origine. Les
caractères de l'écriture permettent d'y reconnaître une
œuvre anglaise de la première moitié du xive siècle. L'exa-
men du texte contenu dans le volume conduit encore plus
sûrement au même résultat. Si la façon dont sont écrits
les noms JElfege, JEdmunde, JEàuaràe, dans les litanies,
dénote une main anglaise, il suffit de parcourir le livre
pour être convaincu qu'il a été fait pour servir dans une
église anglaise.
On n'a qu'à parcourir le calendrier pour constater dans
quelle immense proportion y dominent des noms anglais
qu'on ne rencontre point dans les calendriers français :
Jan. 5. Octave sancti [Thome] martiris.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 203
Marcii 18. S. Edwardi régis et martiris.
— 20. S. Cuthberti episcopi et conf.
Aprilis 19. S. Elphegi episcopi et mart.
— 24. S. Wilfridi episcopi.
Maii 19. S. Dunstanni episcopi.
— 26. S. Augusti (sic), Anglorum episcopi.
Junii 20. Translatio s. Edwardi régis, et mart.
— 22. S. Albani prothomartiris Anglorum.
— 23. Sancte Ethelrede virginis.
Julii 7. Translatio sancte [Thome] martiris.
— 8. Translatio sancte Withburge virginis.
— 15. Translatio s. Swithuni sociorumque ejus.
— 17. S. Renelmi martiris.
Aug. 5. S. Oswaldi régis et martiris.
Sept. 4. Translatio s. Chutberti episcopi et conf.
Oct. 12. S. Wilfridi episcopi et conf.
Nov. 20. S. Eadmundi régis et mart.
Dec. 29. S. [Thome] martyris.
On peut faire la même observation quand on relève
dans les litanies des saints les invocations suivantes :
JEUege, Edmunde [martyr], Albane, Oswalde, Dunstane, Ricarde,
Cuthberte, Swithune, Cuthlace, ^Edmunde [confessor1], Mildritha,
Andréa, Sexburga, Edeldritha, Ositha, Adelburga.
La place d'honneur qu'occupe saint Thomas de Cantor-
béry n'est pas moins significative : il est invoqué dans les
litanies au second rang des martyrs (fol. 170), immédiate-
ment après saint Etienne, et il n'a pas trouvé place seule-
ment dans la série des suffrages (fol. 52!), ilest le seul saint
dont l'office soit entré dans le livre, à côté des heures de
Notre-Dame, du saint Esprit et de la Trinité ; il n'y occupe
pas moins de 38 pages, y compris un supplément ajouté
après coup. Deux miniatures y sont consacrées à repré-
senter saint Thomas, l'une dans la série des tableaux qui
1. Les deux Edmond figurent dans la série des saints dont l'image est
peinte à la suite du calendrier : Saint Edmont de Pontegni, saint Edmont
le roi.
204 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
suivent le calendrier (saint Thomas debout, avec les orne-
ments pontificaux), l'autre en tête des Matines du saint
pontife (saint Thomas martyrisé au pied de l'autel) .
Mais un nom beaucoup moins célèbre que celui de Tho-
mas Becket doit fixer notre attention d'une façon toute
particulière : celui d'une sainte qui est invoquée à la fin
des litanies : Sancta Ositha, ora pro nobis, et dont l'image
est peinte à côté de celle de sainte Claire, au verso du
fol. 20, avec cette inscription en français : sainte Ussie.
Cette sainte, qui, quoique mariée à un roi d'Essex, resta
vierge et fut massacrée par des pirates, a été particulière-
ment honorée dans le comté d'Essex, à Chich, lieu de sa
première sépulture, où fut fondé un prieuré dont les ruines
sont figurées dans la nouvelle édition du Monasticon angli-
canum^ et qui est appelé ecclesia Sancte Osithe de Chiche
dans une charte de Henri II, et abbatia Sancte Osithe de
Chiche dans une charte de Jean Sans -Terre2. M. Paul
Meyer3a récemment signalé dans la bibliothèque du duc de
Portland à Welbeck une ancienne vie de sainte Osithe en
vers français, dérivant sans doute d'une des vies latines
indiquées par sir Thomas Duffus Hardy4 et par les Bol-
landistes5. M. Montague Rhodes James a bien voulu m'in-
diquer, dans la bibliothèque de lord Toltmache à Helmin-
gham (Suffolk), plusieurs manuscrits du prieuré de Chich,
et dont un, renfermant des traités de saint Augustin, con-
tient cette note : « Liber monasterii Sancte Osithe, virgi-
« nis, martiris et regine, ordinis canonicorum sanctissimi
« doctoris Augustini. » Le même savant connaît une repré-
1. T. VI, part, i, en regard de la p. 308.
2. Ibid., p. 310.
3. Hist. litt. de la France, t. XXXIII, p. 371.
4. Descriptive catalogue of mss. relating to the hislonj of great Britain,
t. XXXIII, p. 371.
5. Bibliotheca hagiogr. latina, t. II, p. 918.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 205
sentation de sainte Osithe sur une verrière de l'église de
Long-Melford (Suffolk).
D'autre part, je dois à l'obligeance de M. Sidney C.
Gockerell de très judicieuses observations sur la place que
sainte Osithe occupe dans les livres de la liturgie de Can-
torbéry, et j'ai cru devoir en insérer ici la traduction :
Il semble probable qu'il y avait une relique d'Ositha à Cantorbéry.
D'après mes notes, c'est un nom caractéristique des livres de Can-
torbéry. On le trouve dans les manuscrits suivants :
Bibl. nat., latin 770. Psautier de Cantorbéry, vers 1220. Dans le
calendrier et les litanies.
Musée britannique. Arundel 155. Autre psautier se rapportant à
Cantorbéry. Calendrier et litanies.
Collège d'Eton 78. Psautier de Cantorbéry du xme siècle. Litanies.
Bibl. nat., Nouv. acq. latin 1670. Psautier que j'attribue à Cantor-
béry. Dans le calendrier seulement.
Collège de la Trinité de Cambridge. Le fameux psautier d'Edwin
de Cantorbéry. Dans le calendrier seulement. Il n'y a point de
litanies.
Musée britannique. Cotton, Tiberius, B m. Prières de Cantorbéry;
rite des Bénédictins, vers 1220. Dans le calendrier.
Il y a une autre série de manuscrits se rattachant à Londres et à
laquelle appartient le ms. latin 10433 de la Bibl. nat. Le nom
se trouve dans le calendrier et pas dans les litanies.
Le nom d'Ositha se rencontre d'ailleurs rarement dans les calen-
driers anglais.
Que devint le livre écrit pour une église d'Angleterre,
destiné à un personnage qui avait probablement des rela-
tions avec l'église de Sainte-Osithe de Ghich? Il ne dut
guère tarder à tomber entre les mains d'un autre proprié-
taire qui avait moins souci de la mémoire de sainte Osithe.
C'est ce qu'on peut induire du silence gardé sur les fêtes de
sainte Osithe. En effet, dans ce calendrier, que j'ai déjà
signalé comme ayant été écrit postérieurement au reste du
volume, on n'y trouve aucune trace de la fête de sainte
Osithe ni de la translation de la même sainte, qui sont
marquées au 7 et au 14 octobre dans le calendrier d'un
206 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
psautier copié au xive siècle pour le prieuré de Sainte-
OsithedeChich1.
Après avoir parlé de saint Thomas de Cantorbéry et de
sainte Osithe, je dois appeler l'attention sur un autre saint
anglais, dont le nom peut servir à fixer l'époque à laquelle
le manuscrit de Nuremberg a été fait. Ce nom est compris
dans la liste des confesseurs auxquels s'adressent les invo-
cations des litanies.
Voici dans quel ordre les saints confesseurs y sont énu-
mérés :
Silvester, Marcialis, Hylari, Ambrosi, Gregori, Jeronime, Augus-
tine, Martine, Xicholae, Francisse, ^Edmunde, Dunstane, Ricarde,
Thoma, Antoni, Dominice, Firmine, Honorate, Bénédicte, Albine,
Eligi, Egidi, Judoce, Medarde, Gildarde, Damasce, Augustine cum
sociis tuis, Odo, Vulgani, Reraigi, Cuthberte, Swithune, Fursee,
Wilfride, Pauline, Romane, Maure, Cuthlace, Columbane, Wandre-
gisile, Leonarde, iEdmunde, Omnes sancti confessores, orate pro
nobis.
Le quatorzième nom de cette liste est celui d'un Thomas,
bien distinct de Thomas Becket mentionné dans ces litanies
au premier rang des martyrs; il s'agit ici de Thomas de
Gantelou, évêque de Hertford, qu'on invoquait en compa-
gnie des archevêques de Cantorbéry saint Dunstan et saint
Edmond, et de saint Richard, évêque de Chichester. Or,
Thomas de Cantelou, évêque de Hertford, mourut en 1282
et fut canonisé en 1320. Le manuscrit de Nuremberg a
donc été écrit après 1320, et très vraisemblablement à
une époque assez rapprochée de cette date. Il dut passer
en France dans la seconde moitié du xive siècle. Témoin
la note tracée sur la dernière page par une main anglaise
et qui est ainsi conçue : Le liver du roy du Fraunce
Charles. Doné à madame la r oigne d'Engleterre. Ce roi
1. Ms. 1935 du fonds Sloane au Musée britannique. J'en dois la connaissance
à M. S. Cockerell.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 207
Charles ne peut guère être que Charles VI. Il n'y a rien
d'étonnant à voir dans le mobilier de Charles VI un livre
d'origine anglaise. Nous savons que, du temps de Charles V
et de Charles VI, la librairie du Louvre renfermait le beau
psautier venu de l'abbaye de Peterborough qui est aujour-
d'hui à la Bibliothèque royale de Belgique.
S'il n'est guère permis de douter que le roi Charles
mentionné dans la note du livre de sainte Osithe est
Charles VI, il est plus difficile de déterminer à quelle reine
d'Angleterre le don en a été fait. J'avais d'abord pensé à
Isabelle de France, fille de Charles VI, que son père fit
épouser à Richard II, roi d'Angleterre, en 1396, alors
qu'elle avait à peine sept ans, et qui rentra en France en
1401, après avoir perdu son mari, assassiné en 1399.
Nous savons que le trousseau de la petite reine renfer-
mait « un livre d'heures couvert de drap d'or, à deux fer-
« moirs dorés, garnis de deux petits balais1 ». Mais il paraît
bien difficile de s'arrêter à cette conjecture quand on a lu
une pièce insérée après coup par une main anglaise dans le
livre de Sainte-Osithe, au fol. 229. C'est une série de con-
seils hygiéniques en distiques latins, dont le deuxième,
ainsi conçu :
Feniculus, vervena, rose, celidonia, ruta :
Ex hiis fit aqua que lumina reddit acuta,
est accompagné, dans la marge, de cette annotation :
Pro clarificatione visus regine. Isabelle n'était plus en An-
gleterre, et, dans tous les cas, n'y était plus considérée
comme reine de ce pays. La reine dont on se préoccu-
pait d'améliorer la vue devait être, ou Jeanne de Navarre,
1. Document des Archives nationales publié par M. Mirot dans les Mémoires
de la Société de l'histoire de Paris, 1903, t. XXIX, p. 139, et cité dans le tra-
vail du même auteur, Isabelle de France, reine d'Angleterre, p. 47.
208 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
qui épousa Henri IV en 1403 et mourut en 1437, ou
bien Catherine de France, mariée en 1 420 à Henri V et
morte en 1438.
Le livre de sainte Osithe resta longtemps en Angleterre,
comme le prouvent les grattages pratiqués dans le calen-
drier du temps de Henri VIII, pour faire disparaître en
différents endroits le titre de pape et le nom de Thomas de
Cantorbéry, comme aussi la façon dont on a cancellé plu-
sieurs passages relatifs à ce prélat (fol. 52 et fol. 157).
L'existence de ce manuscrit à Nuremberg m'avait été
révélée par Y Index de Fr.-Guil. Ghillanii publié en 18461.
Il porte à la bibliothèque de Nuremberg le n° 4 dans le
fonds de Solger et a figuré sous le n° 1606 à l'Exposition
jubilaire de l'année 19062.
J'ai rédigé la présente notice d'après les photographies
qu'a bien voulu me procurer M. le docteur Mummenhoiï,
Archivrat, et je l'ai complétée après avoir étudié le manus-
crit lui-même à Paris, grâce à la puissante intervention
de S. A. le prince Radolin, ambassadeur d'Allemagne en
France.
XXX.
Heures de Savoie, ou Très belles grandes Heures
de Charles V3.
Jadis à la bibliothèque de l'Université de Turin, coté
E. V. 47 (détruit dans l'incendie de janvier 1904).
Ce volume, jadis coté F. I. 54, est incontestablement le
1. Index rarissimorum aliquot librorum manuscriptorum sxculoque XV
typis descriptorum quos habet bibliolheca publica Noribergensis. Noribergœ,
1846, in-4\
2. Katalog der historischen Ausstellung der Stadt Nilrnberg auf der Jubi-
lâums Landesausstelluag. Xiirnberg, 1906, p. 333.
3. Cette notice, à l'exception des passages ajoutés entre crochets [], a été
rédigée à la suite d'une visite faite à la bibliothèque de Turin en 1885.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 209
livre d'Heures mentionné au n° 3066 de l'inventaire du
mobilier de Charles V1.
Item ou dit estude du Roy, [en la tour du boys de Vincennes],
estoient les très belles grans Heures du dit seigneur, très bien
escriptes et très noblement enluminées et historiées. Et au commen-
cement des dites Heures, tantost après le kalendrier, est le Psaul-
lier, les Heures de la Trinité, de Nostre-Dame, de la Passion, de
saint Jehan-Baptiste, des angelz, oroisons de Nostre-Dame, Heures
de saint Jehan l'evangeliste, celles de saint Loys, roy de France,
saint Loys de Marceille, de la Magdalene, mémoire de plusieurs
saints, vigiles de mors, sept pseaulmes et letanie et plusieurs
mémoires de saints et saintes. Toutes les choses dessus, escriptes
et enluminées, comme dit est. Et se commance le second fueilletjoo/'-
tatus sum. Lesquelles Heures sont couvertes de brodeure à plusieurs
ymages à lozenges et à rondeaulx de perles.
Et sont les courroyes des fermouers couvertes chascune de sept
fleurs de lys d'or, à compter le clou qui tient aus aiz des dites
Heures, et en chascune fleur de liz a quatre perles. Et sont les fer-
moers des dites Heures d'or, garny chascun de deux balaiz, deux
saphirs et deux grosses perles, et les tirouers d'un laz de soye à or,
en chascun ung gros bouton de perles. Et est la pippe desdites
Heures garnye de deux balais et ung saphir et quatre grosses
perles. Lesquelles sont en ung estuy de cuir bouilly, pendant à ung
large laz de soye azurée, semée de fleurs de lys d'argent doré.
Le manuscrit de Turin renferme un grand nombre de
miniatures encadrées d'une bordure tricolore. Il y a au
moins une trentaine de petits tableaux sur lesquels la
figure de Charles V est parfaitement reconnaissable. Je
citerai notamment les peintures des p. 441, 448 et 458,
où l'on voit Charles V à genoux devant les Reliques du
palais, Charles V recevant la bénédiction de saint Rémi,
Charles V adressant ses prières au roi saint Louis et à
saint Louis de Marseille. L'écriture est tout à fait celle de
plusieurs des volumes que, d'après des indices certains,
nous savons avoir été exécutés pour Charles V. La rubrique
1. Voir l'Inventaire des livres de Charles V, art. 247. Cf. Van Praet, Inven-
taire de l'ancienne bibliothèque du Louvre, p. 197, n° 1183.
14
210 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
de la p. 263 convient parfaitement à un livre royal : « Ci
« commencent les Heures monseigneur saint Loys, roy de
« France, convenables à dire touz les jourz à ceulz qui ont
« especial dévotion à luy, mesmement à personnes qui
« sont de si sainte et de si très noble lignie comme est
« celle de France. »
Le manuscrit dont il s'agit a subi de très regrettables
mutilations. Il a notamment perdu le psautier qui était
copié en tête, ce qui a fait disparaître le feuillet commen-
çant par les mots portatus sum, relevés dans l'inventaire
de 1380. Malgré ces mutilations, le livre n'en reste pas
moins un merveilleux manuscrit.
11 y a un certain nombre de prières qui semblent avoir
été composées pour servir, sinon à Charles V, au moins à
un roi de France. Telle est celle qui se lit au foi. 1 76 :
Misericors Deus et miserator, consolator et defensor, in te,
Domine, confido. Servo tuo auxilium et consilium Francorum régi
tribue, quia bella michi video, bella parantur meis. Hostiura ineo-
rum animos et errores constringe mortalium, ne contra me debel-
lare valeant, sed propter inobedienciam suam et eorum nequiciam
tibi, Cbriste, dévote supplico, ut per tuam graciam obtinere valeam
victoriam viriliter cum honore seu pacem. Amen1.
Telle est encore la prière à saint Louis, qu'on trouve à
la p. 495 :
Oratio ad sanctum Ludovicum, regem Francie. Sancte et pie
Ludovice, unus de gloriosis confessoribus Dei, unus de regibus
magnis amicis Dei, iste peccator, iste indignus, iste successor tuus,
1. La même prière, avec de légères variantes, se trouve dans un recueil de
prières, fait probablement ou du moins approprié pour le duc de Berry, et
conservé à la bibliothèque de l'Université de Turin (K. IV. 29, jadis D. VI. 23),
au fol. 76 v\
Ce sont les très belles Heures de Jean, duc de Berry, dont les peintures ont
été étudiées en 1902 par M. le comte Durrieu, qui a fait reproduire en hélio-
typie la page où se trouve la prière Misericors Deus, pi. XLIII du volume inti-
tulé Heures de Turin : Quarante-cinq feuillets à peintures provenant des
Très belles Heures de Jean de France, duc de Berry. Paris, 1902, petit in-fol.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 211
licet ineptus, licet nimis inconveniens hères tuus, dubius, nescius,
sollicitus et anxius de populo tuo commisso regiraini suo, ego sci-
licet inutilis persona, nullis bonis ornata, sed profunda ignorantia
tenebrata, innumeris viciis deformata, inimensis peccatis onerata,
ego inquam, quem Deus et tu post Deum voluisti fieri regem in
populo tuo...
Il n'est pas douteux que la partie principale du volume
ait été exécutée pour Charles V, mais plusieurs cahiers,
sur les pages desquels on voit dans beaucoup d'initiales
les armes de France alterner avec celles de Savoie et
de Bourgogne, doivent dater de la première moitié du
xive siècle. On trouvera un peu plus loin comment peut
s'expliquer la présence des armes de Savoie et de Bour-
gogne et se justifier le titre de Heures de Savoie sous lequel
le livre était déjà connu en 1409. Il est ainsi dénommé
dans la note que Jean Flamel a calligraphiée à la fin du
volume :
Ces Heures furent au roy Charles le quint, et sont appellées les
Heures de Savoye. Et donna les dittes heures le roy Charles le
siziesme, fils du roy Charles le quint devant dit, à son oncle le duc
de Berry, le vne jour de juillet, l'an de grâce mil quatre cens et
neuf. FLAMEL.
A cette note, Jean Flamel a joint la table des morceaux
contenus dans le volume, table qui concorde parfaite-
ment avec l'article de l'inventaire de 1380 cité un peu
plus haut.
Cy après s'ensuyvent les choses qui sont escrites en ces Heures.
Premièrement le kalendrier. — Item le Psaultier. — Item les
Heures de la Trinité. — Item les Heures du Saint Esperit. — Item
les Heures Nostre-Dame à l'usaige de Paris. — Item les Heures de la
passion de Nostre-Seigneur. — Item les Heures de saint Jehan-Bap-
tiste. — Item les Heures des angres. — Item pluseurs oraisons de
Nostre-Dame. — Item les Heures de saint Jehan l'euvangeliste. —
Item les Heures de saint Loys de France. — Item les Heures de saint
Loys de Marsaille. — Item les Heures de la Magdeleine. — Item
pluseurs mémoires de la Passion, des anges, de Toussains et de la
212 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Trinité. — Item vigiles de mors. — Item les sept pseaumes et
la letanie. — Item les xv pseaumes. — Item pluseurs mémoires de
Dieu et de Nostre-Dame, des appostres, de pluseurs martirs, de
pluseurs confesseurs et de pluseurs vierges. — Item mémoire du
pape et des personnes de l'Eglise. — Item pour les roys et pour les
princes de terre. — Item pour les laboureurs. — Item pour ceulz
qui sont en pechié mortel. — Item pour ceulz qui sont en péril de
mer. — Item pour les prisonniers. — Item pour ceulx qui font
aumosnes. — Item pour parens et pour amis. — Item pour soy-
mesmes. — Item pour ceulz qui sont en purgatoire. — Item de
rechief mémoires de Dieu, de Nostre-Dame, de pluseurs martirs,
appostres, confesseurs et d'autres sains et vierges et sainctes. —
Item des Reliques. — Item de la paix. — Item pluseurs oroisons à
Dieu. — Item oroisons quand on dit la messe. — Item oroisons
qu'on dit quant on se lieve et couche. — Item oroisons de la Croix.
— Item oroisons de saint Denis. — Item oroisons de saint Loys de
France. — Item oroisons quant on doit escommunier '. — Item
oroisons à la Trinité. — Item autres oroisons à Dieu. — Item autre
oroison quand on se lieve. — Item l'euvangille saint Jehan. — Item
une autre messe de la Trinité. — Item une messe de saint Denis. —
Item une messe de Requiem. — Item une messe de saint Loys de
France. — Item une messe des angres. — Item une messe du Saint
Esperit. — Item une messe de la Croix. — Item une messe de
Reliques. — Item une messe de Nostre-Dame. — Item mémoire de
saint Pierre et de saint Pol. — Item le psautier saint Jheroisme.
[Les auteurs de Y Atlante paleografico-artistico 2, intrigués
par la note de Flamel et par la présence des armes de
Bourgogne et de Savoie, ont supposé que le livre avait
été donné par le duc de Berry à sa nièce Marie de Bour-
gogne, femme d'Amédée VIII, comte de Savoie, et que les
armes de Bourgogne et de Savoie avaient été ajoutées au
moment de la donation3. Il vaut mieux accepter l'explica-
1. Le manuscrit porte escomrcher, avec un signe d'abréviation sur la lettre o.
Il s'agit évidemment de la communion. Le passage correspondant du texte nous
donne cette leçon : ante sacrant communionem.
2. P. 38 et 39 du volume in-folio publié à Turin en 1899 par MM. Carta,
Cipolla et Frati à l'occasion de la « Mostra d'arte sacra » qui avait eu lieu
l'année précédente à Turin.
3. Voici les termes mêmes de l'explication proposée par les savants italiens :
« Siccome poi in più luoghi delcodice (ce. 129 6, 135 a, 137 a, 137 b, 116 6, ecc.)
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 213
tion de M. le comte Durrieu. Suivant lui, la partie primi-
tive de ce beau manuscrit aurait été faite pour Blanche de
Bourgogne, dont le mari Edouard, comte de Savoie, mou-
rut en 1 329, et qui vécut jusqu'en 1 348 *.]
[La seule page des Heures de Savoie qui, à ma connais-
sance, ait été publiée est celle sur laquelle saint Louis est
représenté portant la chasse des reliques de la sainte Cou-
ronne2. M. Gockerell a reproduit cette miniature dans son
mémoire sur les Heures d'Yolande de Flandre ; il l'a rappro-
chée des miniatures consacrées au même sujet dans le
Bréviaire de la reine Jeanne d'Évreux et dans les Heures
de Jeanne de France, reine de Navarre, comme exemple
des analogies qu'on remarque entre ces manuscrits, sor-
tis, paraît-il, du même atelier parisien dans la première
moitié du xivc siècle.]
[Gomme il importe de tenir compte du jugement des
critiques auxquels il a été donné de pouvoir examiner les
Très belles Heures de Charles V, je me fais un devoir
d'indiquer ici les pages que Monseigneur Dehaisnes a con-
sacrées à ce manuscrit, en même temps qu'aux Heures de
Turin, dans son mémoire intitulé Les OEuvres des maîtres
de l'École flamande primitive conservées en Italie et dans
l'est et le midi de la France. Paris, 1891 , in-8°, p. 24-28.]
« vedesi aggiunti anticamente in parecchie iniziali, ora da sola, ora partita con
« quella di Savoia, un' arme (bandata d'oro e d'azurro), che è quella degli anti-
« chi duchi di Borgogna, non par dubbio che il codice passasse poi dal duca di
« Berry, cui fu offerte- nel 1409, ai duchi di Savoia al tempo di Amedeo VIII,
« che nel 1401 aveva sposato appunto Maria di Borgogna (f 1422). Puô quindi
« supporsi che la nota del Flamel e il titolo di Heures de Savoye fossero apposti
« nell' atto di consegnare il codice al duca Amedeo VIII ; e che contempora-
« neamente si aggiungcssero in alcune iniziali le armi di Savoia e di Bor-
« gogna. »
1. Les Manuscrits à peintures de la bibliothèque incendiée de Turin, dans
la Revue archéologique, 1904, t. I, p. 394-406. — M. Cockerell a adopté
l'attribution des Heures de Savoie à Blanche de Bourgogne dans le fascicule
intitulé The book of Hours of Yoland of Flanders.
2. PI. LVII de l'Atlante paleografico artistico dont il vient d'être question.
214 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
XXXI.
Heures d'Yolande de Flandre, comtesse de Bar.
Bibliothèque de M. Henry Yates Thompson, à, Londres.
Ce ravissant petit livre d'heures, malgré les déplorables
accidents dont il a été la victime, doit encore être cité
comme l'un des plus précieux produits de l'art français du
milieu du xive siècle. Quand il était complet, ou du moins
quand Buskin en devint propriétaire, vers l'année 1 864,
il se composait de 1 76 feuillets, dont 1 39 ont été recueillis
par M. Henry Yates Thompson, de Londres; l'École de
peinture d'Oxford en possède 1 3 ; un lot de 1 7 appartient
à une dame dont on ne donne pas le nom ; le sort de sept
est inconnu. La part échue à M. Thompson n'est pas seu-
lement le morceau de beaucoup le plus considérable ; il est
aussi le plus important comme œuvre d'art : il comprend,
en effet, tous les feuillets ornés de grandes peintures. Il
est malheureusement dans un lamentable état de conser-
vation, par suite d'une inondation de la Tamise qui a
atteint et souillé le volume quand il était encore dans son
état primitif.
Les armes peintes sur une cinquantaine de pages en
indiquent l'origine : parti, au 1 de Navarre au lambel
d'argent, coupé de Longueville; au % de Flandre. Ce sont
là les armes d'Yolande de Flandre, dame de Gassel1, qui
épousa en premières noces Henri, comte de Bar, mort en
1344 ou 1345, et en secondes noces Philippe de Navarre,
comte de Longueville. Ce second mariage est de l'année
1 353. Le livre a donc été fait après 1 353. La vie d'Yolande,
qui se prolongea jusqu'en 1395, a été traversée par bien
des vicissitudes, que M. Philippe-Emmanuel de Smyttere a
exposées dans son Essai historique sur Yolande de Flandre,
1. Douët d'Arcq, Inventaire des sceaux, t. I, p. 39i et 393, nos 806 et 807.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 215
comtesse de Bar et de Longueville...1. A un moment, cette
dame encourut par ses violences la disgrâce du roi
Charles V, qui se vit obligé de la l'aire emprisonner (1 391).
Quand elle s'échappa en 1 372! de la tour du Temple, une
partie des objets qui étaient à son usage lurent confisqués
au profit du roi, et dans l'inventaire2 qui en fut dressé les
7 septembre 1 372, nous remarquons :
Unes heures de Nostre-Dame, à un fermouers d'or, prisiée
XLVHI S. p.
Selon toute vraisemblance, c'est le volume qui figure
comme il suit sur l'inventaire des objets trouvés en 1 380 à
Vincennes, en la chambre du roi :
Unes très parfaitement belles heures, très noblement escriptes
d'or et d'asur et très richement ystoriées et enluminées partout; et
y sont les sept pseaumes. Et sont couvertes de orfrayes d'or, semé
de grosses perles, à quatre arbressaulx. Et sont les fermoers d'or,
en façon de crochet, et a en chascun ung ballay et quatre grosses
perles. Et a une très belle pippe d'or, où sont ung saphir, deuz bal-
laiz et quatre grosses perles. Et se commance le second feuillet
annunciabit, lesquelles sont en ung estuy couvert de veluiau, semé
de fleurs de lys d'argent dorées.
Le manuscrit de M. Thompson remplit toutes les condi-
tions indiquées dans les deux inventaires qui viennent
d'être cités. Il a été fait, comme on l'a déjà vu, pour
Yolande de Flandre, et il suffit de l'ouvrir pour constater
que ce sont de très parfaitement belles heures, très
noblement égrites d'or et d'azur (particularité dont
les exemples sont extraordinairement rares) et très
RICHEMENT HISTORIEES ET ENLUMINEES PARTOUT; qu'elles
renferment les sept psaumes de la .pénitence, et que le
second feuillet commence par le mot annunciabit.
1. Lille, 1877, in-8\
2. Publié par A. Digot dans Journal de la Société d'archéologie et du
Comité du Musée lorrain, avril 1857, 71-76.
216 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Le manuscrit contient les Heures de Notre-Dame, pré-
cédées d'un calendrier et suivies des psaumes de la péni-
tence et des Litanies. La prière Suscipere cligner is, Domine,
qui est à la suite des Litanies, contient les formules fémi-
nines : ego incligna misera peccatrix..., et pro misera famiilu
tua peccatrice..., nouvel indice que le livre a été fait pour
une dame.
Le calligraphe qui a fait la copie n'a point employé
l'encre noire ; les lignes qu'il a tracées sont alternativement
en or et en azur : il a réservé le rouge pour écrire les
rubriques.
L'illustration du calendrier est remarquable. Elle com-
porte pour chacun des mois quatre petits tableaux, savoir :
1° une scène caractéristique du mois; 2S° une scène des
prédications de saint Paul, à côté d'une porte du paradis
qu'a fait ouvrir la sainte Vierge, tenant un étendard
au-dessus de la porte; 3° un des états de décadence par
lesquels passa la Synagogue avant d'arriver à une ruine
complète * ; 4° un prophète et un apôtre qui déclament le
premier une prophétie, le second un article du Symbole.
Le type d'illustration du calendrier est celui qui a été
adopté pour plusieurs livres liturgiques de grand luxe exé-
cutés en France sous le règne des premiers Valois. Il se
rencontre dans les Heures de Jeanne de France, reine de
Navarre2, dans les deux volumes du Bréviaire de Belle-
ville3, dans les grandes et les petites Heures du duc de
Berry et dans des Heures portant à la Bibliothèque impé-
1. L'exiguïté du format n'a pas permis de placer en regard des tableaux de
la décadence do la Synagogue les tableaux du progrès de l'Église tels qu'on les
voit dans d'autres calendriers analogues.
2. Ms. de M. Henry Yates Tbompson, qui en a publié, pour le Roxburghe
Club, la description, avec le fac-similé de 32 miniatures : Thirty two minia-
tures from the book of Hours of Joan II, queen of Navarre. London, 1899,
deux fascicules in-4°.
3. Voir plus naut, p. 182.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 217
riale de Vienne le n° 18551. Des compositions analogues se
retrouvent dans le Bréviaire de Martin II, roi d'Aragon,
manuscrit espagnol du commencement du xve siècle, qui
appartient à Mme la baronne James de Rothschild2.
Dans le livre d'Yolande, huit grandes miniatures servent
de frontispices aux différentes parties de l'office. Les sujets
sont ceux qu'on trouve habituellement dans les livres
d'Heures copiés ou imprimés du xive au xvie siècle3 : à
Matines, l'Annonciation; à Laudes, la Visitation; à Prime,
la Nativité; à Tierce, l'Adoration des bergers; à Sexte,
l'Adoration des Mages; à None, la Présentation ; à Vêpres,
la Fuite en Egypte; à Complies, le Couronnement de la
Vierge; les marges des pages sur lesquelles on voit ces
grands tableaux sont couvertes de mignonnes miniatures
représentant des scènes de la Passion et de la vie de diffé-
rents saints. — En tête des psaumes de la pénitence,
tableau du Jugement dernier. — Dans l'initiale et sur les
marges de la page où commencent les Litanies des saints,
trois groupes de saints. — Dans les initiales de Matines et
de Laudes, le peintre a voulu représenter Yolande à
genoux, en prières. Toutes ces peintures sont d'une
exquise finesse.
Les Heures d'Yolande de Flandre doivent être rangées
parmi les chefs-d'œuvre de l'école parisienne du temps de
Charles V. Elles méritaient l'étude approfondie que
1. Voir le travail de M. Rudolf Béer, Die Miniaturen ausstellung des K.
K. Hofbibliothek, dans Kunst und Kunsthandwerk, 1902, p. 294. — Les
tableaux des progrès de l'Église n'ont pas été peints dans ce manuscrit.
2. Voir la description de ce ms., par M. Emile Picot, dans Catalogue des
livres de feu M. le baron James de Rothschild, t. III, p. 326. 11 n'y a point
dans le bréviaire les tableaux de la décadence de la Synagogue et des progrès
de l'Église.
3. Voir un article de M. Henry Martin dans le Bulletin du bibliophile,
15 mai 1905, p. 224, et un passage de la préface (p. ix) du premier volume du
Catalogue des manuscrits de M. Pierpont-Morgan, rédigé par M. R. James
(Londres, 1906, in-folio).
218 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
M. S. G. Gockerell leur a consacrée et que M. Henry Yates
Thompson a publiée en y joignant l'héliogravure de
26 pages1. C'est à ce mémoire de M. Cockerell que sont
empruntés les éléments de la présente notice.
XXXII.
Le Livre du sacre des rois de France.
Musée britannique, fonds cottonien, Tiberius, B. vin,
seconde partie (fol. 33-78).
Exemplaire, orné de peintures, que Charles V fit exécuter
en 1 365, comme le roi lui-même l'a rappelé par une note
autographe qui se lit au verso du feuillet coté 72 :
Ce livre du sacre dez rois de France est à nous
Charles le Ve de notre nom, roy de France, et le fîmes
coriger, ordener, escrire et istorier l'an M. CCC. LXV.
CHARLES.
Ce volume est enregistré sur les inventaires de la
librairie du Louvre à partir de l'année 1 41 1 (D. 743, E. 768,
F. 687). Le premier de ces inventaires le décrit comme il
suit :
Item un livre de l'ordonnance à enoindre et couronner le roy,
partie en latin et partie en françois, très bien escript et historié es
marges d'en hault et bas, et en la fin y sont pluseurs seremens que
doivent faire les pers de France et autres vassaux et prelas et autres
gens, commençant ou ne foillet : Les matines, et ou derrenier :
nemi ou malveillant ; couvert d'un vielz drap d'or à deux fer-
mouers d'argent dorez, esmaillez de France, et une petite pipe
d'argent doré.
Estimé 40 sous en 1124.
1. The Book of Hours of Yolande de Flanders, a manuscript of the
fourteenth century in the library of Henry Yates Thompson, ivith a des-
cription by S. C. Cockerell, and photogravures by Emery Walker. London,
1905, in-4% 20 p. et 9 pi. hors texte.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 219
J'ai décrit ce volume dans les Mémoires de la Société de
l'histoire de Paris, 1877, t. IV, p. 226-229. — Il y a une
reproduction de toutes les peintures, avec de très bons
commentaires de M. Dewick, dans un fascicule in-folio de
la Société Bradshaw.
La page sur laquelle est la signature du Roi est donnée en
fac-similé dans le recueil de la Société paléographique,
pi. 148 (t. III, pi. 77 dans les exemplaires classés systé-
matiquement) .
Ce qui peut faire le mieux apprécier le mérite des pein-
tures de ce manuscrit est la reproduction qui se trouve,
sous le n° XXXVI de l'ouvrage de M. Warner (The illumi-
nated manuscripts in the British Muséum), de la page sur
laquelle est représentée la procession venant recevoir le Roi
à l'entrée de la cathédrale de Reims.
XXXIII-XXXIV.
La Cité de Dieu de saint Augustin, texte latin,
copié en très grosse lettre de forme.
Musée britannique, mss. additionnels 15244 et 15245,
venus de la bibliothèque du duc de Sussex.
Je suis porté à croire que ce manuscrit a été fait pour le
roi Charles V : l'écriture et l'enluminure dénotent la
même origine que plusieurs des volumes faits pour ce roi
ou pour son frère le duc de Berry, et ce qui est plus
significatif ce sont les deux lions à très longues queues
qui servent de supports à un écu sur une page dont je dois
la photographie à l'obligeance de M. Warner1.
Les armes ne sont pas celles du roi; mais je suppose
qu'elles ont été ajoutées après coup et que l'écu était resté
en blanc, comme on le constate dans plusieurs volumes qui
1. J'ai donné le fac-similé des lions et de l'écu dans le fascicule intitulé Fac-
similés de livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. XII.
220 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
ont été incontestablement exécutés pour le roi Charles V,
notamment dans le célèbre exemplaire des Grandes Chro-
niques de France (ms. français 2813).
Les armes de l'écu placé entre les deux lions (une
molette d'éperon au chef chargé de trois bandes) ont été
reconnues être celles de la famille Aubriot de Dijon, par
M. Ernest Petit, qui les a trouvées sur un sceau de Hugo-
nin Aubriot appendu à une charte de l'année 13371. Les
deux volumes de la Cité de Dieu conservés au Musée bri-
tannique auraient-ils appartenu au célèbre prévôt de Paris
Hugues Aubriot?
La peinture initiale du premier volume a été reproduite
sur la planche XXXVII de l'ouvrage de M. Warner (The
Illuminated manuscripts in the British Muséum). Elle repré-
sente, dans un double compartiment, une scène du martyre
des chrétiens et une offrande faite à saint Pierre.
Un article de M. S. C. Cockerell, dans le Catalogue de la
seconde série des manuscrits de M. H. Yates Thompson
(p. 2109), me fait supposer que l'illustration des mss.
addit. 15244 et 15245 est analogue à celle des mss. fran-
çais 22912 et 22913 de la Bibliothèque nationale, lesquels
ont été exécutés pour le roi Charles V.
L'exemplaire du texte latin de la Cité de Dieu que possé-
dait Charles V2, qui était écrit de belle lettre de forme bou-
lonnaise, ne peut être confondu avec l'exemplaire du
Musée britannique dont il est ici question.
XXXV.
Les dix premiers livres de la Cité de Dieu de
saint Augustin, traduction française de Raoul de Presles.
Bibliothèque nationale, ms. français 22912.
1. Histoire des ducs de Bourgogne de la race capétienne, t. VIII, p. 373.
2. N" 294 de mon édition des Inventaires du Louvre.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 221
Exemplaire destiné au roi et dont l'exécution dut suivre
d'assez près l'achèvement de la traduction ; on peut la
placer aux environs de l'année 1376.
La miniature à pleine page (fol. 2 v°), qui sera de fron-
tispice, a été reproduite en chromolithographie à la fin de
l'atlas du Cabinet des manuscrits. — En tête de la dédicace
(fol. 3), une miniature représente le roi Charles V recevant
le livre des mains du traducteur agenouillé et derrière
lequel saint Augustin se tient debout1. Il y a, en outre,
une miniature au commencement de chacun des dix livres.
L'écu royal, à trois fleurs de lis, se voit sur la marge infé-
rieure des fol. 3, 8, 41 v°, 94 v°, 178 v°, 227 v°, 278 v°,
303 v° et 342 v°. L'écu à fleurs de lis sans nombre ne
paraît que sur le fol. 384. Les supports de l'écu sont le
plus souvent des anges, tantôt agenouillés (fol. 3, 8 et
227 v°), tantôt volant sur des nuages (fol. 94 v°, 303 v° et
342 v°). A deux endroits (fol. 278 v° et 384), l'écu est
posé entre deux lions.
Le ms. 22912 est probablement le premier tome de
l'exemplaire de la Cité de Dieu en deux volumes qui figure
sur l'inventaire de Gilles Malet (A. 235 etB. 238) :
Item la Cité de Dieu, en deux volumes, couverte de soie à queue,
et fermouers comme dessus, [chascun mi fermouers d'argent esmail-
liez].
Un recolement fait en 141 1 (G. 67) constata l'absence de
cet exemplaire, qui avait été livré au duc d'Anjou le
7 octobre 1380.
XXXVI.
Les livres XI-XXII de la Gîté de Dieu, traduction
française de Raoul de Presles.
1. Cette page de la dédicace est reproduite en phototypie dans mes Fac-
similés de livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. IX.
222 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Bibliothèque nationale, ms. français 22913.
Second tome de l'exemplaire dont le premier est le
volume qui vient d'être indiqué. Il se termine par la note :
Ceste translacion et esposicion fu commenciée par raaistre Raoul
de Praelles à la Toussains l'an de grâce mil CGC soixante et onze, et
fu achevée le premier jour de septembre l'an de grâce mil CCC
soixante et quinze.
Il y a des miniatures au commencement de chaque livre.
L'écu royal à fleurs de lis sans nombre ne se voit que
sur les fol. 2 v°, 225, 329 v° et 370; partout ailleurs l'écu
royal est à trois Heurs de lis. 11 est supporté par deux
dauphins au fol. 26; par deux anges au fol. 138 v°; par
un ange planant au fol. 370; par deux lions au fol. 106 v°.
L'illustration du tome II d'un exemplaire de la traduc-
tion de Raoul de Presles, qui a appartenu à Jean, duc de
Berry, et qui fait aujourd'hui partie de la collection de
M. H. Yates Thompson1, est conforme à celle de notre
ms. 22913. La copie du texte latin delà Cité de Dieu qui
porte au Musée britannique les nos 1 5244 et 1 5245 du fonds
additionnel doit renfermer, elle aussi, des peintures repré-
sentant les mêmes sujets que nos mss. 22312 et 2291 3.
XXXVII.
Les livres XI-XXII de la Cité de Dieu de saint
Augustin, traduction de Raoul de Presles. .
Bibliothèque nationale, ms. français 174.
Bel exemplaire des premières années du xve siècle, orné
de peintures dont la plus remarquable est celle du frontis-
pice : grand tableau sur lequel Notre-Seigneur est repré-
senté dans toute sa majesté, montrant les plaies de la Pas-
sion, avec la sainte Vierge et saint Jean agenouillés à ses
1. N° 80, p. 206-209 du Catalogue de la seconde série.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 223
côtés ; deux anges sonnent la trompette du jugement der-
nier, et les figures symboliques des évangélistes occupent
les angles du tableau.
C'est le second volume d'un exemplaire de la Cité de
Dieu qui, trouvé dans les dépouilles du grand maître Jean
de Montagu, fut remis à Gilles Malet par ordre du duc de
Guienne le 7 janvier 1410 (n. st.), comme l'atteste la note
mise à la fin du ms. 174 : « Des livres de Marcoussis pour
« monseigneur de Guienne, mis au Louvre en garde :
« J. d'Arsonval. »
La Cité de Dieu qui avait appartenu à Jean de Montagu
est indiquée dans les inventaires de la librairie du Louvre
(B. 914 et 915, D. 925 et 926, E. 903 et 904, F. 201 et
202) et ainsi décrite dans celui de l'année 1411 :
Item la première partie de saint Augustin de la Cité de Dieu, de
la translacion maistre Raoul de Praelles, escripte en François de
bonne lettre de note à deux coulombes, commençant ou ne foillet et
puis est mise et ou derrenier cion des aages de l'umain; couvert de
cuir vermeil empraint à bouillons, et h fermoirs de cuivre dorez et
tissuz de soye.
Item l'autre partie dudit saint Augustin de la Cité de Dieu, pareil-
lement escripte, couverte et fermant comme dessus, commençant
ou ne foillet et autres haultes matières et ou derrenier de loyaulté et
d'équité.
Ces deux volumes furent estimés 32 livres en 1411.
XXXVIII.
Les livres I-X de la Cité de Dieu de saint Augus-
tin, traduction française par Raoul de Presles.
Bibliothèque d'Angers, ms. 162.
Je copie la notice qu'Auguste Molinier a consacrée à ce
manuscrit dans le Catalogue général, t. XXXI, p. 243 :
« Saint Augustin. La Cité de Dieu, livres I à X, tra-
duction de Raoul de Presles. Début : « 0 vous, très excel-
224 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
« lent prince Charles le quint. . . » — xive siècle. Parchemin,
285 feuillets à deux colonnes, 486 sur 233 millimètres.
Manuscrit autrefois luxueux, aujourd'hui très mutilé. Le
premier feuillet, mutilé, avait un encadrement tricolore,
et au bas deux lions en grisaille, dont l'un subsiste; la
plupart des miniatures ont disparu, sauf deux aux fol. 1 93
et 220 ; ce sont des grisailles rappelant tout à fait celles
des manuscrits de Charles V. Ce volume est peut-être le
n° 297 de l'inventaire de la librairie du Louvre, édition de
M. Delisle. »
XXXIX.
Les Quarante Homélies de saint Grégoire et le
« livre de Hue de Saint-Victor, qu'il fist de l'arre de l'es-
pouse, c'est de l'ame. » Traduction française de maître
Pierre de Hangest.
Bibliothèque de l'Arsenal, n° 2247.
Volume copié en 1368, comme porte la souscription de
Raoulet d'Orléans à la fin des Homélies de saint Grégoire :
Ci fine le livre que saint Grégoire pape fist des Omelies sur
xl euvangiles exposées moult noblement; et fut parfait et escript
par Raoulet d'Orliens, l'an de grâce mil CCC LXV1II, qui fut le
quint an du règne du très noble roy Charles, roy de France, que
Dieux vueille garder en corps et en ame de tous ennemis visibles
et non visibles. Amen.
Il est enregistré sur tous les inventaires de la librairie
du Louvre (A. 129, B. 130, D. 79, E. 78, F. 65). Voici la
notice qui lui est consacrée dans l'inventaire de l'année
1411 :
Item les Omelies saint Grégoire, exposicions d'euvangiles; Hugues
de Saint- Victor, de l'erré de l'ame; couvert de veluau inde, à deux
fermouers d'argent dorez; escript de lettre formée, en françois, com-
mençant ou ne foillet du texte mes paroles, et ou derrenier touchier
non mie.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 225
Il fut estimé % livres en 1 42I5 .
L'initiale que le traducteur a mise en tète du Prologue
des Homélies de saint Grégoire renferme une charmante
petite miniature, qui représente le roi Charles V recevant
le livre des mains d'une dame agenouillée à ses pieds.
Sur les rinceaux qui forment le fond du tableau sont
accrochés deux écussons assez difficiles à déterminer : le
premier peut être un chevron de sable sur un champ
losange d'argent et de gueules ; le second est peut-être un
fascé. Les mêmes armes se retrouvent sur le quatrième
feuillet, à côté de la même dame, qui reçoit la bénédiction
de saint Grégoire. La dame ainsi représentée doit être celle
à qui fut dédiée la traduction des Homélies de saint Gré-
goire. C'est, en effet, pour une dame que la traduction a
été faite. Malheureusement, le copiste du manuscrit a rem-
placé le nom de la dame par un et cetera1 dans la trans-
cription du prologue dont les premières lignes peuvent
trouver place ici :
A sa très chiere et dévote en Jhesu Crist et cetera. Pluseurs se
pourroient, et non mie senz raison, esmerveillier, considéré mon
petit sens, et imputer à grant presumpcion, dont m'est venu que
j'ay osé emprendre mettre en romanz et translater si très grand
oevre comme sont les Omelies du très glorieus confesseur et doc-
teur excellent de sainte eglyse saint Grégoire, pappe jadis de l'eglyse
de Rome; ausquelz je puis respondre en vérité que à ce faire ne m'a
esmeu nulle vaine presumpcion, mais vraie, simple et pure charité
de Dieu que j'ay en vous, que je cognois estre très désirant de
savoir et entendre la parole de Dieu et la sainte Escripture, en
laquelle et par laquelle vous puissiez nourrir et repaistre vostre
ame en l'amour et en la cognoissance de vostre créateur et avoir
aucune consolacion esperituelle...
Ce Prologue n'a pas été reproduit dans l'édition qu'An-
1. La même lacune existe dans le ras. français 17079 de la Bibl. nat., qui
pourrait bien avoir été copié d'après l'exemplaire de Charles V. — La dédicace
n'est pas dans les mss. français 912 et 913.
15
226 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
toine Vérard a publiée en 1 50 1 de la traduction des Qua-
rante Homélies et dont un exemplaire imprimé sur vélin
et enluminé aux armes de Henri VII, roi d'Angleterre, se
conserve à la Bibliothèque nationale, n° 306 de la série des
Vélins.
Ces deux traités de saint Grégoire et de Hugues de
Saint-Victor furent traduits par maitre Pierre de Hangest,
comme nous l'apprend une note de la copie qui s'en trouve
à la Bibliothèque nationale au fol. 1 79 du ms. français 913,
lequel paraît avoir été exécuté à la fin du xive siècle.
Cv fenissent les xl Omelies saint Grégoire pape, qu'il fist sur
xl leçons1 de la sainte euvangile, ou temps qu'il vivoit en cest
siècle, lesqueles Omelies furent translatées de latin en françois par
très honneurable clerc et de bonne mémoire maistre Pierre de Han-
gest, prevost en l'.eglise d'Amiens et clerc et conseillier du roy
nostre sire, pour la grant charité et affection qu'il avoit aus genz
lays devos, à qui il vouloit estre manifesté et congneu le grant bien
qui est es dictes Omelies contenu, pour atraire plus ardanment les
devos cuers des simples gens à l'amour de leur créateur.
Cy aprez s'ensieut le livre que maistre Hue de Saint Victor fist
des erres de l'espouse, lequel livre li diz prevoz, meus de devocion
et charité, translata de latin en françois pour l'amour des cuers
devos, qui ne pevent mie entendre le latin si plainement.
Le volume dont il s'agit a été décrit par M. Henry Mar-
tin dans le Catalogue des manuscrits de l'Arsenal, t. II,
p. 455. — La première page du Prologue est reproduite
dans mes Facsimilés de manuscrits copiés et enluminés pour
le roi Charles V, pi. IV.
La Bibliothèque nationale, sous les nos 9 1 2, 91 32, 1 3204
et 17079 du fonds français, possède quatre exemplaires
de la traduction des Homélies de saint Grégoire, et deux
1. Dans ce mot et dans le mot françois qui se trouve deux, fois au cours de
cette souscription, le c est muni d'une cédille parfaitement caractérisée.
2. P. Paris, Les Manuscrits françois de la Bibliothèque du roi, t. VII,
p. 227-229.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 227
de ces manuscrits, les n°3913 et 17079, contiennent aussi
la traduction du « livre que maître Hue de Saint- Victor fist
des erres de l'espouse ». Il existe aussi au Vatican, n° 273
du fonds de la reine de Suède, un cinquième exemplaire
des Homélies de saint Grégoire mises en français1 ; mais le
manuscrit de l'Arsenal est le seul qui nous ait transmis le
texte du Prologue.
Le savant historien de la cathédrale d'Amiens, M. Georges
Durand, a bien voulu me communiquer des renseignements
sur Pierre de Hangest, le traducteur des Opuscules de
saint Grégoire et de Hugues de Saint- Victor. Dans l'ancien
obituaire de l'église d'Amiens, ce personnage est absolu-
ment qualifié comme dans la note du ms. français 913 :
« Obitus magistri Pétri de Hangesto, consiliarii domini
régis, canonici et prepositi ecclesie Ambianensis. » Il figure,
à la date du 1 6 juin 1349, avec le titre de clerc et conseil-
ler du roi, dans le Journal du trésor de Philippe de Valois2.
XL.
L'Épître consolatoire de Vincent de Beauvais, tra-
duite en français.
Bibliothèque nationale, ms. français 1032.
Ce traité n'est point mentionné dans les inventaires de
la librairie du Louvre. Il est cependant certain que l'épître
de Vincent de Beauvais fut traduite en 1 374, et que la tra-
duction en fut faite par l'ordre du roi. La date est formel-
lement énoncée dans le titre (fol. 3 v° du ms. 1 032) :
Ci se commence l'Epistre consolatoire faite par frère Vincent de
Beauvaiz, de l'ordre des Preescheeurs, et envoyée à très glorieux
saint monseigneur saint Louys, jadis roy de France, à li envoyée
1. Ernest Langlois, Notices et extraits des manuscrits, t. XXXIII, part, n,
p. 5 et 6.
2. Édit. Viard, p. 244.
228 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
par le dit frère Vincent, principaument pour le conforter de la tris-
tesce qu'il avoit pour la mort de son ainsné filz qui estoit trespassé
en sa jonnesce, laquele epistre fu translatée de latin en françoys,
selon la fourme qui s'ensuit, l'an de grâce de l'incarnacion Nostre
Seigneur mil CCC soixante et quatorze.
Deux passages de la préface prouvent que le traducteur
travaillait pour le roi.
Or est il ainsi, mon très chier et très redoubté seigneur, que
vostre excellent magesté, entre plusieurs et très grans vertuz dont
elle est habundaument douée et clère, par le don de Dieu especial,
persévère et se demonstre en vostre voult en une meismes sérénité
qui continuelment est en un estât, sanz soy ellever dissoluement
pour desconvenable joye ou vaine gloire, ne sanz soy abessier et
déprimer pour paour ou pour tristesce...
... Combien donques que, pour la poureté et petitesse de mon
engin et science, je me doubte que je n'aye mains souffisaument
translaté ce livre, ouquel les remèdes contre teles pestilences de cuer
et de courage sont contenues, toutevoyes ay-je espérance d'empêtrer
pardon envers vostre très débonnaire magesté, quant vostre séré-
nité considérera plus la volenté que le pouoir en vostre très petit et
humble servant, qui est prest d'obéir et d'accomplir loyalment et
dévotement les commandemens de vostre dominacion...
Le commencement du prologue d'où sont tirés ces pas-
sages était sur un feuillet qui a été enlevé et qui, très pro-
bablement, était orné d'une miniature représentant l'hom-
mage du livre au roi.
Le manuscrit 1 032! me paraît bien avoir été calligraphié
par un des meilleurs copistes qui étaient au service de
Charles V. Je n'hésite pas à le considérer comme une épave
de la librairie de ce roi.
XLI.
Le livre de Thomas de Cantimpré « Bonum univer-
sale de apibus », en français.
Le Bien universel des mouches à miel.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 229
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2073.
Exemplaire original, à la fin duquel est une souscription
du copiste :
Or est ci fine nostre livre,
Benoît soit Dieu, je en sui délivre,
Et l'a escript Henri du Trevou.
En tête du volume (fol. 1), peinture à quatre comparti-
ments, chacun bordé d'un .encadrement tricolore. Au com-
mencement du livre II, petite peinture à encadrement tri-
colore.
Sur la dernière page, note de sept lignes, écrite et
signée par le roi Charles V, dont il ne subsiste plus que
les mots suivants :
Ce livre de Moralitey dez
mochez à miel est à nous
fimez translater, escrire et
parfere l'an M CCGLXXII.
Sous la date du 9 août 1373, Pierre Dupuy1 a noté le
paiement d'une somme de 50 francs « pour un livre que
le Roi a fait acheter, appelle le livre des Mouches à miel » .
Volume inscrit sur tous les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 138, B. 139, D. 162, E. 158, F. 139).
Annoncé comme il suit dans celui de 1 41 1 :
Item le livre des Mouches a miel, couvert de soye à longue queue,
lequel est intitulé dedens : Le Livre du Bien universal selon la con-
sideracion des mouches à miel, très parfaitement bien escript et bien
historié, de lettre de forme, en françois et à deux coulombes, com-
mençant ou deuxiesme fueillet nulles n'osent istre, et ou derrenier
1. Collection Dupuy, vol. 755, fol. 98.
230 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
touz ses sougiez ; et est signé du feu roy Charles, fermant à deux
fermouers d'argent dorez, esmaillez de France et tissuz vers.
Estimé 5 livres en 1424.
Le manuscrit passa au xve siècle dans la librairie des
ducs de Bourgogne, dont un des anciens inventaires le
mentionne en ces termes :
Ung autre volume, couvert d'un baldequin de soye, à deux cloans
de leton, historié et intitulé « Le livre des Moralitez des mouches »,
comenchant ou second feuillet nulles n'osen ystre se le roy n'est yssu
devant, et finissant ou derrenier et ta escript Henry de Trevou* .
Voir mes Mélanges de paléographie, p. 226, et le Cata-
logue des manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique,
par J. Van den Gheyn, t. III, p. 278, n° 2073.
XLII.
Le livre des Propriétés des choses, de Barthé-
lemi l'Anglais, traduction de Jean Corbechon.
Bibliothèque nationale, ms. français 16993.
Ce n'est pas sans faire des réserves que je comprends ce
manuscrit parmi les débris de la librairie du Louvre, comme
pouvant répondre à l'article 258 de l'inventaire de Gilles
Malet copié sur rouleau :
Item le livre des Proprietez des chosez, en un volume couvert de
soye à queue.
Le volume ainsi désigné sur le rouleau n'existait déjà
plus en 1 380 dans la librairie du Louvre ; suivant une
annotation marginale du rouleau, il avait été porté « au
Boiz », c'est-à-dire à Vincennes.
Le frontispice du ms. 16993 est un grand tableau, à
1. Barrois, Bibliothèque protypographique, p. 270, n° 1887.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 231
bordure tricolore, divisé en quatre compartiments dans
lesquels sont représentés les sujets suivants :
1. En haut, à gauche, le Créateur promenant son grand compas
sur le firmament;
2. Adroite, le Créateur montrant la terre nue au-dessus de la mer
sous un ciel de feu et d'azur;
3. En bas, à gauche, le Créateur montrant la terre boisée et cou-
verte d'animaux;
4. A droite, Charles V recevant le livre que lui présente Jean
Corbechon agenouillé.
Ce sujet de chaque scène est expliqué par un mauvais
distique.
1. J'ai fait le ciel et la lumière
Pour estre à homme chamberière.
2. J'ai fait le feu, l'air et la mer
Pour homme, bien me doit amer.
3. J'ai fait la terre bien garnie,
Pour donner à l'homme sa vie.
4. Du livre les Propriétés
En cler françois vous translatez.
Ce qui, à mes yeux, rend un peu douteuse l'identification
avec l'exemplaire personnel de Charles V, c'est que, sur le
frontispice, l'image du roi n'a point le caractère d'un por-
trait.
On en peut dire autant de trois autres exemplaires ana-
logues, dont le frontispice offre la même disposition, avec
des bordures tricolores :
1 . Le ms. 2953 de la Bibliothèque royale de Belgique1,
qui vient de la bibliothèque des ducs de Bourgogne, et qui
figure en ces termes sous le n° 81 , dans l'inventaire des
livres du duc Philippe le Bon, dressé à Dijon le %\ juillet
1420 :
Item ung autre livre nommé le livre des Proprietez des choses,
1. Sur ce ms. 2953, voir ce que dit M. le comte Durrieu dans Le Manuscrit,
t. II, p. 164-166.
232 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
escript en parchemin, de lettre ronde, à deux colonnes, historié et
enluminé d'or et d'asur, commençant ou deuxiesme fueillet et au
saige, et ou derrenier de huit et de six, couvert de veluyau rouge,
garni de x doux de leton et deux fermouers d'argent dorez et
esmailliez1.
Dans ce manuscrit, la peinture du quatrième comparti-
ment du frontispice n'a point reçu sur la banderole la
légende Du livre les Propriétés...
2. Le ms. 1028 de Sainte-Geneviève, exemplaire d'une
très bonne exécution, avec frontispice aux quatre compar-
timents à bordure tricolore, mais sans banderole au dernier
compartiment. Ce beau manuscrit a dû être fait au com-
mencement du xve siècle. Un des artistes qui ont travaillé
à le décorer s'en fait connaître en traçant soigneusement
son nom à la fin de la table qui occupe les premiers feuillets :
Jehan de Nizières, enlumineur. A la fin de ce volume
se lit une note autographe de Charles, duc d'Orléans.
3. Le manuscrit qui était classé sous le n° 34 du fonds
Barrois dans la bibliothèque d'Ashburnham Place 2 ne con-
tient pas non plus la légende Du livre les Propriétés... A la
vente faite à Londres au mois de juin 1901 3, il fut adjugé
à MM. Baer et Go. pour 295 1. st. (7,375 francs). En avril
1903, il était à Florence entre les mains de M. Olschki, qui
l'offrait au prix de 20,000 francs. Il est coté à 1 5,000 marks
(18,750 francs) sur un catalogue que la maison Joseph
Baer de Francfort a mis en distribution au mois de juin
lui).")' et qui contient la reproduction de plusieurs minia-
tures.
1. Édition de G. Doutrepont, p. 42.
2. Catalogue of the manuscripts al Ashburnham Place, part the second,
comprising a collection forined by Mons. J. Barrois. London, s. d., in-4°.
3. The Ashburnham library Catalogue of the fumons collection of manus-
cripts... known as the Barrois collection... Sold by Sotheby... the lOth day
of june 1901. London. 1901, p. 89, n" 237.
4. Handschriften und Drucke des Mittelalters und der Renaissance. Kata-
log 500 anlaes des 120 Jaehrigen besteihens des anliquariates Joseph Baer
Und Co. iierausgegeben, I Teil. Frankfurt am Main, 1905.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 233
Un frontispice à quatre compartiments, du même type
que celui qui vient d'être décrit, mais avec des variantes
et sans les bordures tricolores, se trouve encore dans les
trois manuscrits français de la Bibliothèque nationale cotés
216, 22533 et 22534, ainsi que dans un manuscrit du
Musée Gondé, qui pourrait bien avoir appartenu au duc de
Berry : il serait l'exemplaire écrit de lettre de cour que,
suivant un ancien inventaire1, les quatre secrétaires
offrirent à ce prince pour les étrennes de 1403.
Au moment où j'achève la mise au net de ma copie, à la
veille de l'envoi à l'imprimerie, M. Jacques Rosenthal veut
bien me mettre sous les yeux un très bel exemplaire du
Propriétaire des choses, de la même famille que les manus-
crits dont le frontispice offre les quatre compartiments
ci-dessus indiqués, avec les légendes. Il a conservé la
monumentale reliure de la famille d'Urfé. Ce manuscrit a
été acheté par un amateur de Paris.
Montfaucon2 a fait connaître une grande miniature sur
laquelle la remise à Charles V du livre de Gorbechon était
représentée d'une façon toute différente. On y voit le roi
recevant l'hommage du livre dans une assemblée solen-
nelle, au milieu de laquelle on distinguait, dit-on, le conné-
table Bertrand Du Guesclin et le chancelier Jean de Dor-
mans. La miniature venait d'une communication faite par
le maire de Nantes, Mellier.
Enfin, l'occasion s'en présentant, grâce à la toute récente
communication de M. G. Brandis, directeur de la biblio-
thèque de l'Université d'Iéna, je puis faire connaître l'exem-
plaire du Propriétaire qui fait partie de cette bibliothèque
(God. Het. in-folio 80). Il appartient à la même famille que
1. N° 145 de l'Inventaire des livres du duc de Berry publié dans la seconde
partie du présent ouvrage, p. 247*. Voir le Catalogue des manuscrits du Musée
Condé, t. II, p. 276.
2. Monuments de la monarchie françoise, t. III, p. 33.
234 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
ceux dont il vient d'être question : c'est un gros et grand
volume in-folio, sur parchemin très pur, en 380 feuillets,
écrit en lettres bâtardes, à deux colonnes, des premières
années du xve siècle, et orné, au commencement des
livres, de belles miniatures, dont j'indiquerai les sujets,
pour venir en aide à qui essaiera de classer les exemplaires
d'un ouvrage fort recherché, aux xive et xve siècles, par les
grands bibliophiles.
I. Frontispice de l'ouvrage, en quatre compartiments, dont le
quatrième ne contient pas la légende relative à la présentation.
II (fol. 16). Les mauvais anges précipités dans l'enfer par les bons.
III (fol. 27). Figure de l'âme que Dieu fait entrer dans le corps
humain.
IV (fol. 40). Un homme nu, debout au-dessus de la mer, entre
une masse enflammée et un globe terrestre, sous un ciel étoile et
éclairé par le soleil et la lune (illustration du chapitre traitant des
qualités des éléments qui composent le corps humain et celui des
bêtes).
V (fol. 50). Un médecin s'adressant à un groupe, à la tête duquel
on remarque deux estropiés, l'un ayant un bras en écharpe, l'autre
marchant sur des béquilles.
VI (fol. 90 v°). Les quatre âges : un enfant, un jeune homme, un
homme de l'âge mûr et un vieillard.
VII (fol. 106). Leçon d'un professeur de médecine.
VIII (fol. 137). La Trinité entourée de sept anges, sur un ciel bleu.
IX (fol. 158 v°). Un professeur d'astronomie.
X (fol. 169 v°). Grand globe terrestre soutenu par quatre anges.
XI (fol. 173). Un professeur de météorologie.
XII (fol. 181). Groupes d'oiseaux sur un fond de rinceaux d'or.
XIII (fol. 195 v°). La mer peuplée de poissons, et dans le haut du
tableau, au-dessus d'un nuage bleu, le Tout-Puissant entouré d'anges
dorés sur fond d'or.
XIV (fol. 206 v°). Un professeur faisant une leçon sur un globe
terrestre.
XV (fol. 217 v°). Vue d'une ville.
XVI (fol. 245 v°). Un professeur dans un tableau à fond rouge,
semé de pierres précieuses accrochées à des rinceaux d'or.
XVII (fol. 261 v°). Des arbres et des herbes.
XVIII (fol. 310). Des quadrupèdes.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 235
XIX (fol. 355). Leçon d'un professeur qui parle des couleurs, des
odeurs, des saveurs et des liqueurs.
XX (fol. 374). Conférence de trois docteurs sur la différence des
nombres, mesures, poids et sons; un quatrième frappe avec deux
marteaux sur deux petites cloches.
Le deuxième feuillet du texte (fol. 9, à la suite d'un cahier de
table) commence par les mots de cucr royal.
Sur la dernière page se lit cette souscription :
« Ce livre des Proprietez des choses fu translaté de latin en fran-
çois l'an de grâce mil CCC LXXII, par le commandement de très
puissant et noble prince Charles le quint de son nom régnant en ce
temps en France puissanment, et le translata son petit et humble
chappellain frère Jehan Corbechon de l'ordre saint Augustin,
maistre en théologie, de la grâce et promocion dudit prince et sei-
gneur très excellent.
« Cy fine le livre des Proprietez des choses, que translata de latin
en françoiz frère Jehan Corbechon, de l'ordre saint Augustin, doc-
teur en théologie.
« Escript par Fremin de Reuelle. »
L'écrivain qui a copié ce beau volume, Firmin de Revelle,
ou peut-être Reuelle, nous est connu pour avoir fourni en
1 409 au duc de Berry un psautier qui avait appartenu à
Jean de Montaigu, grand maître d'hôtel du roi1.
Le ms. d'Iéna est revêtu de son ancienne reliure en bois
recouvert de velours rouge. Il est encore muni de la chaîne
qui l'attachait jadis à un meuble de bibliothèque.
XLIII.
« Ce livre est des Voies de Dieu », traduction par
Jacques Bauchans des Visions de sainte Elisabeth.
Bibliothèque nationale, ms. français 1792, venu delà
librairie du château de Blois.
Exemplaire original, en tête duquel une miniature repré-
sente le traducteur offrant le livre au roi. En marge de la
1. Inventaires de Jean, duc de Berry, éd. Guiffrey, t. I, p. 260.
236 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
page initiale, trois écussons : le premier, armes royales à
trois fleurs de lis; le deuxième, écartelé de France et de
Dauphiné; le troisième, d'Orléans1 à fleurs de lis sans
nombre. La transcription, en grosses lettres de forme, peut
être rapportée à la première période du règne de Charles V.
Ce volume figure sur tous les inventaires de la librairie
du Louvre (A. 174, B. 174, D. 114, E. 112, F. 95). L'ar-
ticle de l'inventaire de 1411 auquel il s'applique exacte-
ment est ainsi conçu :
Item un livre appelle les Voyes de Dieu, que translata ung ser-
gent d'armes du roy nommé Jacques Bauchant, de Saint Quentin,
couvert de veluau inde; escript de lettre formée, à deux coulombes,
commençant ou second foillet et ainsy, et ou derrenier maint ou
père; à n fermouers d'argent dorez.
Estimé 1 livre en 1425.
Le frontispice a été reproduit dans mes Facsimilés de
livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. III.
XLIV.
La Somme le Roi, par frère Laurent.
Bibliothèque nationale, ms. français 938, provenu de la
librairie du château de Blois.
La Somme le Roi, du dominicain frère Laurent, achevée
en 1 279 à la requête du roi Philippe le Hardi, est le manuel
de morale religieuse qui a eu le plus de vogue pendant les
trois derniers siècles du moyen âge2. Au moment même de
1. Au premier abord, on pourrait supposer que les deux derniers écussons
se rapportent aux deux enfants de Charles V : le dauphin Charles, qui fut
depuis Charles VI, et Louis, qui devint duc d'Orléans; mais ce dernier prince
n'eut pas le titre de duc d'Orléans du vivant de son père.
2. Voir l'Histoire littéraire de la France, t. XIX. p. 391-405, et les articles
de M. Paul Meyer dans la Romania, t. XXIII, p. 449, et t. XXVII, p. 109,
ainsi que dans le Bulletin de la Société des anciens textes français, 1892,
p. 68.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 237
la publication, il fut complété par l'addition d'une quin-
zaine de tableaux composés d'après un programme arrêté
ou du moins agréé par l'auteur. Ces tableaux formaient un
véritable commentaire du texte, dont ils facilitaient l'intel-
ligence aux fidèles illettrés1; ils contribuèrent au succès de
l'ouvrage ; on les reproduisit fidèlement dans la plupart des
exemplaires illustrés delà Somme le Roi, dont ils devinrent
une partie intégrante.
L'un des plus anciens, peut-être le plus ancien des
exemplaires connus de la Somme le Roi, est celui dont je
dois parler ici, puisqu'il a authentiquement appartenu à
Charles V. Il date de l'année 1294, comme l'annonce la
souscription suivante :
Cest livre copila et parfit uns frères de l'ordre des Prescheors, à
la renqueste dou roy de France Phelipe, en l'an de l'incarnacion
Jhesu Crist mil deus cenz sexante dex et nuef. Deo gratias. Et fu
escripz de Perinz de Falons, clerc, ou mois d'octambre que li
meliaires nostre (sic) corroit mil IF IIII vinz et XIIII.
Il figure sur tous les inventaires de la librairie du Louvre
(A. 432, B. 454, D. 305, E. 346 et F. 324). Celui de
l'année 1411 le mentionne en ces termes :
Item les Dix commandemens de la loy, vices et vertuz, historié,
escript en françois, de lettre de forme, commençant ou ne foillet du
texte qui sont establies, et ou derrenier encia dicitur2, couvert de
cuir rouge, à deux fermouers de laton.
1. On s'est plu de tout temps a illustrer de peintures les livres relatifs aux
Vices et aux vertus. Un ouvrage de ce genre, à peu près contemporain de la
Somme le Roi, dont tous les feuillets étaient ornés d'images, est ainsi indiqué
sur une liste de manuscrits dont Yves, abbé de Cluni (1256-1275), enrichit la
bibliothèque de son monastère : « Summa de viciis et virtutibus, in duobus
voluminibus, cum ymaginibus in quolibet folio. » Delisle, Calai, des mss. du
fonds de Cluni, p. 378.
1. Le dernier feuillet du ms. 938 commence par son qui set bien. Il est pro-
bable que le manuscrit, dans son état primitif, contenait à la suite de la
Somme le Roi quelques feuillets d'un texte latin qui a disparu. Le feuillet de
garde relié au commencement se termine par les mots : Unde de sapi; il est
bien probable qu'il était suivi d'un feuillet commençant par entia dicitur.
238 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Estimé % livres en 1425.
Voici la liste des peintures que nous trouvons dans le
ms. 938 :
I. Moyse reçoit les tables de la loi. — Moyse brise ces tables. —
Adoration du veau d'or. — Fol. 2 v°.
II. Les apôtres inspirés par le Saint-Esprit et rédigeant les articles
du Symbole. — Fol. 6.
III. La Bête de l'Apocalypse. — Fol. 8 v°.
IV. Le Jugement dernier. — Le Paradis [Paradisus]. — L'Enfer
[infernus). — Fol. 37.
V. Les arbres du jardin mystique arrosés par sept vierges. —
Fol. 47 v°.
VI. Jésus-Christ enseigne l'oraison dominicale à ses disciples. —
Fol. 53 v°.
VII. La Descente du Saint-Esprit sur les apôtres. — Fol. 65.
VIII. Sapiance. — Astenance . — Force. — Justice. — Fol. 69.
IX. Humilité. — Ergiz. — Publicanus. — P/iariseus. — Fol. 74.
X. L'Amitié. — David et Jonathas. — La Haine. — Saûl et David.
— Fol. 82.
XI. L'Equité. — La Félonie, Chaym, Abel. — Arche Noë. —
Moyses (Moyse séparant deux hébreux qui se battaient). — Fol. 86.
XII. Prouèce, qui ocit un lion. — Parèce (c'est un homme assis
sur un tertre, qui regarde nonchalamment une charrue attelée de
deux bœufs). — David, Golias. — Cil qui seinme. — Fol. 93 v°.
XIII. Pidié (la pitié vêtissant un pauvre). — Usure. — Abraham
recevant les anges. — La dame qui done son vin* ... — Fol. 105 v°.
XIV. La Chasteté (Chastez). — Luxure. — Oploferne. — La
femme de Putiphar et Joseph. — Fol. 120 v°.
XV. La Sobriété. — La Gloutonnerie. — L'Économie. — Le Mau-
vais riche. — Lazare. — Fol. 143.
Ces quinze tableaux sont un très bon exemple des pro-
duits de l'école française de la fin du xme siècle.
L'occasion s'en présentant, je me permets d'ajouter ici
des notes sur plusieurs copies illustrées de la Somme le Roi
que j'ai pu comparer avec l'exemplaire de Charles V, et qui
montrent avec quelle fidélité fut suivi le programme adopté
1. Au lieu de vin, il faut lire uile. Allusion à uu passage des Rois, IV, 4.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 239
par l'auteur ou par les religieux et les libraires qui ont
pris part à la diffusion de l'ouvrage dans le monde reli-
gieux.
Musée britannique. — Le Musée britannique a acquis
en 1869 un manuscrit de la Somme le Roi, qui a reçu le
n° 28162 dans le fonds additionnel1 et qui peut avoir été
écrit vers la fin du xme siècle. Il se termine par cette sous-
cription : « Gest livre compila et partist uns frère, de
« l'ordre des Preescheors, à la requeste dou roi de France
« Phelippe, en l'an de l'incarnacion Jhesu Grist mil deus
« cenz et soissante (sic) et nuef. »
L'illustration est tout à fait semblable à celle du ms.
français 938 de la Bibliothèque nationale ; mais il y a plu-
sieurs lacunes. Au moment de l'acquisition, et en 1876,
quand le catalogue fut publié, manquaient six tableaux,
ceux qui répondent aux nos II, IV-VII et XIV du ms. 938
de Paris. La peinture n° II, retrouvée en 1 883 à Paris dans
le cabinet de feu le comte de Bastard, a repris sa place
dans le volume du Musée britannique, et on a reconnu que
la peinture n° VI2 a été reliée par mégarde dans un exem-
plaire de la Sainte abbaye, qui, après avoir appartenu à
Didot3, est aujourd'hui dans la bibliothèque de M. Henry
Yates Thompson, où elle sert de frontispice au traité du
service et du bien que les Tribulations font à la créature4.
Il n'y a donc que les tableaux IV, V, VII et XIV du manus-
crit 281 62 de Londres dont le sort actuel soit inconnu.
Les tableaux XIII et XV ont été reproduits en 1 846 sur
1. Catalogue of Additions to the mss. in the British Muséum in the years
185Ï-1875, vol. II (1876), p. 436.
2. Elle est intitulée : « Dieux qui fait la Pater nostre. »
3. Catalogue illustré des livres précieux, manuscrits et imprimés faisant
partie de la bibliothèque de M. Ambroisc Firmin-Didot (vente de l'année
1879), p. 92.
4. Montague Rhodes James, A descriptive catalogue of fifty mss. from the
collection of Henry Yates Thompson, n* 40, p. 231.
240 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
une planche que le comte de Bastard se proposait de com-
prendre dans son grand ouvrage sur les Peintures et orne-
ments des manuscrits et à laquelle il a assigné dans ses
notes le n° 251 bis. Le tableau XIII a été copié dans le
recueil intitulé Le Bibliophile français, t. III (Paris, 1869,
in-8°), en regard de la page 31. — La Bête de l'Apoca-
lypse (tableau III) a été gravée dans les Études de symbo-
lique chrétienne du comte de Bastard, p. 68.
Ms. 870 de la bibliothèque Mazarine1. — Ce manus-
crit, venu de la bibliothèque de l'Oratoire, est de la même
époque et offre la même disposition que les deux précé-
dents.
La souscription finale nous porte à l'année 1 295 :
Cest livre compila et parfist uns frères de l'ordre des Preescheurs,
à la requeste dou roi de France Phelippe, en l'an de l'incarnacion
Nostre Seigneur Jhesu Crist mil CC et soixante et XIX. Et cist pre-
senz livres fu finez l'an Nostre Seigneur corant par M CC quatre vinz
et quinze anz, ou mois de décembre, par la main Estiene de Monbe-
liart, prestre, vicaire perpétuel Saint Meulon en Pontoise. Deo
gratias.
Comme dans les deux manuscrits précédents, les pein-
tures ont été exécutées sur des feuillets dont le verso est
resté blanc, précaution qu'on ne prenait guère au moyen
âge que pour des livres de grand luxe. La décoration con-
siste en quinze tableaux des mêmes types que ceux des
deux premiers manuscrits, mais le texte des légendes qui
va être reproduit est spécial à cet exemplaire.
I. Comment Diex done ces comandemens à Moyse. — Comment li
ypocrite aorent le veel. — (Le feuillet contenant cette peinture avait
été dérobé. On l'a retrouvé dans un cadre du Musée de Cluni, et il
vient d'être remis à sa place dans le manuscrit de la Mazarine.)
II. Comment li apostre font le Credo. — Fol. 5.
III. Ceste beste senefie le deable. — Ceste beste vaint les sainz,
et li ypocrite l'aorent. — Fol. 8.
1. Vuir le Catalogue de M. Mobilier, t. I, p. 408.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 241
IV. C'est le Jugement. — Fol. 44.
V. C'est li Jardins des vertus. Li sept arbres senefient les sept
vertus dont cist livres parle. L'arbre du milieu senefie Jhesu Crist,
sous qui croissent les vertus. Les sept fontaines de cest jardin sunt
les sept dons du Saint Esperit qui arousent le jardin. Les sept
pucelles qui puisent en ces sept fontaines sunt les sept peticions de
la Patrenostre qui empêtrent les sept dons. — Fol. 61.
VI. Comment Nostre Sires parle à ses desiples en la montaingne.
— Fol. 64.
VII. Comment Nostre Sires envoie le Saint Esperit entre ses
apostres. — Fol. 78.
VIII. Prudence. — Attrempance. — Force. — Justice. — Fol. 83.
IX. Humilité. — Orguel. Ocozias. — Le pécheeur. — L'hypocrite.
— Fol. 89.
X. Le tableau consacré à l'Amitié et à la Haine devait se trouver
en regard du fol. 98 v°. Il a été arraché; des restes de l'onglet sont
encore adhérents au fol. 91 recto.
XL Équité. — Félonie. — Fol. 103. — Il n'y a pas de légende
pour les deux compartiments inférieurs du tableau, qui représentent
l'un l'Arche de Noë, l'autre les deux combattants que Moyse veut
séparer.
XII. Prouesce. — Peresce. — David. Goulie. — Labour. — Fol. 111.
XIII. Entre les fol. 127 et 128, on distingue très nettement les
traces d'arrachement d'une miniature, dont les sujets se rapportaient
à la Miséricorde et à l'Usure.
XIV. Chastée. — Luxure. — Holoferne. Judith. — Joseph qui
fuit la foie dame. — Fol. 147. — Sur cette peinture, la Luxure me
semble tenir une chaîne et un filet, ce qui est peut-être plus facile à
expliquer que « la chemise blanche » mentionnée dans la légende
du ms. de l'année*i373, ms. 6329 de l'Arsenal.
XV. Sobriété. — Gloutonnie. — Le riche homme en enfer. —
Fol. 179.
Ms. 63^9 de l'Arsenal. — Dans cet exemplaire de la
Somme le roi, daté de l'année 1311 et classé à la biblio-
thèque de l'Arsenal sous le n° 6329, nous trouvons encore
les mêmes quinze tableaux, officiellement adoptés pour
l'illustration de l'ouvrage ; ils sont dépourvus cette fois de
toute légende et ainsi disposés :
I. Moyse recevant les tables de la loi. — L'adoration du veau d'or.
— Fol. 7 v°.
16
242 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
II. La Trinité encensée par deux anges. — Les apôtres rédigeant
le Symbole. — Fol. 12 v°.
III. La Bête de l'Apocalypse. — Fol. 16 v°.
IV. Le Jugement dernier. — Le ciel. — L'enfer. — Fol. 54 v°.
V. La miniature des arbres du jardin mystique occupait un feuil-
let qui a été coupé et dont la trace se voit entre les feuillets actuel-
lement cotés 70 et 71.
VI. Jésus-Christ enseignant l'oraison dominicale à ses disciples.
— Fol. 75 v°.
VII. La Descente du Saint Esperit sur les apôtres. — Fol. 96 v°.
VIII. Les quatre vertus : Prudence, Tempérance, Force et Jus-
tice. — Fol. 96 v°.
IX. L'Humilité et l'Orgueil. — La pécheresse en prières et le pha-
risien. — Fol. 102 v°.
X. L'Amitié. — Heli. — David et Jonathas. — Saùl et David. —
Fol. 112 v°.
XI. La Paix. — La Félonnie. — L'Arche de Noë. — Moyse sépa-
rant deux hébreux. — Fol. 118 v°.
XII. La Prouesse. — La Paresse. — David et Goliath. — Le
Semeur. — Fol. 128 v°.
XIII. La Miséricorde. — L'Avarice. — Loth et les deux anges.
— La dame transvasant son huile. — Fol. 145 v°.
XIV. La Chasteté et la Luxure. — Esther et la femme de Puti-
phar. — Fol. 167 v°.
XV. La Sobriété. — La Gloutonnerie. — L'Economie. — Le mau-
vais riche et Lazare. — Fol. 200 v°.
Outre ces tableaux, le ms. 63219 de l'Arsenal contient
sept autres peintures qui, pour ne pas se rattacher direc-
tement au texte de l'ouvrage, n'en méritent pas moins
d'être mentionnées.
Il y a d'abord, au commencement du volume, six
tableaux qui représentent la sainte Vierge (fol. \ v°),
Jésus-Christ en croix (fol. 2), l'apparition de Jésus à la
Madeleine (fol. 3 v°), l'ange montrant aux saintes femmes
le sépulcre vide (fol. 4), le roi de gloire (fol. 5 v°), le
jugement dernier (fol. 6).
La dernière peinture du volume (fol. 201) est consacrée
à la décollation de saint Jean-Baptiste. Le sujet a sans
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 243
doute été choisi à la demande de la dame qui avait fait
exécuter cette copie de la Somme le roi et qui avait saint
Jean pour patron. En effet, le livre avait été écrit en 131 I
pour Jeanne, comtesse d'Eu et de Guines, comme le scribe
a pris soin de nous en avertir par une souscription
(fol. 211 3 v°) ainsi conçue :
Chest livre fist escrire très haute et très noble dame madame
Johane, contesse de Eu et de Guynes, à Lambert Le Petit, en l'an de
l'incarnation Nostre-Seigneur Jhesu-Crist mil et CCC et XI, u mois
de may.
C'est probablement la comtesse Jeanne, qui figure sur le
premier tableau (fol. 1 v°), agenouillée aux pieds de la
sainte Vierge.
Miniature du Musée Fitz William a Cambridge. —
Je dois à l'obligeance de M. S. C. Cocquerel la photogra-
phie d'un feuillet conservé dans ce Musée et qui a été coupé
dans un manuscrit apparenté de très près aux trois manus-
crits précédents. Il représente le tableau XI de la série
d'images dont je m'occupe, avec ces légendes : Equité, —
Felonnie, — L'Arche Noël (sic), — Moyses.
Manuscrit H. 106 sup. de l'Ambrosienne a Milan.
— Cet exemplaire, qui contient les quinze tableaux de
l'illustration officielle de la Somme le roi, a été fait pour
le duc Louis Ier, duc de Bourbon, dont il porte les armes
(de France à la bande de gueules), avec celles de sa femme,
Marie de Hainaut ( 1 et 4, Flandre, d'or au lion de sable,
armé et lampassé de gueules; 3 et 4, Hollande, d'or au lion
de gueules, armé et lampassé d'azur). Voir la description
de M. Omont, dans la Revue de l'art chrétien, novembre
1890, p. 467-470.
Manuscrit français 14939 de la Bibliothèque
nationale. — Ce manuscrit, intitulé « Le Miruour du
monde » , est orné des quinze tableaux de la série officielle
des exemplaires de la Somme le roi, mais le style de la pein-
244 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
ture n'est plus celui des manuscrits du xine ou du com-
mencement du xive siècle. La date du manuscrit explique
la différence. Le ms. 14939 est de l'année 1373. On lit au
fol. 160 ces mots : « Escript à Paris, l'an M. CGC. LXXIII,
« la veille de l'Ascension Nostre Seigneur. »
Voici la place que les quinze tableaux occupent dans le
ms. 14939 :
I. Fol. 5. VI. Fol. 86. XI. Fol. 108.
II. Fol. 7. VII. Fol. 94 v°. XII. Fol. 112 v°.
III. Fol. 8 v°. VIII. Fol. 97 v°. XIII. Fol. 122.
IV. Fol. 74 v°. IX. Fol. 100 v°. XIV. Fol. 134.
V. Fol. 84. X. Fol. 105 v°. XV. Fol. 153.
Une particularité bien rare dans les anciens manuscrits
à miniatures donne une valeur exceptionnelle à notre
manuscrit de l'année 1373. C'est que les dix derniers
tableaux sont accompagnés d'explications qui ne sont pas
seulement utiles pour comprendre les tableaux de la Somme
le Roi, mais qui jettent encore beaucoup de lumière sur
différents monuments figurés du moyen âge. Il n'est donc
pas superflu de les copier ici, en les recommandant à l'at-
tention des archéologues.
VI. Ci doit estre paint comme Nostre-Seigneur priesche à ses dis-
ciples en la montaigne, et tient en la main senestre une ronde chose,
partie en trois parties; et au pié de la montaingne grant multitude
de gent qui regardent les apostres, grant multitude de gent qui
regardent en haut, pour oïr le sermon de la saintte patenostre.
VII. Ci doit estre paint comme Nostre-Seigneur envoia le Sainct
Esperit entre les appostres; et doit estre l'ymage Nostre Segneur en
une nue en hault, tenant une pomme en sa main senestre, et segnant
de la main destre; et dessouz la nue doit avoir un coulon qui gete
feu, et dessouz le coulon doivent estre les xii apostres en estant, qui
doivent regarder le coulon.
VIII. Cy doit estre paint Prudence, Atrempance, Force et Justice.
— Prudence doit estre une dame qui siet en une chaiere, et tient un
livre ouvert, et list à sez disciples qui sient à sez piez. — Et Atrem-
pance doit estre painte de costé en la part senestre, et doivent estre
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 245
deus dames seans à une table mise de viandes, l'une parle à l'autre
par contenance de mains; et dessouz la table a un povre à genouz
qui prent un hanap à pié et boit. — Force doit estre painte dessous;
une damoisele à destre en estant, vestue d'un mantel, et a entre ses
deus mains un lion, en un compas' raont en forme d'un platel. —
Justice doit estre après à senestre en séant, et tient en une main
une espèce (épée), et en l'autre unez balances en semblance de peser.
IX. Ci doit avoir quatre ymages. — Le premier doit estre, par
devers destre, une dame en estant, qui a nom Humilité, et doit tenir
un aignel en un compas raont. — Après, devant soi, doit avoir une
tour à carniaux, et en celle tour doit avoir un ymage qui chiet des
carniax à val, qui a nom Orguel. — Et dessoulz Humilité doit avoir
une ymage qui est en un mantel à genous devant l'autel, humble-
ment en orison. — Et dessous la tour doit avoir un autel et un
homme à genous, et ne regarde mie l'autel, ainçois regarde l'ymage
derrière soi, et la monstre au doit en semblance de moquerie. —
Ce sont les noms : Humilité, Orguel, le Pécheur, Hypocrite.
X. Ci doit avoir une dame en estant, qui a non Amistié, qui tient
un coulon. — Et devant elle doit avoir un homme en estant, qui est
en forme d'homme viel, et a nom Hely. — Et dessous la dame doit
avoir deus personnes qui s'entrembracent et beisent, qui ont à nom
David et Jonathas. — Et dessous Hely, doit avoir un roy qui tient
une lance, et veult ferir un enfes qui tient un Satreliun (psalterium)
à sez pies. Li roi a nom Saù, et li enfant David.
XI. Ci doit estre une dame en estant qui a nom Pais, qui tient
Agnus Dei. — Et dessouz la dame, l'Arche Noël (sic), en semblance
d'une nef, et dessus, divers tabernacles où il ait diverses choses. —
Et devant la dame, une ymage en estant, qui a nom Felonnie, et tient
une hache, et veult ferir un ymage à genous devant soi. — Et devant
l'arche doit aver m ymages, celle du melieu doit esti'e Moysez cor-
nus, qui separt de la meslée des deus autres qui se veulent ferir de
bastons. — Ce sont lez noms dez ymages : Equité, Felonnie, L'arche
nous segnifie Pais.
XII. Ci doit estre une dame en estant qui tient un lyon. — Et
dess[o]us li, un grand homme armé tenant son escu et sa lance, et
un petit enfant devant li, qui le fiert ou front d'une pierre à une
fonde. — Et devant la dame, doit avoir un homme qui dort et fet
muser sa charue. — Et dessous li, doit avoir un homme qui semé
blé en terre. — Le nom de la dame est Force, de l'armé Golias, et
l'enfant David, et de celui qui dort Paresce, et de celui qui semme
Labour.
I. Cercle formé par un tour de compas.
246 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
XIII. Ci doit avoir une dame qui donne une cotte à un povre
homme qui est à genous devant soi, et a nom Miséricorde. — Et
dessous la dame doit avoir l'ymage de Loth, en semblance d'um
homme qui prie de herbegier n angres. — Et devant la dame doit
avoir un homme qui a nom Avarice, qui nombre deniers sur une
table. — Et dessous Avarice doit avoir une dame qui vuide oille de
pot en autre.
XIV. Ci doit avoir une dame en estant qui tient un oysel et a non
Chastée. — Et devant li une autre dame qui a nom Luxure, qui
tient à une main une chemise blanche, et en l'autre main deus
agniaux de fer pour enforgier, et gete le sanc par la bouche. — Et
dessouz Chastée doit avoir une dame qui tient une espée et occist
un homme dormant en son lit, qui a nom Hester. — Et dessous
Luxure doit avoir une dame et Joseph qui fiert un autre en la
bouche, et elle ne le veult faire, et elle retient son mantel.
XV. Cy doivent estre les ymages de sobriété et de gloutonnie,
et le riche au disner, et le ladre à la porte, et le riche qui demande
la goûte d'yaue. — Et dessus doit avoir une dame en estant sus un
lyon, qui tient un oisel et a nom Sobriété. — Et devant la dame
doit avoir un homme en séant à une table, qui a nom gloutonnie et
gete par la gueule. — Et dessoulz la dame doit avoir un homme en
séant qui taille son pain par mesure. — Et dessous gloutonnie doit
avoir un homme et une famé séant à la table ; et fet la famé semblant
de doner aumosne au ladre, et l'omme deffant à son escuier qu'il ne
voist point, et le fet chascier hors, et li chien le chascent et li lèchent
les pies.
Manuscrit de l'Université de Valence. — De notre
ms. 14939 doit être rapproché, au moins à certains égards,
un exemplaire de la Somme le Roi appartenant à l'Univer-
sité de Valence. A en juger par un article qu'a cité Mazza-
tinti1, il doit contenir des instructions à l'enlumineur tout
à fait analogues à celles du ms. 1 4939. Voici le programme
donné pour la composition du deuxième tableau :
Ci doivent estre le xn apostres en séant, et el milieu des apostres
doit avoir un livre ouvert sur un letrin, et chascun des apostres doit
monstrer au doit en semblance de deviser le Credo. Et desus le
letrin doit avoir un coulon descendant du ciel, qui par le bec giete
semblance de feu, lequel feu doit descendre en semblance de rais de
soleil sus chascun des apostres.
1. La Biblioteca dei re d'Aragona in Napoli, p. 144, art. 413.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 247
Ms. 2294 de la Bibliothèque royale de Belgique.
— La suite des quinze tableaux officiels de la Somme le
Roi se trouve peinte en grisaille dans un manuscrit daté de
Tannée 141 5. Voir le Catalogue dressé par le P. J. Van den
Gheyn, qui appelle l'auteur frère Laurent du Bois.
XLV.
Le Miroir des dames, composé par le franciscain Durand
de Champagne pour Jeanne de Navarre, femme de Philippe
le Bel. Traduction française.
Bibliothèque du Collège de Corpus Christe à Cambridge,
n° 324.
Exemplaire du xive siècle, sur la première garde duquel
M. Paul Meyer a reconnu la signature de Charles V.
Il figure sur les inventaires de la librairie du Louvre
rédigés en 1411 et 1413 (D. 890, E. 194). Le premier le
désigne ainsi :
Item le Miroir des dames en françois, de bonne lettre de forme,
à deux coulombes, historié et enluminé, commençant ou ne foillet
prudence ainsi li homs, et ou derrenier vertuz vengence, couvert
d'une chemise de toille à queue, et deux petiz fermoirs d'argent
dorez, esmaillez de France, et une pipe de broderie.
Nasmith, Catalogus librorum manuscriptorum quos colle-
gio Corporis Christi et beatœ Mariœ Virginis in Academia
Cantabrigiensi legavit Matheus Parker (Cantabr., 1777,
in-4°), p. 346. — Notices et extraits des manuscrits, t. XXXI,
part. I, p. 18. — Histoire littéraire de la France, t. XXX,
p. 320.
XLVI.
La Voie de paradis, le Miserere du Reglus de Mol-
LIENS ET LE ROMAN DE LA CaRITÉ.
Bibliothèque nationale, ms. français 1838.
248 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Recueil copié dans la première moitié du xive siècle,
enregistré dans tous les inventaires de la librairie du Louvre
(A. 504, B. 527, D. 358, E. 398, F. 373), et auquel s'ap-
plique bien l'article 358 de l'inventaire de 1411 :
Item ung livre couvert de cuir à queue, ouquel a pluseurs choses
de devocion, le Reclus de Morleans, et se nomme la Joye de para-
dis [sic), escript en françois de lettre de forme, à deux coulombes,
commençant ou 11e foillet vostre sauvement et ou derrenier povres
souffrons, à deux fermouers de laton.
Il fut estimé 2 livres en 1422.
La première des trois pièces contenues dans ce volume
doit être l'objet d'une observation parce qu'elle a donné
lieu à des méprises dans les inventaires du xive et du
xve siècle et dans les Catalogues du xixe. Le titre final, au
fol. 91 du manuscrit, porte : « Gest livre est de la Joie de
Paradis. » Le copiste aurait dû écrire « la Voie de Paradis »,
ce qui répond au contenu du traité, et qui d'ailleurs est
conforme au titre inscrit au haut de la première page :
« Le Chemin de Paradis ». En effet, c'est la traduction ou
l'arrangement du traité de Robert de Sorbon intitulé :
Iter Paradisi. Le compilateur s'exprime ainsi au commen-
cement du traité (fol. 2, col. 1) : « ... lequel livre j'ai
« estret de la sainte Escriture que j'ai oie et retenue, de mes
« docteurs et de mes mestres et meesmement des sermons
« mestre Robert de Sorbonne, et l'ay translaté de latin en
« françois le miex que j'ai peu, à mon petit pouoir sanz
« rime, quar en aucune[s] rimes a assez de choses qui ne
« sont mie voires... »
XLVII.
Le Legiloque et autres traités de dévotion en prose ou
en vers.
Bibliothèque nationale, ms. français 4338 des Nouvelles
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 249
acquisitions, venu de la bibliothèque d'Ambroise Firmin-
Didot.
Exemplaire de la seconde moitié du xive siècle, orné de
miniatures. Je l'ai décrit en détail dans la Bibliothèque de
l'École des chartes, 1869, 6e série, t. V, p. 532-542.
Figure dans tous les inventaires de la librairie du Louvre
(A. 115, B. 116, D.71, E.70, F. 59). Voici l'article qui le
concerne dans l'inventaire de 1 41 1 :
Item un livre des Dix commandemens de la loy, des vices et ver-
tuz, d'Enoc et de Helie, des quinze signes, les six degrez de charité,
les enseigneraens que saint Loys fist à son filz, à soy aprendre à
savoir confesser, et pluseurs autres choses de devocion, tout en
prose1, et se commence Audi Israël ou premier foillet, et ou com-
mencement du derrenier fueillet Icy achevrons2; escript de lettre de
forme en françois, em prose; couvert de cuir blanc, à deux fermouers
de laton.
Il fut estimé 2 livres en 1424.
Voir la notice indiquée ci-dessus, dans la Bibliothèque
de l'École des chartes, et le Catalogue de la bibliothèque
d'Ambroise Firmin-Didot, vente de 1882, p. 51, n° 33.
Il existe deux exemplaires du même recueil, composés
absolument des mêmes morceaux, le manuscrit français 1136
de l'ancien fonds de la Bibliothèque nationale et le manus-
crit 137 du Musée Gondé à Chantilly3. Celui-ci, acquis en
1 891 à une vente de M. Gruel, répond assez bien à la des-
cription des inventaires de la librairie du Louvre : le pre-
mier feuillet commence, comme le ms. 4338 des Nouvelles
acquisitions de la Bibliothèque nationale, par les mots
Audi Israël, mais, la fin du volume ayant disparu, nous
ignorons si le dernier feuillet commençait par Icy ache-
vrons.
1. Le rédacteur de l'Inventaire n'a pas tenu compte de plusieurs petits mor-
ceaux qui sont en vers.
2. On lit dans le ms. 4318 des Nouv. acq., au haut du verso du dernier
feuillet, Ci achèverons.
3. Voir le Catalogue des manuscrits du Musée Condê, t. I, p. 126, n° 137.
250 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
XLVIII.
« La Digeste vielle en François. »
Bibliothèque nationale, ms. français n° 495, ayant fait
partie de la collection de Louis de Bruges et de la librairie
de Blois.
Exemplaire copié au xnr9 siècle, qui figure sur les inven-
taires de la librairie du Louvre (A. 307, B. 328, D. 200,
E. 242, F. 231). Correspond très exactement à l'article 200
de l'inventaire de 1 41 1 (la reliure seule a été changée) :
Item Digeste vieille en françois, escripte de lettre formée, à
ii coulombes ; commençant ou ne fueillet que des lois, et ou derre-
nier a une des personnes, couvert de cuir blanc à queue, à deux fer-
mouers de laton.
Estimé 5 livres en 1425.
XLIX.
« Les Institutes a l'empereur Justinien en Fran-
çois. »
Bibliothèque nationale, ms. français 1064, paraissant
avoir passé par les librairies de Louis de Bruges et du châ-
teau de Blois.
Exemplaire du xme siècle, enregistré sur les inventaires
de la librairie du Louvre (A. 513, B. 536, D. 366, E. 404,
F. 379), et répondant à l'article 366 de l'inventaire de
1411 :
Item un livre nommé Institute, escript en françoys de lettre de
forme, à deux coulombes; commençant ou 11e fueillet de celz as gens,
et ou derrenier tre celluy { , couvert de cuir vert, à u fermouers de
laton.
1. C'est l'avant-dernier feuillet, et non le dernier, qui commence par les
mots : tre celui qui porsiel.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 251
Sur la dernière page est la signature de Charles V1. Ce
prince a peut-être possédé ce volume avant de monter sur
le trône, et c'est probablement à lui qu'il faut appliquer une
note tracée au bas de la dernière page : « Ce livre est de
« nostre s[ire] le dauphin de Viennois. »
Ces Institutes furent estimés 10 sous en 1425.
L.
Les Institutes suivies des Autentiques et des
livres X-XII du Gode en français.
Bibliothèque nationale, ms. français 498, venu proba-
blement des librairies de Louis de Bruges et du château
de Blois.
Exemplaire copié en 1 342 comme l'atteste la souscrip-
tion finale :
Ci fenissent les trois livres du Gode à l'empereur Justinien, et
furent fés l'an mil III cens quarante et II, le samedy après Quasi-
modo, par P. Le François. Qui l'emblera pendu sera.
Ce volume est enregistré dans les inventaires de la
librairie du Louvre (A. 55, B. 55, D. 26, E. 25, F. 13); la
mention contenue dans l'inventaire de 1 41 1 est ainsi conçue :
Item les trois livres du Code, en ung volume couvert de cuir à
queue, escript de lettre de forme, en françois, à deux coulombes,
commençant ou ne fueillet use droit citoien, et ou derrenier nant
paine, à deux fermouers de cuivre. Et y est l'Institute au commen-
cement.
Estimé 4 livres en 1425.
LI.
« La Somme Ace seur Code et seur Institutes et
Extraordinaire. »
1. Le fac-similé de cette signature est dans l'atlas du Cabinet des manus-
crits, pi. XLV, n» 2.
252 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Bibliothèque nationale, ms. français 22969.
Exemplaire copié au xnie siècle. Il figure dans les der-
niers inventaires de la librairie du Louvre (D. 878, E. 1 82,
F. 159), et est ainsi enregistré sur celui de 1411 :
Item la Somme d'Asse sur Code et sur Institute, en François,
escript, couvert et fermant comme dessus1, commençant ou ne foil-
let du texte session Von entent, et ou derrenier héritez par nom
il ri a pas.
Estimé 5 livres en 1424.
LU.
• »
Les Décrétales en français.
Bibliothèque nationale, ms. français 493 ; venu probable-
ment des collections de Louis de Bruges, et certainement
de la librairie du château de Blois.
Exemplaire du xme siècle, inscrit dans les inventaires
de la librairie du Louvre (A. 312, B. 333, D. 205, E. 247,
F. 236). Voici l'article de l'inventaire de 141 1 :
Item Decretales, escriptes de lettre formée, en françois, commen-
çant ou ne foillet du texte et li filz, et ou derrenier et pour traittier2 ;
couvert de cuir blanc à queue, à un fermouers de laton; et deux
coulombes.
Estimé 2 livres en 1425.
LUI.
Aristote, les Éthiques, traduction par Nicole Oresme.
Musée Méermanno-Westréenien, à La Haye.
Exemplaire de petit format, copié en 1 376 par Raoulet
d'Orléans, qui a mis son nom sur la dernière page :
Ci fine le livre d'Ethiques, lequel fit faire très noble, très excel-
1. « De lettre de forme, à deux coulombes, couvert de soye inde et ver-
meille. »
2. Dans le ms. 403, les premiers mots du dernier feuillet sont : et por tren-
tiex et por anniversaires.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 253
lent et vray catholique prince Charles le quint, par la grâce et loenge
de Dieu roy de France, et l'escript Raoulet d'Orliens, l'an M.CCC.
LXXVI. Deo gracias.
Il est mentionné dans les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 249, B. 252, D. 171, E. 167, F. 148). Je copie
l'article qui lui est consacré dans celui de l'année 1 41 1 :
Item, un livre nommé Ethiques, couvert de soye blanche et vert à
queue, très bel, bien historié et escript, à deux longs fermouers d'or,
esmaillez de France, de menue lettre de forme, en françois, et à
deux coulombes, commençant ou deuxième fueillet e brief car en
grec, et ou derrenier le livre de Polit/tiques. Et est signé CHARLES.
La signature royale a disparu. — Le livre fut estimé
1 6 livres en 1 425 et adjugé au duc de Bedford. — Il figure
dans les inventaires de la librairie des ducs de Bourgogne
au xve siècle (nos 91 7 et 2068 de la Bibliothèque protypo-
graphique) .
Je n'indiquerai que la miniature du fol. 5, laquelle est
divisée en deux compartiments. — Dans le compartiment
supérieur, Nicole Oresme offre son ouvrage à Charles V,
dont le portrait est reconnaissable. Ces paroles sortent de
la bouche du roi : « Dedi cor meum, ut scirem disciplinam
atque doctrinam. » Celles-ci sont mises dans la bouche de
Nicole Oresme : « Accipite disciplinam magis quam pecu-
niam, et doctrinam magis quam thesaurum eligite. » —
Dans le compartiment inférieur est figurée la félicité humaine
avec cette devise : « Stans omnium bonorum agregacione
perfectus. »
Au bas de cette page, on avait peint l'écu royal, supporté
par deux séraphins.
Voir mes Mélanges de paléographie, p. 278, et l'opus-
cule de M. W. G. C. Bijvanck, Twee frensche handschrif-
ten uit de XIV en XV eeuw, [La Haye, 1900], in-4°.
254 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
LIV.
Aristote, les Politiques et les Économiques, tra-
duction par Nicole Oresme.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2904, jadis 1 1 201 .
Exemplaire de petit format, qui est en réalité le tome II
du volume précédent. Il est de la main de Raoulet d'Or-
léans, qui a mis cette note au bas du premier feuillet : « Je,
« Raoulet d'Orliens, qui l'escri, ay mis le texte premier,
« ainsi signé T; et après, la glose s'ensuit, ainsi signée 0,
« qui fait Oresme. »
Ce volume répond aux articles suivants des inventaires
de la librairie du Louvre (A. 244-, B. 247, D. 170, E. 100,
F. 147). Voici ce que porte l'inventaire de 1411 :
Un très beau livre de Polithiques et Iconomiques, très bien
escript, en françois, et historié, couvert de soye inde à queue et
fermouers d'or, armoiez de France, de lettre de forme, à deux cou-
lombes, commençant ou second fueillet quant ung /tomme, et ou der-
renier homme est naturelment.
Estimé 16 livres en 1425, adjugé au duc de Bedford et
passé un peu plus tard dans la librairie du duc de Bour-
gogne, dont les inventaires nous en offrent la description
(n03 913 et 2067 de la Bibliothèque protypographique) .
Deux des miniatures, celles des fol. 36 et 77, sont enca-
drées de bordures tricolores. — La miniature du fol. 260
a été gravée en tête du tome II du Catalogue des manuscrits
de la bibliothèque royale des dues de Bourgogne. Voir mes
Mélanges de paléographie, p. 281.
LV.
Aristote, Éthiques, traduction par Nicolas Oresme.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2902, jadis 9505.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 255
Exemplaire de plus grand format, en assez gros carac-
tères, orné de miniatures à bordures tricolores, dont j'ai
donné la description dans mes Mélanges de paléographie,
p. 273. Il est ainsi mentionné dans les premiers inventaires
de la librairie du Louvre1 (A. 237, B. 240) :
Item Ethiques, en un volume couvert de soie et fermoers d'or,
très bien ystorié.
Ce volume fut remis le 7 octobre 1380 à Louis, duc
d'Anjou. Il se trouva à Dijon en 1420 dans la librairie de
Philippe le Bon, duc de Bourgogne, comme nous l'appre-
nons de cet article d'inventaire :
Item ung autre livre nommé Ethiques, escript, historié et enlu-
miné semblablement2, commençant ou ne fueillet très qui très et ou
derrenier la puissance3, couvert d'un drap de soye ouvré, à deux
fermouers d'argent dorez, esmailliez aux armes de mon dit sei-
gneur.
La miniature, qui sert de frontispice, est divisée en quatre
compartiments dans lesquels sont représentés : 1° Nicole
Oresme offrant son livre au roi ; 2° le roi et la reine assis,
une fille auprès de la reine, deux garçons derrière le roi;
3° un professeur en chaire, avec des auditeurs parmi les-
quels se trouve le roi; 4° un maître enseignant à des
écoliers.
LVI.
Aristote, les Politiques et les Économiques, tra-
duction de Nicole Oresme.
1. Article 25 de l'Inventaire relié à la fin du ms. 127 de la Collection des
Cinq Cents de Colbert. — Édit. G. Doutremont, p. 51, n° 91. — Cf. les art. 9l2
et 1613 de la Bibliothèque protypographique.
2. C'est-à-dire : « De lettre ronde, grosse et menue, à quatre colonnes. »
3. Tel est bien le commencement du deuxième et du dernier feuillet du
ms. 9505.
256 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Cabinet de M. le comte de Wasiers.
Volume du même format et du même caractère que le
précédent, dont il forme en quelque sorte le tome second
et dont il a suivi les vicissitudes pendant le xive et le
xve siècle.
Ainsi mentionné dans les premiers inventaires de la
librairie du Louvre (A. 21 1 , B. 208) :
Un livre nommé Polithiques et Yconomiques, couvert de soie à
queue, à deux fermouers d'argent, haschiez des armes de France.
Remis le 7 octobre 1380 à Louis, duc d'Anjou.
Ainsi inventorié en 1420 dans la librairie de Dijon1 :
Item ung autre livre nommé Politiques, escript en parchemin, de
lettre ronde, grosse et menue, à quatre colonnes, historié et enlu-
miné, commençant ou ne fueillet mais se ce estoit et ou derrenier
bien mes2, couvert de satin vermeil, à deux fermouers d'or.
Parmi les miniatures à bordures tricolores qui ornent le
volume, il faut citer celle du fol. 4 : présentation du livre
au roi par Nicole Oresme.
Voir mes Mélanges de paléographie, p. 275.
LVII.
Aristote, les Éthiques, traduction par Nicole Oresme.
Bibliothèque nationale, ms. français 542.
Copie de la fin du xive siècle ou du commencement du
xve, inscrite dans les inventaires de la librairie du Louvre
sous les cotes suivantes : A. 919, D. 930, E. 907 et F. 907.
Décrite comme il suit dans l'inventaire de 141 1 :
Item Ethiques en françois, de lettre de note et à deux coulombes,
1. Article 24 de l'Inventaire relié dans le ms. 127 des Cinq Cents de Colbert.
— Éd. G. Doutremont, p. 50, n' 90. — Cf. l'article 911 de la Bibliothèque
protypographique.
2. Ces mots sont exactement aux places correspondantes dans le manuscrit
de M. le comte de Wasiers.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 257
le tieste d'une part, et la glose d'autre; commençant ou ne foillet
ceste science estoit, et ou derrenier subget aucune foiz; couvert de
cuir vermeil à empraintes, à bouillons et deux fermoirs de laton.
On lit sur la dernière page, outre la souscription du
copiste (Nomen scriptoris Hamonicus Plenus amoris), une
note ainsi conçue : « Des livres de Marcoussis mis au Louvre
« pour monseigneur de Guyenne : J. D'ARSONVAL. » C'est
un des manuscrits qui furent confisqués après la disgrâce
de Jean de Montaigu et que Gilles Malet prit en charge le
7 janvier 1410 (n. st.).
Ce volume, estimé 4 livres en 1425, a plus tard appar-
tenu à Charles, duc d'Orléans, qui l'avait sans doute recueilli
en Angleterre.
LVIII.
Épîtres de Sénèque a Lugilius, traduites en français.
Bibliothèque royale de Belgique, ras. 9091 .
Exemplaire ayant l'apparence des livres faits pour le
roi Charles V, et dont le frontispice a une bordure tri-
colore.
Ce peut être la réplique d'un des deux manuscrits des
Épîtres de Sénèque que possédait Charles V :
Les Espitrez de Seneque à son ami Lucile, et en la fin du livre est
la table de ce qui contenu y est, escript de plus menue lettre. — A
monseigneur d'Angiou, vie de mars IIIIXX. (A. 65, B. 66.)
Seneque, couvert de soye à queue, à cignes blans, et deux fer-
mouers d'argent dorez, esmaillez de France, à tixuz vers, escript en
françois de très parfaitement belle lettre, et bien historié et enlu-
miné, commençant ou ne foillet des rebriches le XXXVII de mana-
nimité, et ou derrenier sont amonestez ; à une pipe d'argent dorée.
(A. 229, B. 232, D. 169, E. 165, F. 146.)
Le R. P. Van den Gheyn a bien voulu m'avertir que le
ms. 9091 de Bruxelles répond aux articles 920, 1646
17
258 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
et %\ 95 de la Bibliothèque protypographique de Barrois :
Ung grant livre en parchemin, couvert de velours vermeil, cloué
de cloutz d'argent dorez, intitulé au dehors Les Epistres Senecque,
comançant au second feuillet tout est a ceulx, et au dernier ton bien.
La traduction française des Épîtres de Sénèque avait été
faite par un Italien qui, sans se nommer, s'est fait con-
naître par ces mots du prologue :
... Et pour ce que celui qui les translata (les épîtres de Sénèque)
ne fu pas de la langue françoise, ne de si haut enging, ne de si par-
fonde science comme à la matière affert, il s'escuse à tous ceuls qui
l'oeuvre verront, que il ne le blasment se il a failli en aucune part à
la propriété d'un langage ou aus sentences de l'aucteur, et leur prie
humblement que, par leur bonté et par leur franchise, l'en vueillent
corrigier et amender en l'un et en l'autre ; car il confesse bien que
ce fu presumpcion trop grande de comprendre si haute chose à
translater; mais il ne le fist de gré, car messires Berthelemi Sigi-
nulfe de Naples, conte de Casserte et grant chambellant du royaume
de Sezile, l'en pria et lui commanda'.
LIX.
Le livre de l'Enseignement des princes2, attribué
a Guillaume Perrault; le livre du Gouvernement des
1. Marchai, Catalogue des manuscrits de la bibliothèque royale des ducs
de Bourgogne, t. II, p. 57 et 58. — La Bibliothèque nationale (fonds fran-
çais 12235) possède de cette traduction une copie faite en Italie; le nom du
seigneur auquel l'ouvrage est dédié y est ainsi défiguré : « Misire Bartholomy
Singnileyfe de Naples. »
Une copie, de main française, du commencement du xiv" siècle, provenant
de la vente des manuscrits de Sneyd faite à Londres, a été acquise en 1904
par la Bibliothèque nationale (n° 20545 du fonds français des Nouvelles acquisi-
tions). Sur cette traduction, voir P. Meyer, De l'expansion de la langue fran-
çaise en Italie, p. 39. {Actes du Congrès historique de 1903, vol. IV.) — Je
dois encore citer ce qu'en a dit M. Mario Schiff à propos d'un exemplaire du
xiv° siècle de la Bibliothèque nationale de Madrid, qu'il a décrit dans le livre
intitulé La Bibliothèque du marquis de Sanlillane, p. 104-111 {Bibliothèque
de l École des Hautes- Études, fascicule CLIII).
2. Dans le Prologue, l'auteur se dit religieux de l'ordre des Frères Prêcheurs;
dans la table mise en tête du volume, le traité est ainsi indiqué : « Le Gouver-
nement des roys et des princes selonc un frère Cordelier. »
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 259
princes de Gilles de Rome ; le Jeu des échecs moralisé, traduit
par Jean de Vignai; la Consolation de Boècc, traduite par
Jean de Meun ; les Moralités des philosophes, l'Établissement
de sainte Église ; le Miroir de l'Église, de Hugues de Saint-
Victor ; le Livret d'Ésope ; le livre de la Misère humaine,
d'Innocent III.
Bibliothèque de Besançon, ms. 434.
Volume copié en 1 372 pour Charles V ; ce prince a tracé
sur la dernière page une note, qu'a ainsi déchiffrée le
regretté Auguste Castan :
En ce livre moral sont conte-
neus pluseurs notables et
bons livres, et est à nous
Charles le Ve de notre
nom roy de France, et le
fîmes escrire et parfere
l'an mil CCC LXXII.
CHARLES.
Castan a signalé le mérite des 49 miniatures à bordures
tricolores qui ornent le volume, et dont il attribue l'exécu-
tion à quatre artistes différents, dont deux très habiles; il
a indiqué les armes de France à fleurs de lis sans nombre,
posées entre deux lions, qui sont au bas des feuillets 1 et
1 03 ; il décrit comme il suit la miniature qui sert de fron-
tispice au volume et celle qu'on voit en tête des Moralités
sur le jeu des échecs (fol. 245) :
Les deux compartiments supérieurs de la première miniature
représentent le roi entendant la messe, ainsi que le clergé qui la
célèbre et la chante; les deux compartiments inférieurs montrent
d'une part le roi conversant avec des évêques mitres et des nobles
en manteaux longs, tandis que, d'autre part, s'agitent des plébéiens
en jaquettes.
La seconde représente l'hospitalier Jean de Vignai offrant sa tra-
duction au duc Jean de France : la figure ridée et la tête chenue de
ce traducteur sont caractérisées comme sur un portrait.
260 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Le manuscrit figura jusqu'en 1413 sur les inventaires de
la librairie du Louvre (A. 238, B. 241, D. 149, E. I 'i-ii.
Voici la notice qui lui est consacrée dans celui de l'année
1411 :
Item ung livre, couvert de soye à queue, où sont le Gouvernement
des roys et princes, le livre des Moralitez, Boèce de Consolacion, la
Moralité des philozophes, 1 establissement de saincte Eglise, le
Miroir de la messe, Ysopet, de la Misère de Tomme; escript de
lettre formée, en françois, à deux colombes; commençant ou ne foil-
let du texte Veue estre haulte, et ou derrenier ment et euz, à h fer-
mouers d'argent dorez.
Il était sorti de la librairie du Louvre avant l'année 1 424.
Voir la notice de Gastan dans Bibliothèque de l'École des
chartes, 1 882, t. XLIII, p. 21 1-21 8, et le Catal. des manus-
crits de la bibliothèque de Besançon, t. I, p. 250-253.
LX.
Le livre du Gouvernement des rois et des princes1,
le Jeu des échecs moralisé, traduit par Jean de Vignai, et
la version française de la Consolation de Boèce, par Jean
de Meun.
Bibliothèque nationale, ms. français 1728.
Ce manuscrit est, à vrai dire, une réplique partielle du
ms. 434 de Besançon. On y trouve, en effet, dans le même
ordre, le Gouvernement des rois et des princes, les Échecs
moralises et la Consolation de Boèce. Quoiqu'il ne soit pas
mentionné dans les inventaires de la librairie du Louvre,
je crois bien qu'il a été copié pour le roi Charles V.
Les particularités d'après lesquelles je suis porté à voir
dans le ms. 1728 un livre apparenté de très près à plu-
1. C'est le môme traité que celui par lequel débute le manuscrit de Besan-
çon dont la notice précède, c'est-à-dire le traité attribué à Guillaume Perrault.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 261
sieurs de ceux que nous savons avoir fait partie de la
librairie du Louvre sont les suivantes :
1° La peinture qui sert de frontispice au premier traite
(fol. 1) offre la même disposition et rappelle bien la fac-
ture des frontispices de plusieurs livres de Charles V, et
notamment celle du manuscrit de Besançon que Castan
nous a fait connaître. Cette peinture1 se compose de quatre
tableaux quadrilobés, à bordures tricolores; le premier et
le quatrième tableau à fonds échiquetés d'or et d'azur, les
deux autres à fonds de rinceaux d'or sur rouge; sujets
de ces tableaux : 1 . Le roi et la reine assis reçoivent
un groupe de prélats mitres; — 2. Le roi et la reine assis,
deux garçonnets auprès du roi ; deux fillettes auprès de la
reine2; — 3. Le roi rendant la justice; — 4. Le roi à che-
val avec des gens d'armes.
%° Le frontispice du second traité (fol. 1 57) est un grand
tableau quadrilobé, à bordure tricolore, sur lequel est
représenté Jean de Vignai offrant son livre à Jean de France,
duc de Normandie, absolument comme sur le fol. 245 du
ms. de Besançon.
3° Le troisième traité se termine (fol. 270 v°) par cette
souscription : « Ci fenist le livre de Boèce de Consolacion,
« et l'escript Henri du Trévou. » On connaît d'autres copies
faites par cet écrivain pour Charles V3.
Telles sont les raisons qui m'ont amené à penser que le
ms. français 1728 peut être rattaché à la série des livres
de Charles V : s'il n'a pas été incorporé dans la librairie
du Louvre, il a dû être fait dans les mêmes ateliers que
1. Cette peinture est reproduite dans mes Facsimilés de livres copiés et
enluminés pour le roi Charles V, pi. XI.
2. Ce sujet doit se trouver sur le fol. 46 du ms. de Besançon. Castan décrit
ainsi le tableau de cette page : « Il représente un roi et une reine, avec leurs
« enfants, trois garçons et deux filles en bas âge, revêtus de petits costumes
« de damoiseaux et de damoiselles. »
3. Voir plus haut, p. 68.
262 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
les livres du roi et destiné à un personnage de la cour.
Sur les trois derniers feuillets du manuscrit a été copié
un petit poème français, intitulé à la fin : « Etas hominum
« secundum exposicionem mensium », dont les premiers
vers sont :
Il est vray qu'en toutes saisons
Se change douze foiz li lions,
Tout aussi que les douze moys
Se changent en l'an xn foiz.
LXI.
L'Information des princes.
« Ci commence le livre de l'Information des princes1
« translaté de latin en francois, du commandement du roy
« de France Charles le quint, par son clergonnet frère Jehan
« Golein, de l'ordre de Nostre-Dame du Carme, maistre en
« théologie indigne. »
Bibliothèque nationale, ms. français 1950.
Exemplaire original à la fin duquel le copiste a mis cette
souscription :
Henri du Trevou a escript ce livre de l'Informacion des roys et
des princes, et l'achiva a escrire le juesdi xxne jour de septembre,
l'an mil CGC LXXIX, pour le roy de France Charles, son très cher
et redoubté seigneur2.
La première page est ornée d'une grande miniature à bor-
dure tricolore, sur laquelle le traducteur est représenté fai-
sant hommage de son livre au roi Charles V. Au bas de la page
l'écu royal à fleurs de lis sans nombre, soutenu par deux
anges planant dans l'air. Cette page est reproduite en hélio-
gravure sur la planche XLI de YAlbum paléographique de
1. Sur cet ouvrage, il faut voir la notice insérée dans Y Histoire littéraire de
la France, t. XXXI, p. 35-47.
2. Fac-similé de cette note dans l'atlas du Cabinet des manuscrits, pi. XLV, n° 4.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 263
la Société de l'École des chartes et sur la planche X de mes
Facsimilés de livres copiés pour le roi Charles V.
La photographie a fait apparaître les traces d'un écu
auquel l'écu royal a été superposé. Sur l'écu primitif,
M. Georges de Manteyer a distingué six besans posés 3. 2
et 1 et surmontés d'un chef : ce sont les armes des Poitiers,
d'azur à 6 besans d'argent sous un chef d'or ; elles avaient été
indûment mises à cet endroit par un enlumineur qui sup-
posait le livre destiné à Louis de Poitiers, comte de Valen-
tinois de 1374 à 1419.
Ce joli volume figure sur l'inventaire de Gilles Malet
(A. 2531, B. 234) :
De informacione principum, en françois, translaté par maistre
Jehan Goulain, et est couvert de soie à queue.
Il fut livré au duc d'Anjou le 7 octobre 13801.
LXII.
Jean de Salisbury, le Policratique, version française
par Denis Foullechat, franciscain.
Bibliothèque nationale, ms. français 24287, relié aux
armes du cardinal de Richelieu.
Exemplaire contemporain de la traduction, qui fut faite
en 1372. Sur le frontispice, grande miniature représentant
le roi dans son étude. Je suis porté à croire que c'est l'exem-
plaire original, ayant appartenu à Charles V. Il répondrait
cà cet article de l'inventaire de Gilles Malet (A. 228, B. 231) :
Policraticon, translaté en françois par frère Denys Foulechat,
couvert de belle soie à queue2.
Ce volume est marqué en marge de l'inventaire comme
1. Ms. 2700, fol. 12 v et 43 V.
2. C'est-à-dire « de soie inde et blanche », suivant les indications de l'article
précédent des Inventaires de Gilles Malet.
264 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
ayant été livré « à monseigneur d'Anjou » le 7 octobre
1380. Il ne figure pas sur les inventaires postérieurs, et
l'absence de renseignements sur les premiers mots du
second feuillet et du dernier empêche de pouvoir considé-
rer comme absolument démontrée l'identité que je pro-
pose avec quelque réserve.
LXIII.
Aristote, les trois premiers livres des Météoro-
logiques EN FRANÇAIS.
Bibliothèque royale de Belgique, ms. 2903, jadis 11200.
Cette traduction est l'œuvre de Mathieu Le Vilain, qui
la dédia, paraît-il, à Alfonse de Brienne, comte dJEu, mort
devant Tunis en 1270. Ce Mathieu Le Vilain ne doit sans
doute pas être confondu avec le Mathieu Le Vilain qui
fut lieutenant du bailli de Gaux sous le règne de Philippe
le Bel.
Ce volume figure jusqu'en 141 3 sur les inventaires de la
librairie du Louvre (A. 148, B. 149, D. 97, E. 95). Celui
de l'année 1 41 1 l'indique en ces termes :
Item Metheores en françois et en prose, à deux fermouers d'ar-
gent dorez, couvert de cuir rouge empraint, escript de lettre for-
mée, commençant ou ne foeillet et vaut autant, et ou derrenier
doncques a ceste.
Le volume disparut vers 1 41 4 de la librairie du Louvre1
et passa dans celle des ducs de Bourgogne, où nous le trou-
vons inventorié, vers l'année 1 467, parmi les livres con-
servés à Bruges2.
Ung petit livret couvert de cuyr rouge, intitulé le livre des
impressions de Metheores, commençant au second feuillet et vaut
autant, et au dernier doncques a ceste.
1. Ms. français 9430, fol. 65 v\ n° 921.
2. Barrois, Bibliothèque protypographique, p. 224, n" 1584.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 265
Voir Notices et extraits des manuscrits, t. XXXI, part. I,
p. 1-16.
LXIV.
« La Glose Haly Abenrudian sur le Quadriperti
« Ptholomé », mise en français, d'après la traduction
latine de « Giles de Thebaldes, lombart », suivie de « La
« Sentence sus Gentiloge de Ptolomé faite par maistre Guil-
« laume d'Arragon. »
Bibliothèque nationale, ms. français 1349.
Exemplaire de la première moitié du xive siècle, répon-
dant à l'article 300 de l'inventaire des joyaux de la cou-
ronne dressé en 1418 :
Item un autre livre en françois, appelle le Qudriparti Tholomé
grosse par Haly, à deux fermouers de laton, et se commence ou
secont feuillet mouvemens* celestiaux.
Le recolement de cet inventaire fait en 1 420 signale l'ab-
sence du volume.
LXV.
L'Image du monde.
Bibliothèque nationale, ms. français 2174.
Copie de la fin du xine siècle.
Mentionné dans tous les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 476, B. 500, D. 339, E. 379, F. 355). Ainsi
décrit dans l'inventaire de l'année 1411 :
Item l'Ymage du monde, rimé, escript de lettre de forme, à deux
coulombes, commençant ou second fueillet et li malvais, et ou der-
renier de Tholomeu le Soutil; couvert de cuir rouge, à deux fer-
mouers de laton.
1. L'édition de l'Inventaire donnée par Douët d'Arcq {Choix de pièces iné-
dites relatives au règne de Charles VI, t. II, p. 325) porte Monumens.
266 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Estimé 8 sous en 1424.
LXVI.
Traité sur la sphère, en français, divisé en 50 cha-
pitres, suivi de divers écrits astrologiques de Pèlerin de
Prusse et des horoscopes de Charles V et des enfants de
ce roi.
Collège de Saint-Jean à Oxford, n° 182 (CLXIV du Cata-
logue de Coxe).
Volume orné de deux peintures (fol. 1 et 33), qui repré-
sentent l'une Charles V dans son étude, ayant devant lui
un pupitre surmonté d'une sphère et derrière lui une
armoire à livres; l'autre, le même roi, sur son trône avec
une armoire à livres derrière lui; il reçoit d'un religieux à
genoux devant lui [Pèlerin de Pruce], le livret d'astrologie;
l'autre, le même roi, l'hommage du livret d'astrologie.
La seconde miniature se fait remarquer par un encadre-
ment tricolore quadrilobé. Les figures des nativités ou
horoscopes, qui occupent les fol. 158-160, ont été ajoutées
après coup en lettres d'or. L'encadrement de la page con-
sacrée à la nativité de Charles V est semé de K, de couronnes
et de fleurs de lis; sur les marges de la page relative à la
nativité du dauphin Charles, depuis le roi Charles VI, on a
peint les monogrammes KLS, des fleurs de lis et des dau-
phins bleus sur fond d'or.
Ce manuscrit est mentionné comme il suit dans l'inven-
taire de l'année 1 41 8 comme se trouvant à Vincennes, en
l'étude du roi :
Un livre de parchemin couvert de velluyau royé vert, et signé du
signet du roy Charles le quint, et y a atachée une cedule contenant
ce qui s'ensuit : « La nativité de monseigneur le Daulphin, ainsné
filz du Roy nostre sire, et la nativité de monseigneur Loys, second
filz du Roy. » (H. 500.)
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 267
Une notice identique a été relevée par Menant1 dans
le compte des commissaires préposés aux obsèques de
Charles VI :
D'un livre de parchemin, couvert de veluyau royé vert et signé
du signet du roy Charles le V, et y a attachie une cedule contenant
ce qui s'ensuit : « La nativité de monsieur le Dauphin, ainsné filz
du roy, et la nativité de monsieur Louis, second filz du roy; lequel
n'a point esté prisé pour ce qu'il est de très petite valeur.
Voici, d'après le Catalogue de Coxe (Catalogus codicum
mss. collegii S. Joh. Bapt., p. 51 , n° CLXIV, dans le tome II
du Catalogus codicum mss. qui in collegiis aulisque Oxo-
niensibus hodie asservantur) , et d'après les notes de M. Paul
Meyer, la description du manuscrit d'Oxford, qui forme un
petit volume sur parchemin, in-4°, de i et 161 feuillets :
I. (Fol. 1.) Traité sur la Sphère, en cinquante chapitres. « Ci
commence l'Espère en François. » Prologue : « La figure et la dis-
position du monde, le nombre et ordre des elemens et les mouve-
mens des corps du ciel... » Chap. i : « Le premier chapistre, de la
figure du monde et de ses parties principauls. Le monde est tout
reont aussi comme une pelote... »
II. (Fol. 33.) Traité astrologique sur les douze maisons des pla-
nètes, par Pèlerin de Prusse. Prologue : « En nom du très miseri-
cors et piteable Dieu nostre sires Jhesu Crist, vrai Dieu et homme,
qui avecques le Père... Et pour ce je Pèlerin de Pruce... Touteffois
le très excellent et puissant prince et mon très redoubté seigneur
monseigneur Charles, ainsné filz du roy de France, duc de Norman-
die et dalphin de Viennoys, duquel je estoie come indigne et de ses
mendres serviteurs pour le temps, moy commanda que je escrisisse
briément et clerement en la langue françoise, de laquelle je ne say
guères, aucunes riules et choses plus nécessaires en la partie des
jugemens de astrologie, des eleccions... Et pour acomplir le mande-
ment de mon dit très redoubté seigneur, duquel ne ignorance ne
autre occasion me puist accuser, je escriray soubz correction un
petit livret, à mon pouoir, de la partie des eleccions, uquel je assem-
bleray les plus communes et plus nécessaires choses de la dite par-
1. Extraits de la Chambre des comptes, t. VIII, fol. 173. (Bibliothèque de
Rouen, n° 5870 du Catalogue.)
268 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
tie, et especialment matières touchans la santé du corps et fait
humain generalment; et causes royaulx et de princes pour garder
naturelment leur commencement en quelconques matire... » — « Ce
sont les parties profitables au fait royal et seigneurie, usées en la
partie de revolucion des années. Encore a il aucunes parties usées
en revolucion pour savoir choses en l'année qui doivent devenir
chieres ou à grant marchié, et je les ai laissiées, car il ne font guères
à nostre propos. Et je ay laissié ces trois fueillez vuis, afin, se il
plaist, de exposer aucune chose, que elle soit ci escripte, etc. » —
« Ci commence la seconde partie de ce livre qui tient les générales
élections de douze maisons... » — Fin du traité : « Et ceste riule
générale ai je mis au bout de ceste partie de cest livret des eleccions
universelles de douze maisons, afin quelle soit la clef de toutes
autres et fermeure, lesquelles je ai acompli par l'aide de Dieu à mon
pouoir l'an de grâce 1361, le 11e de juillet, ascendant le 14 degré
de Libre le Souleil à midi, etc., en la petite consergerie de l'ostel
de monseigneur de Norrnendie, de coste Saint Pol lez Paris. »
III. (Fol. 111.) Traité de l'usage de l'astrolabe. « La science du
firmament et du mouvement des estoiles... Pour ce, je ai, par com-
mandement de mon très redoubté seigneur, très haut et noble
prince, les profils et generalz observances communément cheans en
practique pour grant proffit de la dicte science, mis en ce livret en
langue françoise... — Et ainssi ay je Pèlerin de Prusse, l'an 1362,
le 9e jour de may, à l'eure de prime, par l'aide de Dieu, acompli
les proffiz et chapitres de la practique de astrolabe briefment et
simplement, tant seulement par usage de astrolabe, sans meller
ouvrages et besoingnes estrainges par guise de calculacion, afin que
les ouvrages soient simples et de chascune personne entendables.
Explicit. »
IV. (Fol. 119.) « Ci comence le prologue de Alchabiz, introducteur
as jugemens des estoiles, interprété de Johan de Hispalense, qui le
translata de arabis en latin. Require de Nostre Seigneur prolixité de
vie et du glaive de son reigne durableté de son honeur... — ... Ce
sont toutes les choses qui eschieent de parties. Et avons mis ces
parties desrenieres, afin que nous ne lession aucune chose de l'in-
troductoire, ja soit ce que la narration en soit fieble. Nostre intro-
ductoire, dit Pellerin, est parfait avec la loenge et aide de Dieu.
Deo gracias. »
V. (Fol. 155 et 156.) Listes relatives aux signes du zodiaque.
VI. (Fol. 158.) Tables des nativités de Charles V et de ses enfants.
« Figura nativitatis serenissimi régis Francorum Karoli, anno
Domini 1338 post meridiem, 22e diei Januarii, hora 17, minuta 36...
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 2G9
Figura nativitatis serenissimi principis Karoli delfini Vienne, filii
illustrissimi régis Francorum Karoli, anno Domini 1368 post meri-
diem, 2e diei Deccrabris... Figura nativitatis serenissirne domine
Marie de Francia, filie illustrissimi régis Francorum Karoli, post
mediam noctem precedentem hora 2, minuta 52, et hoc fuit post
meridiem 26 diei Februarii, hora 9, minuta 51... Figura nativitatis
serenissimi principis Ludovici comitis de Valoys anno Domini 1372,
12 Marcii, que fuit dies Veneris, post meridiem 11 diei, hora 13,
minuta 8, que fuit dies Jovis in nocte sequente... Figura nativitatis
domine Ysabelle, filie illustrissimi régis Francorum Karoli, anno
Domini 1373, die 23 Julii, die sabbati post meridiem.. »
M. Delachenal m'a communiqué la photographie des
pages de ce manuscrit relatives aux horoscopes des membres
de la famille royale, qui doivent lui fournir la matière d'un
mémoire très intéressant.
LXVII.
La Géomancie de Guillaume de Meerbeke, mise en
français par Gautier Le Breton.
Bibliothèque du Collège de la Trinité à Cambridge, n° 1 447.
Exemplaire original, à la fin duquel se lisent ces lignes :
Le livre de Géomancie est achevé, que frère Guillaume de Mor-
bec, de l'ordre des Frères Prêcheurs, jadis penancier du Saint Père,
translata du grec en latin. Et Gautier Le Breton, clerc, né de Bas-
queville-le-Martel, demeurant à Évreux en Normandie, le translata
du latin en françois, et escript u chastel de Dangu, à la prière de
noble et puissant baron monseigneur de Preaus, et avec ce les
autres choses ensuivantes, lesqueles escriptures, tant devant alantes
comme après ensievans, furent escriptes u lieu desus dit, l'an de
grâce 1347, dont Dieu soit loé. Amen.
Ce volume, inscrit dans tous les inventaires de la librai-
rie du Louvre (A. 61, B. 62, D. 32, E. 31 et F. 20), est
ainsi décrit dans celui de l'année 1411 :
Item Geomencie bien escripte et bien enluminée, couvert et fer-
270 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
mant semblablement ', escripte de lettre de forme, en François,
commençant ou 11e fueillet le scorpion, et ou derrenier se tu veulz
savoir.
Estimé 20 s. p. en 1424.
Le seigneur pour qui le présent manuscrit fut exécuté
en 1347 était Pierre de Préaux, qui, cette même année,
était capitaine des frontières du pays de Caux2.
Voir Montague Rhodes James, The Western manuscripts
in tJte library ofTrinity Collège, Cambridge; vol. III, p. 492,
n° 1447. C'est à l'ouvrage de M. R. James que j'ai dû la
connaissance de ce précieux manuscrit.
La Géomancie de Guillaume de Meerbeke, traduite par
Gautier Le Breton n'était pas le seul livre de Pierre de
Préaux qui fût arrivé entre les mains de Charles V. Il faut
attribuer la même origine à des Heures qui se trouvèrent
en 1 380 à Vincennes dans l'étude du roi et qui furent ainsi
inventoriées :
Ung livre où sont les Heures de Saint Esperit et de la Passion,
très bien ystoriées de blanc et de noir, à deux aiz d'argent, dorez,
où d'un costé est saincte Katherine et d'autre saincte Marguerite,
aux armes de Preaulx et des Crespins3.
LXVIII.
Le Contenant de Rhasès.
Bibliothèque nationale, ms. latin 6912.
Énorme manuscrit, en caractères boulonnais, qui primi-
tivement consistait en deux volumes, et que Baluze coupa
en cinq tomes, quand il le fit relier en maroquin rouge
aux armes de Colbert.
1. C'est-à-dire : « Couvert de soye tannée, ouvrée d'arbres vers et roses
blanches, à deux fermouers d'argent doré. »
2. Demay, Inventaire des sceaux de la collection Clairambaull, t. II,
p. 484, n" 7405.
3. Inventaire du mobilier de Charles V, éd. J. Labarte, p. 317, n° 3045. —
Le domaine de Dangu, qui avait appartenu à la famille des Crespin, échut par
mariage à la famille de Préaux.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 271
L'ouvrage qu'on a souvent appelé le Contenant de Rha-
sès est l'Encyclopédie médicale en vingt-cinq livres, intitu-
lée El-Havi, qui a pour auteur Mohammed Àbou Bekr
Ibn-Zacoria, plus connu sous le nom de Rhasès.
Charles d'Anjou, en ayant reçu du kalife de Tunis un
exemplaire du texte arabe, le fit traduire par le juif Farag,
originaire de Girgenti, qui exécuta son travail en 12178 et
1 279. L'exemplaire destiné au roi fut achevé en 1 282, sous
la direction d'un Français, au service du prince angevin,
qui s'appelait Jean de Neelle, et qui nous est connu non
seulement par des pièces de comptabilité1, mais encore
par la souscription mise à la fin d'un petit livre de chro-
niques, arrivé à la Bibliothèque nationale (n° 5005 A du
fonds latin) :
De mandato magistri Johannis de Nigella, physiciani sanctissimi
et invictissimi domini régis Karoli, et cappellani doraini pape, ego
Angélus Alberti, notarius, hune librum scripsi et exemplavi2.
C'est au comte Paul Durrieu que revient l'honneur
d'avoir définitivement identifié le Rhasès du roi de Sicile
avec le ms. latin 6912 delà Bibliothèque nationale. On lit
en effet, à la fin du dernier volume, la souscription du
copiste : « Liber scriptus per manum Angeli de Mar-
« chia3, » et le titre final, ainsi conçu, a été tracé en onze
lignes sur le fol. 189 v° :
Explicit translacio libri Elhavy in raedicina, conpilati per Mahu-
med Bizaccaria Elrazi, facta de mandato excellentissimi régis Karoli,
glorie gentis christiane, corone liliorum baptismatis et luminis peri-
torum, per manus magistri Faragii judei, fîlii magistri Saleni de
1. Ces pièces ont été analysées par le comte Durrieu dans le mémoire inti-
tulé Un poitrail de Charles Ier d'Anjou, roi de Sicile, frère de saint Louis,
peint à Naples en 1282, par le miniaturiste Jean, moine du Mont Cassin
(Gazette archéologique, année 1886, p. 193-201).
2. Le Cabinet des manuscrits, t. II, p. 386.
3. Ms. latin 6912, t. V, fol. 219 v>.
272 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Agregento, devoti interpretis ejus, et laus sit Deo utriusque seculi,
qui in adjutorio ejus fuit, die lune, xiu° februarii, vu indictione1,
apud Neapolim. Deo gratias. Amen. Amen.
Nous ne pouvons pas suivre les vicissitudes par les-
quelles a passé le Rhasès de Charles d'Anjou pour arriver
jusqu'à nous. Ce qui est certain, c'est qu'il trouva un asile
momentané dans la librairie du Louvre sous le règne de
Charles VI. C'est bien lui qui figure sur les trois derniers
inventaires de cette librairie (D. 762-763, E. 786-787,
F. 704), et qui est ainsi décrit dans celui de 1411 :
Item le livre de médecine que fîst Helham, contenant xxv livres
en deux volumes, très bien escript de lettre boulenoise, à deux
coulombes. Le premier volume contenant xn livres, commençant au
ne foillet du texte varios expellandi, et ou derrenier : accuunt
morbum2.
Et l'autre volume contenant xni livres commençant au ue foillet
humilitatem non dissohnint, et au derrenier linga arietis3. Et sont
tous les diz deux volumes couvers de taffetas jaune, chascun à
mi fermoirs d'argent dorez, esmaillez des armes du roy de Jberusa-
lem et de Secile, qui les diz deux volumes envoya pieça au roy de
France.
Les deux volumes furent estimés 30 livres en 1424.
Nous en perdons la trace depuis 1 424 jusqu'au temps
de Colbert.
Pour donner une idée de la valeur de l'illustration des
deux volumes, qui fut confiée à un moine du Mont Cassin
nommé Giovanni, je ne puis mieux faire que de renvoyer
à l'excellent mémoire du comte Durrieu indiqué un peu
plus haut (p. 271).
t. Le lundi 13 février 1279.
2. Dans le ms. 6912, les mots varios expellendi se trouvent au commence-
ment du fol. 2 du tome I, et les mots acuunt morbum au commencement du
dernier feuillet du tome II.
3. Dans le ms. 6912, le second feuillet du tome III commence par les mots
humilitatem dissolvant, et le dernier du tome V par les mots lingua arietis.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 273
LXIX.
Tacuinum sanitatis.
Bibliothèque nationale, ms. latin 6977 ; venu de la
librairie du château de Blois et portant sur la dernière
page cette note de la main de Charles, duc d'Orléans :
« Iste liber constat Karolo, duci Aurelianensi, etc. KARO-
« LVS. »
Ce livre figure sur les derniers inventaires de la librairie
du Louvre (D. 773, E. 797, F. 714), et est ainsi décrit
dans celui de l'année 1 41 1 :
Item Tacuinum sanitatis, de lettre de forme, à une coulombe et
en latin, commençant ou ue foillet in octava, et ou derrenier la
diversa cibaria, couvert de cuir tanné, à n fermoirs de laton.
Estimé 121 sous en 1424.
Sur les manuscrits du Tacuinum sanitatis, voir le Journal
des Savants, 1896, p. 535.
LXX.
La Chevalerie de Vegèce, translatée par Jean de
Meun.
Musée britannique, fonds royal, 20. B. I.
Exemplaire du xive siècle, qui est porté sur tous les
inventaires de la librairie du Louvre (A. 137, B. 138,
D. 161, E. 157, F. 138). Il est ainsi décrit dans celui de
l'année 1 41 1 :
Item Vegèce de Chevalerie, couvert de drap d'or, très bien escript
et bien enluminé, de la translacion maistre Jehan de Meun, comme
il est escript en la fin dudit livre, de grosse lettre de forme, à deux
coulombes ; commençant ou ne fueillet comment ïen doit, et ou der-
renier, en rouge lettre, prince Jehan contes d'Eu; à cinq bouillons et
deux petiz fermouers de cuivre.
18
274 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Estimé 2 livres en 1424.
Je dois la connaissance de ce manuscrit à l'amitié de
M. Paul Meyer.
LXXI.
LE JEU DES ÉCHECS.
Bibliothèque nationale, ms. français 1999. Venu de la
librairie du château de Blois.
Mentionné dans tous les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 367, B. 388, D. 253, E. 294, F. 274). Celui
de l'année 1411 l'annonce en ces termes :
Item les Esches, le jeu figuré et escript de lettre de forme, en
françois, à une coulombe seulement, commençant ou ne foillet li
blant traiait, et ou derrenier cesle pasture1 ; couvert de cuir blant
sanz emprainte, à n fermouers de cuivre.
Estimé 1 livre en 1 424.
LXXII.
Le livre de Marco Polo.
Bibliothèque de Stockholm.
Exemplaire copié au milieu du xive siècle, dont une
reproduction phototypique a été publiée en 1 882 à Stock-
holm par les soins de Nordenskiold2. Il est enregistré sur
tous les inventaires de la librairie du Louvre : A. 450,
B. 471, D. 317, E. 358, F. 336. L'inventaire de l'année
1 41 i le mentionne en ces termes :
Item Marcus Paulus, non enluminé, escript en françois, de lettre
de forme, commençant ou ne feuillet vocata moult grant, et ou der-
renier ilec dist il; couvert de cuir blanc, à deux fermouers de laton.
1. Le ms. 1999 porte Ceste parture.
2. Le livre de Marco Polo. Fac-similé d'un manuscrit du XIVe siècle con'
serve à la Bibliothèque royale de Stockholm. Stockholm, 1882. In-4".
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 275
Estimé 12 sous en 1424.
Voir la reproduction phototypique citée plus haut et la
Bibliothèque de l'École des chartes, 1882, t. XLIII, p. 226
et 423.
LXXIII.
Les Voyages de Jean de Mande ville et la « Preser-
vacion de epidimie, minucion ou curacion d'icelle, faite de
maistre Jehan de Bourgoigne, autrement dit à la Barbe,
professeur en médecine et cytoien du Liège » .
Mss. français 45 1 5 et 451 6 du fonds des Nouvelles acqui-
sitions (jadis 10262 de l'inventaire de 1682), qui, après
avoir été volé à la Bibliothèque royale, a été coupé en deux
morceaux pour former les nos 24 et 1 85 du fonds Barrois.
Charmant manuscrit dont le frontispice est orné d'une
miniature partagée en quatre compartiments quadrilobés,
à encadrements tricolores. Cette miniature est surmontée
de l'écu royal à fleurs de lis sans nombre.
A la fin de la relation du Voyage (fol. 95 v°) se lit la
souscription :
Ce livre cy fist escrire honorables homs,« sages et discret maistre
Gervaise Crestien, maistre en médecine et premier phisicien de très
puissant, noble et excellent prince Charles, par la grâce de Dieu
roy de France. Escript par Raoulet d'Orliens, l'an de grâce mil CGC
LXXI, le xvme jour de septembre.
A la fin du traité sur l'épidémie, Charles V a tracé
quelques lignes qu'on a soigneusement effacées mais qu'un
réactif a permis de lire :
Ce livre est à nous, Charles le Ve de no-
tre nom, roy de France, et le nous donna
mètre Gervese Cretien, notre premier
fîsicien, l'an M. CCC. LXXI.
CHARLES.
276 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Ce volume figure en ces termes sur l'inventaire de Gilles
Malet :
Messire Guillaume de Manreville, qui parle d'une partie des Mer-
veilles du monde et des pays, couvert de veluyau ynde ; et le donna
au Roy maistre Gervaise Chrestien, son premier phisicien.
Le roi Charles VI le fit sortir de la librairie, comme le
constate la note marginale de l'inventaire A, fol. 8 v° : « Le
« Roy l'a prins xxe de novembre IIIF* et XII. » — Plus
tard, ce volume a fait partie de la librairie de Jean d'Or-
léans, comte d'Angoulême. Il figure en ces termes sur un
inventaire des livres de ce prince dressé en 1 467 :
Mandeville, en françois et parchemin, avecques un traittié de
médecine, en lettre de forme, commençant, en noir, au premier feuil-
let comme il soit ainsi, ou second saincte terre, et au commencement
du final moins de ce qu'il en vit, et fin d icellui mccclxv.
Le manuscrit, avant d'être volé et mutilé, contenait, sur
les dernières pages, « quelques problèmes d'arithmétique
et onze rondeaux faits par un amant pour sa maîtresse » .
Ces morceaux avaient peut-être été ajoutés par le comte
d'Angoulême.
Voir Catalogue des manuscrits des fonds Libri et Barrois,
p. 251 -253, et Journal des Savants, année 1897, p. 451
et 452. — Le frontispice et la dernière page du manus-
crit sont reproduits en phototypie dans mes Facsimilés de
livres copiés et enluminés pour Charles F, pi. V et VI.
LXXIV.
Atlas catalan, dont l'exécution paraît devoir être rap-
portée à l'année 1375 ou environ.
Bibliothèque nationale, fonds espagnol, n° 119.
Ce précieux monument de la vieille cartographie cata-
lane figure sur tous les inventaires de la librairie du
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 277
Louvre (A. 201, B. 200, D. 132, E. 129, F. 112). Il est
ainsi décrit dans celui de l'année 1 41 1 :
Item une quarte de mer, en tableaux, faicte par manière de unes
tables, painte et historiée, figurée et escripte, à cpiatre fermouers
de cuivre, laquele quarte contient six grans fueillez qui sont de bois
sur lesquels fueillez est colé le parchemin, ouquel sont faictes les
dites figures, couvert de cuir blanc, à deux rondeaux ouvrez.
Cette carte ne fut estimée que 4 livres en 1424.
Buchon et Tastu ont consacré à l'atlas catalan, dans
les Notices et extraits des manuscrits (t. XIV, part. II,
p. 1-152), un travail étendu, auquel est joint un fac-
similé lithographique. Une reproduction héliographique en
a été insérée dans le fascicule intitulé Choix de monuments
géographiques conservés à la Bibliothèque nationale (Paris,
Maisonneuve, 1883, atlas).
Il est aujourd'hui reconnu que l'atlas de Charles V appar-
tient à une famille dont le type le plus ancien connu
remonte à l'année 1 339 : a Hoc opus fecit Angelino Dul-
« ceri, Anno M. CCC. XXXVIIII, de mense Augusto, in civi-
« tate Majoricarum1. » Cette carte de 1339 a été recueillie
en 1885 par un bibliophile parisien, feu M. Lesouef, qui
en a fait exécuter une reproduction phototypique.
LXXV.
Histoire universelle depuis la Création jusqu'à
la mort de césar.
Bibliothèque de Copenhague, fonds de Thott, n° 431 ,
in-folio.
Manuscrit du xive siècle, orné de beaucoup de minia-
tures à bordures tricolores. La première partie est inti-
1. Note sur une carie catalane de Dulceri antérieure à l'atlas catalan de
1375, lue à la Société de géographie de Paris dans la séance du 7 janvier
1887, par G. Marcel. Paris, 1887. In-8°.
278 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
tulée : « Cy commencent les Queroniques de la Bible, c'est
à savoir tout le Genezy, et puis du roy Ninus, et de Fem-
menie, et de Tebes, et de Troie la grand, et d'Alixandre,
toutes les merveilles qu'il fist et qu'il vit en son temps, et
toute la vie de Julius Cezar, et les fais des Rommains, et
la guerre que il orent encontre Cartage et encontre moult
de diverses nascions. » — Début de la seconde partie :
« Ci commence li Fais des Roumains, de Saluce et de Sue-
toyne et de Lucain. » — Sur cette compilation d'histoire
ancienne, il faut consulter le mémoire de M. Paul Meyer,
dans la Romania, 1885, t. XIV, p. 1-81.
Ce volume figure sur tous les inventaires de la librairie
du Louvre (A. 10, B. 10, D. 1 , E. 1, F. 1); il est ainsi
décrit dans celui de l'année 1 41 1 :
Un livre escript en lettre de forme, qui commence de Genezis en
françois, et aussi traitte des faiz de Julius Cezar, appelé Suetoine,
commençant ou second fueillet dis qui cy est très bien eurée, et finis-
sant au commencement du derrenier fueillet il remaist Mec gisant;
couvert de cuir vermeil à empraintes, à quatre fermouers d'argent
blanc.
Il fut estimé 16 livres en 1424.
Voir Abrahams, Description des manuscrits français de
la bibliothèque de Copenhague, p. 74.
LXXVI.
Vincent de Beau vais, « Le premier volume du
Mirouer hystorial, translaté en françoiz par la main
Jehan de Vignay, à la requeste de très haute et très excel-
lente dame Jehanne de Bourgongne, roynne de France. Et
fu commencié ou quint an de son règne, l'an de grâce mil
CGC et XXXII, selon l'oppinion de frère Vincent, qui en
latin le compila à la requeste de monseigneur saint Loys,
jadis roy de France » .
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 279
Bibliothèque de Y Université de Leyde, Vossianus, gall . ,
folio, 3 A.
Volume écrit dans le second quart du xiv° siècle et orné
de 280 peintures, dont la liste a été dressée dans le volume
de la Gazette archéologique cité un peu plus bas. Le fron-
tispice est un tableau à deux compartiments, représentant
la composition du Miroir historial sous les auspices de
saint Louis et la traduction du même ouvrage sous les
auspices de la reine Jeanne de Bourgogne.
Sur la dernière page, j'ai déchiffré une note ainsi conçue :
« Cest livre est le duc de Normendie et de Guienne :
« JEHAN. »
Charles V recueillit ce volume dans la succession de son
père et le fit déposer dans la librairie du Louvre, avec les
trois autres volumes du même ouvrage. Les inventaires de
la librairie les ont enregistrés tous quatre sous ces n08 :
A. 17-20, B. 17-20, D. 4-7, E. 4-7; l'inventaire de 1411
mentionne le premier dans les termes suivants :
Item le premier livre de Vincent, dit le Miroir historial, en fran-
çois, et en volume escript à deux coulombes, de lettre de forme,
commençant au second fueillet sies de l'église, et commençant ou
derrenier fueillet et après ce; couvert de cuir rouge, à deux fer-
mouers de cuivre.
Voir la notice que j'ai insérée sous le titre de Exem-
plaires royaux et princiers du Miroir historial, dans la
Gazette archéologique, année 1886. A cette notice est
jointe l'héliogravure de deux miniatures, celle du fol. 62
(«la beneiçon des sept vierges et le mariage Asseneth »)
et celle du fol. 173 (le supplice des meurtriers de Darius).
LXXVII.
Vincent de Beauvais, « Le secont volume du
Miroir hystorial, translaté en françoiz par Jehan de
Vignay, clerc, escolierà Paris en decrez ».
280 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Bibliothèque de l'Arsenal, n° 5080.
Gros volume exécuté à la même date que le manuscrit
précédent, et dans lequel M. Henry Martin a compté
450 miniatures. Sur la dernière page est la signature de
JEHAN, [duc de Normandie]. C'est le tome II de l'exem-
plaire du Miroir historial dont l'existence du tome premier
à la bibliothèque de Leyde vient d'être indiquée. Il a,
comme le précédent, fait partie de la librairie du Louvre,
et il est ainsi décrit dans l'inventaire de l'année 1 41 1 , sous
la cote 5 :
Item le ne livre dudit Miroir hystorial en françois, et en volume
escript comme cellui dessus [à deux coulombes, de lettre de forme],
commençant ou ne fueillet du texte et abatre du tout, et au commen-
cement du derrenier doctrine du vieillart, couvert de cuir vermeil
empraint, à quatre fermouers de cuivre.
Voir Catalogue des manuscrits de l'Arsenal, par Henry
Martin, t. V, p. 43.
Il est possible qu'un autre exemplaire du deuxième
volume du Miroir historial, qui a appartenu au duc de
Berry, ait été à l'origine destiné à Charles V. Cet exemplaire
forme aujourd'hui le n° 79 de la collection de M. H. Yates
Thompson. Ce qui me porte à proposer cette hypothèse,
c'est que les armes peintes au bas de la première page des
livres XIV et XVII du Miroir (fol. 1 et 101) sont accom-
pagnées de deux lions absolument semblables à ceux qu'on
remarque sur différents livres de Charles V. Les armes du
duc de Berry auraient pu être ajoutées après coup sur
un écu laissé en blanc, comme nous en avons plusieurs
exemples.
Le premier cahier du volume a disparu. — Voir la
notice du manuscrit dans A descriptive catalogue of the
second séries of fifty manuscripts in the collection of Henni
Yates Thompson, p. 193-206.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 281
LXXVIII.
Bernard Gui, Version française par Jean Golein
des Fleurs des Chroniques.
Bibliothèque nationale, ms. français 1409 des Nouvelles
acquisitions.
Exemplaire original à la fin duquel Charles V a mis cette
note :
Cez croniquez dez papez
dez empereurz sont à nous
Charles, le Ve de notre nom,
roy de France, et le fimez
faire l'an M CCC LXVIII
CHARLES.
Ce manuscrit figure dans tous les inventaires de la
librairie (A. 81, B. 82, D. 49, E. 48, F. 37). Il est ainsi
mentionné dans l'inventaire de 1 41 1 :
Item unes Croniques des papes, empereurs de Romme et roys de
France, faisans mencion combien chacun d'eulz a régné, et partie
des faiz notables, qui en leurs temps sont avenuz, couvertes de cuir
rouge à empraintes, de lettre de forme, en françois, à deux cou-
lombes, commençant ou ne fueillet puet estre intitulé, et ou derre-
niev prins en Gascoigne, à deux fermouers de cuivre.
Estimé % livres 10 sous en 1425.
Voir ma Notice sur les manuscrits de Bernard Gui, dans
Notices et extraits des manuscrits, t. XXVII, part. II,
p. 227. — La note autographe de Charles V a été repro-
duite dans mes Facsimilés de livres copiés et enluminés
pour le roi Charles V, pi. V.
LXXIX.
Bernard Gui, Divers opuscules historiques traduits
en français par Jean Golein, en 1369.
282 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Bibliothèque du Vatican, n° 697 du fonds de la Reine.
Exemplaire original, en tête duquel Charles V est repré-
senté recevant le livre des mains du traducteur.
Ce volume figure sur tous les inventaires de la librairie
du Louvre (A. 64, B. 65, D. 36, E. 35, F. 24). Il est ainsi
mentionné dans celui de l'année 1411 :
Item unes Croniques faisans mencion du temps que il a que les
papes, les empereurs et les roys de France commencèrent à régner
chascun en son siège, et combien chascun y a régné, et des faiz
notables, ou de la plus grant partie, qui au temps de chascun d"eulz
est advenue, nommées Martiniennes, couvertes de soye à deux fer-
mouers d'argent, esmaillez aus armes de France, escriptes de lettre
de forme, en françois, à deux coulombes, commençans ou ne foillet
Loys conte d'Estampes, et ou derrenier en cclluy lieu.
Il fut estimé 8 livres en 1424.
Voir la notice rédigée par M. Ant. Thomas et insérée
dans le Cabinet des manuscrits, t. III, p. 330. Cf. l'article
du même auteur dans les Mélanges d'histoire et d'archéo-
logie de l'École française de Rome, année 1 881 .
On peut s'étonner que la bibliothèque de Charles V, où
l'œuvre de Bernard Gui était si bien représentée par des
traductions françaises, n'en ait pas contenu le texte latin.
Cela paraît d'autant plus extraordinaire que la Bibliothèque
nationale de Madrid a recueilli l'exemplaire original de
l'édition des principaux traités historiques que l'auteur fit
exécuter pour le roi Philippe de Valois et en tête duquel
il fit écrire cette dédicace :
Régie magestati principis domini Philippi, gratia Dei Francorum
régis, suus fidelis frater B. misericordia divina episcopus Lodoven-
sis, in provincia Narbonensi, presentem offert librum Cronicorum
Romanorum pontificum et imperatorum ac regum Francorum, anno
Domini 1331 «.
1. Schifif, article publié dans la Bibliothèque de l'École des chartes, 1896,
t. LVII, p. 637-639, et notice insérée dans La Bibliothèque du marquis de
Santillane, p. 212-214 (fascicule CLIII de la Bibliothèque de l'École des
Hautes-Études, 1905).
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 283
LXXX.
Tite-Live, traduit en français par Pierre Bersuire.
Bibliothèque de Sainte-Geneviève, n° 777.
Ce gros volume a dû être copié pour le roi Jean ou pour
Charles V. Des trois grandes peintures qui décoraient le
commencement des trois décades, il ne subsiste plus que la
première et la troisième. Le manuscrit renferme en outre
une quarantaine de petites miniatures. Toutes ces peintures
sont encadrées de bordures tricolores.
Porté sur les inventaires de la librairie du Louvre
(A. 913, D. 924, E. 902! et F. 200), il est ainsi décrit dans
celui de 1 41 1 :
Item Titus Livius, en françois, en très grant volume, contenant
trois décades en xxix livres, escript de très bonne lettre de forme,
à deux coulombes, et très bien historié et enluminé, de la transla-
tion du prieur de Saint-Eloy de Paris. Commençant ou ne foillet ner
jour d'avoir audience, et ou derrenier ront perpetuelment ensoy*.
Et fut du roy Charles, comme il est escrit en la fin dudit livre. Cou-
vert de cuir qui fut vert, à n fermouers d'argent dorez, esmaillez de
France.
Ce volume, sorti de la librairie du Louvre, y fut ren-
voyé en 1 409 par le duc de Guyenne, fils aîné de Charles VI.
On a anciennement effacé la signature de Charles V
qui était sur le dernier feuillet, précédée d'une note de
plusieurs lignes : mais les vestiges en sont encore bien
visibles.
Le Tite-Live, estimé 60 livres en 1424, fut envoyé en
Angleterre par le duc de Bedford, pour être offert à son
frère Honfroi, duc de Gloucester. C'est ce que nous apprend
une note écrite au-dessous de la signature de Charles V :
Cest livre fut envoyé des parties de France et donné par monsei-
1. C'est bien ainsi que commencent le deuxième et le dernier feuillet du ms.
de Sainte-Geneviève.
284 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
gneur le régent le royaume, duc de Bedfort, à monseigneur le duc de
Gloucestre,' son beau-frère, l'an mil quatre cens vingt sept.
On ignore quand et comment il est revenu en France.
LXXXI.
Valère Maxime, Les quatre premiers livres, tra-
duits en français par Simon de Hesdin.
Bibliothèque nationale, ms. français 9749.
Exemplaire original de la traduction, que l'auteur rédi-
gea en 1375. Parmi les nombreuses peintures dont le
volume est orné, il faut remarquer celle du frontispice, sur
laquelle on voit, dans le compartiment supérieur, deux
scribes occupés à écrire l'un le texte latin, l'autre le fran-
çais, et, dans le compartiment inférieur, le traducteur
offrant son livre à Charles V ; au bas de la page avaient été
peintes les armes de France, posées entre deux lions à très
longues queues : l'écu a été effacé, mais les lions sont à peu
près intacts.
Gilles Malet a ainsi enregistré ce livre dans son inventaire
(A. 242, B. 245) :
Valerius Maximus, couvert de soie vermeille, à queue, très bien
escript et ystorié.
Une note marginale ajoutée sur le fol. 13 du ms. fran-
çais 2700 nous apprend que le livre fut remis « à monsei-
gneur d'Anjou, vie de mars IIIF* » . Aussi ne fîgure-t-il pas
sur les autres inventaires de la librairie du Louvre.
Ce manuscrit a été l'objet d'une notice, accompagnée
d'un fac-similé, dansl' Album paléographique de la Société de
V École des chartes, pi. 42.
LXXXII.
Jacques de Voragine, La Légende dorée en fran-
çais.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 285
Bibliothèque Mazarine, ms. 17219.
Exemplaire de la fin du xive siècle, dont le frontispice,
représentant le couronnement de la Vierge, est orné d'en-
cadrements tricolores et de deux lions analogues à ceux
qu'on voit sur un certain nombre des livres de Charles V,
ce qui peut faire supposer que c'est un livre de la librairie
du Louvre, quoiqu'on ne puisse lui appliquer aucun article
des anciens inventaires.
On en doit dire autant de la Légende dorée qui est à
Chantilly dans le Musée Condé et qui vient de la biblio-
thèque de l'Oratoire à Paris. Le frontispice, représentant
le couronnement de la Vierge, a des encadrements trico-
lores, comme le frontispice du manuscrit de la Mazarine;
mais on n'y voit pas les lions, qui me semblent caractériser
les livres faits pour Charles V.
Le premier des inventaires (A. 221 et B. 22) mentionne
« une Légende dorée, en françois et en un volume, de
grosse lettre », qui fut délivrée à « madame de Bour-
gogne, xiii6 de octobre IIHXXI ». — Ce pourrait bien être
l'exemplaire de la Légende dorée qui est à la Bibliothèque
royale de Belgique (n° 3421 , jadis n° 9227) : il a un enca-
drement tricolore et doit venir de la librairie des ducs de
Bourgogne.
Sur le manuscrit de la Mazarine, voir A. Molinier, Cata-
logue des manuscrits de la bibliothèque Mazarine, t. II,
p. 200.
LXXXIII.
Gautier de Coinci, Les Miracles de Notre-Dame, en
vers.
Bibliothèque du Séminaire de Soissons1.
1. Cette notice a été rédigée en 1904, au moment de l'Exposition des Primi-
tifs. — J'ignore le sort actuel du manuscrit du Séminaire de Soissons.
286 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Admirable exemplaire, orné de miniatures et qui peut
être cité comme un modèle de calligraphie du milieu du
xive siècle. C'est à lui que s'applique l'article suivant du
Catalogue de Gilles Malet (A. 154 et B. 154) :
Les Miracles Nostre Dame rymés, couvert de veluyau ynde; et
furent racheteez des Angloiz; bien escript et historiez.
Dans le recolement qui fut fait après la mort de Gilles
Malet, il fut constaté que le volume n'était plus à la librairie
du Louvre et qu'il avait été livré au duc de Berry, « lequel
livre fu baillié à monseigneur de Berry j> (C. 45). Il figure
en ces termes sur l'inventaire des trésors du duc de Berry 1
dressé en 1413 :
Item un livre des Miracles Nostre Dame, escript en françoys, de
lettre de fourme, et noté en aucuns lieux; et au commencement du
second fueillet a escript comment que2; et est couvert de viez veluiau
violet doublé de tiercelin vermeil; et fermant à deux fermouers
d'argent dorez, esmaillez aux armes de France; lequel mondit sei-
gneur a eu du Roy.
Il fut prisé 30 livres tournois en 1416.
Je reproduis ici la petite dissertation que j'ai publiée en
18673 et dans laquelle je crois avoir établi que cet exem-
plaire des Miracles de Notre-Dame est celui qui, pris par
les Anglais [après la bataille de Poitiers], fut racheté pour
le compte du Boi et prit place dans la librairie du Louvre.
Parmi les manuscrits du moyen âge qui furent exposés
en 1 867 au Champ-de-Mars, dans les galeries de l'Histoire
du travail, se trouvait un volume in-folio, très bien conservé,
qui attirait les regards du visiteur par la pureté de l'écri-
ture, et encore plus par l'élégance et l'éclat des peintures
1. Guiffrey, Inventaires de Jean, duc de Berry, t. I, p. 248, n° 946.
2. Dans le manuscrit de Soissons, le second feuillet du texte commence par
le vers Comment que die Evan ou Eve.
3. Comptes-rendus des séances de l'Académie des inscriptions, année 1867,
p. 262-266. Cf. Cabinet des manuscrits, t. III, p. 324.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 287
et des ornements. Ce volume qui, depuis deux siècles, a
fixé l'attention d'un certain nombre de savants, et qui a
fourni la matière d'un assez long mémoire lu par Louis
Racine à l'Académie des inscriptions, le £8 janvier 1 744,
m'a semblé mériter d'être soumis à un nouvel examen.
On s'est en effet mépris, jusqu'à présent, sur la véritable
origine de ce manuscrit, et les singulières vicissitudes par
lesquelles il a passé n'ont point encore été racontées. Je
ne pourrai pas les faire toutes connaître, mais du moins
j'indiquerai celles qui présentent le plus d'intérêt.
Le manuscrit dont je vais parler se conservait, avant la
Révolution, à Soissons, dans l'abbaye de Notre-Dame1. Il
appartient aujourd'hui au Séminaire de Soissons. Il ren-
ferme les Miracles de Notre-Dame mis en vers français, au
commencement du xme siècle, par un moine de Saint-
Médard de Soissons nommé Gautier de Coinci. C'est un
ouvrage fort considérable et qui a joui longtemps d'une
grande vogue, comme l'attestent les nombreux exem-
plaires qui en sont conservés dans les bibliothèques de la
France et de l'étranger. Je n'ai pas à analyser cette vaste
compilation, dont le texte a été publié par M. l'abbé
Poquet en 1857, d'après l'exemplaire de Soissons, en un
gros volume in-4°, et sur laquelle la critique n'a pas encore
dit son dernier mot. Le seul but que je me propose d'at-
teindre aujourd'hui est de faire l'histoire d'un des plus
précieux manuscrits du poème de Gautier de Coinci.
Le premier auteur qui, à ma connaissance, en ait parlé
est Dom Michel Germain, l'ami et le compagnon de Mabil-
lon. Dans son Histoire de l'abbaye royale de Notre-Dame
de Soissons2 y publiée en 1675, il dit avoir vu entre les
1. D'une inscription à moitié effacée qui est sur la première page, il résulte
que le manuscrit fut donné en 1645 à Son Altesse Madame de Lorraine, abbesse
de Notre-Dame de Soissons.
2. Page 356.
288 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
mains de l'abbesse, Armande-Henriette de Lorraine d'Har-
court, « un livre manuscrit dont l'écriture est ancienne de
près de cinq cens ans, et contenant les vers de Gautier de
Coinci touchant les miracles de la Sainte Vierge, dont ceux
qui sont arrivés à Soissons font la meilleure partie et sont
représentés avec des tailles douces fort agréables. »
Je ne relève pas ce qu'il y a d'étrange dans l'expression
taille douce employée par le bon bénédictin, comme aussi
par Louis Racine1, pour désigner d'anciennes miniatures.
Ce que je tiens à constater, c'est que Dom Michel Germain
considérait le manuscrit de Notre-Dame de Soissons comme
contemporain de l'auteur et qu'il en rapportait l'exécution
au commencement du xme siècle.
Telle est aussi l'opinion de M. l'abbé Poquet, qui ne
doute pas non plus que ce manuscrit ait été fait dans l'ab-
baye même de Saint-Médard. Alfred Darcel, dans une très
fine appréciation des peintures de ce beau livre2, s'en est
servi pour montrer à quel degré de perfection, suivant
lui, l'art français était parvenu à la fin du xme et au com-
mencement du xive siècle.
La question d'origine n'a pas été traitée par Edouard
Fleury, qui a consacré à ce même volume un des chapitres
les plus importants de ses Études sur les manuscrits à
miniatures de la ville de Soissons 3 ; cependant cet auteur
s'éloigne de l'opinion de ses devanciers sur l'âge du manus-
crit, puisqu'il le range parmi les monuments du xive siècle.
Et en effet, c'est bien à cette époque que se rapportent
les caractères paléographiques aussi bien que le style des
peintures.
Les descriptions et les dessins qui en ont été donnés
1. Notice communiquée à l'Académie des inscriptions en 1744 et insérée dans
les Mémoires de cette Compagnie, t. XVIII, Hist., p. 357.
2. Gazette des Beaux-Arts, septembre 1859, t. III, p. 278-291.
3. Pages 123-129.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 289
faisaient déjà juger de la valeur du livre que le Séminaire
de Soissons a recueilli dans les dépouilles de l'abbaye de
Notre-Dame. Il a sa place marquée parmi les plus beaux
manuscrits français du xive siècle, et je me félicite d'avoir
pu l'examiner assez attentivement pour y remarquer une
particularité qui m'en a révélé toute l'histoire.
Au bas du dernier feuillet, on aperçoit les traces d'une
signature soigneusement grattée. En présentant le feuillet
à une vive lumière, j'ai cru reconnaître que le mot effacé
était JEHAN, et que ce mot avait été tracé par le frère de
Charles V, Jean, duc de Berry, dont la Bibliothèque natio-
nale possède environ une centaine de signatures, les unes
au bas de mandements ou de quittances, les autres sur des
livres qui ont appartenu à ce prince1. Pour vérifier ma
conjecture, j'ai recouru aux inventaires de la librairie du
duc de Berry. Dans celui qui a été dressé en 1413, et qui
forme le registre KK258 des Archives nationales, on trouve
un article ainsi conçu :
Item un livre des Miracles Nostre-Dame, escript en françois de
lettre de fourme et noté en aucuns lieux. Et au commancement du
second fueillet a escript Comment que...; lequel monseigneur a eu
du Roy2.
Cette description convient à merveille au manuscrit du
Séminaire de Soissons, qui renferme bien le texte français
des Miracles de Notre-Dame, copié en lettre de forme,
avec des airs notés en musique. Mais il y a plus : cette
description ne peut s'appliquer à aucun autre exemplaire.
En effet, le volume décrit dans l'inventaire avait en tête du
second feuillet les mots Comment que, et dans le manus-
1. Un examen ultérieur que j'ai pu faire en 1904 ne laisse aucun doute sur
cette lecture ; il a permis de constater qu'au-dessus de la signature avaient été
tracés les mots : Ce livre est au duc de Berry.
2. Voir la seconde partie, p. 258*, n° 214.
19
290 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
crit de Soissons le second feuillet commence par le vers :
Comment que die Evam ou Eve.
A moins d'un hasard fort extraordinaire, on ne saurait
admettre que, dans deux copies du poème de Gautier de
Coinci, le second feuillet ait exactement commencé de la
même manière. D'ailleurs, je n'ai pas seulement à invoquer
l'identité des premiers mots du second feuillet; il ne faut
pas perdre de vue la signature dont j'ai aperçu les vestiges
à la fin du volume. Ces deux observations viennent à l'ap-
pui l'une de l'autre et prouvent jusqu'à l'évidence que le
manuscrit du Séminaire de Soissons est celui qui fut ins-
crit au commencement du xve siècle sur l'inventaire de la
librairie de Jean, duc de Berry.
C'était du roi que le duc de Berry tenait le livre des
Miracles de Notre-Dame. L'article d'inventaire que j'ai cité
plus haut l'atteste formellement : lequel monseigneur a eu
du roy. N'y aurait-il pas lieu de supposer que le livre
des Miracles a d'abord fait partie de la bibliothèque de
Charles V? Des documents authentiques vont encore nous
permettre de résoudre ce second problème.
Les deux plus anciens inventaires de la librairie du
Louvre1 mentionnent un exemplaire des Miracles de Nostre-
Dame, rimé, couvert de veluyau inde, bien escrit et historié.
C'est incontestablement l'exemplaire qui passa un peu plus
tard chez le duc de Berry. En effet, dans l'un des inven-
taires de Charles V, les mots Monseigneur de Berry ont été
ajoutés sur la marge, en regard de l'article relatif aux
Miracles de Notre-Dame, et quand Jean Le Bègue vérifia, en
141 1 , l'état de la librairie du Louvre, il constata l'absence
des Miracles de Notre-Dame, « lequel livre, ajoute-t-il, fut
baillé à mons. de Berry, comme appert par lettres
signées R. ».
1. Voir la seconde partie, p. 155*, n° 948.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 291
On voit que les inventaires de Charles V et de Charles VI
sont en parfaite harmonie avec ceux du duc de Berry, et
que le manuscrit dont nous suivons les vicissitudes venait
de la librairie du Louvre. Mais nous pouvons essayer
de remonter encore plus haut. Dans les inventaires de
Charles V et de Charles VI que j'ai cités1, l'article relatif aux
Miracles de Notre-Dame contient une indication d'origine
qui, pour être fort brève, n'en offre pas moins un très vif
intérêt. Elle est ainsi conçue : Et furent rachetés des
Anglais. Pour avoir le sens de ces mots, il faut nous trans-
porter au Musée britannique et ouvrir la Bible historiale
qui est cotée 19. D. II, dans le fonds du Roi. Au verso du
troisième feuillet de garde, nous y lisons ces mots : « Cest
« livre fut pris ove le roy de France à la bataille de Pey-
« ters. Et le boum counte de Saresbirs, William Montague,
« la acheta pur cent marsz, et le dona à sa compaigne, Eli-
« zabeth, la bone countesse, que Dieu assoile. Et est con-
« tinus dedeins le Bible enter, ove tixte et glose, le mestre
« de histoires et incident, tout en mêmes le volyme.
« Laquele livre la dite countesse assigna à ses executours
« de le vendre pur xl livres. »
Ainsi voilà une Bible que les Anglais ont prise en 1356,
à la journée de Poitiers, dans les bagages du roi de France.
C'est que, suivant un usage qui s'est perpétué à la cour
jusqu'au règne de François Ier, le roi Jean faisait toujours
porter à sa suite une partie de sa petite bibliothèque. Nous
sommes donc autorisés à conjecturer que le livre des
Miracles de Notre-Dame se trouvait dans les coffres du roi,
à côté de la Bible historiale, lors du désastre de Poitiers.
Cette circonstance nous explique comment Charles V dut
le retirer plus tard des mains des Anglais.
Maintenant, résumons en deux mots l'histoire du manus-
1. Voir la seconde partie, p. 155* et 156*, n° 948.
292 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
crit du Séminaire de Soissons. Il a été fait dans la pre-
mière moitié du xive siècle, il faut l'attribuer à cette école
de calligraphes et d'enlumineurs dont s'enorgueillissait
alors la ville de Paris, et à laquelle nous devons la Vie de
saint Denis, le Bréviaire de Belleville, le Pentateuque de
1 356 et tant d'autres chefs-d'œuvre. Le roi Jean le perdit
avec tous ses bagages dans la déroute de Poitiers, Charles V
le racheta des Anglais et le plaça dans sa librairie de la
tour du Louvre. Jean, duc de Berry, le plus grand ama-
teur de beaux livres du moyen âge, se le fît donner par
son neveu Charles VI. A la mort du duc de Berry, ce volume
dut être vendu pour éteindre une partie des dettes qui
grevaient la succession du prince. Il fut offert le % octobre
\ 635 à Henriette de Lorraine, qui mourut en 1 669 abbesse
de Notre-Dame de Soissons. On ignore comment il sortit
de l'abbaye de Notre-Dame, au commencement de la Révo-
lution, pour entrer un peu plus tard dans la bibliothèque
du Séminaire de Soissons.
La communication que M. le supérieur du Séminaire de
Soissons a bien voulu faire de ce manuscrit à la Biblio- .
thèque nationale, en 1904, pour l'Exposition des Primitifs
français, m'a fourni l'occasion de l'examiner à loisir, et je
n'hésite'pas à en insérer ici une description un peu détaillée :
Volume écrit sur du vélin très fin. 244 feuillets, y compris le
feuillet blanc de la fin, plus deux feuillets préliminaires. — Dimen-
sions des feuillets, 335 millimètres sur 223.
Ecriture disposée sur deux colonnes, d'une très grande élégance
et d'une parfaite régularité, dont les caractères, comme le style des
peintures, conviennent tout à fait au temps de Philippe de Valois.
Une page en a été reproduite dans la collection de fac-similés des-
tinés à l'enseignement de l'Ecole des chartes.
On n'a point encore exactement ni complètement fait connaître
le contenu de ce beau manuscrit, ni signalé les parties qu'a laissées
de côté l'abbé Poquet, et, comme il n'est point conservé dans un
dépôt public, j'ai cru devoir en donner ici un dépouillement dans
lequel j'ai fait entrer la rubrique et les premiers mots de chaque
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 293
morceau. En tête des articles j'ai ajouté, en chiffres romains, les
numéros correspondants de la Table initiale1 qui n'ont pas été
reproduits dans le corps du volume. Cette table a dû être copiée
d'après un exemplaire où, à la suite des Miracles de Notre-Dame,
se trouvaient des « Vies de saintes » qui n'ont point été insérées
dans le manuscrit de Soissons. Voici en quels termes la Table
annonce ces Vies de saintes :
« Ci commencent les Vies de saintes.
« La vie et la passion sainte Katherine. LXVI.
La vie et la passion sainte Agnès. LXVII.
La vie sainte Crétine virge et martire. LXVIII.
La vie et la passion sainte Agace. LXIX.
La vie et la passion sainte Luce..LXX.
La vie a [sic) la sainte Magdalene. LXXI.
La vie de l'Egyptiane. LXXII.
La vie et la passion sainte Cécile. LXXIII.
La vie et la passion sainte /Vnastaise. LXXIIII.
La vie sainte Geneviève. LXXV.
La vie et la passion sainte Tecle. LXXVI.
La vie et la passion sainte Honorine. LXXVII.
La vie et la passion sainte Marguerite. LXXVIII.
La vie sainte Justine. LXXIX.
La conversion saint Cyprien et la penitance. LXXX.
La passion saint Cyprien et sainte Justine. LXXXI. »
Suit un dépouillement dans lequel on trouvera, à la fin des
articles, les renvois à l'édition de l'abbé Poquel :
Deux feuillets préliminaires non cotés. Sur le premier, au recto,
inscription rappelant l'hommage du livre à Madame de Lorraine,
abbesse de Notre-Dame de Soissons, en 1645; au verso, grand
frontispice, qui sera décrit plus loin, p. 303.
Sur le recto du second feuillet préliminaire, mauvais vers fran-
çais sur le « saint soulier de la Vierge ».
I. Fol. 1. Ci commencent les Miracles deNostre-Dame. (Rubrique
de la Table qui semble s'appliquer à la Table même, au prologue et
aux cantiques copiés sur les fol. 1-7.
... Fol. 2. [Prologue.] (Poquet, 3.)
A la loenge et à la gloire
En ramembrance et en mémoire
1 . Le texte de cette table a été imprimé dans le livre de l'abbé Poquet, p. xxxn.
294 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
De la royne et de la dame
Cui je commant mon cors et m'ame.
... Fol. 4. [Derniers vers du prologue :]
La langue Gautier de Coinsi,
Qui pour s'amour commence ainsi.
. . . Fol. 4. [Annonce des cantiques insérés dans l'ouvrage :]
(P. 11.)
Ainz qu'ovrir vueille le grant livre,
Qui moût me donne et moult me livre.
[Cantiques.] (P. 13.)
Fol. 4 v°. Amours qui bien set enchanter. (Cf. fol. 103.)
Fol. 5. Quique face rotruange novele. (Cf. fol. 101 v°.)
Fol. 5. Royne celestre [sic) buer fusses tu née.
(Cf. fol. 102 v°.)
Fol. 5 v°. Talenz m'est pris orendroit qu'a moût haut ton.
Fol. 6. Efforcier m'estuet ma voiz.
Fol. 6 v°. Quant ces flouretes flour voi.
Fol. 6 v°. Pour conforter mon cuer et mon courage.
Fol. 7 v°. Ave gloriosa,
Virginum regina,
Vite generosa,
Vite medicina,
Clementie résina. (P. 755.)
II. Fol. 8 v°. Ici commencent les Miracles de Nostre-Dame. Pre-
mièrement de Théophile. (P. 29.)
Pour ceus esbatre et déporter.
III. Fol. 21. De saint Yldefonde arcevesque de Tholete. (P. 77.)
Un arcevesque out à Tholete.
IIII. Fol. 29. Ci devise des papelars et des begins.
(Omis par Poquet.)
... Fol. 29 v°. Des preudommes ne di pas fi.
V. Fol. 35. Du filz au juif qui à Borges fu délivré du brasier par
le miracle Nostre-Dame. (P. 283.)
A Bourges, ce truis, lisant.
VI. Fol. 36. Comment saint Jeroime raconte de l'ymage Nostre-
Dame que le juif geta en la chambre coie. (P. 423.)
Un biau miracle vous recite.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 295
VII. Fol. 36 v°. Du prestre que Noslre-Dame deffendi de l'injure
que son evesque li vouloit faire pour ce que il ne savoit chanter
que une messe de Nostre-Dame. (P. 323.)
... Fol. 37. Un miracle truis d'un prouvoire.
VIII. Fol. 37 v°. Du clerc de Chartres en qui bouche v roses
furent trouvées quant il [fu] deffouy du fossé. (P. 297.)
A Chartres fu, ce truis, uns clers.
IX. Fol. 38 v°. Du moine que Nostre-Dame deffendi du deable
qui le vouloit tuer en guise de lion. (P. 327.)
Uns moines fu d'une abbeie.
X. Fol. 39 v°. Comment Nostre-Dame guari un clerc de son let,
qui trop griement estoit malades. (P. 341.)
Pour pluseurs genz plus enflammer.
XI. Fol. 40 v°. De une noble dame de Rome que le deable accusa
à l'empereeur, comment de avoir eu un enfant de son filz, et com-
ment ele murtrî l'enfant qu'ele avoit eu de son filz. (Omis par
Poquet.)
... Fol. 41. Un haut miracle moult piteus.
XII. Fol. 45. Le miracle du riche homme et de la povre viellete.
(P. 429.)
... Fol. 45 v°. Tuit li miracles Nostre-Dame.
XIII. Fol. 49. D'une abeesse que Nostre-Dame deffendi de grant
angoisse par sa pitié. (Omis par Poquet.)
Une abbeesse fu jadis
Qui la dame de paradis.
XIIII. Fol. 51 v°. Du clerc qui mist l'anel ou doi Nostre-Dame.
(P. 355.)
Tenez silence, bêle gent.
XV. Fol. 52 v°. De l'enfant que le deable en vouloit porter.
(P. 443.)
Entendez tuit, faites silence.
XVI. Fol. 55 v°. Des cinc roses qui furent trouvées en la bouche
au moine après sa mort. (P. 359.)
Un brief miracle moult aoine.
296 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
XVII. Fol. 56. D'un moine resuscité de l'une et l'autre mort par
la déserte Nostre-Dame. (P. 455.)
Si com mon livre me témoigne.
XVIII. Fol. 57 v°. De Girart qui s'ocist par le decevement au
deable com il aloit à Saint-Jaque. (P. 291.)
Un biau miracle vous vueil dire.
XIX. Fol. 59. De la nonnain que Nostre-Dame délivra de grant
blasme et de grant poine. (P. 475.)
Mes livres me dit et révèle.
XX. Fol. 60 v°. Du moine qui onques ne sist as heures de Nostre-
Dame, et por ce fu il sauf. (P. 489.)
En escript truis qu'en l'abbeie
De Saint Sauveur de Pavie.
XXI. Fol. 61 v°. De chevalier à cui la volenté fu contée pour fait
après sa mort. (P. 493.)
A ceus qui aimment doucement.
XXII. Fol. 63. De la nonnain à cui Nostre-Dame abreja son Ave
Maria. (P. 481.)
... Fol. 63 v°. A la loenge de la Virge.
XXIII. Fol. 65. Du larron que Nostre-Dame soustint par ni jours
as fourches pendant et le délivra de mort. (P. 501.)
Ci après vueil mètre en brief.
XXIIII. Fol. 66. Du secrestain que Nostre-Dame visita. (P. 333.)
Se près de moi vous voulés traire.
XXV. Fol. 67 v°. Le Miracle du Sarrazin qui aoura l'ymage
Nostre-Dame. (P. 505.)
Queques d'oïr estes en grant.
XXVI. Fol. 69. Des deus famés qui s'entrehaoient que Nostre-
Dame racorda. (P. 511.
Fol. 69 v°. Queque talent avez d'oïr.
XXVII. Fol. 70 v°. Le miracle comment Nostre-Dame fu férue
d'un quarrel ou genoil. (P. 275.)
En escrit truis que près d'Orliens.
XXVIII. Fol. 71 v°. D'un abbé et ses compaignons et autres genz
que Nostre-Dame secourut en la mer. (P. 517.)
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 297
Fol. 72. Entendez tuit, et clerc et lai.
XXIX. Fol. 73. De saint Bon, qui fu evesque de Clermont.
(P. 303.)
Queque volentez me seraont.
XXX. Fol. 75. Le miracle de l'escommenié qui ne povoit trouver
qui l'asousist. (P. 575.)
... Fol. 75 v°. Un miracle vueil réciter.
XXXI. Fol. 80 v°. Du riche homme à cui le deable servi par
vu anz por lui décevoir. (P. 523.)
Pour ce qu'oiseuse est morz à l'ame.
XXXII. Fol. 82 v°. Du clerc à qui on trouva une rose en la bouche
après sa mort. (P. 363.)
Il fu uns clers, uns damoiseaus.
XXXIII. Fol. 84 v°. Du moinne que Nostre-Dame guéri de son
let. (P. 347.)
Biens est que nous le bien dions.
XXXIV. Fol. 86 v°. D'un chevalier à qui Nostre-Dame s'aparut
quant il oroit. (P. 533.)
Il fus, ce truis, uns chevaliers.
XXXV. Fol. 89. Du moine que Nostre-Dame resuscita, qui estoit
péris par son pechié. (P. 461.)
Celé en qui prist humanité.
XXXVI. Fol. 93. De la nonnain qui lessa s'abbeie et s'en ala au
siècle. (Omis par Poquet.)
A la gloire la glorieuse.
XXXVII. Fol. 96 v°. De la doutance de la mort et de la chetivité
du monde. [Cf. fol. 215 v°, n° LXIII.] (P. 689.)
Gautiers qui est de cors et d'ame
Sers à tous les sers Nostre-Dame.
... Fol. 97. Sainte Escripture fait savoir
Qui de Dieu veut l'amour avoir.
... Fol. 101 v°. [Cantiques en français avec notation.] (Omis par
Poquet.)
Quique face rotruenge nouvele.
(Cf. fol. 5 et Poquet, 15.)
298 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
... Fol. 102 v°. Royne céleste buer fusses tu née.
(Cf. fol. 5 et Poquet, 15.)
... Fol. 103. Pour la pucele en chantant me déport.
(Cf. fol. 115.)
... Fol. 103. Amours qui bien ses (sic) enchanter.
(Cf. fol. 4 v°.)
... Fol. 103 v°. Entendez tuit ensemble, et li clerc et li lay
Le salu Nostre-Dame...
(Cf. fol. 240 et Poquet, 753.)
... Fol. 104
Hoc opus expletur, Deitati gloria detur,
Et matri Domini que nostro sit pia fini.
... Fol. 105. Comment sainte Leochade fu trouvée. (P. 111.)
Que de mémoire ne dechaie.
XXXVIII. Fol. 110. Comment le corps de sainte Leochade fu
parduz. [Cantique noté.] (P. 129.)
Las, las, las, las, par grant délit.
XXXIX. Fol. 111. Commen le cors sainte Leochade fu retrouvé.
[Cantique noté.] (P. 133.)
Sur ce rivage à ceste croiz.
XL. Fol. 111 v°. Cornent sainte Leochade par sa prière deffendi
tout le pais de la foudre. [Cantique noté.] (P. 135.)
De la sainte Leochade...
XLI. Fol. 111 v°. Ci aprez commence le prologue des Miracles
Nostre-Dame en la seconde partie. (P. 375.)
A Saint Maarc ou biau livraire
Truis un biau livre dont biau traire
Vourrai encore bêle matère
Et biau dis de la bêle mère...
... Fol. 116. [Cantiques avec notation.]
Pour la pucele en chantant me déport.
(P. 385. Cf. fol. 103.)
... Fol. 115 v°. Mère Dieu, virge senée, née fus en plain croissant.
(Omis par Poquet.)
... Fol. 116. S'amour dont sui espris. (P. 387.)
... Fol. 116 v°. D'une amour qu'oïe et série. (P. 391.)
... Fol. 117. Hui matin à la journée. (P. 389.)
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 299
... Fol. 117 v°. Ja pour y ver, pour noif, ne pour gelée. (P. 393.)
... Fol. 118. Ma viele vieler veut un biau son. (P. 385.)
XLII. Fol. 119. De l'erapereris de Rorame qui garda chastée en
moult de temptacions. (Omis par Poquet.)
As sages dit et fait savoir.
... Fol. 142 v°. [Préface du morceau : « De la chastée aus non-
nains. » (P. 707.)
Ici me prent, ici m'aart
Grant volentez, par saint Maart,
Qu'à mes dames, que moult ai chières,
Aus damoiseles, aus cloistrieres,
De Nostre-Dame de Soissons
Envoi un mes de tiex poissons
Com j'ai peschié à Vi sus Aisne
Fol. 143. Quant de Soissons départiras,
Ve foiz saluer m'iras
L'abbeesse de Frontevuaut,
Que je moult aim et qui moult vaut.
XLIII. Fol. 143. De la chastée aux nonnains. (P. 709.)
Vous damoiselles et vous dames.
XLIIII. Fol. 149 v°. Le miracle de saint Basile. (P. 399.)
Fol. 150. Un miracle trop merveilleus.
XLV. Fol. 154 v°. Comment Nostre-Dame deffendi la cité de Cos-
tentinoble. (P. 417.)
Au tems que de la cité noble.
XLVI. Fol. 156. De l'enfant que Nostre-Dame resuscita qui chan-
toit le respons Gaude Maria. (P. 557.)
Sainte Escriture nous esclaire.
XLVII. Fol. 160 v°. Les Miracles de la fiertre de Loon et du
cyerge qui y aluma. (P. 209.)
Assez savez qu'assez Loon.
... Fol. 161. Des marcheans qui donnèrent l'offrende de Nostre-
Dame et puis li retolirent. (P. 211.)
Li clerc qui la fiertre portoient.
300 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
... Fol. 152. De la laine aus marcheans qui fu arse.
Queque li clerc entre aus disoient. (P. 215.)
... Fol. 162. Comment la fiertre fu boutée hors de l'église. (P. 215.)
Mestre Buessart et si chanoine.
... Fol. 163 v°. Comment le dragon arst l'eglyse et toute la vile.
(P. 223.)
Or entendez qu'a en cest fuel.
XLVIII. Fol. 165 v°. Du juif qui prist en gage l'ymage Nostre-
Dame. (P. 543.)
Tant truis escrit foi que doi m'ame.
XLIX. Fol. 169. Des deus frères qui furent à Romme. (P. 593.)
Li bons livraires vuent cerchier.
L. Fol. 172. Du vilain qui à grant poinne savoit la moitié de son
Ave Maria. (P. 617.)
Conter vous veil sans nul délai.
LI. Fol. 175. Du cierge qui descendi sus la viele au vieleeur
devant l'ymage INostre-Dame. (P. 315.)
La douce mère au créateur,
A l'église à Roche amadeur.
LU. Fol. 177 v°. Les Miracles Nostre-Dame de Soissons.
Se Diex m'ait huy et demain. (P. 145.)
... Fol. 177 v°. De l'enfant qui fu ravi en avision. (P. 147.)
Quant à Soissons tant de genz vindrent.
LUI. Fol. 179. Du bouvier puni et gari. (P. 153.)
Ici après vueil remoller.
LIIII. Fol. 181. De la famé qui recouvra son nés qu'elle avoit
perdu. (P. 161.)
Ançois que fors du livre issons.
LV. Fol. 185 v°. Comment >ostre-Dame guari celui qui avoit le
pié perdu. (P. 177.)
Qui vient oïr vers moi se traie.
LVI. Fol. 188 v°. De une famé de Loon qui fu délivrée du feu par
le miracle Nostre-Dame. (P. 238.)
Celé qui est de cel manière.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 301
LVII. Fol. 193. De la pucele d'Arras à qui Nostre-Dame s'aparut.
(P. 261.)
Mes livres me dit et narraz.
LVIII. Fol. 197 v°. Comment uns homs noie en la mer fu délivré
par l'ayde Nostre-Dame. (P. 605.)
Qui veut oïr, qui veut entendre.
LIX. Fol. 200 v°. Du clerc qui famé espousa et puis la lessa.
(P. 631.)
Vous qui amez de cuer entier.
LX. Fol. 206. Le Miracle Nostre-Dame de Sardinay. (P. 649.)
A la loenge de la dame.
LXI. Fol. 212 v°. Le Miracle Nostre-Dame de Sardenai. (P. 671.)
A Bisance, la cité noble.
Indiqué dans la table sous le titre de : « Le Miracle de Constanti-
nople ».
... Fol. 214. Ici fenissent les Miracles Nostre-Dame du second livre.
[Epilogue. Poquet, 686.)
LXII. Fol. 214 v°. Qui ces miracles a leuz
Bien est chaitis bien durfeuz
LXIII. Fol. 215 v°. Ci fenit le secont livpe des Miracles Nostre-
Dame, et commance du Despit du monde. (Omis par Poquet.)
Gautier, qui est de cors et d'ame
Sers à touz les sers Nostre-Dame,
Cest livre, où a mise s'entente,
A touz ceus envoie et présente
Qui en cuer ont et en mémoire
La douce mère au roy de gloire.
Le poème ici annoncé commence et finit comme celui qui est
intitulé au fol. 96 v° « De la doutance de la mort et de la chetiveté
« du monde » (n° XXXVII de la Table); mais la rédaction de ce
n° XXXVII est beaucoup moins développée; elle ne consiste qu'en
788 vers environ, tandis que le n° LXIII en a environ 2,714.
Fol. 231 v°. (Quatrain sous une miniature représentant un moine
agenouillé en prières devant la Vierge. [P. 733.])
A la fin de cest livre, où j'ai pené jour maint,
302 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Saluer vueil la dame où toute douceur maint.
A sa douceur depri doucement que tant maint
Que bone fin me doint et que maine ou ciel maint.
Amen. Amen. Amen.
LXIIII. Ci comencent li Ave de Nostre-Dame. (P. 737.)
... Fol. 232. Ave Maria gracia plena...
De par la mère Dieu cent mile foiz salu...
Fol. 232 v°. Ave, dame de gloire, ave des angres.
Fol. 234. Ave, à cui li angres dist plena gracia.
Fol. 235 v°. Ave, à cui li angres dist Dominus tecum.
Fol. 237. Ave, à cui li angres dist Benedicta tu.
Fol. 238 v°. Ave, fructus ventris tui soit beneoiz.
Fol. 240. (A la fin :) Ci fine ton salu le prieur de Vi a.
Fol. 240. [Cantiques notés.]
Entendez tuit ensemble, et li cler et li lai,
Le salu Nostre-Dame, nus ne set plus douz lai.
(P. 753. Cf. fol. 103 v°.)
(Dernier vers sur le fol. 240 v° :)
Sa cbançon ci fînée le prieur de Vi a. (P. 753.)
Fol. 241. Gemme resplendissant, royne glorieuse. (P. 7.">7.
Fol. 242. Marie, mère de concorde,
A Jhesu Crist ton filz m'acorde. (Omis par Poquet.)
LXV. [Des cinq joies >ostre-Dame.] ■
Fol. 243. Dame de paradis, dame de tout le monde. (P. 761.)
Fol. 243 v°. [Prière à Dieu.]
Dous Diex, qui sanz fin ies et sans nation. 1\ 663.)
A la fin : Ci finissent les Miracles Nostre-Dame.
Les textes sur lesquels s'appuie Gautier de Coinci et
qu'il a développés dans ses vers sont inscrits sur les
marges, avec l'indication des sources. C'est ainsi que les
premières pages nous offrent ces citations ainsi rubriquées :
« Magister quidam dicit ; Gregorius dicit ; Seneca dicit ;
Magister Petrus Abaelart ; Augustinus dicit ; Salomon dicit ;
Unde dicitur; In evangelio legitur; Beda dicit; magister
Bernardus; Jeronimus; Innocentius; Hyldebertus, Ceno-
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 303
monensis (sic) episcopus; Origenes; Ambrosius dicit;
Ystoria dicit; Caro (Gato) secundus dicit ; Ysidorus dicit. »
L'illustration du volume a déjà été signalée plus d'une
fois, à l'occasion surtout des expositions parisiennes où il a
figuré en 1867 et en 19041. On s'accorde à y voir un des
chefs-d'œuvre de la peinture française du second tiers du
xive siècle. Elle consiste, indépendamment d'un grand fron-
tispice, en 77 miniatures dont la plupart mesurent 70 mil-
limètres sur 64. Elles ont été reproduites au trait dans les
deux ouvrages de l'abbé Poquet cités plus loin. L'une
d'elles, celle du fol. 70 v°, représentant une ville italienne,
a dû être exécutée par un peintre qui avait visité l'Italie. A
la fin du volume, en tête de « saluts » et autres prières à la
Vierge, on remarque tantôt un roi ou un prince (fol. 234,
237, 242 v°), tantôt une reine ou une princesse (fol. 232 v°,
235 v°, 238 v°, 241 , 242, 243 v°) à genoux, en prières
devant une statue de la Vierge. De tels sujets sont bien à
leur place dans un volume que nous savons, d'ailleurs,
avoir été longtemps à l'usage de la famille royale et qui
pourrait bien avoir été destiné à Jeanne de Bourgogne,
femme de Philippe de Valois : le goût de cette reine pour
les beaux livres est connu depuis déjà longtemps.
La composition du frontispice qui couvre une page
entière au commencement du volume mérite d'être
indiquée. C'est un grand tableau divisé en huit comparti-
ments. Dans la partie intérieure, au milieu, le calvaire, et,
sur les côtés, deux escaliers dont les degrés sont occupés
par six lions à droite et six lions à gauche. Au-dessus du
calvaire, la Vierge, assise sur un trône majestueux, tient
l'enfant divin sur ses genoux; sept colombes, figurant les
sept dons de l'Esprit-Saint, planent au-dessus du trône.
Dans les deux compartiments latéraux du haut du tableau,
1. Il faut particulièrement citer un article d'Alfred Darcel inséré dans la
Gazelle des beaux-arts, septembre 1859, t. III, p. 278-291.
304 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
saint Pierre et saint Paul, assis l'un entre Isaïe et Osée,
l'autre entre Jésus Sirach (Filius Syrach) et Samuel,
tiennent déployées des banderoles couvertes de textes
appliqués à la Vierge. Les deux compartiments latéraux
du milieu sont remplis par six figures allégoriques des
vertus de la Vierge : Humilitas, Prudentia, Sollicitudo,
Verecundia, Virginitas, Obedientia. Ce tableau a été repro-
duit en lithographie dans le volume in-4° de l'abbé Poquet
et dans celui d'Edouard Fleury.
Un mot seulement de quelques travaux dont le manus-
crit de Soissons a été l'objet dans la seconde moitié du
dernier siècle. Le plus considérable est celui de l'abbé
Poquet. Ce savant archéologue a rendu un grand service
en consacrant un volume in-4° à la publication de la plus
grande partie des vers contenus dans le manuscrit du
Séminaire de Soissons1; mais il est regrettable qu'il n'ait
point tenu compte de l'ordre de ce manuscrit, qu'il n'ait
pas même dressé une table de concordance et qu'il n'ait
pas indiqué les pièces laissées de côté par des scrupules
hors de propos dans un livre d'érudition.
Au même auteur nous devons un petit volume dans
lequel sont reproduites au trait les petites miniatures du
manuscrit, avec de courtes explications des sujets repré-
sentés2.
C'est d'après l'ouvrage de l'abbé Poquet que le texte du
manuscrit de Soissons a été employé par MM. Warner3,
Ward4 et Mussafia5.
1. Les Miracles de la sainte Vierge traduits et mis en vers par Gautier de
Coincy, publiés par M. l'abbé Poquet. Paris, 1857, in-4°.
2. Les Miniatures des Miracles de la sainte Vierge, d'après le manuscrit
de. Gautier de Coincy. Reims, 1890, in-16.
3. Miracles de Nostre-Dame, collecled by Jean Mielot (Westminster, 1885,
in-fol.). — Publication héliotypique d'un manuscrit de la bibliothèque Bodléienne.
4. Notice du ms. harléien 4401, dans Catalogue of romances in the Depart-
ment of manuscripts in the British Muséum, vol. II (1893), p. 717-727.
5. Ueber die von Gautier de Coincy bcnidzten Quellen, dans Denkschriflen
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 305
Alfred Darcel nous a donné une bonne appréciation des
peintures du manuscrit dans un article inséré en 1 859 au
tome III de la Gazette des beaux-arts, p. 278-291 .
Le même sujet a été traité par Edouard Fleury dans ses
études sur Les Manuscrits à miniatures de la bibliothèque
de Soissons1. A sa notice est jointe une lithographie du
grand frontispice du manuscrit.
La musique des cantiques insérés dans le manuscrit a été
l'objet d'observations de la part de Félix Clément, auteur
d'un article intitulé : L'Harmonie au XIII6 siècle, et publié
en 1 850 dans les Annales archéologiques de Didron, t. X,
p. 69-80. Le même volume, en regard des pages 69, 155,
186 et 243, contient le fac-similé de quatre des pages de
musique, celles qui contiennent les pièces commençant par
les mots : De la sainte Leochade (fol. 1 1 1 v°) ; Ave gloriosa
virginum (fol. 7 v° et 8); Mère de Dieu (fol. 115 v°).
Tout récemment, deux miniatures du manuscrit des
Miracles ont été reproduites en phototypie dans le mémoire
de M. S. G. Gockerell, The Hours of Yolande of Flanders2 :
celle du fol. 70 v° et celle du fol. 232 v°; toutes deux ont
été signalées un peu plus haut; sur la première, le peintre
a figuré une tour dont le caractère italien ne peut être
méconnu.
LXXXIV.
Vie et passion de saint Denis.
« Li fet et la passion monseigneur saint Denis, la passion
« de x mile martirs, la Véronique, les ans de la nativité
« Nostre Seigneur, » c'est-à-dire Annales partant de la
des K. Akademie der Wissenschaften, Phil. Hist. Classe, XLIV, i Abh.
(Vienne).
1. Paris, 1865, in-4% p. 123-129.
2. Voir plus haut, p. 214.
20
306 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
naissance de Jésus-Christ et descendant jusqu'en 1278,
traduites en grande partie de la Chronique de Sigebert.
Bibliothèque nationale, ms. français 696.
Manuscrit copié dans le dernier quart du xme siècle et
dont les 1 50 feuillets ont dû former la première partie d'un
volume qui est enregistré dans tous les inventaires de la
librairie du Louvre (A. 331, B. 352, D. 240, E. 281,
F. 261). Le contenu du manuscrit, quand il était complet,
est ainsi indiqué dans l'inventaire de 1 41 1 :
Item le livre du fait et de la passion saint Denis, des xi mille
martirs, les ans de la Nativité Nostre-Seigneur, la généalogie des
papes, empereurs, roys de France, et les temps que ilz ont régné, et
d'aucuns des faiz qui en leur temps sont advenuz, la passion1
Nostre-Seigneur, la vie Nostre-Dame, rimez, partie du Bestiaire en
prose et sanz commencement, autres notables en françois moralisez
en latin, les vers2 Regnault de Dampmartin, [la Patenostre exposée
en prose3], rimez, escript de lettre formée, à h et à m coulombes;
commençant ou ne foillet que il vouloit, et ou derrenier te si est celle;
couvert de cuir, à mi fermouers de laton.
Estimé 10 livres en 1424.
LXXXV.
La Vie et les Miracles de saint Denis, texte latin
par Yves, moine de Saint-Denis, avec une traduction fran-
çaise.
Bibliothèque nationale, nos 2090-2092 du fonds français.
Exemplaire original, orné de très précieuses peintures,
qui a dû être présenté à Philippe le Long. La dernière
partie manque depuis longtemps4. Cet exemplaire, tel que
1. Ce morceau et ceux dont l'indication suit ne sont plus dans le manuscrit 696.
2. L'inventaire de Gilles Malet porte : « Les seurs Regnaut de D. »
3. La mention de la Patenostre ne se trouve que dans l'inventaire de Gilles
Malet.
4. Voir Notices et extraits des manuscrits, t. XXI, part. Il, p. 249-263, et
Hist. litt. de la France, t. XXXI, p. 146.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 307
nous le possédons aujourd'hui, est décrit dans les inven-
taires de la librairie du Louvre (A. 155, B. 155, D. 100,
E. 98). L'inventaire de l'année 141 1 lui consacre cet article :
Item la Vie saint Denis et la Vie de quarante-six autres sains,
bien historiée, à chemise de toille à queue, escript de lettre formée,
en françois et latin, commençant ou ue foillet nobis ut mundi, et ou
derrenier donnant aux royaulx, à h fermouers d'argent dorez.
On s'accorde à ranger les peintures de ce manuscrit
parmi les chefs-d'œuvre de l'art parisien du premier tiers
du xive siècle. Trois pages en ont été reproduites dans le
recueil de The new palœographical Society, pi. 88, 89 et 90.
La reproduction de toutes les peintures est à la veille d'être
publiée par M. Henry Martin pour la Société de l'histoire
de Paris.
LXXXVI.
Vie de saint Martin, en vers français, par Péan Gas-
tineau1.
Bibliothèque nationale, ms. français 1043, venu de la
librairie du château de Blois.
Exemplaire copié en gros caractères, dans la seconde
moitié du xnie siècle.
Inscrit sur tous les inventaires de la librairie du Louvre :
A. 346, B. 367, D. 234, E. 275, F. 255. Voici l'article qui
le mentionne dans celui de l'année 1411 :
Item la Vie saint Martin de Tours, rimée, escripte en grosse
lettre et bonne formée (sic), en françois, commençant ou ne foillet
et Arcules, et ou derrenier si quil estoit; couvert de cuir blanc, à
deux fermouers de laton.
Estimé 1 livre en 1424.
1. Pour la bibliographie de cet ouvrage, voir Y Histoire littéraire de la
France, t. XXXIII, p. 369.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
LXXXYII-LXXXVI1I.
La Vie de saint Rémi, traduite en vers fiançais par
Richier.
Deux exemplaires à Bruxelles dans la Bibliothèque royale
de Belgique1 : l'un coté 6409 (aujourd'hui 3349) du com-
mencement du xive siècle, l'autre coté 5365 (aujourd'hui
3348) du milieu du même siècle. Celui-ci porte au bas de
la première page2 deux écussons supportés chacun par
deux lions : sur le premier les armes de France aux fleurs
de lis sans nombre; sur le second, bordé de gueules, un
écartelé de France et de Dauphin é, ce qui a fait supposer à
M. Paul Meyer que le ms. 5365 a été copié du temps que
Charles, fils du roi Jean, était dauphin et duc de Xor-
mandie.
Ces deux manuscrits sont enregistrés dans les inventaires
de la librairie du Louvre, le premier sous les cotes A. I L0,
B. 1 4 l,D. 89, E. 87, F. 74; le second sous les cotes A. 127.
B. 128, D. 83, E. 81, F. 68.
Ils sont ainsi décrits dans l'inventaire de 141 1 :
I. Item la Vie saint Rémi, couverte de soye, qui jadiz fu de drap
d'or, à deux fermouers d'argent, escripte de lettre formée en fran-
çois et rymée, commençant ou ne foillet que un fioms3, et ou derre-
nier ne furent.
II. Item la Vie saint Rémi, couverte de drap d'or, rymée, escripte
de lettre formée, en françois, commençant ou ue foillet aux Fran-
çois, et ou derrenier quaspre vengence, à u fermouers, l'un d'argent
et l'autre de laton.
1. Je parle de ces deux manuscrits d'après la notice que M. Paul Meyer en a
publiée dans les Notices et extraits des manuscrits, t. XXXV, part. I,
p. 118-130.
2. Une phototypie de cette page est insérée dans les Notices et extraits des
manuscrits, t. XXXV, part. I, en regard de la p. 117.
3. Le ms. 6409 porte : Que nus hom. Le rédacteur ou le copiste de l'inven-
taire a cru lire uns au Lieu de nus.
MANUSCRITS PARVENUS Jl - >US. 309
Le premier fut estimé 12 sous en 1424 et le second
1 livre 4 sous.
LXXXIX.
Les Grande? Chroniques de France.
Bibliothèque de Sainte-Geneviève, n° 782.
si le plus ancien exemplaire connu des (irai nies Chro-
niques, celui dans lequel le texte s'arrête a la mort de Phi-
lippe-Auguste et qu'un suppose, non sans raison, avob
présente a Philippe le Hardi par Primat, moine dtj Saint-
Denis. A la fin des Chroniques fol. 326 v |, miniature sur
laquelle est représente L'auteui son livre au roi1.
Au-dessous nous lisons la pièce de vers français • Philip]
roi de France, qui tant ies renommez ►, et la pièce de vers
latins Ut bene n •. qui permet de supposer que.
sur 1) page suivante, se trouvait une copie des Enseigne-
ments de saint Louis. Ce document a disparu et a fait place
a des cahiers de date plus récente, qui renferment la Vie de
saint Louis en français, d'après Guillaume de Nangis.
Il n'est pas démontre que ce manuscrit ait fait partie de
la librairie du Louvre. Les articles que les inventaires de
cette librairie consacrent aux Chroniques de France sont
trop vagues pour donner une base solide aux identifica-
tions. Mais c'est d'après le ms. 782 qu'a été Faite pour le
roi Charles V la copie des Grandes Chroniques contenue
dans le ms. français 2SI3 de la bibliothèque nationale.
Sur les principaux manuscrits des Grandes Chroniques
et sur l'usage qui en a ete fait pour déterminer l'origine
de cette célèbre compilation, voir l'ouvrage de M. Mob-
ilier. Les Sources de Vh s France, t. III. p. 97-100,
et t. IV. p. 21-23.
1. Cette miniature est reproduite en tête du tome XXIII du R-:cufil des his-
toriens.
310 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'À NOUS.
Le manuscrit de Sainte-Geneviève contient nombre de
particularités prouvant jusqu'à l'évidence qu'il est le pro-
totype du beau manuscrit des Grandes Chroniques fait pour
le roi Charles V (ms. français 2813, ci-dessous, art. XC).
A beaucoup d'endroits, sur les marges, se voit la note
HIST., tracée au crayon pour faire réserver dans une nou-
velle copie des Grandes Chroniques la place des histoires
qui devaient illustrer la nouvelle copie. Or, les miniatures
ainsi prévues se trouvent, à peu près sans exception, dans
le ms. 2813, à la place annoncée par la note HIST. sur les
marges du manuscrit de Sainte-Geneviève.
Sur le tableau suivant, on trouvera le sujet de ces minia-
tures, suivi dans une première colonne du renvoi à l'édi-
tion de Paulin Paris, dans la deuxième du renvoi à la page
du manuscrit de Sainte-Geneviève 783 où la place à réser-
ver pour une miniature est indiquée par la note HIST., et
dans la troisième le renvoi à la page du manuscrit 28 1 3 où
la miniature a été intercalée.
Édition. Ms. 7S3. Ms. 2813.
Invasion des Normands III, 99 209 165
Baptême de Rollon III, 105 210 v° 166 v°
Couronnement de Louis d'Outre-Mer . 111,115 212 168
Entrevue du pape et du roi Philippe . III, 231 236 187
Plaintes des vassaux de Louis le Gros . III, 275 247 195 v°
Meurtre du comte de Flandre . . . III, 332 260 206 v°
Couronnement de Philippe-Auguste . IV, 5 281 v° 223 v°
Secours demandés par les chrétiens
d'outre-mer IV, 27 286 v° 227 v°
Défection du corps de saint Denis . . IV, 39 289 230
La guerre de Flandre IV, 167 318 253 v°
L'insertion dans le ms. 2813 de ces dix miniatures,
conformément aux indications marquées sur les marges du
ms. 783, n'est pas la seule preuve que le premier manus-
crit est une copie du second. D'autres notes du manuscrit
de Sainte-Geneviève prescrivent des suppressions ou des
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 311
modifications qui ont été fidèlement exécutées dans le
manuscrit 2813. Voici en quels termes le directeur du tra-
vail avertit le copiste :
Fol. 202. Henri, ne faites ci p[oint] de capitres, usque ad
signum..., car ces chapitres ne servent ci de riens.
Fol. 209. Henri, ne lessiez ci point ystoire.
Fol. 212. Henri, metez ci les chapitres i, puis après chascun en
son lieu.
Ces prescriptions ont été fidèlement observées dans le
ms. 2813, fol. 168. De même la recommandation, inscrite
sur les fol. 152 et 155 v° du ms. 783, de laisser vide (en
copiant les chapitres i et v du livre V des faits de Gharle-
magne) la place nécessaire pour intercaler à chacun de ces
deux endroits une double histoire1. Aussi voyons-nous,
dans le ms. 2813, sur les fol. 121 et 124 v°, à propos de
la mort de Roland, une miniature divisée en deux compar-
timents qui occupera toute la largeur du cadre de justifi-
cation de la page.
La parenté entre les deux manuscrits ne saurait être plus
rigoureusement établie.
Des notes ajoutées sur les fol. 202, 209 et 212 du
manuscrit de Sainte-Geneviève, il résulte que le calligraphe
choisi pour exécuter une copie de ce manuscrit s'appelait
HENRI ; c'est, je crois, d'après cet indice que Paulin Paris
a attribué l'exécution de la première partie du ms. 2813 à
Henri du Trévou. L'identification est admissible, quoiqu'il
soit difficile de reconnaître des caractères d'individualité
aux chefs-d'œuvre dus à la plume de calligraphes aussi
habiles que Henri du Trévou et Raoul d'Orléans, tous deux
écrivains attitrés de Charles V.
1. Au fol. 152 et au fol. 155 v° du ms. de Sainte-Geneviève, on lit une note
ainsi conçue : Hyst. double, XXVI Unes.
312 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
xc.
« Ce sont les Croniques de France selon ce qu'il
SONT COMPOSÉES EN l'ÉGLISE DE SâINT-DeNIS EN
France. »
Bibliothèque nationale, ms. français 2813.
Exemplaire copié pour le roi Charles V vers l'année 1 375
et qui semble avoir été terminé en 1379. Il se composait
d'abord de deux volumes, très élégamment calligraphiés et
très richement illustrés de miniatures, la plupart à bandes
tricolores1. Les deux volumes ont été réunis de très bonne
heure, comme l'atteste l'état des tranches fleurdelisées.
La première partie s'arrête à la mort de Louis VIII. Le
livre consacré au règne de Philippe-Auguste se termine
(fol. 260 v°) par les deux pièces signalées ci-dessus, p. 309,
d'après le ms. 782 de Sainte-Geneviève.
Le dernier chapitre de la seconde partie se rapporte à
l'année 1 379 et est intitulé : « Gomment le roy manda à
Paris pluseurs barons de Bretaigne pour leur dire les choses
dont cy après est. » A la fin du volume ont été reliés, dès
l'origine, de nombreux feuillets de très beau parchemin;
les pages en ont été réglées et on se proposait d'y insérer
la continuation des Chroniques.
Chacune des deux parties est précédée d'un grand fron-
tispice très soigneusement exécuté.
En tête de la première partie (fol. 3 v°), sur un feuillet
intercalé après coup, on a représenté le sacre d'un roi,
probablement Charles VI; au bas du tableau, écu d'azur aux
1. Sauf de rares exceptions, toutes les miniatures se rapportant à la période
antérieure à l'année 1375 sont bordées de bandes tricolores. C'est aussi à la
même date que s'arrête la table des chapitres des règnes de Jean et de Charles V,
copiée sur les fol. 389-392. — La miniature du fol. 439, représentant le sacre
de Charles V et de la reine Jeanne de Rourbon, est reproduite dans mes Fac-
similé des livres copiés et enluminés pour le roi Charles V, pi. XIV.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 313
fleurs de lis sans nombre; des deux côtés de l'écu, le
peintre avait tracé le contour des armes des douze pairs.
Les personnages de ce beau tableau, qui occupe une page
entière du manuscrit, sont en grisailles.
Le frontispice de la seconde partie du manuscrit (fol. 285)
est formé par la réunion de six petits tableaux représen-
tant des scènes de la vie de saint Louis.
Au commencement des deux parties, l'écu royal est sup-
porté par deux anges.
Cet exemplaire des Grandes Chroniques paraît bien être
celui qui est ainsi désigné dans un mandement de Charles V
du 23 novembre 1 378 et dans une quittance de Dine Rap-
ponde du 22 avril 1 378 : « Pour les hez et chemises des
Croniques de France et celles que a faittes monseigneur le
chancellier, pour n volumes pour ledit seigneur, une pièce
de baudequin, xxvi frans. »
Sous le règne de Charles VI, il passa entre les mains de
Jean, duc de Berry, comme le prouve cet article d'un
inventaire des livres et joyaux de ce prince :
Un livre des Chroniques de France, en deux volumes, écrit en
françois de lettres de forme, très notablement historié et enluminé
au commencement et en plusieurs lieux. Au commencement du
deuxième feuillet du premier volume est écrit de tout le monde, et
au commencement du troisième feuillet de l'autre volume il vint
près A .
Voir les Recherches de Lacabane sur les Grandes Chro-
niques de France, dans la Bibliothèque de l'École des
1. Je cite cet article d'après Lacabane (Bibl. de l'École des chartes, 1840-
1841, t. II, p. 71), qui l'indique en ces termes : « Inventaire conservé à Bourges,
qui contient la notice des livres et joyaux ayant appartenu à Jean, duc de
Berry, frère de Charles V. » Il en avait dû la communication au comte Auguste
de Bastard. — Suivant Lacabane, le manuscrit des Chroniques était mentionné
dans les mêmes termes sur un autre inventaire qui se trouvait également à
Bourges, intitulé : « Livres qui furent au roi. » Le comte de Bastard disait que
l'inventaire dont il avait donné un extrait à Lacabane était écrit en entier de
la main du Père Berthier, chanoine à Bourges.
314 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
chartes, 1840-1841, t. I, p. 68-74. Conf. la notice de
Paulin Paris dans son édit. des Grandes Chroniques, t. VI,
p. 491-494. Une page a été reproduite en héliogravure
dans Y Album paléographique de la Société de l'École des
chartes, pi. 42. Il y en a aussi un fragment en phototypie
dans mes Facsimile des livres copiés pour Charles V.
En 1880, j'ai vu chez un marchand de curiosités, rue
Pigalle, 35, un feuillet d'un manuscrit des Grandes Chro-
niques tout à fait semblable au ms. français 2813. Ce feuil-
let contient une miniature représentant les funérailles de
Jeanne de Bourbon, femme de Charles V.
XCI.
Les Grandes Chroniques de France.
Manuscrit appartenant au Très honorable marquis de
Bute, d'Eccleton Square.
Cet exemplaire des Grandes Chroniques a tant de traits
de ressemblance avec les manuscrits faits pour le roi
Charles V qu'il m'a semblé légitime de le considérer comme
ayant été destiné, sinon au roi, du moins à un membre de
la famille royale1 et comme sorti des ateliers dont les
copistes et les enlumineurs travaillaient pour le roi. C'est
un frère cadet de l'exemplaire qui porte à la Bibliothèque
nationale le n° 2813 du fonds français et qui est un des
morceaux les plus authentiques et les plus précieux de la
librairie du Louvre. Les peintures en sont encadrées de
bordures tricolores, et la plupart des pages sont ornées de
bandes de demi-fleurs de lis, alternativement d'or et d'azur.
Au bas de la première page se voient deux béliers afïron-
1. Je ne saurais dire les raisons qui ont fait croire que le manuscrit a été
fait pour le duc de Berry : « From internai évidence, the volume appears to
hâve been executed for John, duke of Berry. » Third report of the Royal
Commission of historical manwscripts. Appendice, p. 202.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 315
tés, d'un dessin qui rappelle tout à fait les lions du fron-
tispice de beaucoup de livres de Charles V ; chacun de ces
béliers porte, attaché autour du cou, une sorte de manteau
semé de fleurs de lis et soulevé par le vent. Le manuscrit
du Très hon. marquis de Bute n'est point déplacé dans le
groupe de livres dont je m'occupe ici.
Les détails que je puis donner sur ce volume sont en
grande partie empruntés à une notice que M. Warner,
conservateur des manuscrits du Musée britannique, avait
bien voulu me communiquer en 1903. J'ai pu la complé-
ter, grâce à l'obligeance du Très hon. marquis de Bute, qui
a très gracieusement mis son manuscrit à la disposition de
la Bibliothèque nationale pour être placé à l'exposition
des Primitifs, en 1904, à côté du splendide exemplaire de
Charles V.
C'est un volume de moyen format, composé de 274 feuil-
lets de parchemin, deux colonnes à la page, quarante-
quatre lignes à la colonne. Il contient la première partie
des Grandes Chroniques, jusqu'à la mort du roi Louis VIII.
Voici la première et la dernière des rubriques :
Ci commence le noble livre appelle les Croniques de tous les roys
de France.
Ci fine du roy Loys qui mourut à Montpancier. Ci commence
saint Loys.
Les mots Ci commence saint Loys sont une réclame d'après
laquelle il paraît bien certain qu'il a existé un second
volume, contenant la suite des Chroniques depuis l'avè-
nement de saint Louis jusqu'au règne de Charles V inclu-
sivement.
Je relève les premiers mots du deuxième feuillet pour le
cas où se rencontrerait un ancien inventaire dans lequel
serait enregistré un exemplaire des Chroniques ayant un
deuxième feuillet commençant par nonnes il faisoient. Il y
316 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
aurait là un point de repère pour suivre les destinées du
manuscrit dont il est ici question .
On ignore quand ce volume est passé en Angleterre ; il y
était déjà au xvie siècle, et paraît avoir appartenu à Thomas
Wriothesley, qui fut créé comte de Southampton en 1547.
C'est probablement vers cette époque que 1 76 feuillets en
furent détachés; recueillis dans la bibliothèque Cotto-
nienne1, ils sont arrivés au Musée britannique après avoir
été gravement atteints par l'incendie de 1731 .
Le texte du manuscrit m'a paru être celui du ms. 2813.
Il s'en distingue cependant par une particularité bien carac-
téristique : on n'y trouve pas, à la fin des chapitres consa-
crés au règne de Philippe-Auguste, les deux pièces de vers,
l'une en français (Phelippe roy de France...), l'autre en
latin (Ut bene régna regas...) qui sont copiées dans le
ms. 2813, d'après le ms. 782 de Sainte-Geneviève.
L'illustration du manuscrit de M. le marquis de Bute
fournit des arguments pour établir la parenté de cet exem-
plaire avec le ms. 2813; cette illustration est assurément
moins riche; le nombre des miniatures est moindre et
l'exécution n'en constitue pas une œuvre d'art de premier
ordre ; mais il est intéressant de constater que le choix des
sujets est généralement conforme au programme qu'ont
suivi les artistes chargés de décorer le ms. 2813. On en
pourra juger en jetant les yeux sur la liste des minia-
tures se rapportant dans les deux exemplaires aux événe-
ments du règne de Philippe-Auguste :
Ms. 2813. Ms. de Bute.
Songe dans lequel apparaît au roi un enfant
tenant un calice d'or rempli de sang . . 223 232
Couronnement du roi 223 v° 233
Les messagers d'outre -mer réclament le
secours du roi 227 v° 238 v°
1. Article 22 du volume coté Vitellius E. II.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 317
Ms. 2813. Ms. de Bote.
Entretien du roi avec un groupe de prélats
et de moines 230 »
Le roi à cheval devant la cité du Mans, dont
les clés lui sont remises par les assiégés . 234 v° 248
Arrivée du roi devant Saint-Jean-d'Acre. . 237 250 v°
Les clés de la ville d'Acre remises au roi . 238 v° »
Philippe-Auguste prend le château d'Aumale
et met Richard Cœur de lion en fuite . . 242 »
Prise de Constantinople par les croisés fran-
çais 245 v° 257
Prédication de l'hérétique Amauri . . . 248 v° 261 v°
Bataille de Murât en Albigeois 252 v° »
Harangue de Philippe-Auguste à son armée
avant la bataille de Bouvines .... » 2G4
Bataille de Bouvines. Mêlée des chevaliers
français et des chevaliers de l'Empire. . 253 v° »
Ferrand, comte de Flandre, est fait prison-
nier 256 »
Ferrand emmené à Paris 258 v° 206
Le moine Primat offrant à Philippe-Auguste
le « roman des Rois » 260 v° »
Apparition de saint Valeri à Hugues le Grand. 261 271
Mais, si les sujets sont les mêmes, ils sont traités d'une
façon bien différente. Ainsi, pour le tableau auquel a donné
lieu l'hérésie d'Amauri, le peintre du ms. 281 3 a représenté
la prédication de l'hérétique, tandis que dans l'autre
manuscrit l'artiste a mis en scène les prélats qui viennent
dénoncer l'hérétique au roi.
XGII.
Les Grandes Chroniques de France.
Bibliothèque de Lyon, ms. 880, jadis 786.
Exemplaire du milieu du xive siècle, dont les miniatures
sont encadrées dans des bordures tricolores.
Au haut du dernier feuillet, vestiges d'une note de pos-
session, au bas de laquelle M. Omont a cru distinguer la
318 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
trace de la signature de Charles V. M. Molinier 1 a supposé
que ce pouvait être celle du duc de Berry.
Delandine, Notices sur les manuscrits de Lyon, t. II,
p. 53.
XCIII.
« Les Groniques de France selon ce qu'elles sont
« composées en l'église saint-denis en france. »
Bibliothèque nationale, ms. français 10135.
Exemplaire qui a dû être copié dans le troisième quart
du xive siècle et dont le texte s'arrête à la fin du règne de
Philippe de Valois. Les miniatures, d'assez médiocre exécu-
tion, dont il est orné, sont bordées d'encadrements trico-
lores. Le tableau qui sert de frontispice (fol. 3) est divisé
en quatre compartiments quadrilobés ; au bas de la même
page, deux lions accroupis, à queues .démesurément
longues, supportent un écu dont le peintre s'est borné à
tracer le contour.
Sur la dernière page, signature du roi Charles VI, du
second type, c'est-à-dire de celui dont nous avons des
exemples à partir de l'année 1393. Elle est figurée dans
l'atlas du Cabinet des manuscrits, planche XLV, n° 3. Voir
aussi Bibliothèque de l'École des chartes, 1890, t. LI, p. 93.
XCIV.
LA VIE DE SAINT LOUIS PAR LE SIRE DE JoiNVILLE.
Bibliothèque nationale, ms. français 13568.
Exemplaire copié dans le troisième quart du xive siècle,
orné d'une miniature qui représente le sire de Joinville
offrant son livre au roi de Navarre, Louis, fils de Philippe
le Bel.
1. Catalogue général, t. XXX, p. 241.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 319
Figure dans tous les inventaires de la librairie du Louvre
(A. 205, B. 202, D. 134, E. 131, F. 114). Décrit comme
il suit dans l'inventaire de 1 41 1 :
Item un livre des Miracles et de la vie monseigneur saint Loys,
roy de France, couvert de cuir vermeil empreint, à deux fermouers
d'argent, donné au roy par Gilet; escript de lettre formée en fran-
çois, à h coulombes, commençant ou second fueillet d'Alencon son
filz, et ou derrenier et neuf ou mois.
Estimé 1 livre en 1424.
XCV.
La vie de saint Louis, par Guillaume de Saint-
Pathus, confesseur de la reine Marguerite.
Bibliothèque nationale, ras. français 5716.
Très bel exemplaire du milieu du xive siècle, orné de
nombreuses miniatures, qui figure sur tous les inventaires
de la librairie du Louvre (A. 144, B. 145, D. 92, E. 90,
F. 76). Il est ainsi décrit dans l'inventaire de l'année 1 441 :
Item la Vie saint Loys et ses miracles, couvert de soye, bien
escript et enluminé, escripte de lettre formée, en françois, com-
mençant ou ne foillet de la beneurelé, et ou derrenier de dimenche ;
à deux fermouers d'argent dorez esmaillez.
Estimé 2 livres en 1424.
Le frontispice est reproduit en phototypie dans mes
Facsimile de livres copiés et enluminés pour le roi Charles V,
pi. XIII.
XGVI.
Privilèges accordés par les papes aux rois et
reines de France.
« En ce livre sont escrips les privilèges perpétuels du
« roy et de la royne et de leurs successeurs roys et roynes
320 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
« de France, et aucunes autres bulles notables estans ou
« Trésor de ses diz privilèges et de ses chartes. »
Bibliothèque nationale, ms. latin 9814.
Exemplaire copié au xive siècle. La marge gauche de
plusieurs pages est bordée d'un filet garni de demi-Heurs
de lis. Ce volume répond à l'article 1212 de l'Inventaire
du mobilier de Charles V1 :
Item le livre des privillèges octroyez au roy de France, dont le
second fueillet après la table se commance tamen arbitramuv, et à
deux fermoers d'argent dorez à deux rozettes.
XCVII.
Le Songe du verger.
Musée britannique, ancien fonds royal 19. G. IV.
Exemplaire original dans lequel on remarque, sur les
fol. 2, 6 et 1 54, l'écu fleurdelisé accompagné de deux lions
peints en grisaille.
Sur le fol. 1, frontispice représentant un verger : dans la
partie supérieure le roi sur un trône, avec les insignes de la
royauté; à ses côtés, un peu plus bas, deux reines figurant
les deux juridictions; au-dessous, le clerc et le chevalier,
dont le dialogue forme le fonds de l'ouvrage. Dans la partie
inférieure, un homme endormi, enveloppé d'un manteau
violacé. — Au fol. 2, miniature de présentation : Charles V
en robe rouge, une coiffe blanche sur la tête, est assis sur
son trône; l'auteur, à genoux, en manteu violet, offre son
livre au roi; en arrière se tiennent le clerc et le chevalier. —
Au fol. 6, petite miniature représentant le clerc et le che-
valier. — Sur le fol. 154, au commencement du second
livre, le roi, sur son trône, entre le clerc et le chevalier,
porte la couronne et est vêtu d'un manteau fleurdelisé.
Porté sur les inventaires à partir de l'année 1411
1. Ed. Labarte, p. 157.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 321
(D. 884, E. 188, F. 165); il est ainsi décrit dans l'inven-
taire de 1 41 1 :
Item le Songe du vergier, très bien escript en françois, de lettre
de forme, à deux coulombes, bien historié et enluminé, commen-
çant ou ne (billet eu nom Charles tu es, et ou derrenier auctoritez
que al devant; et est signé Charles; couvert d'une chemise de soye
asurée, à grant queue, et n fermoirs d'argent dorez, où est Charles
en lettres eslevées, en ung escrin escorchié de fleurs de lis.
Estimé 12 livres en 1424.
La signature du Roi signalée par l'inventaire de l'année
1411 a disparu.
Le volume, passé en Angleterre, a appartenu à Honfroi,
duc de Gloucester, qui a tracé sur le dernier feuillet
quelques mots aujourd'hui à moitié effacés : « Gest livre
est à moy Homfrey, duc de Gloucestre. »
J'en ai donné la notice en 1 877 dans les Mémoires de la
Société de l'histoire de Paris, t. IV, p. 229 et 230.
XCVI1I.
Romans d'Anséis de Carthage et d'Athis et Pro-
FILIAS.
Bibliothèque nationale, ms. français 793. Venu de la
librairie du château de Blois et peut-être de celle de Louis
de Bruges.
Copie de la première moitié du xive siècle.
Enregistré dans tous les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 442, B. 463, D. 312, E. 353, F. 331), et répon-
dant à cet article de l'inventaire de l'année 1 41 1 :
Item Ansseis de Cartaige, Athiz et Frofilias, rimé, escript en fran-
çois de lettre formée, à deux coulombes, commençant ou ne foillet
Seignor dist, et ou derrenier cest il vos * ; couvert de cuir, à deux
fermouers de laton.
1. Le dernier feuillet du ms. 793 commence par Cesti vos.
21
322 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
Estimé 1 livre 12 sous en 1424.
XCIX.
L'Anticlaudien d'Alain de Lille, en français, suivi
de pièces en vers de Baudouin de Condé, de Rutebeuf, de
Henri de Laon, etc., et d'une Chronique des évêques de
Liège. — Exemplaire du xive siècle.
Bibliothèque nationale, ras. français 1634, ayant fait
partie de la librairie de Louis de Bruges et de celle du châ-
teau de Blois. Inscrit dans tous les inventaires de la librai-
rie du Louvre (A. 186, B. 187, D. 124, E. 121, F. 104).
Il répond exactement à cet article de l'inventaire de l'an-
née 1 41 1 :
Item Anticlaudianus, les Diz Baudoin de Condet, la Voye de para-
dis que fist Rustebuef, la Succession des evesques de Liège, en un
livre jadis couvert de parchemin, et de présent entre deux ais;
couvert de cuir blanc, à deux fermouers de cuivre; escript de lettre
courant, en François; commençant ou 11e fueillel quar la chantoit,
et ou derrenier : frères le comte.
Estimé 2 livres en 1424.
Voir le Catalogue des manuscrits français de l'ancien fonds,
t. I, p. 276.
C.
Le Roman d'Artus le Re store.
Bibliothèque nationale, ms. français 761 , venu des librai-
ries de Louis de Bruges et du château de Blois.
Ne figure dans les inventaires de la librairie du Louvre
qu'à partir de 141 1 (D. 898, E. 202, F. 176). La descrip-
tion de l'inventaire de 141 1 est très exacte :
Item le romans Artus le Restoré, en un grant volume plat, de
grosse lettre de forme, en François, à trois coulombes, commençant
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 323
ou 11e foillet sien tout et le sa femme, et ou derrenier quant tixelius
fu; couvert de cuir rouge, à empraint, à gros bouillons et quatre
fermoirs de laton.
Estimé 4 livres en 1424.
CI.
« Li Contez du cheval de fust. »
Bibliothèque nationale, ms. français 1589, venu de la
librairie du château de Blois et peut-être de celle de Louis
de Bruges.
Exemplaire copié au commencement du xive siècle.
Enregistré dans tous les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 418, B. 440, D. 291, E. 332, F. 310). Ainsi
décrit dans l'inventaire de 1411 :
Item Meliachin et du Cheval de fust, rimé et bien escript, en fran-
çois, de lettre formée, à deux coulombes, commençant ou ne fueillet
toute honneur, et ou derrenier et plus les essaucoit; couvert de cuir,
à deux fermouers de laton.
Estimé 2 livres en 1424.
CIL
Le Livre royal ou livre des Prophéties de Notre-
Seigneur et de Notre-Dame, poème composé vers l'an-
née 1 345 par Jean de Chavenges et dédié à Jeanne d'Évreux,
veuve du roi Charles le Bel.
Musée Condé à Chantilly.
Exemplaire inscrit sur les inventaires de la librairie du
Louvre (A. 209, B. 206, D. 137, E. 134, F. 117), et ainsi
décrit dans celui de l'année 1411 :
Item un livret rymé, qui se nomme les Prophecies Nostre-Dame,
de l'institution du royaume de France et de la noblesse d'icelluy, à
deux petis fermouers d'argent, donné au roy par Gilet, escript de
324 MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS.
lettre formée, en françois rymé, et en latin en prose; commençant
ou second fueillet Vecy une sentence, et ou derrenier Francorum
laudatissimam .
Ce livret, qui avait été estimé 1 livre en 1424, est incom-
plet du premier feuillet et du texte latin en prose qui fai-
sait suite au poème de Jean de Chavenges. Il a été acquis
en 1901 à la vente des manuscrits du fonds Barrois. Voir
la notice que j'en ai publiée dans la Bibliothèque de V École
des chartes, année 1901 .
cm.
La Vision du prieur de Salon.
Bibliothèque nationale, ms. français 810, venu de la
librairie du château de Blois et probablement de celle de
Louis de Bruges.
Volume écrit au commencement du xve siècle, qui figure
à partir de 1411 sur les différents inventaires de la librai-
rie du Louvre (D. 939, E. 914, F. 211).
A ce volume se rapporte l'article suivant de l'inventaire
de 1411 :
Item la Vision du prieur de Sallon, de lettre de note, historiée et
enluminée, couverte de cuir vermeil à empraintes, à n fermoueurs
d'argent dorez, commençant ou ne foillet beaux livres il avoit, et ou
derrenier en lettre rouge le prieur en la fin.
Cet exemplaire d'un ouvrage bien connu d'Honoré Bonet 1
est un des livres que Gilles Malet incorpora le 7 janvier 1 4 1 0
(n. st.) dans la librairie du Louvre et que le duc de Guyenne
lui avait fait remettre par Jean d'Arçonval2.
Estimé 1 livre en 1424.
1. Voir un article de M. Noël Valois, dans la Bibliothèque de l'École des
chartes, 1891, t. LU, p. 265.
2. Ms. français 2700, fol. 132.
MANUSCRITS PARVENUS JUSQU'A NOUS. 325
CIV.
Les Fables Ysopet et le Bestiaire d'amours.
Bibliothèque nationale, ms. français 15213.
Copie du commencement du xive siècle.
Mentionné dans les inventaires de la librairie du Louvre
jusqu'à celui de l'année 1 41 3 inclusivement (A. 1 21 , B. 1 22,
D. 75, E. 74). Ainsi décrit dans l'inventaire de 1411 :
Item les Fables Ysopet, le Bestiaire maistre Richart de Fumival
d'amours, historié et rymé en françois, escript de lettre de forme,
commençant ou ne foillet hors en trait, et ou derrenier or vous dije
belle; couvert de cuir rouge à deux fermouers de laton.
Ce volume dut sortir de la librairie du Louvre avant
l'année 1424.
APPENDICE
i.
Les Livres du roi Jean.
Le roi Jean tenait de sa mère Jeanne de Bourgogne le
goût qu'il témoigna toujours pour les livres. Les Heures
dans lesquelles il apprit à lire étaient assez belles pour que
son fils, le duc de Berry, les conservât soigneusement dans
sa riche bibliothèque1. Quand il n'était encore que duc de
Normandie, de 1332 à 1350, il avait un grand bréviaire
en deux volumes, « très beaux, très bien écrits et bien
« enluminés2 ». Ce fut également avant de monter sur le
trône qu'il reçut de Jean de Vignay une traduction des
Échecs moralises3, qu'il emprunta de Pierre Des Essarts
un roman du Saint-Graal4, et qu'il acheta de Thomas de
1. « Unes heures esquelles le roy Jehan, père de monseigneur, apprist à
lire...; lesquelles le roy de Sicile donna a monseigneur le xxne jour d'octobre
l'an mil .CCCC. et VII; et depuis y a fait faire monseigneur deux fermouers
d'or, esmaillez à ses armes, à une pipe de mesmes, garnie d'un balay, pesant
environ x caraz et deux perles, et par dessus une chemise de drap de damas
violet, doublé de tiercelin noir; lesquielx fermouers et pipe ainsi garnie, avec
ladicte chemise, ont cousté de Baude de Guy imxx frans. » Inventaire de Jeun,
duc de. Berry, éd. Guiffrey, t. I, p. 257, n° 968.
2. Inventaire du mobilier de Charles V, éd. Labarte, p. 336, n° 3279.
3. Voir plus haut, p. 259, les notices du ms. 434 de Besançon et du ms. fran-
çais 1728. Cf. P. Meyer, Romania, 1896, p. 407.
4. On lit à la fin du ms. français 770 : « Cest livre est sire Pierre Des Essars,
« qui le presta et envoia à monss. le duc de Normandie par Geufl'rin Nivelle de
« Bernville, clerc mestre Martin de Mcllou. »
LES LIVRES DU ROI JEAN. 327
Maubeuge1, libraire demeurant à Paris, pour 14 florins
d'or, un livre français de Moralités sur la Bible2. On a
voulu voir le duc Jean dans le duc de Normandie, que l'au-
teur d'un dialogue sur les substances a pris pour interlo-
cuteur3; mais il est aujourd'hui démontré que ce dialogue
est l'œuvre de Guillaume de Gonches, l'un des maîtres de
Henri II, duc de Normandie4.
Le règne de Jean fut marqué par plusieurs grandes
entreprises littéraires auxquelles ce roi accorda de généreux
encouragements. Telle est la traduction de Tite-Live qu'il
fît faire à Pierre Bersuire. L'exemplaire original de cette
traduction, possédé par le roi, paraît être le volume d'après
lequel maître Jeannin de Rouen transcrivit, en 1440, pour
un échevin de Metz, le Tite-Live qui porte le n° 266 dans
la bibliothèque de sir Thomas Phillipps. Jeannin de Rouen
a raconté comme il suit les vicissitudes par lesquelles était
passé le manuscrit qui lui servait de modèle :
Le roy Jehan de France fîst escripre cestui livre et translater de
latin en romant, lequel roy le donnoit à Marie, sa fille, duchesse de
Bar, marquise du Pont et dame de Cassel, que le dit roy Jehan de
France ot de la royne Bonne, sa femme, qui fust fille au bon roy
Jehan de Behaingne; et de la ditte duchesse revint en la main du
duc Edouart de Bar, son filz; et puis revint le dit livre en la main
du duc Edouart de Bar, son filz; et puis revint le dit livre en la main
de Loys, frère au dit duc Edouart, cardinal et duc de Bar; lequel
1. C'est sans doute le libraire auquel nous devons les chroniques classées
sous le n° 10,132 du fonds français : « Cy commencent les Croniques des roys
« de France, depuis le temps des premiers roys qui i furent, dusques au temps
« du roy Phelippe qui fu filz Phelippe li Biaux et frère le roy Looys, lesqueles
« Pierres Hoimorez, du Nuef-Chastel en Normendie, (îst escrire et ordener en
« la manière que elles sont, selonc l'ordenance des Croniques de Saint-Denis, à
« mestre Thommas de Maubuege, demorant en rue nueve Nostre Dame de
« Paris, l'an de grâce Nostre Seingneur mil CCC et XVIII. »
2. Voir un peu plus loin les extraits du compte KK 7 des Archives nationales.
3. Mém. hist. sur la bibliothèque du roi, p. n, en tète du tome II du Cata-
logue des livres imprimés. Le manuscrit consulté par Boivin est le n° 0638 du
fonds latin.
4. Voir, dans Mém. de la Soc. des antiq. de Norm., 3e série, t. II, p. 399 à
430, la notice de M. Charma sur Guillaume de Couches.
328 APPENDICE.
dit cardinal duc de Bar donnoit la dilte duchie de Bar et ses sei-
gnouries à B_ené, filz du roy Loys de Secille et duc d'Anjou, lequel
dit roy Loys ot le dit Bené de la fille du roy d'Arragon et fille de la
royne Yolant, fille du duc Bobert de Bar et de la dessus ditte Marie,
fille du dit roy Jehan de France, que fuit femme du dit duc Bobert
de Bar, lequel dit Bené, roy de Secille et de Jérusalem, duc d'An-
jou, de Bar et de Lothraine, quant il voult aler en son royalme de
Secille, pour prendre la succession qui ly estoit escheute de par le
roy Loys, son ainsné frère, donnoit cestui dit livre à honnourey
chevalier messire Bobert de Baudrecourt et bailly de Chalmont. Et
le dit messire Bobert le prestoit à Jehan de Vy, l'eschevin, filz de
feu messire Jehan de Vy, chevalier, lequel dit Jehan de Vy le fist
contre escripre par maistre Jehannin de Bouen, l'escripvain. Et fust
le dit livre enluminés par maistre Henry d'Orquevaulz et fust par-
fait et affenis en l'an mil 1111e et XL...'.
Telle est encore la Bible française avec commentaires,
dont il confia l'exécution à maître Jean de Sy2 et dont les
frais furent mis à la charge des Juifs. La Bible ne fut
jamais achevée, mais nous en avons un fragment assez
considérable dans le n° 15397 du fonds français, qui
comprend la majeure partie d'une traduction et d'une expo-
sition du Pentateuque, avec les Testaments des douze
patriarches, d'après la version latine de Robert Grosse-
Teste, et avec un petit traité de l'année 1 356 sur les âges
du monde3. Ce manuscrit, copié avec le plus grand soin,
1. Durrieu, Les Manuscrits à peintures de Sir Thomas Phillipps, dans
Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 1889, t. L, p. 426, n° XXXIV.
2. Sur Jean de Sy, ou de Cis, autour d'une traduction de la Consolation de
Boèce, voir S. Berger, La Bible française, p. 238-243. Voici dans quels ternies
l'Inventaire de Gilles Malet annonce les morceaux du travail de Jean de Sy que
Charles V avait recueillis : « Un volume ouquel sont contenus aucuns des
« livres de la Bible en françois, c'est assavoir les cinq livres Salomon, Ysaie,
« et de Jeremie jusques au xvme chapitre, et l'exposition sur iceulx faite par
« maistre Jehan de Sy, du commandement du roi Jehan, dont Dieux ait l'aine.
« Un autre volume ouquel sont contenus les cinq livres de Moyse, Josué et le
« premier chapitre du livre des Juges. » (A. 12 et 13, B. 12 et 13.) — « Soixante
« deux caiers de la Bible que commença maistre Jehan de Sy, et laquelle fai-
« soit translater le roi Jehan, que on a fait escripre aus despens des Juifs. »
(A. 269, B. 280.)
3. a Qui couple les ans du tiers aage avec le premier et le seconl, il a mm
LES LIVRES DU ROI JEAN. 329
devait recevoir des enluminures, dont quelques-unes seu-
lement sont esquissées ou ébauchées : il ne faut pas de
grands efforts d'imagination pour entrevoir quelle en eût
été la magnificence s'il eût été terminé ; d'après lui, on peut
encore, jusqu'à un certain point, se faire une idée de cette
« très belle Bible, toute historiée, que fist faire le roi
« Jehan, couverte de drap d'or à Agnus Dei », et qui,
sous le règne de Charles V, fut mise au château de Vin-
cennes1.
Un des artistes qui durent travailler à ces somptueux
ouvrages se nommait Jean de Montmartre2; il est qualifié
d'enlumineur dans un compte de 1351 3. Le roi avait alors
un autre enlumineur en titre, Jean Susanne, qui, confor-
mément à un mandement du 30 octobre 1350, recevait
deux sous parisis de gages par jour, plus une somme de
cent sous par an pour ses robes4. Si, comme c'est vrai-
semblable, l'un de ces deux artistes est l'auteur des pein-
viiic et xiiii ans; et qui couple le quart, il a nnm nc et l; el qui couple le
cinquiesme aage à euls, il a mim vnc et xxn ans ; et qui couple le damier, il
a vm iiic et xxvin ans; et qui ajouste le miliaire de Jhesu Crist, ce sont vim
iiiic et iiiixx et mi en l'an LVI. Explicit sus Genesim. »
1. Inventaire de Gilles Malet, B. 256.
2. Voir plus loin, p. 332, un article de compte d'où il résulte qu'une somme
de 400 1. t. allouée à Jean de Montmartre servit à payer une bible.
3. « Pour une aune de velluau ouvré à or, bailliée à Jehan de Montmartre,
enlumineur, pour couvrir les ays de la Bible du roy. » Compte de 1351, cité
par Douët d'Arcq, Comptes de l'argenterie, p. 387.
4. « Johannes, Dei gratia Francorum rex... Nos, attenta sufficiencia Johan-
nis Susanne, illuminatoris librorum, commorantis Parisius, grataque considé-
rantes servicia nobis per dictum Johannem inpensa, et que de die in diem
impendit, ipsum retinuimus illuminatorem librorum nostrorum et per présen-
tas retinemus, dantes et concedentes eidem Johanni, in recompensacionem ser-
vieiorum predictorum,... duos solidos paris, de vadiis per diem, centumque
solidos paris, pro robis, habendos et percipiendos per ipsum super redditibus
et emolumentis recepte nostre Rathomagensis, quandiu vitam duxerit in huma-
nis, anno quolibet, in terminis Pascbe et Sancti Michaelis futuris... Datum
Parisius, in hospicio nostro de Neela, penultima die octobris, anno Domini mil-
lesimo CCC° quinquagesimo. » Copie à la Bibliothèque nationale, parmi les
lettres de Charles le dauphin, (ils du roi Jean, à la date du 6 mars 1355 (v. st.),
ms. français 25701, pièce cotée 71.
330 APPENDICE.
tures du ms. français 15397, il mérite, à coup sûr, d'être
classé parmi les plus grands peintres français du milieu
du xiTe siècle. L'importance des sommes que reçut Jean de
Montmartre autorise à le considérer comme chef d'atelier.
En 1355, le roi Jean trouva parmi les joyaux que Hum-
bert, dauphin de Viennois, lui avait laissés une Bible en
quatorze volumes et un Missel à l'usage de Rome4. L'année
suivante, quand il fut fait prisonnier à la journée de Poi-
tiers, il avait dans ses bagages une Bible historiale, que
l'Angleterre a gardée comme un trophée de ses victoires,
et sur laquelle on lit cette inscription : « Gest livre fust
« pris ové le roy de Fraunce à la bataille de Peyters ; et le
« boun counte de Saresbirs, William Montague, la acheta
« pur cent marsz, et la dona à sa compaigne, Élizabeth, la
« bone countesse, qe Dieux assoile , laquele lyvre ladite
« countesse assigna à ces executours de le vendre pur
« xl livers2. » Ce fut aussi, n'en doutons pas, dans le
1. « Jehan, par la grâce de Dieu roy de France... Savoir faisons que nous
avons eu et receu par la main de Guillaume Canetel, des biens et choses
qui jadis furent de nostre amé cousin Humbert, jadiz dauphin de Viennois,
patriarche d'Alexandre et administrateur perpétuel de l'archeveschié de Remz,
les choses et parties qui s'ensuivent... Item une Bible en xim volumes. Item
un Messel à l'usage de Romme... Données à la Noble maison, le xinie jour
de juing. l'an de grâce mil CCC cinquante cinq. Par le roy : MATH[1EU]. »
(Registre LXXXIV du Trésor des chartes, n° 153.) — La Bible en quatorze
volumes, dont il est question dans la lettre du roi Jean, faisait partie d'un lot
de livres qu'il fit retirer le 18 mars 1355 du couvent des Dominicains de Paris,
et qui se composait des volumes suivants : « Une Bible en quatorse volumes;
— la seconde partie de Vincent; — un Décret; — un livre pontifical; — un
livre des sacremens de maistre Hugues de Saint-Victor; — un livre pontifical;
— un roumant en françois de plusieurs histoires ; — un livre appelle le Table
sur la Somme des confesseurs; — unes Decretales vielles; — un livre appelle
Somme sur les lettres de Decretalles; — le premier livre de saint Bernarl des
considérations au pappe Eugenne: — un livre de l'ordenance à sacrer le roy
de France; — un livre glozé des douze petis prophètes; — un petit livre des
commandemens du senne de Nimes; — un petit livre des estatus et des loys de
Venize; —un petit livre de sermons; — un livre des ordenances que l'en doit
faire en sainte eglize; — un petit livre à une cheine, faisant mencion de divers
originaulx des sains. » Ms. français '20026 des Nom. acq., pièce 43.
2. Ce ms. est coté 19. D. II dans le fonds du roi; voir Documents inédits,
Rapports au ministre (Paris, 1839, in-4°), p. 118.
LES LIVRES DU ROI JEAN. 331
désastre de Poitiers que furent perdus les Miracles de
Notre-Dame, bien écrits et historiés, que Charles V racheta
des Anglais. C'est le magnifique manuscrit du Séminaire
de Soissons dont j'ai parlé plus haut, p. 285.
Jean s'occupa de ses livres pendant les quatre années
qu'il passa captif en Angleterre. Dans le courant de l'année
1359, Marguerite « la relieresse » et Jacques le relieur
lui mirent à point une Bible française, un bréviaire et un
roman de Guilon1. En décembre 1 359 et en mai 1360, des
libraires anglais lui vendirent un roman de Renard, un
petit psautier, un Garin le Loherain et un Tournoiement
d'Antéchrist2. 11 n'était pas encore sorti de prison quand
il invita son chapelain Gace de La Buigne à composer le
roman des Déduits de la chasse3.
On voit dans l'inventaire des livres de Charles V4 que
Jean mettait sa signature sur les livres dont il aimait à se
servir. C'est ce que nous apprend aussi le manuscrit fran-
çais 67, à la fin duquel nous lisons : « Ce livre est le duc
« de Normendie et de Guienne : JEHAN5. » Une note iden-
tique se trouve à la fin du premier volume du Miroir histo-
1. Journal de la dépense du roi Jean en Angleterre en 1359, publié par le duc
d'Aumale, Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, et à sa capti-
vité en Angleterre, p. 97 et 109. (Dans le tome II des Miscellanies of the Phi-
lobiblon Society.)
2. « Tassin, pour un roman de Renart, acheté par li, à Lincole, pour le roy,
4 s. 4 d. — Jehan le libraire de Lincole, pour un petit sautier acheté pour le
roy, et de son commandement, un noble, vaut 6 s. 8 d. — Maistre Guillaume
Racine, pour un romans du Loherenc Garin, acheté par li pour le roy et de son
commandement, un noble, vault 6 s. 8 d. — A li pour un autre roumans du
tournoiement d'Anlecrist, 10 s. » Comptes de l'argenterie, éd. Douët d'Arcq,
p. 224, 227 et 252.
3. Sur Gace de La Buigne, voir une dissertation du duc d'Aumale qui fait
partie des Notes et documents relatifs à Jean, roi de France, p. 161-190.
4. Articles 110, 330, 883, 1128, 1166.
5. Le fac-similé de cette note est donné dans l'ouvrage de M. Franklin, Les
Anciennes bibliothèques de Paris, t. II, p. 109, et dans l'atlas du Cabinet des
manuscrits, pi. XLV, n° 1.
332 • APPENDICE.
rial conservé à la bibliothèque de l'Université de Leyde1; le
deuxième volume du même exemplaire du Miroir historial,
n° 5080 de la bibliothèque de l'Arsenal2, ne nous offre que
la signature du prince.
Les traits caractéristiques de ces signatures ne se recon-
naissent pas bien exactement dans la signature JEHAN,
répétée plusieurs fois à la fin du grand psautier glosé,
n° 448 du fonds latin ; il est cependant possible qu'elle y ait
été tracée par le prince quand il était fort jeune. Une autre
signature JEHAN, qu'on voit sur le dernier feuillet du
manuscrit français 770, a été prise par Cangé pour celle du
roi; mais l'hypothèse du savant amateur ne résiste pas
même à l'examen le plus superficiel, et Paulin Paris3 a fait
observer depuis longtemps que cette signature n'a rien de
commun avec celle de Jean le Bon. C'est aussi sans fonde-
ment qu'on a attribué au roi Jean la Bible historiale n° 1 7
du fonds de La Vallière4, et les deux Bibles latines nos 1 297
et 1 357 du fonds de la Sorbonne, aujourd'hui nos 1 6265
et 16268 du fonds latin0.
Gomme annexe à cette note, je joins quelques articles
extraits d'un registre de la trésorerie du duc Jean en 1 349
et 1350, conservé aux Archives nationales sous la cote
KK. 7.
Extrait du compte de la trésorerie de Jean, duc de Normandie,
pendant les années 1349 et 1350 :
(Fol. 12 v°.) A Jehan de Montmartre, pour emploier et convertir
en la façon d'une bible qu'il fait faire pour monseigneur le duc, du
commandement gênerai fait par lettres de mestre Regnault Chauvel
1. Voss. gallicus, fol. 3 A.
2. Catalogue de Henry Martin, t. V, p. 43 et 44.
3. Les Manuscrits françois, t. VI, p. 131.
4. Catalogue des livres du duc de La Vallière, 1" partie, t. 1, p. 31. —
Cest aujourd'hui le ras. français 20090.
5. Hist. litt. de la France, t. XXIV, p. 176.
LES LIVRES DU ROI JEAN. 333
de baillier au dit Jehan ce que pour ceste cause il demandera, don-
nées le xvme jour de février CCCXLVIII par lettre dudit Jehan don-
née xxviii jour dudit mois, xl 1. p.; à lui, par sa lettre donnée
xxvie jour de mars CCCXLVIII, xx 1. p.; à lui, par sa lettre donnée
le xxve jour d'avril CCCXLIX, c 1. p.; à lui, par sa lettre donnée
le xme jour de juing ensuivant, xl 1. p.; à lui, par sa lettre donnée
le xxixe jour de juillet ensuivant, xl 1. p.; à lui par sa lettre donnée
le ixe jour de septembre ensuivant, xl 1. p.; à lui, par sa lettre don-
née le xixe jour de novembre CCCXLIX, xl 1. p.; montent ces par-
ties inc xx 1. p., valent imc 1.
(En marge :) Redd[atur] régi per compotum dicti Johannis de
Monte martirum particularem, sutum ad Ascensionem CCCLIII in
VIII10 partibus, et est de operacione et illuminacione cujusdam biblie
et aliorum librorum in gallico, et ibi corrigatur.
A Bertran de Villeneuve... pour u romanz que ycelui seigneur a
achetez de lui, xl 1. p.
(Fol 13 v°.) A Jehan de Wirmes, enlumineur, pour avoir enluminé
un livre de motez, par mandement de monseigneur le duc et quit-
tance dudit Jehan donnée le lundi après la Saint-Martin d'yver,
xix 1. vin d. p., valent xxm 1. xv s. x d. t.
A Thomas de Maubeuge, libraire, pour la vendue d'un rommant
de Moralitez sur la Bible en françois, si comme il appert par un
mandement d'icelui seigneur sur ce fait, donné le xxme jour d'oc-
tobre CCC XLIX, et par quittance dudit libraire donnée xxime jour
d'icelui mois et an, pour ce xmi escuz, pour chascun xxxn s. vi d. t.,
valent xxn 1. xv s. t.
(Fol. 67 v°.) A Jehan de Langre, tavernier, pour un livre que
mons. le duc a eu et acheté de lui, et du commandement d'icelui
seigneur, par mandement donné xme jour de juillet CCCL...,
xxv 1. t.
(Fol. 68 v°.) A Symon de Rouen, pourtrayeur..., vu 1. x s. t.
(Fol. 71 v°.) A Lorens de Marsoy, pour visiter et mettre nombre
et signer les pseaumes et respons du grant et petit bréviaire de
monseigneur le duc, par n quittances dudit Lorens données en juingn
CCCL, vi escuz, pour chascun xvi s. p., valent vi 1. t.
A Jehannin L'Avenant, pour semblable par u quittances de lui
données en juillet CCCL, vm escuz, chascun xvi s. p., valent
vin 1. t.
En fait de livres, il n'y a rien d'intéressant à tirer d'un
inventaire qui fut dressé à Londres immédiatement après
334 APPENDICE.
la mort du roi Jean et que M. Germain Bapst a publié
dans le petit volume intitulé : Testament du roi Jean le Bon
(Paris, 1884, in-8° de 55 p.).
Une notice sur les livres du roi Jean serait incomplète
s'il n'y était pas dit un mot des manuscrits qui ont été à
l'usage de sa première femme, Bonne de Luxembourg,
morte en septembre 1 349, peu de mois avant le décès de
Philippe de Valois, événement qui lui aurait fait abandonner
son titre de duchesse de Normandie pour prendre celui de
reine de France.
Le nom de Bonne de Luxembourg est attaché à deux
beaux manuscrits parisiens du second tiers du xive siècle.
Le premier de ces deux manuscrits est un petit volume
appartenant à Mme la baronne Adolphe de Rothschild, qui
parait figurer sur les inventaires du duc de Berry en ces
termes : « Les petites Heures de Nostre-Dame, nommées
« les Heures de Pucelle, enluminées de blanc et de noir,
« à l'usage des Prescheurs. » J'ai eu l'occasion d'en parler
ailleurs1.
Le second est un Bréviaire romain qui a passé en mai
1 897 à la vente des livres du baron Jérôme Pichon2, et se
trouve aujourd'hui dans la bibliothèque d'un bibliophile
lyonnais M. le baron Vitta, qui a bien voulu le faire figurer
à l'Exposition de Portraits ouverte à la Bibliothèque natio-
nale en 1907. En voici le signalement :
Elégant volume, de petit format. 601 feuillets. Écriture à deux
colonnes.
Fol. 3. Titre du volume : « In nomine Domini. Amen. Incipitordo
Brcviarii Fratrum Minorum secundum consuetudinem Romane
curie. » — Le Propre du temps occupe les fol. 3-263.
1. Voir la seconde partie de cet ouvrage, p. 241* et 299*, n° 108. — Voir sur-
tout ma Notice de douze livres royaux du XIII" et du XIV" siècle, p. 07.
2. Voir le catalogue de vente, p. 8, article 27.
LES LIVRES DU ROI JEAN. 335
Fol. 4, second du texte, quant vidit.
Fol. 266-271. Calendrier.
Fol. 274-347. Psautier, dont les feuillets avaient été primitive-
ment cotés I-LXXHII.
Fol. 356-572. Propre des Saints, Commun et Offices divers.
Plusieurs morceaux ont été ajoutés après coup, savoir :
Fol. 1 v°. Image du calvaire. — Fol. 2. Image de l'Annonciation.
Fol. 263 v°-265 v° (le fol. 263 v° est le verso d'un feuillet qui a
été soudé au dos du fol. 263). Image de saint Christophe. —
Tableaux des Trois morts et des trois vifs.
Fol. 272-273. Table alphabétique des psaumes, d'une main ita-
lienne.
Fol. 348 v° et 349. Images d'une dame aux pieds du roi saint
Louis et d'une religieuse aux pieds de saint Louis de Marseille.
Fol. 573-584. Supplément en écriture française, avec rubriques
en français : Offices de sainte Anne, sainte Marthe, etc. Heures du
Saint-Esprit.
Fol. 585-601. Supplément en écriture italienne : fêtes de la Visita-
tion, de la Transfiguration, de sainte Anne; table des pâques pour
les années 1401-1500. — « Legenda de sancta Barbara. »
L'illustration de la partie primitive du volume ne se compose
guère que de très petites miniatures très fines, d'un coloris très
léger.
Au bas de beaucoup de pages se voient les armes de Bonne de
Luxembourg, duchesse de Normandie (parti 1 de France, 2 coupé
de Luxembourg et de Bohême). Je ne saurais dire si ces armes ont
été peintes avant que le livre arrivât entre les mains de Bonne de
Luxembourg ou si elles ont été ajoutées après que le livre lui eut
été offert.
Ce Bréviaire a appartenu à Ambroise Firmin-Didot, qui l'envoya
en 1878 à l'Exposition ouverte au Trocadéro, comme l'atteste un
compte-rendu de Darcel', dans lequel est inséré un fac-similé du
tableau des Trois vifs.
Les organisateurs de l'Exposition ouverte en 1 907 à la
Bibliothèque nationale, MM. Camille Gouderc et Henri Mar-
tin, ont conjecturé, avec quelque vraisemblance, que le
tableau peint sur les fol. 348 v° et 349 représentait une
1. Gazette des bemix-arts, t. XX, p. 66.
836 APPENDICE.
seule et même princesse en prières devant les images de
saint Louis et de saint Louis de Marseille1. Suivant eux,
cette dame serait Jeanne de Valois, sœur du roi Philippe de
Valois, qui, après avoir été mariée à un comte de Hainaut,
mourut en 1 352 dans le couvent de Fontenelle, au diocèse
de Cambrai. Le double portrait aurait été peint après 1 349,
date de la mort de Bonne de Luxembourg.
1. Bibliothèque nationale, Exposition de portraits peints et dessinés du
XIIIe au XVIIe siècle. Catalogue (Paris, 1907, in-8°), p. 70.
II.
Examen de prétendues lettres adressées a Gilles Malet
par le roi Charles V et par Jean, duc de Berry.
Dans les pages que j'ai consacrées à Gilles Malet, le pre-
mier garde de la Librairie royale du Louvre, il n'a pas été
question de deux lettres qui ont été citées pour montrer
l'intimité des rapports qui ont existé entre le Roi et ce
personnage. Je dois exposer les raisons qui m'ont empêché
d'en faire usage.
Voici le texte de ces deux lettres :
I.
Mètre Gilet, Aiant mètre Gervaiz * à faire pour certeine besoigne
du livre de cirurgye de notre frère le duc d'Angou, nouz le ly vou-
lonz byen permectre prandre avecquez ly à sen plaisir, et sy tost
que sera sa dite besoigne finie le vouz remetre. Sy vouz mandonz
que le ly envoisiez, et juquez vouz seit retourney le dit livre, sete
letre vouz en tendra lieu de descharge. Escrit de notre main, au
boiz de Vicenez, le xxie jour de may.
Charles.
(Au dos :) A mètre Gilet Malet.
II.
Gilet, ces deus Juiz que nous vous envoionz joint les presantez,
nous sont veneuz presanter aucunz livrez, desquelz avonz lez unz
reteneuz, ansanble notre frère le duc de Berry, pour en avoir eu
plaisir en l'achat, toutevoiz en est aullrez dont ne savonz tant pry-
ser la valeue que ne nouz en veilonz aviser avant que lez aseter. Si
vous mandonz que, si tost sete letre reseue, lez veillez priser et
nous en aviser le plus tost que vous porez et nous renvoisiez les diz
1. Maître Gervais Chrétien, physicien du roi Charles V, fondateur du collège
qui porta son nom.
22
338 APPENDICE.
Juiz pour que, selon se que en arez avisé, ly en fesienz poier l'ar-
gent. Escrit de notre main, à Paris, le xne jour de juing.
Charles.
La première de ces lettres est conservée à la bibliothèque
municipale de Nantes1 dans le tome XII de la collection
d'autographes qu'avait formée La Bouchère. La seconde fait
partie du Musée Thomas Dobrée à Nantes2. Toutes les deux
se trouvaient comprises dans un lot de 1 03 lettres vendues
en 1846, au prix de 5,500 francs, à Charon, expert en
autographes, par un certain Letellier, qui exploitait à Paris,
rue Massillon, un fonds d'archives généalogiques3. Ce lot
venait, disait-on, du cabinet du président d'Hozier, der-
nièrement décédé à Versailles4.
Charon commença à écouler quelques-unes des 1 03 lettres
dans la vente de la collection de Laroche-Lacarelle, en
février 1847; l'authenticité en fut aussitôt contestée5 et a
1. Volume 668, pièce 5. — La pièce a figuré sous le n° 278 à la vente de la
collection du baron de Trémont faite en décembre 1852.
2. Musée T. Dobrée, Autographes. Inventaire des lettres, chartes et pièces
manuscrites (Nantes, 1901), p. 28, n* 170.
3. « Je déclare et atteste que les pièces autographes ci-après énoncées, pro-
venant de mon Cabinet généalogique, ont été vendues par moi à M. Charon,
savoir : Bayart, Charles V, Louis XII, François Ier, Henri II, François II,
Charles-Quint, Charles d'Orléans, Dunois, Duguesclin, Jacques Cœur, Agnès
Sorel, Marie Stuart, Babelais, Luther, Michel-Ange, Ambroise Paré, Cujas,
Sully, Charles de Bourgogne, Anne de Bretagne, Anne de Beaujeu, Diane de
Poitiers, etc., etc.; lesquelles pièces autographes je lui garantis d'une bonne et
parfaite authenticité. Paris, lor octobre 1846. Signé : Letellier. » — Publié par
l'expert Laverdet, à la p. vi du Catalogue de la belle collection de lettres
autographes (Supplément) de feu le baron de Trémont, vendue à Paris en
février 1853.
4. Ambroise-Louis-Marie d'Hozier, qui, avant la Bévolution, avait été juge
d'armes de France et président en la Cour des comptes, aides et finances de
Normandie. Une partie considérable de son cabinet fut acquise par la Biblio-
thèque nationale en 1851. Voir Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque
nationale, t. II, p. 301 et 302. — Laverdet, à l'endroit indiqué dans la note
précédente, affirme que les noms des signataires des lettres achetées par Cha-
ron « se trouvaient écrits, sur les chemises des liasses qui les renfermaient,
de la main même du président d'Hozier ».
5. Dans le Bulletin de l'Alliance des arts du 10 mars 1847.
PRÉTENDUES LETTRES ADRESSÉES A GILLES MALET. 339
depuis donné lieu à des controverses sur lesquelles il faut
lire la longue préface mise par Laverdet en tête du cata-
logue cité dans une note précédente1.
Au premier abord, l'aspect des deux lettres portant la
signature de Charles V n'éveille pas la défiance. On y
retrouve, dans les caractères de l'écriture, les traits aux-
quels nous ont habitués les lettres autographes de ce roi
parvenues jusqu'à nous dans des conditions qui en assurent
la sincérité2, et les notes, également autographes, insérées
dans des volumes ayant fait partie de l'ancienne librairie
du Louvre3.
Les signatures CHARLES sont assez semblables à celles
qui se trouvent dans beaucoup des volumes ayant appar-
tenu à Charles V, et au bas de différentes lettres ou man-
dements de ce roi. Les hésitations et les défaillances de la
main d'un faussaire ne s'y laissent guère apercevoir.
1. P. 338, note 3. Laverdet a englobé dans sa préface plusieurs lettres
d'Alexandre Teulet et l'avertissement que Charon a mis en tête du catalogue
d'une vente faite par ledit Charon le 10 mai 1847.
2. Voici la liste des lettres écrites, en tout ou en partie, par le roi que j'ai
rencontrées. Pour la plupart, je renvoie aux Mandements et actes divers de
Charles V (Collection de Documents inédits), où le texte a été publié, avec l'in-
dication de la cote sous laquelle chaque pièce est classée à la Bibliothèque
nationale.
4 déc. 1364. Lettre à Nicolas Braque. (Mandements, n° 134.)
20 sept. 1367. Lettre relative aux fortifications des villes du Berry. (Vente
de la collection Laroche-Lacarelle, février 1847.)
7 déc. 1367. Lettre à Pierre Scatisse. (Arch. nat., K. 49, n° 343.)
5 mars 1368. Lettre au même. (Arch. nat., J. 301, n° 8 A.)
6 sept. 1370. Lettre à Jean, comte d'Armagnac. (Musée Condé. Fac-similé
dans le volume du Centenaire de la Société des antiquaires de France.)
21 mai 1372. Lettre à Jean d'Orléans. (Mandements, n° 889.)
10 déc. 1373. Lettre aux gens des comptes. (Mandements, n" 998.)
13 janv. 1374. Lettre au vicomte de Rouen. (Mandements, n° 1095.)
15 janv. 1374. Lettre à Raoul Campion. (Mandements, n° 1096.)
25 oct. 1375. Lettre au comte de Flandre. (Mandements, n° 1174 A.)
11 nov. 1376. Lettre à la comtesse de Flandre. (Mandements, n° 1276 A.)
25 mai. ..(?). Lettre aux trésoriers de France. (Collection La Bouchère, Bibl.
de Nantes, ms. 668, pièce 7.)
3. J'ai donné plus haut, p. 3 et 4, la liste des manuscrits qui renferment des
signatures et des annotations autographes de Charles V.
340 APPENDICE.
L'orthographe est tout à fait conforme aux habitudes de
Charles V, habitudes dans lesquelles il faut noter deux par-
ticularités bien remarquables :
1 ° Emploi poussé jusqu'à l'excès des % après les e muets
des syllabes finales. Exemples :
a) Lettre à Pierre Scatisse, 7 décembre 1367 1 :
Ligne 2 : avonz reseu voz letrez.
— 4 : faitez que dedanz Nouel.
— 9 : par cez presantez.
— 11 : en xxx mile doblez.
— 16 : vouz estoiet depuiz faitez.
— 17 : duquez cez chosez soiet aconpliez.
b) Lettre à Jean, comte d'Armagnac, 6 septembre 13702 :
Post-scriptum : qu'en toutez chosez.
— : tenonz vos besoingniez a notrez.
— : le bon cervise que vouz nous faitez.
c) Note à la fin d'une Bible historiale3 :
Ligne 5 : en u volumez.
— 6 : et la fimez.
d) Note à la fin des Fleurs des chroniques, copiées en 1378 '' :
Ligne 1 : Cez croniquez dez papez.
— 4 : et le fimez.
%° Omission des s dans les mots notre et votre, contrai-
rement à l'usage courant au xive siècle, suivant lequel on
écrivait nostre et vostre. Exemples :
a) Lettre à Pierre Scatisse, 7 décembre 1367 b :
Ligne 5 : à notre frère.
— 17 : escrit de notre main.
b) Lettre au même, 5 mars 1368 6 :
Post-scriptum : escrit de notre main.
1. Fac-similé dans le Musée des Archives nationales, p. 221. La pliototypie
de cette pièce et de la suivante sont dans l'Album joint au présent ouvrage.
2. Pliototypie dans le volume du Centenaire de la Société des antiquaires
de France.
3. Phototypie dans mes Fac-similé de livres copiés pour Charles V, pi. II.
4. Phototypie, Ibid., pi. V.
5. Fac-similé dans le Musée des Archives nationales, p. 221.
6. Fac-similé, lbid., p. 220, et dans les Éléments de paléographie de N. de
Wailly, t. II, pi. XVII.
PRÉTENDUES LETTRES ADRESSÉES A GILLES MALET. 341
c) Lettre à Jean, comte d'Armagnac, 6 septembre 1370 * :
Post-scriptum : tenons vos besoingniez à nôtres.
— : escrit de notre main.
d) Note à la fin d'une Bible historiale2 :
Ligne 3 : Charles le Ve de notre non.
e) Note à la fin des Fleurs des chroniques, copiées en 13783 :
Ligne 3 : Charles le Ve de notre nom.
f) Note à la fin d'une Bible latine4 :
Ligne 2 : le Ve de notre nom.
La lettre à mètre Gilet, du %\ mai, présente, à plusieurs
reprises, une assez singulière particularité. A sept endroits
de cette pièce dans des mots écrits en toutes lettres :
A la ligne 1 : pour,
— 2 : permcctre . . . prandre... avecquez... plaisir,
— 3 : que,
— 4 : juquez,
on remarque, non sans quelque surprise, la queue des
caractères p etq coupée par un trait horizontal , tout à fait
semblable à la traverse ajoutée d'ordinaire aux p et aux q
pour donner à ces lettres la valeur des syllabes per ou par
et que. On croirait, au premier moment, surprendre un
faussaire en flagrant délit. Ce serait là un jugement témé-
raire. Il est, en effet, certain que Charles Va parfois barré
les lettres p et q, sans vouloir, en aucune façon, donner à
ces caractères la valeur des syllabes per ou par et que. Nous
en avons la preuve dans deux pièces du Trésor des chartes,
dont l'authenticité est à l'abri de toute contestation et qui
n'ont subi aucune altération. Ce sont deux lettres adressées
parle roi, le 7 décembre 1367 et le 5 mars 1368, à son
trésorier Pierre Scatisse. Toutes deux se rapportent au
paiement de la rançon de Du Guesclin5.
1. Phototypie dans le volume du Centenaire de la Société des antiquaires
de France.
2. Phototypie dans mes Fac-similé de livres copiés pour Charles V, pi. II.
3. Phototypie, Ibid., pi. V.
4. Phototypie, Ibid., pi. XII.
5. Ces deux lettres ont été déjà citées à la page précédente.
342 APPENDICE.
Dans la première de ces deux missives, quatre mots,
écrits en toutes lettres, contiennent des p barrés sans aucune
raison plausible, comme s'il s'agissait de remplacer la syl-
labe per ou par :
A la ligne 4 : presant.
— 6 : prandre.
— 12 : prison.
— 16 : autre asinasionz en aprez.
Dans le post-scriptum de l'autre lettre, à la première
ligne, l'initiale du mot qaer (= car) a la queue coupée par
un trait horizontal1.
Il faut donc admettre que Charles V a parfois barré les
p et les q dans des mots qui ne comportaient pas la moindre
abréviation.
Voilà les raisons qui pouvaient être invoquées pour faire
accepter comme authentiques les documents dont il s'agit.
Ce qui m'a fait mettre en garde et m'a déterminé à leur
faire subir un minutieux examen, c'est, d'une part, le sujet
même des lettres : l'idée de mettre en scène un prince dont
les goûts de bibliophile éclairé sont depuis longtemps con-
nus, et de faire assister les curieux du xixe siècle aux entre-
tiens de Charles V avec un bibliothécaire justement célèbre,
était de nature à tenter l'imagination d'un faussaire habile
et avisé. C'est, d'autre part, l'étrangeté de plusieurs des
pièces en compagnie desquelles les deux lettres de Charles V
firent leur apparition en 1847 sur le marché des auto-
graphes. M. le chanoine G. Durville, membre de la Com-
mission administrative du Musée départemental de la Loire-
Inférieure, a bien voulu me communiquer, à ce sujet, des
observations qui font grand honneur à sa perspicacité et
dont il ne tardera pas, je l'espère, à faire jouir le public.
1. La barre du q est omise dans le fac-similé du Musée des Archives; elle
est bien rendue dans le fac-similé de la Paléographie.
PRÉTENDUES LETTRES ADRESSÉES A GILLES MALET. 343
A ces considérations d'ordre moral s'est ajoutée la
fâcheuse impression que m'a causé le mauvais ton de l'encre.
— Je remarquai, non sans surprise, que, dans la lettre du
\ % juin, à la ligne 4, le mot vous est écrit nous, tandis que
Charles V avait l'habitude de mettre en tête des mots, non
pas un u, mais un v. — N'y avait-il pas aussi lieu de
s'étonner qu'à la première ligne de la lettre du %\ mai,
Charles V eût écrit ainsi le nom de son physicien : mètre
Gervaiz. Toutes les fois que ce personnage figure dans les
inventaires de la librairie du Louvre, il est appelé, non pas
Gervaiz, mais Gervese ou Gervaise1. C'est aussi la seule
forme qu'on rencontre dans le recueil des Mandements2.
A la fin d'un très bel exemplaire des Voyages de Jean de
Mandeville3, le célèbre copiste Raoulet d'Orléans a calligra-
phié ces mots : « Ce livre cy fist escrire honnorables homs,
« sages et discret maistre Gervaise Crestien... » Il y a plus,
sur la dernière page du même manuscrit, Charles V a ainsi
mentionné l'origine de ce précieux volume : « Ce livre
« est à nous, Charles le Ve de notre nom, roy de France,
« et le nous donna mètre Gervese Cretien, notre premier
« fisicien, l'an M CCC LXXI. CHARLES4. »
N'est-il pas anormal que le roi, en écrivant à son cher et
aimé physicien, n'en ait pas orthographié le nom confor-
mément à l'usage généralement suivi, auquel il s'était
d'ailleurs conformé lui-même quand il avait pris la plume
pour rappeler que l'un des beaux volumes de sa librairie
1. Voici les formes relevées dans l'édition des Inventaires que j'ai donnée :
maistre Gervese (nos 478 et 479); maistre Gervaise Christien (n° 809); maistre
Gervaise Chrestien (n°s 810 et 877).
2. Maistre Gervaise Crestian (n° 440); maistre Gervaise Crestian (n° 604);
maistre Gervaise Chrestien (n° 1497); maistre Gervaise Crestien (n° 1864).
3. A la Bibliothèque nationale, ms. français 4515 et 4516 des Nouv. acq. La
souscription de Raoulet d'Orléans est reproduite en phototypie dans mes Fac-
similé de livres copiés pour Charles V, pi. VI.
4. Un réactif a permis de lire cette note qu'on avait voulu effacer.
344 APPENDICE.
lui avait été offert par son premier physicien « mètre Ger-
« vese Gretien »?
Mais ce qui m'a convaincu de la fausseté des deux lettres
que j'examine en ce moment, c'est la qualification de
Maître donnée à Gilles Malet en tête et au dos de la lettre
du 21 mai : Mètre Gilet et A mètre Gilet Malet.
Gilles Malet n'était pas un clerc. Il est simplement appelé
Gilet, et très souvent Gilet Malet, dans les Inventaires de
la librairie du Louvre qui furent dressés de son vivant1;
les inventaires rédigés après sa mort le mentionnent avec
la dénomination de feu messire Giles Malet2. Il est simple-
ment appelé Gillet ou Gilet Malet, valet de chambre du roi,
dans sept textes espacés entre les années 1365 et 1377
que renferme le recueil des Mandements et actes divers de
Charles V3. Le roi, dans son testament du 16 septembre
1 380 4, ne fait pas précéder du mot maître le nom de Gilles
Malet, son valet de chambre, alors qu'il accorde cette dis-
tinction à deux maîtres des comptes, Thomas Le Tourneur
et Jean Crète, à son sous-aumônier Hugues Boileau et à un
avocat en parlement maître Jean Canart.
Gilles Malet n'était point un clerc, et dans les abondants
détails que j'ai réunis sur sa vie, rien n'autorise à supposer
que Charles V ait jamais pu l'appeler maître Gilet. Je tiens
donc pour fausses et controuvées les deux lettres de la
bibliothèque municipale de Nantes et du Musée Dobrée. Le
1. N" 33, 42, 72, 77, 81, 85, 87, S9, 90, 113, 291, 299, 772, 790, 906, 909,
940, 990. 997 de l'Inventaire publié dans la seconde partie de l'ouvrage.
2. N" 33, 42, 72, 77, 81, 85, 87, 89, 98, 299, 790 du même Inventaire.
3. 1365. Délivrez à Gilet Malet, nostre vallet de chambre (n° 297). — 1369.
Délivrées de nostre commandement à Gilet Malet, nostre vallet de chambre
(n" 618). — 1370. A nostre amé valet de chambre Gilet Malet (n°715). — 1371.
Audit Jehan de Vaudestar et à Gillet Malet (n° 779). — 1377. Nostre bien amé
vallet de chambre Giles Malet (n* 1578). — 1378. Noz amez vallés de chambre
Gilet Malet et Jehan de Vaudetar (n° 1673). — 1379. Nostre bien amé varlet de
chambre Gilles Malet (n° 1896).
4.' Mandements, n" 1956.
PRÉTENDUES LETTRES ADRESSÉES A GILLES MALET. 3 'j 5
faussaire qui les a fabriquées a pu prendre pour modèles
les deux lettres des Archives nationales relatives à la rançon
de Du Guesclin.
De la main du faussaire qui a fabriqué les deux lettres
de Charles V est aussi sortie une troisième lettre adressée
à maître Gilles Malet, qu'un singulier hasard a fait arriver
à la bibliothèque de Nantes, après avoir fait partie du
cabinet du comte d'Hunolstein, puis de celui de La Bou-
chère1. Elle est signée d'un prince du nom de JEHAN.
Auguste Molinier, qui l'a signalée dans le Catalogue des
manuscrits de Nantes2, a cru que la signature mise au bas
de la lettre était celle du roi Jean. Il est de toute évidence
que le faussaire qui a fabriqué la lettre a entendu tracer,
non pas la signature du roi Jean, mais celle de son fils
Jean, duc de Berry, et il a pris pour modèle la signature
de ce prince qui se trouve dans la Bibliothèque protijpogra-
phique de Barrois, à la fin de la partie liminaire. Il ne semble
pas avoir eu la prétention d'imiter, dans le corps de la
lettre, l'écriture du duc de Berry, dont il n'avait peut-être
pas d'exemples à sa disposition. Mais il savait quels étaient
les goûts du prince et quelles incomparables collections il
avait formées; il ne se trompait pas en supposant que, sur
le marché des autographes, il se rencontrerait des concur-
rents pour se disputer la possession d'une relique du plus
illustre des dilettantes du moyen âge. Ainsi fut imaginée
de toutes pièces une lettre par laquelle Jean, duc de Berry,
pendant un séjour à Clermont en Auvergne, écrivait au
fameux Gilles Malet, garde de la Librairie royale du Louvre,
pour lui annoncer l'arrivée d'un clerc que le prince avait
fait venir de Tolède pour lui traduire des livres espagnols :
ce clerc devait, dès le lendemain, prendre la route de
1. Volume 668 de la bibliothèque de Nantes; article 229 de la vente du
comte d'Hunolstein.
2. Volume XXII du Catalogue général, p. 369.
346 APPENDICE.
Paris, en compagnie des gens du duc de Bourbon; il fal-
lait d'urgence mettre à sa disposition les livres dont il
avait besoin pour commencer son travail. La missive était
conçue en ces termes :
Maistre Giles, Sy saichez que me vient de venyr par deçà le clerc
qu'ay mandé de Toilette pour la translacion des livres d'Espaigne.
Et pour ce que ne puet fere par deçà longue demeure, le fault incon-
tinant mectre en euvre et luy fault bailler li\Tes. Sy les tenez tout
parez', et aussy ce que au dit clerc porra estre de nécessité pour
la dicte translacion. Et sy vous prie, maistre Giles, l'avoir en bonne
recommandacion et recepvoir en bon traictement. Et vous le vouille
dès demain envoier aveques les gens de mon cousin de Bourbon,
quy par delà s'en vont. Et de très bon cuer en désire oïr de par vous
bonnes nouvelles. Escript de Cleremont, le xve jour d'aoust.
Jehan.
(Au dos :) A maistre Giles Malet.
Il suffit de lire une telle lettre pour en reconnaître la faus-
seté. Les critiques familiers avec la grammaire et la graphie
de l'époque du duc de Berry n'auront pas de peine à y
relever d'étranges anomalies.
Il m'a suffi d'y rencontrer la suscription maistre Giles et
l'adresse A maistre Giles Malet pour me croire autorisé à
la ranger dans la même catégorie que les deux lettres de
Charles V, en compagnie desquelles elle a fait son appari-
tion à Paris en 1847.
Les trois lettres dont il s'agit ne peuvent pas servir à
l'histoire des librairies de Charles V et de Jean, duc de
Berry, mais ce qui vient d'en être dit devra être pris en
considération par les critiques qui auront à s'occuper du
prétendu lot de lettres découvert dans la succession du
président d'Hozier, et de l'exploitation du cabinet généa-
logique de Letellier, à la fin du règne de Louis-Philippe.
t. Ce mot est écrit pez, avec un trait horizontal traversant la lettre p. On
pourrait lire perez.
PRÉTENDUES LETTRES ADRESSÉES A GILLES MALET. 347
On sait que la source de ces lettres est la même que celle
des chartes qui ont joué un si grand rôle dans l'établisse-
ment des Salles des croisades au Musée de Versailles, et
dont la merveilleuse histoire vient d'être écrite par le récent
historien de Philippe- Auguste, M. le professeur Cartellieri,
dans une dissertation1 spéciale, petit chef-d'œuvre d'éru-
dition bibliographique.
1. Au tome II de son ouvrage : Philipp II August Kônig von Frankrcich.
III.
Aveux rendus par Gilles Malet, par son fils Philippe
ET PAR SA VEUVE NlCOLE DE ChAMBLI.
1 . Aveu de Gilles Malet rendu à Gui de Laval, seigneur de
Chantilly, pour une partie de la châtellenie de Pont-
Sainte-Maxence. (8 juillet 1378.)
Sachent tuit que je Giles Malet, vallet de chambre du roy
nostre s[ire], et seigneur de Villepesche et chastellain et
seigneur de Ponts Sainte Maixence en partie, adveue à
tenir en foy et hommage de noble et puissant seigneur
monseigneur Guy de Laval, chevalier, seigneur d'Eschan-
tilly, à cause de son chastel d'Eschantilly, le siziesme de
toutes lez choses qui s'ensuient, que je ay acheté par décret
et que vouloit avoir et tenir, en la terre et chastellerie de
Ponts, messire de Ponts, chevalier. Et pareillement adveu[e]
à tenir le huitiesme des dites choses qui s'ensuient, que je
ay semblablement acheté par décret, et que souloit tenir
le dit messire Jehan de Ponts. Et avecques ce adveue à
tenir, comme dessus, dudit seigneur d'Eschantilly, un
autre siziesme d'icelles choses qui s'ensuient, que vouloit
avoir et tenir Huitasse de Sainct Aubin, escuier, et que je
ay acheté dudit Huitasse.
Primo, ii siziesmes, qui font un tiers, et avecques le
vme de toutes lez revenues, rentes, prouffis et emolumens
qui sont et pueent escheoir et advenir en la communauté
des chastellains dudit Pont Sainte Maixence.
Item de la place d'un hostel, jardin et vivier, si comme
tout se comporte, séant audit Ponts, lequel est en ruyne et
la maison toute desollée.
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 349
Item d'une ysle en laquelle a une viex tour dessollée, et
garenne de connins, et environ ycelle ysle, guarenne à
poissons, et contient l'eaue environ lx arpens, et par toute
ycelle ysle justice et seignourie.
Item le tiers et le vme du prouffit et revenue de rouyr
et arroter chanvre et lin, de quoy ceulz de Pont doivent
louage et redevances aux chastellains.
Item le tiers et le vin6 d'un clos de vigne, contenant
ni arpens ou environ, dont le vin qui y croist est vendu
à ban toutes foiz que il plaist aux diz chastellains; et
pueent vendre chascun sextier nu deniers plus que l'en ne
fait en la dite ville de Ponts ; ne ne puet l'en vendre autre
vin en la dite ville le vin du dit clos durant, se ce ne sont
lez hostes liges du roy ; et font touz les taverniers serement
aux diz chastellains que ilz ne vendront point de vin le dit
vin durant; et se il est sceu que point en vendent, ilz sont
reputez parjurez et l'amendent de lx sous. Et se il est
trouvé que l'en porte vin en baril ne en pots, ne en autres
manières, dedens lez mettes des diz chastellains, le pot ou
autre vaissel et le vin est fourfaict et acquis aux diz chas-
tellains; et celui qui le porte l'amende de lx sous. Et est
le dit cloz à présent en frische.
Item de v arpens et demi de prez affenez et labourez à
corvées par lez habitans de la ville de Maubertain.
Item le tiers et le vme de xn arpens de terres arrables
ou environ.
Item de vin arpens d'aunoy ou environ, tout en mares
et en désert.
Item d'un pressouoir auquel sont bannières lez vignes
qui sont assises ou costé devers Maubertain, depuiz le ru de
Gyvry1, assis le dit pressouoir en la rue de Maubertain,
lequel pressouoir est ars et gastez.
1. Les aveux de 1383 et de 1402 ajoutent ici les mots : « En alant à Creilg. »
350 APPENDICE.
Item le tiers et le vme de xm livres de menus cens por-
tans les ventes et toute justice et seigneurie haulte, moienne
et basse, lezquelz xm livres reviennent à présent à
vm livres ou environ.
Item le tiers et le vnf de mi" et vu chapons, lezquelz ne
reviennent à présent que xxxn ou environ.
Item le tiers et le vin6 de toute la seignourie tresfons-
sière de tous lez héritages de la dite ville de Ponts seans
tant en leur lige seignourie comme en justice commune du
roy et dez diz chastellains, et emportent lez diz chastellains
toutes lez ventes, cens, saisines et fourfaitures, maiz que le
sire d'Arzillières y prent le tiers par la main dez diz chas-
tellains.
Item de tous lez demourans en la dite justice commune,
le roy aiant seulement la cognoissance des corps, meubles et
chateuLx et des prouffis qui en yssent, lez diz chastellains
ont la moitié, que ilz prennent par leurs mains sanz appel-
ler lez gens du roy, et sur ce le dit sire d'Arzillières prent
le tiers par la main d'iceulz chastellains.
Item deux fours et un fournet, dezquelz fours l'un est
abatu, esquelz l'ours lez diz chastellains ont lez n pars. Et
y sont banniers touz les habitans de la dite ville de Ponts.
Item lez diz chastellains ont prinse des poissons de mer,
tant comme il leur plaist, par le priz dez marchans de la
dite ville.
Item de la moitié dez cens dez estaulz du marchié et dez
estaulz de la boucherye et du plait generel (sic), sur quoy
le dit sire d'Arzillières prent le tiers par la main dez diz
chastellains, tant de la moitié du travers par eaue lez ren-
tiers paiez, et ne vault à présent riens fors aux rentiers, et
y prent le dit sire d'Arzillières le tiers.
Item le tiers et le vinc de xvi muis d'avaines portans los
et ventes, lesquelles ne leur valent a présent rienz.
Item le tiers et le vme de vixx hostises que lez diz chas-
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 351
tellains ont en la dite ville de Ponts sanz compangnie d'au-
trui, dezquelles hostises a de présent grant partie en désert,
et se il y demouroit aucuns gentilz hommes ilz en auroient
la cognoissance, et sont lez voieryes dez dites hostises toutes
à eulz.
Item le tiers et le vnie de la moitié de la tour de dessus
le pont, en laquelle tour lez diz chastellains pueent mettre
leurs prisonniers.
Item le tiers et le vme de la xie partie de la terre que
le dit sire d'Arzillières a en la dite ville et chastellerie de
Ponts, laquelle xic partie appartient aux diz chastellains.
Item le tiers et le vme en arrerre fiefs des fiefs qui s'en-
suient, tenuz en plains fiefz dez diz chastellains :
Primo du fief de mons. Gaucher d'Arzillières, chevalier,
séant à Pons et environ, qui souloit valoir nc livres et a
présent n'en vault que iiiixx ou environ.
Item du fief de madame de Dormans, séant à Silly en
Mussien, qui souloit valoir xl livres, et à présent ne vault
que xvi livres ou environ.
Item d'un autre fié, séant en la dite ville, appartenant à
la dite dame, qui est à présent en la main dez diz chastel-
lains par deffaut d'omme.
Item d'un fief que Regnault Dongnon a séant à Pont, qui
souloit valoir xlv livres, et a présent ne vault que xvm livres
ou environ.
Item d'un fief que Golart de Beaurepaire a séant à Pons,
qui souloit valoir xvi livres, et à présent ne vault que
vi livres ou environ.
Item d'un fief que Raoul de Longue eaue a à Ponts, qui
souloit valoir v sous, et à présent ne vault que n sous
vi deniers ou environ.
Item d'un fief que Thomas Lotart a, séant à Ponts, qui
souloit valoir xl sous, et à présent puet valoir xx sous ou
environ.
352 APPENDICE.
Item d'un fief appartenant à moy Giles Malet, séant à
Ponts, qui souloit estre à Huitasse de Saint Aubin, et sou-
loit valoir c et n sous et à présent vault l sous ou environ.
Item d'un fief appartenant à Jehan Le Fèvre de Fresnoy,
séant à Ponts, qui souloit valoir x livres, et à présent vault
mi livres ou environ.
Item d'un fief appartenant à messire Pierre de Lihuz,
séant à Ponts, qui souloit valoir xx sous, et à présent ne
vault que x sous ou environ.
Item d'un fief que Jehan Guantier1 a, séant au dit Pont,
qui souloit valoir xxxvi livres, et à présent ne vault que
xvn livres, chargié de xn livres parisis de rente à la cha-
pelle Dannequin, et de xn livres de cire à l'église de Pont.
Item d'un fief que je ay à Pont, qui fu messire Mahieu
d'Espineuse, qui souloit valoir xx livres, et à présent vault
x livres ou environ.
Item d'un autre fié que je ay à Pont, qui fu messire
Jehan de Ponts, chevalier, qui souloit valoir xx livres, et à
présent vault x livres ou environ.
Item d'un autre fié que je ay à Pont, qui fu feu Jehan
Bertran de l'Eschequier, qui souloit valoir x livres, et à
présent vault c sous ou environ.
Item d'un fief que maistre Aubry Roussel a, séant à Pont,
qui souloit valoir c sous, et à présent ne vault que l sous
ou environ.
Item le tiers et le vme de v ou de vi fiefs, dont l'en ne
seet lez tenans ne où ilz siéent, ne l'en n'en puet trouver la
vérité.
Item tous ceulz qui tiennent en fief dez diz chastellains
doivent venir jugier en leur court à Ponts quant il y a
aucuns jugemens à faire, soient civilz ou criminelz.
De toutes lezquelles choses dessus dites je adveue a
1. a Jehan Le Gantier », dans l'aveu de 1393.
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 353
tenir du dit seigneur d'Eschantilly les deux sisiesuies qui
font un tiers et le huitiesme, comme dessus est dit. Et se
plus y a, plus en adveue à tenir.
En tesmoing de ce, je ay seellé ces lettres de mon seel,
le vme jour de juillet, l'an de grâce mil CGC LX et dix-huit.
(Original dépourvu du sceau, qui pendait sur simple queue. Archives du
Musée Condé, carton B. 118.)
2. Aveu de Gilles Malet, rendu à Gui de Laval
pour le fief de Balagni.
C'est ce que nous Giles Malet, chevalier, conseiller et
maistre d'ostel du roy nostre sire, seigneur de Villepesche
et de Balengny, avoons à tenir de noble homme messire
Guy de Laval, chevalier, seigneur de Chantelli à cause de
son chastel de Ghantelly.
Primo nostre hostel du dit Balengny, la granche, court,
colombier et ce qui est compris es murs d'environ, les
jardins, le clos de vingnes et la quarrière au dehors de la
dicte vingne, où est garenne, tant que la montaingne con-
tient, et jusques au chemin de Betisy.
Item le vivier, les eaues et le moulin, auquel tous les
hostes et manans de la ville sont banniers.
Item tous les bois près de la dicte ville devers Auterres
es quelz a garenne et toutes les saulx dudit lieu.
(Extrait en caractères du xve siècle. Archives du Musée Condé, B. 113.2.)
3. Aveu de Gilles Malet, rendu au Roi pour ce qu'il tenait
à Fontenaiprès Louvre et au Plessis-Gassot. (%% décembre
1392.)
Sachent tuit que je Gisles Malet, chevalier, maitre d'hos-
tel du roy notre sire, ad voue à tenir en foi et hommaige,
du Roy notre dit seigneur, ce qui s'ensuit, et que je ay
23
354 APPENDICE.
acquis et acheté es villes, terroirs et appartenances de Fon-
tenay emprès Louvres et du Pleisseix Gassot, de nobles
personnes messire Philippes de Trye, chevalier, seigneur
de Mareuil, et de dame madame Agnez de Gossanville, sa
femme.
Et premièrement toute la justice et seigneurie haulte et
moyenne des dites villes et terroirs de Fontenay et du
Plesseix Gassot, avec la cognoissance de nobles, la pre-
vosté et tabellionage, le seel et contre seel et les sergen-
teries d'icelles villes et terroirs du dit Fontenay et du dit
Plesseys.
Item une maison, assise en la dite ville de Fontenay,
avec la cour, jardins et vignes derrière, si comme tout se
comporte, tenant au grand chemin de Gonnesse, d'une
part, et à messire Pierre de Rus, d'autre1.
Item un grand jardin, séant en icelle ville de Fontenay,
tenant aux religieux du Temple, d'une part.
Item dix livres unze sols parisis de menus cens, portans
ventes, saisines et amandes, receus chacun an au jour des
octaves saint Denis en la dite ville de Fontenay.
Item ung four séant en icelle ville, tenant à l'hostel de
mes prisons d'une part, et aux religieux du Temple d'autre.
Item ung pressoir étant ou dit lieu.
Item le droit que j'ay de mettre regard et jurés sur
toutes denrées, ouvraiges et marchandises es dites villes et
terroirs de Fontenay et du Plesseys Gassot.
Item toutes forfaitures, amendes, espaves, aubaines,
estrayères et autres droits appartenans à haut et moyen
justicier et qui peut escheoir et advenir es dites villes et
terroirs de Fontenay et du Plesseys Gassot.
Tout ce qui dit est, chargé de trente-deux livres parisis
de rente annuelle et perpétuelle, payés chacun an au Roy
1. L'aveu de la veuve de Gilles Malet porte : « Et à M* Jean Candel, d'autre. »
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 355
notre dit seigneur et à sa recette et receveur de Paris aux
termes de l'Ascension Notre Seigneur, de Toussaint et
de la Chandeleur, sans autres charges, servitudes ne rede-
vances.
Item et avec ce advoue à tenir encore du Roy notre dit
seigneur le quart de la basse justice de la dite ville de
Fontenay, les champarts d'icelle et du terroir, qui peuvent
valoir pour ma part, chacun an, trois muys de grains ou
environ.
Item un muy d'avoine de rente à moy deue chacun an
lendemain de Nohel, avec les bleds, chappons, vins, œufs
et argent qui y appartiennent a cause des rentes.
Item encores cent sols parisis de menus cens ou environ,
deus à moy chacun an en la dite ville de Fontenay, au dit
jour des octaves Saint-Denis, portans lods, ventes, sai-
sines et amendes.
Item ma part d'un four qui souloit estre en la dite ville,
lequel est à présent en ruyne.
Et se plus en y a, advoue à tenir en foy et hommage lige
du Roy notre dit seigneur toutes les choses dessus dites,
chargées du viage des dits vendeurs et de chacun d'eux,
c'est à scavoir que les dits messire Philippe et sa femme en
doivent avoir les prouffits et revenus chacun an, tant
comme ils vivront, et aussi doivent payer les charges et
soustenir les plays et procès et les édifices à leurs périls et
dépends, si comme plus à plain est contenu es lettres de
vente auxquelles je me rapporte, et dont le receveur de
Paris a déjà eu le vidimus, sous le seel de la prévôté de
Paris.
En tesmoing de ce, j'ai seellé ces présentes lettres de mon
seel, le vingt deuxième jour de décembre, l'an mil trois cens
quatre vingt douze.
(Copie notariée du 5 mars 17G0, aux Archives du Musée Condé, B. 115.)
356 APPENDICE.
4. Aveu de Gilles Malet, rendu à Amauri d'Orgemont, sei-
gneur de Chantilly, pour une partie de la châtellenie de
Pont-Sainte-Maxence. (30 mai 1393.)
Sachent tuit que je Giles Malet, chevalier, maistre d'os-
tel du roy nostre s[ire] et seigneur et chastellain de Pont-
Sainte-Maixence en partie, adveue à tenir en foy et hom-
maige de noble et puissant seigneur monseigneur Almaurry
d'Orgemont, chevalier, seigneur de Chantilly, conseiller du
roy et chancelier de monseigneur le duc d'Orliens, à cause
de sa seigneurie de Chantilly, ce qui s'ensuit :
Premièrement les cinq pars de la place, court, jardins et
appartenances où souloit estre l'ostel des diz chastellains
au dit lieu de Pont, qui ne me valent à présent que environ
xxiiii soulz parisis.
Item les cinq pars de la tour de Pille, séant devant la
dite place en la rivière d'Oise, et les cinq pars d'icelle vile
et de la garenne à connins estant en icelle, qui puet valoir
par an, pour ma part, environ xxx soulz.
Item les cinq pars de la moitié de la pescherie que ont
les diz chastellains en la dite rivière d'Oise, contenant
soixante arpens d'eaue ou environ, dont ma part vaut à
présent par an lxxv soulz.
Item les cinq pars de fossez à eaue estans autour des dites
place et jardins et de la pescherie d'iceulx, esquelz nulz ne
puet ne doit pescher, fors les diz chastellains, sur poinne de
lx soulz d'amende, lesquelz ne me sont à présent d'aucun
proffit.
Le xxxe jour de may, l'an de grâce mil CCG IIH" et XIII.
(Archives du Musée Condé, carton B. 118.)
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 357
5. Aveu de Philippe Malet, rendît à Amauri d'Orgemont
pour le fief de Balagni. (25 septembre 1394.)
A tous ceulx qui ces lettres verront ou orront, Philippe
Malet, escuier, pennetier du roy nostre sire et seigneur de
Ballengny lez Senlis, salut. Sachent tuit que je confesse et
adveue à tenir en foy et hommage de noble et puissant
homme mons. Almaurry d'Orgemont, chevailier, chancel-
lier de très hault et excellent prince monseigneur le duc
d'Orléans et seigneur de Chantilly, à cause de son chastel
du dit Chantilly, mon fief du dit Bellengny, ouquel a et
appent les droits, noblesses, possessions, terres et autres
héritages dont cy après sera, faite mencion. Primo mon
hostel du dit Ballengny, la grange, court, coulombier et ce
qui est compris es murs d'environ les jardins, le clos de
vingne et la quarrière au dehors de la dicte vingne, où est
garenne, tant que la montaingne contient...
... En tesmoing de ce, je ay seellé ces lettres de mon
propre seel duquel je use, qui furent faictes le vint cin-
quiesme jour du moys de septembre, l'an de grâce mil trois
cens quatre vins et quatorse.
(Original. Archives du Musée Condé, B. 113.2.)
6. Aveu de Gilles Malet, rendu au Roi pour la ehâtellenie
de Pont-Sainte-Maxence. (17 avril 1399.)
Saichent tuit que Gilles Mallet, chevalier, maistre d'hos-
tel du Roy nostre sire et chastellain de Saincte Maxence,
adveue à tenir en foy et hommaige lige du Roy nostre sire,
à cause de son chastel et chastellenie de Creeil, ce qui
s'ensuit, à moy appartenant à cause de ma dicte chastel-
lenie de Pont.
Et premièrement treize livres six solz huict deniers
358 APPENDICE.
parisis de droit cens que je ay et prend chascun an par ma
main, en et sur quarante livres de cens1 que doibvent
chascun an au jour de la Chandelleur les habitans de la
ville deBrenoulle, nommez les cens d'Ageulx, et de laquelle
somme de xm 1. vi s. vin d. par. je puis executter les
dits habitans et faire mettre en prison ceulx qui sont ordon-
nez à recepvoir la taille, les dictes xl livres, le jour de la
Chandeleur passé, ouarrester et admener prisonnier à Pont
tout le bestail de la dicte ville de Brenoulle quant il est
trouvé en Agnelx, jusques à ce que je soie paie de la dicte
somme de xm 1. vi s. vm d. p.
Item le tiers de la mairie d'Ageulx, que je dois aussy
prandre par ma main, et peult valloir par an xl sous.
Item advoue à tenir en arrière fief pareillement du Roy
nostre sire les fiefs que tiennent de moy à plain fiefz, à
cause de ma dicte chastellenie, les personnes cy après
nommez.
[Je me borne à reproduire les noms des possesseurs des
arrières-fiefs. Messire Maillart d'Estrées, chevalier, à Har-
dencourt. — Henry de L'Esglantier, escuier. — Messire
Pierre de Lihus, chevalier, à Bazincourt. — Soullart de
Sery, escuier, à Brenoulle. — Laurent L'Evesque, gendre de
feu Adam de Scrmoises. — Maistre Jehan de Sains, secré-
taire du roy, chanoine de Paris, séant en la ville du terrouer
de Rieu en Beauvoisin. — Nicaize Le Boucher. — Philippe
de Vier, gendre de Pierre de Mamunaiz, à Sainct Gueulx en
Beauvoisin. — Guillaume Du Bos, escuier, gendre de feu
messire Pennes d'Esguelnes (ou Des Guelnes). — Messire
Charles de Chambly, chevalier, chambellan du roy, à Non-
gent-les-Vierges. — Jehan Chobart, de Creil. — Jehan de
Fayel, escuier, gendre de Raoul de Longueaue, à Lon-
1. Dans un aveu <le l'année 1117, il est dit que les deux tiers des cens
d'Ageuh appartenaient aux Chartreux.
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 359
gueaue. — Jehan Bertrand, de L'Eschiquier de Pont. —
Jehan L'Escripvain, de Pont, gendre de Robert Caignet.
— L'evesque de Beauvais, pour la mairie de Saron.]
Item ung autre fief sceant à Auregny, qui fut à feu Jehan
Le Jeune, et soulloit estre du pris de x livres, et à présent
est de nulle valleur, et est en ma main par deffaute d'homme.
Item ung autre fief, sceant à Nongent les Vierges, que
doibvent tenir de moy les hoirs feu Philippes de Laistre, et
est à présent de nulle valleur.
Item que tous les hommes dessus dis sont tenuz de venir
juger à ma cour à Pont, à leurs perilz et despcns, toutes
fois que ilz sont appeliez, soit en cas civil ou criminel.
Item toute justice et seigneurie hautte, moienne et basse,
à cause de ma dicte chastellenie, es fiefz dessus dis.
Et sy plus a, plus en ad voue à tenir.
En tesmoing de ce, j'ay seellé ces présentes de mon seel.
Donné le xvne jour d'avril après Pasques, l'an mil trois
cens quatre vingtz et dix neuf.
(Cahier copié en 1580. Archives du Musée Condé, C. 28. G.)
7. Aveu de Gilles Malet, rendu à Pierre d'Orgemont
pour la châtellenie de Pont-Sainte-Maxence. (8 mai 1402.)
Sachent tuit que je Giles Malet, chevalier, maistre d'ostel
du roy nostre s[ire], chastellain seul et pour le tout et sei-
gneur en partie de Pont Sainte Maixence, adveue à tenir à
une foy et hommage, à cause de ma dite chastellerye et sei-
gnourie de Pont, ce qui cy après s'ensuit, de noble homme
Pierre d'Orgemont, escuier, seigneur de Montjay et de
Chantilly, à cause <!e sa dite seignourie de Chantilly :
Et premièrement la place, court, jardins et apparte-
nances de l'ille où souloit estre l'ostel de ma dite chastel-
lerye, avecques les fossés à eaue qui sont autour des dites
places, court, jardins et appartenances, qui ont leur agoust
360 APPENDICE.
et descendent en la rivière d'Oize de deux costés... Item
en la dite rivière d'Oize une ysle devant la dite place,
en laquelle souloit avoir une forte tour, et en ycelle ysle
garenne de connins, plusieurs arbres fruiz portans et saus-
soies, dont tout puet valoir xxvm soulz par an ou environ.
Item la pescherie en la dite rivière d'Oize, depuiz le pont de
la dite ville, en avalant d'iceluy pont, jusques au dessoubz
de toutes mes ysles, en avalant à Brenuille...
Donné le vine jour de may après Pasques, l'an mil CGGC
et deux.
(Archives du Musée Condé, carton B. 118.)
8. Aveu de Nicole de Chambly, veuve de Gilles Malet, rendu
au Roi pour la châtellenie de Pont- Sainte- Maxence.
(1er août 1411.)
Saichent tuit que je Nicole de Chambly, veuve de feu
messire Gilles Mallet, chevallier, en son vivant maistre
d'hostel du Roy nostre sire, seigneur de Villespcsche et
chastellain de Pont Saincte Maxence, advoue à tenir, en foy
et hommaige lige du Roy nostre sire, à cause de son chas-
tel et chastellenie de Greil, ce qui s'ensuit, à cause de ma
dicte chastellenie de Pont.
i
Ce fut faict l'an de grâce mil quatre cens et unze, le
samedy, premier jour du mois...2.
(Cahier copié en 1580. Archives du Musée Condé, C 28.6. — A la suite est
copié un aveu de la même châtellenie, rendu en 1417 par Pierre L'Orfèvre,
licencié en lois, châtelain seul et pour le tout du Pont-Sainte-Maxence.)
1. Aveu beaucoup plus détaillé que celui de Gilles Malet, de l'année 1399.
2. Le nom du mois a été omis par le copiste.
AVEUX RENDUS PAR GILLES MALET. 361
9. Aveu de Nicole de Chambli, rendu au Roi pour ce qu'elle
tenait à Fontenai et au Plessis-Gassot. (8 août 1412.)
Sachent tous que je Nicole de Ghambly, dame de Ville-
pescle et de Soisy sur Seine, veuve de feu messire Giles
Malet, chevalier en son vivant et maître d'hostel du roy
notre sire, advoue à tenir à foi et hommage lige du Roy
notre dit seigneur, à cause de son chastel de Gonnesse, ce
qui s'ensuit :
Et premièrement toute la justice et seigneurie, haulte,
moyenne et basse des villes et terroirs de Fontenay et du
Plesseix Gassot, avec la cognoissance des nobles, la pre-
vosté, le tabellionage, le seel et contreseel et les seigneuries
d'icelles villes et terroirs de Fontenay et du Plesseix Gassot.
Toutes lesquelles choses dessus dites sont chargées du
viaige de messire Phillipes de Trye, qui, ja pièce a, les
vendit à feu monsieur mon mari, que Dieu pardoint, et
moy... Si comme plus a est contenu es lettres de vente, sur
ce faites, auxquelles je me rapporte, et dont le receveur de
Paris print vidimus, l'an mil trois cens quatre vingt et
douze, sous le seel de la prevosté de Paris.
En tesmoing de ce, j'ay cest présent adveu seelé de
mon seel, le samedi huitième jour d'août, l'an de grâce mil
quatre cent et onze.
(Copie notariée du 5 mars 1760. Archives du Musée Condé, B. It5.)
IV.
TlTE-LlVE EN FRANÇAIS VENDU PAR GlLLES MàLET A LOUIS,
duc d'Orléans.
(1-21 octobre 1393.)
Loys, filz de roy de France, duc d'Orliens, conte de
Valoys et de Beaumont, à nostre amé et féal trésorier Jehan
Poulain, salut etdilection. Gomme, par noz autres lettres,
données le ixe jour de février l'an mil GCG IIIF* et onze,
nous vous ayons mandé que, des deniers de noz finances,
vous baillissiez et delivrissiez à nostre amé et féal messire
Giles Malet, chevalier, maistre d'ostel de monseigneur le
roy, la somme de cinq cens frans d'or, c'est assavoir trois
cens frans pour un livre en deux volumes, nommé Titus
Livius, que nous avons fait prendre de lui, et deux cens
frans que nous lui avons donnez de grâce especial, pour
consideracion des bons services que il avoit faiz et faisoit
de jour en jour à nostre très chiere et amée compaigne la
duchesse, en office de maistre d'ostel, de laquelle somme
il n'a eu aucun payement, ainsi quil dit; nous, voulans noz
dites lettres avoir et sortir leur plain effect, voulons et vous
mandons que, tantost et sanz delay, vous payez, bailliez et
délivrez, des deniers de noz dites finances, au dit messire
Giles la dite somme de cinq cens frans. Et par rapportant
noz dites lettres, ces présentes et quitance sur ce, la dite
somme de vc frans sera allouée en voz comptes et rabatue
de vostre recepte par tout où il appartendra, non obstant
ordonnances, mandemens ou défenses à ce contraires.
Donné à Paris, le xxiii6 jour d'octobre, l'an de grâce mil
CGC IIII" et treize.
TITE-LIVE EN FRANÇAIS. 363
Par monseigneur le duc :
J. Gilet.
(Original à la Bibliothèque nationale, Collection de Bastard, ms. français 3638
des Nouv. acq., pièce cotée 180.)
2.-7 octobre 1394.
Loys, filz de roy de France, duc d'Orliens, conte de
Valoys et de Beaumont, à nostre amé et féal trésorier Jehan
Poulain, salut. Gomme, par noz autres lettres patentes,
données, les premières le ixe jour de février CGC IIIPX et
onze, et les autres données le xxme jour d'octobre GGG
IIIP" et treize, par vous rendues en nostre Chambre des
comptes sur vostre quart compte, nous vous eussions
ordonné par ycelles baillier et délivrer à nostre amé et féal
messire Giles Malet, chevalier, maistre d'ostel de mon-
seigneur le Roy, la somme de cinq cens livres tournois,
c'est assavoir 111e 1. t. pour un livre en deux volumes
appelle Titus Livius, que nous avons eu de lui, et 11e 1. t.
pour don lors à lui fait, de laquelle somme de vc 1. 1. il ne
a eu sur le paiement d'icelui livre que if 1. 1., ainsi restent
iiic 1. t., c'est assavoir nc pour le don dessus dit et c pour
reste de la parpaie du dit livre, nous, voulans noz dictes
lettres avoir et sortir leur plain effect, voulons et vous man-
dons expressément que la dicte somme de nf 1. t., ainsi à
lui deue, comme dit est, vous bailliez et délivrez au dit
messire Giles, ces lettres veues... Donné à Paris, le vne jour
d'octobre, l'an de grâce mil GGG IIIIXX et quatorze.
Par monseigneur le duc
Thierry.
(Original à la Bibliothèque nationale, Collection de Bastard, ras. français 3638
des Nouv. acq., pièce cotée 203.)
3.-9 octobre 1394.
Sachent tuit que je Giles Malet, chevalier et maistre d'os-
tel du roy nostre sire, confesse avoir eu et receu de hono-
364 APPENDICE.
rable homme et sage Jehan Poulain, trésorier de monsei-
gneur le duc d'Orliens, conte de Valois et de Beaumont, la
somme de deux cens livres tournois, sur la somme de trois
cens livres tournois restans à paier de la somme de cinq
cens livres tournois que mon dit seigneur avoit ja pieça
ordené à moy estre baillies par son dit trésorier, c'est assa-
voir trois cens livres tournois pour un livre en deux
volumes nommé Titus Livius, que il avoit acheté de moy
le dit pris, et deux cens livres tournois que il me donna
lors, de sa grâce, et sur laquelle somme de vc livres je ay
pieça receu d'icelui trésorier la somme de nc livres tour-
nois, dont il eust quittance de moy. De laquelle somme de
IIe livres tournois, sur la reste des 111e livres tournois des-
sus diz, je me tieng pour content et bien paie, et en quitte
mon dit seigneur, son dit trésorier et tous autres à qui
quittance en appartient. En tesmoing de ce, je ay seelé ces
présentes lettres de mon propre seel. Donné le ixe jour
d'octobre, l'an de grâce mil CGC IIII" et quatorze.
(Original à la Bibliothèque nationale, Collection de Bastard, ms. français 3638
des Nouv. acq., pièce cotée 204.)
V.
L'enlumineur Jean Le Noir et sa fille Bourgot, enluminerrsse.
(10 décembre 1358.)
Charles, etc. Savoir faisons a touz presenz et à venir que,
ramenans à mémoire pluseurs agréables services faiz à
monseigneur par lonc temps et à nous par noz bien amez
Jehan Le Noir, enlumineur, et Bourgot, sa fille, enlumine-
resse de livres, et que ja piecha il delaissièrent, pour la
plaissance de monseigneur, le service de la contesse de Bar
pour monseigneur et nous servir, si comme nous sommes
acertenez, et de leurs quielx services à monseigneur et à
nous faiz il ne ont esté aucunement rémunérez, mais gran-
dement leur est deu de leurs gaiges, nous, afin qu'il aient
miex dont susporter leurs frais et despens et qu'il n'aient
occasion de se départir du service de monseigneur et du
nostre par sousfraittez et neccessitez, leur avons donné et
octroyé et par la teneur de ces présentes, de nostre cer-
taine science, auctorité royal, dont nous usons, et de grâce
especial donnons et octroyons, comme bien deservi, une
maison ou manoir séant en la rue de Troussevache, en la
ville de Paris, tenant d'un costé à une maison appartenant
aus hoirs Emmeline des Champs, et de l'autre à une mai-
son aus hoirs à la femme qui fu Drouin de Troies, et aboute
par devant à la dite rue et par derrière à la rue Aubery le
Bouchier, laquelle maison ou manoir est venue et acquisse
à monseigneur et à nous pour la forfaiture de Charlles
Toussac, nostre traitre et rebelle, nagaires mis à mort pour
ses démérites....
366 APPENDICE.
Donné à Paris, le xe jour de décembre, l'an de grâce mil
GCG LVIII.
Par monseigneur le régent :
Julianus.
(Registre XC du Trésor des chartes, n° 4.)
VI.
Travaux faits a la librairie du roi.
(1367-1368.)
Extrait du Compte de Pierre Culdoe, du 1er mai 1367
au 12 juillet 1368.
Jacques du Parvis et Jean Grosbois, huchiers, pour leur
peine d'avoir dessemblé tous les bancs et deux roës qui
estoient en la librairie du Roy, au Palais, et iceux faict
venir audit Louvre, avec les lettrins et icelles roës estreins
chacune d'un pied tout autour ; et tout rassemblé et pendu
les lettrins es deux derrains estages de la tour devers la
Fauconnerie, pour mettre les livres du Roy; et lambroissié
de bois d'Illande le premier d'iceux deux estages, tout
autour, par dedans, au pris de l francs d'or, par marché
faict à eux par ledit maistre Jacques, 14e jour de mars
1367. Et depuis, pour ce que les sièges estoient trop viez,
ont esté faictz de merien nuef, que lesdis huchiers ont quis,
dont ledit marché leur a esté creu de vin francs, tant
pour ce que pour courbe et siage de lx pièces des grands
bois.
Item pour deux fors huis, pour iceux deux estages, de
sept pieds de haut, de trois pieds de lé et trois dois d'es-
poisse, vin francs d'or.
Pour ce parmy quatre quictances, etc. . . , qui font pour le
tout lxvi francs d'or, valent . . . . lu 1. xvi s. p.
Pierre L'Escot, cagetier, pour avoir faict et treillissé de
111 d'archal au devant de deux croisiées de châssis et de
deux fenestres flamenges, ez deux derrains estages de la
tour devers la Fauconnerie, aud. Louvre, où est ordonné
368 APPENDICE.
la librairie du Roy, pour deftense des oyseaux et autres
bestes, à cause et pour la garde des livres qui y seront
mis; pour fil d'archas, crochet de fer et peine de ce, par
marchié faict à luy par ledit maistre Jacques, 4e jour de
may 1368 et quictance 3 juin ensuivant, en xyiii francs
d'or xiiii 1. vin s. p.
Mathieu Congnée, lieur de livres, pour avoir relié et
couvert de nuef le messel de la grand chapelle dud.
Louvre xx s. p.
A Andrieu Du Verger, febvre, pour x treillis de par
deux cents petits gons et deux cents crochets de fer, pour
la librairie du Roy, et illec ferré deux fors huis, et plusieurs
autres besognes de son mestier par luy faictes et livrées
audit chastel du Louvre, laquelle le Roy nostre dit sei-
gneur luy doit xximl. mi s. vi d.
(Berty, Topographie historique du Vieux Paris, t. I, p. 194 et 195.)
VII.
Dépenses pour les livres de la librairie.
1 . Étoffes pour couvertures de livres fournies par Bernard
Belenati, marchand de Paris.
(9 décembre 1369.)
Item pour n pièces de baudequins en champ azur, déli-
vrées de nostre commandement à Gilet Malet, nostre vallet
de chambre, le x° jour du mois de juillet pour faire cou-
vertures et chemises à livres, c'est assavoir le Mirouer ysto-
rial autrement dit Viciene * . Item pour une pièce de sendal
large azuré, pour fourrer les dictes chemises, x franz.
{Mandements de Charles V, p. 308, n° 618.)
%. Autres étoffes fournies par le même.
(1er septembre 1370.)
Pour une pièce de baudequin d'outre mer de pluseurs
soies, en champ vermeil et euvres vers à papegaus en un
compas, délivrée de nostre commandement à Gilet Malet
et à Henry L'Uillier, libraire, le xme jour d'aoust ensuiant,
et fu pour faire couvertures et chemises pour nostre beau
livre apellé Gouvernement des princes, Boèce de Consola-
cion et pluseurs autres, xx frans. Pour n aines de cendail
large, pour les chemises, ni frans et un quart.
{Mandements de Charles V, p. 361, n° 715.)
3. Étoffes fournies par le même.
(29 mai 1 371 .)
Pour une aine et demi quartier de camocas d'oultre mer,
1. Pour « Vincent ».
24
370 APPENDICE.
délivrée de nostre commandement à messire Michiel, nostre
chapellain, pour faire une couverture et une chemise à un
bréviaire que nous envirasme à nostre très chier et amé
frère le roy de Navarre, le xvic jour d'avril [M CGC LXXI] .
Item à lui demi aine et demi quartier de cendail rouge en
graine, i franc et nu s. p. Pour tout, vi frans et un s. p.
Pour demi aine et demi quartier de baudequin d'oultre
mer vert et rouge, délivré à Henry L'Uillier, nostre escrip-
vain, pour faire une couverture à un livre appelle le Gou-
vernement des Princes et plusieurs autres, in frans. Item
à lui, pour trois quartiers de cendail large arsuré, xxi s.,
et fu pour faire l'envers de la dicte chemise, le douzième
jour de may ensuivant. Pour tout un frans et v s. p.
{Mandements de Charles V, p. 400, n° 779.)
4. Achat de 'parchemin .
(2 novembre 1377.)
Ordre d'allouer aux comptes de François Ghanteprime
une somme de 50 francs d'or, « de laquele nous en avons
fait paier parchemin, que nous avons au jour[d'uy] fait
acheter pour escripre une bible pour nous » .
{Mandements de Charles V, p. 756, n° 1503.)
5. Achat d'étoffes et de planchettes pour reliure de livres.
(23 novembre 1377.)
Charles... Nous sommes tenus à Dyne Rapponde, mar-
chant de Paris, en la somme de cent, quatre vinz dix frans
d'or, pour certaines pièces de baudequin et de cendail que
nous avons fait acheter de lui, et en avons fait faire les
choses cy dessouz escriptes...
Premièrement pour les hez et chemises de quatre granz
volumes de Vincent, pour nous, n baudequins à xxvi frans
la pièce, valent lu franz.
DÉPENSES POUR LES LIVRES DE LA LIBRAIRIE. 371
Item pour les hez et chemises des Groniques de France
et celles que a faittes nostre amé et féal chancelier, pour
il volumes, pour nous, une pièce de baudequin, xxvi franz.
Item pour les hez et chemises du livre de Senèque, les
Gestes Charlemaine, les Enfances Pépin et les Croniques
d'oultre mer de Godefroy de Bullon, pour nostre très cher
et ainsné fîlz Charles, daulphin de Viennois, n baudequins,
au pris que dessus, lu franz.
Item pour doubler les chemises dessus dittes, un pièces
de cendail vermeil en grainne, à xn franz la pièce, valent
xlviii franz.
(Mandements de Charles V, p. 761, n° 1519.)
6. Traduction d'un livre de Pétrarque.
(14 avril 1378, n. st.)
Ordre d'allouer aux comptes de François Chanteprime
une somme de 200 francs d'or donnée « à maistre Jehan
Dendin, chanoine de nostre saincte chapelle royale à Paris,
pour ce qu'il a translaté, de nostre commandement, de
latin en françoiz, un livre appelle Patrac, lequel nous avons
mis et retenu devers nous » .
(Mandements de Charles V, p. 836, n° 1696.)
7. Quittance des sommes dues pour achat d'étoffes et de
planchettes.
(%% avril 1378.)
Dyne Responde, marchant de Paris, confesse avoir eu et
receu de François Chanteprime, receveur gênerai pour le
fait de la guerre, la somme de cent quatre vins dix frans
d'or, qui deuz li estoient pour certaines pièces de baude-
quin et de cendail achetées de lui, c'est assavoir pour les
hez et chemises de quatre grans volumes de Vincent, pour
le Roy nostre sire, n baudequins, à xxvi frans la pièce,
valent lu frans.
372 APPENDICE.
Item pour les hez et chemises dez Croniquesde France,
et celles que a iàittes mous, le chancellier, pour n volumes,
pour le dit seigneur, une pièce de baudequin, xxvi frans.
Item pour les hez et chemises du livre de Senèque, les
Gestes Gharlemaine, les Enfances Pépin et les Croniques
d'oultre mer de Godel'roy de Bullon, pour mons. le Dal-
phin, deux baudequins, au pris que dessus, lu frans.
Item pour doubler les chemises dessus dittes, quatre
pièces de cendail vermeil en graine, à xn frans la pièce,
valent xlviii frans. Item pour fourrer le coffre de la chap-
pelle portative pour le dit seigneur, une pièce de cendail
en graine, xn frans.
Valent les dittes parties cent quatre vins dix frans, de
laquelle il se tient à bien paiez et en quitte le dit receveur
et tous autres... Fait l'an LX dix huit, le jeudi vint deux
jours d'avril. — Ferrebouc.
(Original appartenant à M. le comte de Rockambeau. L'ancien propriétaire
de cette quittance, M. ftlinoret, m'avait autorisé à la faire pholograver par
M. Dujardin.)
8. Achat de 'parchemin.
(8 juin 1378.)
Ordre d'allouer aux comptes de François Chanteprime
une somme de 200 francs qu'il en avoit reçue, « pour paier
certaine quantité de parchemin que nous avons fait acheter
a[u] présent lendit pour escrire certains livres pour nous » .
(Mandements de Charles V, p. 856, n° 1741.)
VIII.
Livres donnés aux Dominicains de Tiioyes.
1 . Lettre de Grégoire XI.
(26 février 1371.)
Gregorius, episcopus, servus servorum Dei, ad perpe-
tuam rei memoriam. Garissimus in Christo filius noster
Karolus, rex Francie illustris, eximia devotione preclnrus,
démentie majestate sublimis, mansuetudinis gratia predi-
tus, plenus affluentia pietatis, progenitorum suornm chris-
tianissimorum regum Francie laudabili successione sequens
vestigia, et purgatissimi sanguinis sapiens puritatem, suos
cogitatus et opéra beneplacitis eterni patris promptis et
continuis adherere desiderat studiis, nosque et Romanam
ecclesiam, matrem suam, filiali studio reveretur, et ut
Creatori suo cordis et animi puritate placeat, ecclesias et
personas ecclesiasticas sui regni semper habet in honore,
easque variis décorât privilegiis, jocalibus atque bonis.
Decet igitur ut illum, cujus fastigia dominancium Dominus
voluit auspiciis exaltari felicibus, in hiis que pie et digne
desiderare videtur, favoribus apostolicis prosequamur.
Gum itaque rex ipse, zelo devocionis motus, aliqua jocalia
seu reliquiaria argentea et nonnullos libros, ad usum Fra-
trum conventus domus ordinis Predicatorum Trecensis,
cidem conventui dederit et adhuc alia dare proponat,
cupiatque jocalia et bona ipsa, sic per eum data atque
danda, ibidem remanere et perpetuo conservari, nos, regiis
supplicationibus inclinati, auctoritate apostolica, tenore
presencium, in virtute sancte obedientie et sub excommu-
nicationis pena, quam contra inhibicionem presentem
374 APPENDICE.
facientes incurrent eo ipso, districtius inhibemus ne quis,
cujuscumque status, gradus, sexus, ordinis vel conditionis
existât, hujusmodi jocalia seu reliquiaria argentea et libros,
sic per dictum regemjam data, ut premittitur, ac alia per
eundem regem danda, dum in domo ipsa fuerint, alienare,
impignorare, vendere, mutuo tradere vel qualitercunque
distrahere présumât, nec id facientibus prestet auxilium,
consilium vel favorem, non obstantibus exemptionibus et
aliis quibuscunque privilegiis, indulgenciis et gratiis ac lit—
teris apostolicis, quibusvis personis vel ordinibus, commu-
niter vel divisim, sub quacumque forma vel expressione
verborum, a sede apostolica concessis vel in posterum
concedendis, eciam si de illis plena et expressa mencio ac
de verbo in verbum in presentibus sit habenda, que quoad
hoc alicui in nullo volumus suffragari. Nulli ergo omnino,
etc. Datum Avinione, quarto kalendas marcii, pontificatus
nostri anno primo.
(Mss. latins 7475 et 10623 de la Bibliothèque nationale. — Ms. 267 de Troyes.)
î. Note rappelant Vinaliénabilité des livres donnés aux
Dominicains de Troyes.
(1371 et 1375.)
Anno Domini M CGC LXXV, dédit istum librum pro
libraria communi istius conventus Trecensis, ordinis Predi-
catorum, illustrissimus princeps et dominus dominus Karo-
lus, Dei gratia Francorum rex, ad procurationem reverendi
in Christo patris ac domini domini fratris Pétri de Villaribus,
tune episcopi Trecensis, ac predicti domini régis confes-
sons et consiliarii, tali pacto quod, si per quemeumque a
dicta libraria amoveatur, impignoretur, vendatur, accomo-
detur, vel aliter qualitercumque alienetur, ipso facto per-
tinent ad episcopum Trecensem, ad decanum et capitulum
ecclesie Trecensis et ad conventum Fratrum Predicatorum
LIVRES DONNÉS AUX DOMINICAINS. 375
Parisiensium. Item faciens vel procurans alienationem dicti
libri contra aliquod premissorum est excommunicatus ipso
facto, sicut apparet per litteras papales, quarum ténor
scquitur in hec verba : Gregorius, etc. Originale predicta-
rum apostolicarum litterarum custoditur in deposito hujus
Trecensis conventus1.
(A la fin du ms. latin 10623. — Le ms. latin 7475 contient la même note,
avec la date de 1371.)
1. La note insérée dans le ms. 7475 porte : « Ad procurationcm fratris Pétri
de Villaribus juxta Herbiciam oriundi de terminis dicti conventus Trecensis,
lune confessons, etc. »
IX.
Livres hébraïques remis au roi.
Décharge donnée par Charles V de livres hébraïques qu'il
s'était fait remettre par Gérard de Mont aigu, garde du
Trésor des chartes.
(211 avril 1372.)
Ce sont les livres des Juyfs qui estoient ou Trésor de noz
privilèges, Chartres et registres, dessus le vestiaire de la
Sainte Chapelle, en nostre palais à Paris, que nous avons
euz et receus de nostre amé et féal clerc secrétaire Gerart
de Montagu, garde du dit Trésor, et lesquelz livres nous
avons prestes à Menecier le Juyf et autres Juyfs demourans
à présent à Paris, le xxie jour d'avril, l'an de grâce mil
CGC soissante et douze.
Premièrement xvm livres de Genesis, dont il y a trois
non complets.
Item v livres des Prophètes.
Item il grans rooles de la loy Moyses.
Item v livres de glose sur une partie de la Bible.
Item x autres gloses par quaiers, tant d'une partie de la
Bible comme d'oroisons.
Item nu" et xn pièces d'oroisons et heures à dire par
certain temps et par certains jours de l'an.
Item ni pièces de calde.
Item in diccionaires sur aucuns livres de la Bible, que
l'en appelle la Divin, et un pièces par quaiers d'icelle
matière.
livres hébraïques remis au roi. 377
Item v commancemens de Sautiers.
Item un des livres des Roy s.
Item partie du livre d'Ecclesiaste et des Cantiques.
Item certains quaiers ensamble du roy Assuaire et d'au-
cuns livres de Genezis.
Item v pièces de quaiers parlans de plusieurs livres de
la Bible.
Item v petits rooles de Ester.
Item plusieurs quaiers et feilles de diverses matières et
de petite value.
Gy s'ensuivent les livres des diz Juyfs que nous avons
retenus par devers nous, pour mettre en nostre librairie.
Premièrement le plus bel roole de la loy Moyse.
Item ii volumes dont en chascun sont contenus les
v livres Moyse.
Item un volume ouquel est contenu : un Sautier, le livre
de Sapience, de Job, d'Ecclesiaste, les Lamentations
Jeremies, Ester, le livre Nabugodonosor, comment l'image
fu fait.
Item les gloses sur le Sautier, sur Job et sur la plus
grant partie des Prophètes commençans à Josné.
Cy s'ensuient autres livres des livres dessus diz que nous
avons bailliez à maistre Thomas de Boulogne, nostre astro-
nomien.
Premièrement un livre de Genesis, en ebreu et en
calde.
Item un autre livre de Genesis, en ebreu simple.
Item un diccionaire sur aucuns livres de la Bible, que
l'en appelle le Divin.
Item un livre des Prophètes.
Item un petit livre de médecine.
Item un petit livre de médecine.
Item un petit livre d'experimens.
378 APPENDICE.
Item un Sautier parfait.
En tesmoing de ce, nous, à la descharge de nostre dit
clerc, avons escript et mis nostre nom à ce présent roole,
de nostre propre main, l'an et le jour dessus diz.
Charles.
(Original au Trésor des chartes, J. 476, n° 9; publié dans la Revue historique
(t. VII, p. 369) par Siméon Luce, dont j'ai reproduit le texte.)
X.
Somme donnée a Nicole Oresme pour sa traduction d'Aristote.
(31 août 1374.)
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à nos amés
et feaulx les genz de nos comptes à Paris, salut et dilec-
tion. Nous voulonz et vous mandonz que la somme de
deux cenz franz d'or, les quiex nous avonz eus et receuz
comptanz en nos mains de nos amés et feaulx trésoriers à
Paris, par la main de Pierre de Landez, changeur de nostre
trésor, les quiex nous avonz bailliez comptans à nostre
bien amé maistre Nicole Oresme, doyen de Rouen, sur sa
painne ou salaire de nous translater deux livres, les quiez
nous sont très neccessaires, c'est assavoir : Polithiquez et
Yconomiquez, vous ycelle somme de nc franz allouez es
comptes dudit Pierre et rabatez de sa recepte, sanz en
demander autre lettre de quittance ou de recongnoissance
ne déclaration quelconquez fors ces présentez tant seule-
ment ; car ainsi le voulonz estre fait, non obstant mande-
ment ou defïensez ne ordenances quelconquez à ce con-
trairez. Donné au boiz de Vincennes, le darrain jour
d'aoust, l'an mil CGC LXXIIII, et le xj de nostre règne.
Par le Roy : Tabari.
(Original, Collection Clairambault, vol. 215, p. 9621. — Publié dans les Man-
dements de Charles V, p. 552, n* 1061, et par Richard, Notice sur la
bibliothèque des échevins de Roxien, p. 50.)
XI.
Auteurs consultés par Raoul de Presles.
(Vers 1375.)
Ce sont les noms des docteurs et aucteurs des quieux a
esté prinse l'exposicion de ce livre de monseigneur saint
Augustin. Premièrement :
Sanctus Augustinus.
Gatholicon.
Sanctus Ancelmus.
Gassianus.
Sanctus Ambrosius.
Claudianus.
Accursius.
Glemens in Itinerario.
Adelinus (sic).
Glemens tercius.
Agatho.
Cremon stoicus.
Alanus in Anticlaudiano.
Sanctus Dyonisius.
Albericus Londoniensis.
Dares Frigius.
Albumasar.
Dares Cretensis.
Anaximenes.
De ortu Deorum.
Appulleyus.
Dindimus.
Aristotiles.
Ecclesiestica hystoria.
Astrasius.
Escodius,
Avicena.
Eusebius.
Aulius Gellius.
Eutropius.
Sanctus Beda.
Ferculphus.
Sanctus Bernardus.
Festus dictator.
Baldericus.
Florus in Epithomate.
Bernardus Guidonis.
Fransciscus de Maronis.
Boecius.
Fulgencius.
Brutus.
Sanctus Gregorius.
Galcidius.
Guido de Golumpna.
Catho.
Guillermus Armoricanu:
AUTEURS CONSULTÉS PAR RAOUL DE PRESLES.
381
Guillermus Parisiensis.
Guillcrmus (sic) Monume-
tensis.
Helinandus.
Heraclides.
Hugo de Follieto.
Hugo de Sancto Victore.
Hugucio.
Sanctus Jeronimus.
Joachim.
Johannes Salberiensis.
Josephus.
Ypocras.
Ysidorus.
Juba.
Julius Celsus.
Julius FIopus.
Julius Firmacus.
Justinus.
Juvenalis.
Lactencius.
Lucanus.
Lucrecius.
Macrobius.
Marcus Varro.
Marcus Paulus.
Marcianus.
Martinus.
Mehum.
Mercurius Trimegistrus (sic) .
Methodius martir.
Nicholaus Travet.
Omerus.
Oracius.
Orosius.
Ovidius.
Papias.
Paulus Cassinensis.
Paulus Longobardus.
Persius satiricus.
Peregrinus ad Theodoram.
Petronius Arbiter.
Plautus.
Plato.
Plinius.
Possidonius..
Prosper.
Quintilianus.
Rabanus.
Rabi David.
Remigius.
Robertus Holeot.
Salustius.
Scolastica hystoria.
Seneca.
Servius.
Syviacus.
Sigibertus.
Sindonius.
Sirenius.
Solinus.
Stacius.
Suetonius.
Tertulianus in Appolloge-
tico.
Sanctus Thomas de Aquino.
Terencius.
Theofastrus (sic).
382
APPENDICE.
Tullius.
Valerius Maximus.
Valerius Soranus.
Varro.
Theopompus.
Theodolus.
Theotindus.
Thomas Valensis.
Titus Livius.
Tripertita hystoria. Vincencius.
Trogus. Virgilius.
Et si y a plusieurs de ces docteurs qui sont allégués en
plusieurs lieux, si comme il se pourra veoir en lisant.
Vegecius.
(Ms. français 22912, fol. 1.)
XII.
Observation de Raoul de Presles sur la citation des
chapitres de la clté de dleu, dont il avait consulté plus
de trente copies.
(Vers 1375.)
Exposicion sur ce chapitre (le xme du livre V).
Selonc aucuns livres et selonc aucuns expositeurs, si
comme Thomas Valensis1, il n'a ci point de chapitre, mais
est encores du xn° chapitre précèdent, jusques là où il dit
Mais celi voit plus sainement, etc., où il commence le
xme chapitre. Et ce disons nous nottablement pour ceulz
qui pourront veoir autres livres que celi sur lequel nous
avons faite nostre translacion, es quiex il trouveront par
aventure les chapitres autrement quottez, si comme nous
mesmes le veismes en autres livres plusieurs que nous
avions avec le nostre principal, duquel nous n'en veismes
oncques nul plus parfait. Car en aucuns ne se trouvoient
aucunes rebriches, ne au commencement des livres, ne par
les chapitres, mais en yceli avoit rebriches, et au com-
mencement des livres et sur chascun chapitre. Et nous
semble, à la multitude des livres que nous avons veuz, qui
en avons veu et visité jusques à xxx et plus, que, quant
monseigneur saint Augustin fist son livre, combien qu'il y
feist xxn livres, il ne divisa point les livres par chapitres,
mais procedoit un livre tout entièrement sans chapitre, et
nous meismes l'avons ainsi veu en i ou n livres, mais nous
avons ymaginé que aucuns clers ingénieux, afin de com-
1. Valelensis, ms. 22912.
384 APPENDICE.
prendre plus legierement les sentences de chascun livre, ont
fait les divisions des chapitres selon ce qu'il leur a bon
semblé, ja soit ce que es rebriches des livres n'ait quel-
conques diference. Et ce nous vaille excusacion à ceulz qui
trouveront les chapitres autrement quottez1.
(Ms. français 22912, fol. 248 v\)
1. Une explication analogue se trouve dans lExposition du chapitre v du
livre XV (ms. français 22913, fol. 95 y).
XIII.
Épître adressée a Charles V par son chapelain Pierre
BOHIER POUR LUI DEDIER UNE ÉDITION GLOSÉE DES VlES DES
PAPES.
Karolo, christianissimo principi Deique gratia Franco-
rum régi, Petrus, serenitatis tue humilis cappellanus,
tuusque orator minus ydoneus, pacificare militantem
Ecclesiam mererique meritis triumphantem ! Dignus es,
domine mi rex, accipere librum, et solvere signacula
ejus, ut in Apocalipsi1 régi regum Johannes infert apos-
tolus. Meritum enim quis illum hesitet codicem acceptare
ipsumque aperire, solerti qui studio scripturas querit ab
habentibus cum sagacitate, scripturas capit a doctoribus
cum capacitate, scripturasque legit in codicibus cum avi-
ditate? Serenitatis quoque tue sagacitas Ptolomei, quon-
dam régis Egipti, probatur voto succedere, qui librorum
milia centum voluminum habere se asseruit brevi tempore
successuro. Tu enim capacitate Julii Gesaris scripturarum
carpis sensum altivolum, qui, prolata doctorum sententia,
eandem perurgebat subtilius. Avide nempe legis codices,
Karoli Magni, tui incliti patrui, sequens vestigium : lectio-
nem enim toto die triphariam audiebat ipse attentim,
etiam si tune esset profecturus in prelium. Tu solve2 tria
que sunt hujusmodi libri signacula ex metalli materia
fabricata moraliter. Unum nempe conprobatur aureolum ;
quo inquam soluto, rutilans status priscorum Romanorum
pontificum, tam confessorum quam martirum, tamque
1. v, 1.
2. Leçon douteuse. Le ras. semble porter : Tu fori llh quoz.
25
386 APPENDICE.
bonorum quam minus utilium, usque ad secundum papam
Innocentium patebit ad textum. Alterius vero signaculi,
argenti resonancia fabricati, pandet solucio dotatores
ipsius Ecclesie qui fuere, eam construendo ex lapidibus,
post dotando illam immobilibus , ac ipsam pretiosis
ornando jocalibus. Sequenti quoque signaculo, ferri duri-
cia incudato, reserato, exterius clarebit qui fuerint
Romane Ecclesie defensores, tam in ejus dirimendis scis-
matibus quam in ipsius dirigendis presulibus, quam in
cjusdem juribus etiam defendendis cum brachio. Fixi
quoque marginibus presentis catalogi glosellas aliquas, ut
legentem aliquando a cursu teneant nimio, utque ipse
advertat in eo attentius : nam viatorem quandoque rele-
vât oculos suos extra callem dirigere, et ab ea divertere
optatum citius prestat portum interdum. Que inquam
addita, meque ac mea dicta singula, correctioni catholice
matris nostre Ecclesie humiliter subicio, et inclitissime tue
etiam majestatis. Acta jam olim in Romana Ecclesia in
isto memoror. Nunc autem quid sit, quis non novit in
ipsa? Quid enim deceret fieri justi norunt; sed quid erit
[et] fiet, retinet tantum Omnipotens. Itaque michi dicenti :
« Euge! euge! » ipse porro adiciam : « Heu me, Domine,
cum incolatus meus prolongatus est1! »
(Manuscrit du xve siècle, coté XII, 27, dans la bibliothèque Barberine à Rome.
— Publié par Mgr Duchesne dans son édition du Liber pontificalis, t. II,
J). XXVII.)
1. Ps. CXIX, 5.
XIV.
Notes sur la gestion de Gilles Malet, garde de la
librairie du louvre.
(1373-1410.)
C'est le compte de madame Nichole de Ghambly, vefve
de feu messire Giles Malet, en son vivant chevalier et
maistre d'ostel du roy nostre sire, de messire Jehan Malet,
chevalier et maistre d'ostel dudit seigneur, et de maistre
Charles Malet, licencié en lois, enfans dudit feu messire
Giles et de ladite dame, des livres estans ou chastel du
Louvre, en trois chambres Tune sur l'autre, dont ledict
messire Giles a eu la garde, c'est assavoir, depuis l'an
mil CCGLXXIII jusques au mois de janvier mil CGCG et dix,
qu'il est allé de vie à trespassement, après lequel trespas-
sement ladite vefve et enfans ont rendu lesdits livres à
Anthoine des Essars, escuier et commis de par le roy
nostre dit seigneur à la garde d'iceulx, par inventoire
nouvellement fait et commencé par messeigneurs sire
Michiel de Laillier, conseiller et maistre des comptes dudit
seigneur, maistre Nicolas des Prez, conseiller et correc-
teur desdits comptes, et Jehan Le Bègue, greffier de la
Chambre d'iceulz comptes, et achevé par ledit Bègue, à
ce commiz par messeigneurs desditz comptes, lequel
inventoire nouvel commence au lui9 feuillet de ce présent
volume ou livre, touz lesquelz livres estans en l'ancien
inventoire, lequel commence ou ni0 feuillet dudit présent
livre ou volume, et plusieurs autres pardessus, ont esté
trouvez èsditcs chambres, exceptez toutes voyes ceulz qui
sont escripz en ce présent compte, lesquelz ont esté bail-
lez et délivrez tant par feu le roy Charles le quint, dont
388 APPENDICE.
Dieux ait l'âme, comme par le roy nostre sire qui à pré-
sent est, comme il apperra par plusieurs lettres, quit-
tances et autres enseignemens, qu'ilz ont intencion de
rendre sur ce compte.
Et pour entendre ce présent compte, est assavoir que
l'an mil CCCLXXIH, par l'ordonnance dudit feu roy Charles
le quint, furent premièrement inventoriez et mis en escript
par ledit feu messire Giles Malet, pour lors escuier et var-
let de chambre dudit feu roy Charles, touz les livres estans
es dictes troiz chambres, l'une sur l'autre, en ce présent
volume ou livre, comme il est escript cy dessus ou 11e fueil-
let dudit livre ou inventoire, lequel inventoire, après le
trespassement dudit feu messire Giles, a esté trouvé en
l'une desdictes trois chambres par lesdiz de Laillier, Des
Prez et Bègue, et par eulz apporté en ladicte Chambre des
comptes.
Item comme après le trespassement dudit feu roy
Charles quint, qui fut en septembre mil CCCIIII", ledit
inventoire ainsy fait et escript par ledit feu messire Giles,
fut recolé, le vie jour de novembre oudit an IIII", par feu
maistre Jehan Blanchet, secrétaire du roy nostre dit sei-
gneur, du commandement de feu monseigneur le duc de
Bourgoigne derrenièrement trespassé, et y furent touz
iceulx livres trouvez, exceptez ceulx qui estoient signez,
sur les marges dudit inventoire, avoir esté baillez à
diverses personnes par ledit feu roy Charles, ou de son
ordonnance, comme il est escript ou 11e fueillet dudit pré-
sent livre ou inventoire.
Item que assez tost après, c'est assavoir le cinquiesme
jour du mois de novembre, l'an mil CCCIIIP*, et fut à
Reims le roy nostre sire, qui a présent est, bien acertené,
par messeigneurs ses oncles et autres de son conseil, de la
bonne garde que avoit faite ledit feu messire Giles des
livres dessus dis, et oy le rapport dudit maistre Loys (sic)
NOTES SUR LA GESTION DE GILLES MALET. 389
Blanchet, voult et ordonna par ses lettres données ledict
jour, transcriptes en la fin de ce présent compte1, que
icelluy messire Giles feust tenu pour quitte et deschargié de
touz les livres qui par l'ordonnance dudit feu roy Charles
avoient esté baillez, sanz en demander autre quittance ou
enseignement que lesdittes lettres, desquelles lettres
ladicte vefve et enfanz ont entencion de eulz aidier en plu-
sieurs parties de ce présent compte.
Item que, depuis que ledit premier inventoire fut fait,
plusieurs des livres contenuz en icellui ont été recouvers
d'autres couvertures, pourquoy on ne se doit point arres-
ter ausdictes couvertures, si comme il est escrit ou 11e foil-
let, et de ce ont esté souffisamment acertenez lesdiz de
Laillier, Des Prez et Bègue, qui ont trouvé les dictes vieilles
couvertures en la plus haulte desdictes trois chambres.
(Ms. français 2700, fol. 40.)
1. Le texte de ces lettres n'est pas dans le registre.
XV.
Don de 100 francs a Oudard Boschot
POUR SA COLLABORATION A l'iNVENTAIRE DE LA LIBRAIRIE.
(10 juin 1411.)
Charles, par la grâce de Dieu roy de France, à noz amez
et feaulx les generaulx conseillers sur le fait des aides
ordonnez pour la guerre, salut et dilection. Savoir vous
faisons que, pour et en recompensacion de la paine et tra-
vail que nostre amé Oudart Boschot, prestre, escolier estu-
diant à Paris en la Faculté des decrez, a eu à faire l'inven-
toire de nostre librairie au Louvre, où il a vacqué depuis
le mois de janvier mil quatre cens et dix jusques à la fin
du mois de may derrenièrement passé, et pour certaines
autres causes à ce nous mouvans, nous lui avons donné et
ottroyé, donnons et ottroyons, de grâce especial, par ces
présentes, la somme de cent francs, à les avoir et prandre
pour une foiz des deniers des diz aides. Si vous mandons
que par Alexandre Le Boursier, receveur gênerai d'iceulx,
vous faictes bailler et délivrer au dit Boschot des deniers
de sa recepte la dicte somme de cent frans, laquelle, par
rapportant ces présentes avec quittance du dit Boschot,
sur ce, nous voulons et mandons estre alouée es comptes
du dit receveur et rabatue de sa recepte par nous à n[oz
am]ez et feaulx gens de noz comptes à Paris, sanz contre-
dit, nonobstant ordonnances, mandemens et deffenses à ce
contraires. Donné à Paris, le xe jour de juing, l'an de grâce
mil CCCC et unze, et de nostre règne le xxxie.
DON DE 100 FRANCS A OUDART BOSCHOT. 391
Par le roy, en son conseil, ouquel monseigneur le duc
de Guyenne, le conte de Vendosme, messire Charles de
Ghambly et plusieurs autres estoient :
M. de La Teillaye.
(Collection Clairambault, vol. 218, pièce 3. — Publié par Gaston Raynaud,
Bulletin de la Société de l'histoire de Paris, 1888, p. 81.)
XVI.
Notes sur l'inventaire et le recolement de la librairie,
AU TEMPS DU GARDE JEAN MaULIN.
(1413 et 1415.)
Inventaire des livres du roy Charles nostre sire qui à
présent est, estant en sa librairie du Louvre, c'est assa-
voir, en une tour, en trois chambres l'une sur l'autre,
commencié le mercredi xme jour d'octobre, l'an mil
CCCG et XIII, par maistre Thomas d'Aunoy et Jehan
de La Croix, conseillers et maistres des comptes d'icelluy
seigneur, et Jehan Le Bègue, notaire et secrétaire dudit sei-
gneur et greffier en la Chambre desdiz comptes, à ce commiz
par les gens des comptes d'iceluy seigneur, en la présence
de Guillaume des Molins, frère de la femme Garnier de
Saint- Yon, qui dernièrement en avoit la garde, et de
maistre Jehan Maulin, clerc d'icelluy seigneur en laditte
Chambre des comptes, auquel Maulin ledit seigneur en
avoit de nouvel baillé la garde. Toutes voyes n'y fut mie
ledit Guillaume présent tout au long, ainçois quant esté y
ot par aucuns jour, se excusa de plus y venir, disant qu'il
se attendoit à ce que faict en seroit par lesdis commis, et
semblablement lesdis maistres Thomas et de La Croix,
pour autres charges et occupations qu'ilz orent es affaires
du Roy, et autrement, n'y porent mie longuement vaquer.
Si fu ledit inventoire achevé par ledit Bègue, présent ledit
Maulin, et y furent trouvez les livres qui ensuivent.
S'ensuit la déclaration de certains autres livres que
monseigneur le duc de Guienne a envoyez en ladite librai-
rie par maistre Jehan d'Arçonval, confesseur et maistre
INVENTAIRE ET RECOLEMENT DE LA LIRRAIRIE. 393
d'escolle dudit monseigneur de Guienne, et lesquelz furent
receuz et mis en ladite librairie par feu messire Giles
Malet, en son vivant garde de ladite librairie, le vu6 juin
de l'an mil GGGG et neuf, et comme il est escript au
xxxvii6 feuillet dudit ancien inventoire.
Je Jehan Maulin, clerc du roy nostre sire en sa Chambre
des comptes à Paris et garde de sa librairie estant au
Louvre, congnois et confesse avoir eu et receu en ma
garde touz les livres et autres choses contenues et declai-
rées en ce présent inventoire, contenant soixante neuf
feuillez escripz, et exceptez ceulx qui sont contenuz et
declairez cy dessoubs es cinq prouchains feuillez ensuivant,
duquel inventoire le double, contenant quatre vins dix
huit feuillez en papier, avecques les clefs d'icelle librairie,
m'ont esté baillez par maistre Jehan Le Bègue, clerc,
notaire et secrétaire d'icelluy seigneur et greffier en ladicte
Chambre des comptes, qui par messeigneurs desdiz
comptes avoit esté commis audit inventaire faire, moi pré-
sent; tesmoing mon seing manuel cy mis, le xejour de
janvier, l'an mil GGGC et quinze.
Cy après, en ce chappitre, s'ensuit la déclaration de
certains livres dont ledit maistre Jehan Maulin est chargié
cy dessus en ce présent inventoire, pour ce que, quant le
roy nostre sire ot chargé ledit Maulin de la garde de sa
librairie du Louvre, et deschargié Garnier de Saint Yon,
qui paravant sanz moyen en avoit eu la garde, et que on
reprint dudit Garnier lesdiz livres par inventoire pour le
baille[r] audit Maulin, touz les livres cy dessus declairez en
ce présent inventoire ; et mesmement ceulz contenus en ce
présent chapitre, y furent trouvez, parquoy ledit Garnier en
doit estre deschargié, comme il semble, et néanmoins avant
que ledit présent inventoire peust estre conclud et escript,
394 APPENDICE.
et toutes les clefs de ladite librairie baillées audit Maulin,
dont lesdiz Maulin et Bègue avoient chacun une clef,
diverse Tune de l'autre, et n'y povoient entrer l'un sanz
l'autre, pource que cependant on avoit, sans lesdites clefs,
esté en icelle librairie et prins plusieurs livres, comme dit
et monstre sera en temps et lieu, fu ledit inventoire
recolé, et en le recolant ne furent mie trouvez ceulz conte-
nus en ce présent chappitre, qui paravant y avoient esté
trouvez, comme dit est, parquoy il semble que ledit Mau-
lin partant en doyve estre deschargié, et sont lesdiz livres
non trouvez par ledit recolement déclarez cy dessus par
la manière qui s'ensuit.
Collation de présent inventoire, contenant jusques cy
lxix feuillez, est faite au double d'icelluy contenant
un™ xvm feuillez, [et] est escript en papier, lequel double a
esté baillé à maistre Jehan Maulin, clerc du roy nostre sire
en sa Chambre des comptes et garde de sa librairie au
Louvre, comme ledit Maulin a certifié cy dessus, soubz
son seing manuel, au dos du lxiiii6 feuillet. Fait le dixième
jour de juillet, l'an mil CCCC et XV.
Signé : Bègue.
(Extrait du ms. français 9430.)
XVII.
Restitution d'une Bible française que Charles VI
AVAIT DONNÉE EN 1383 A JEAN, DUC DE BeRRY.
(1416.)
A maistre Jehan Maulin, clerc du roi nostre sire en sa
Chambre des comptes à Paris et garde de ses livres et
librairie, auquel les exécuteurs ont ordonné estre baillié et
délivré, pour remettre en la librairie du Roy, une très
belle Bible en françois, escripte de lettre de fourme, prisée
240 livres parisis; laquelle Bible le roy fist pieça baillera
feu mondit seigneur pour icelle veoir, si comme par ses
lettres adreçans à Giles Malet, faictes le vie jour de
novembre 1383, peut apparoir; pour ce la dite somme de
300 livres tournois.
(Compte de l'exécution testamentaire du duc de Berry; édition Guilïïey,
t. II, p. 301.)
XVIII.
Notes sur la prisée des livres de Charles VI, et sur
l'acquisition qu'en fit le duc de Bedford.
(1424-1429.)
L'an de grâce mil CGCG vingt et trois, les xie, xne, xiv"
et xve jours du mois d'avril avant Pâques, par l'ordon-
nance de messieurs les commissaires ordonnez, par le roy
nostre sire, sur le fait des obsèques, funérailles et inven-
toires de feu nostre sire le roy Charles VIe de ce nom der-
nier trespassé, et en la présence de messieurs maistres
Philippe de Ruilly, conseiller du roy nostre sire en sa
court de Parlement et thresorier de la Sainte-Chapelle du
Palais à Paris, Jacques Branlart, aussi conseiller dudit sei-
gneur en sa cour de Parlement, de sire Michel de Lailler,
conseiller et maître des comptes d'icelluy seigneur, et
de maistre Andry Courte vache, clerc desditz comptes,
commissaire avec autres sur le fait desditz obsèques, par
Girard Maucler et Adam Des Champs, clercs, notaires,
jurez d'iceluy seigneur en son Châtelet de Paris, fut fait
inventoire des livres appartenant audit feu seigneur, estant
et trovez en sa librairie du châtel du Louvre à Paris et
montrez par Garnier de Sainct Yon, garde de ladite
librairie, qui trouvez ont esté, prisez par maîtres Jean
Marlet, Denis Courtillier et Jean de Sautigny, libraires jurez
en l'Université de Paris, aprez qu'ilz ont juré de les priser
bien et justement, et les autres livres qui cy après ne sont
prisez et n'ont point esté prisez, mais sont escripts cy après
par manière de mémoire seulement.
PRISÉE DES LIVRES DE CHARLES VI. 397
Et premièrement en la première chambre d'em bas :
Ung livre escript de lettre de forme, qui commence de
Genesis en françois, et aussi traite des faiz de Julius Gesar,
appelle Suétone, couvert de cuir vermeil à empraintes,
ouquel livre souloit avoir un fermoirs d'argent blanc,
comme en l'ancien inventoire est contenu, mais de pré-
sent n'en n'y a que deux, prisés par lesditz priseurs jurez
ainsi qu'il est, présent lesditz commissaires. . xvi 1. p.
Le vendredy xxn juin mil GCGG XXV, mon très puissant
prince et mon très redoubté seigneur monseigneur Jehan,
régent du royaume de France, duc de Bedfort, demoure
content de tous les livres cy dessus désignez et spécifiez,
montant par prisée à la somme de deux mil trois cent
vingt et trois livres quatre sols parisis, lesquels il a reçus
de Garnier de Saint Yon, jadis garde desdits livres, et en
quitte et descharge ledit Garnier. Et en témoin de ce, j'ay,
par son ordonnance et commandement, escript cest présent
article et signé de mon seing manuel, l'an et jour des-
susdits.
Signé : Petmel, avec paraphe.
Depuis la quittance et décharge dessusdits, mondit sieur
le Régent a baillé en garde tous les livres en ce présent
papier escriptz et désignez, lequel Garnier la tenu et obligé
de luy en rendre compte bon et loyal . Escript de ma main
ledit xxne jour de juin mil GGGG XXV, sous mon seing-
manuel .
Signé : Petmel, avec paraphe.
Et tout à la fin est escript ce qui suit :
Le samedy xve jour d'octobre, l'an mil CGGC XXIX, très
hault et puissant prince monseigneur le régent du royaume
de France, duc de Bedford, se tient comptant de tous les
livres désignez et déclarez cy devant en cest présent inven-
toire, et en quitta, en ma présence, Garnier de Saint Yon
398 APPENDICE.
et veut qu'il en fut et demourat quitte et deschargé. En
tesmoing de laquelle chose, j'ay, par l'ordonnance et man-
dement de monseigneur le régent, escript cest présent
article de ma main et signé de mon seing manuel, l'an et
jour dessusdits.
Signé : J. Salvain, avec paraphe.
(Extrait de l'inventaire F de la librairie du Louvre, lequel dérive de l'in-
ventaire E et non pas de l'inventaire D, et dont nous avons deux copies,
l'une, n° 965 de la bibliothèque Sainte-Geneviève, employée par Van Praet,
l'autre, n° 2030 de la Mazarine, employée par Douët d'Arcq.)
XIX.
Le duc de Bedford bibliophile.
On comprend l'empressement du duc de Bedford à s'ap-
proprier la bibliothèque de Charles V et de Charles VI,
quand on a pu admirer la somptuosité des manuscrits aux-
quels le nom de ce prince est resté attaché, et dont trois,
célèbres depuis longtemps, ont été, en 1866, l'objet d'un
article inséré par Vallet de Viriville dans la Gazette des
Beaux-Arts, sous le titre de Notice de quelques manuscrits
précieux sous le rapport de l'art, écrits ou peints en France
durant l'époque de la domination anglaise (tirage à part,
in-8°, 42 p.).
I. Le Missel dit de Juvenal des Ursins, qui a été détruit
dans l'incendie de l'Hôtel-de-Ville de Paris, au mois de
mai 1 871 . On peut s'en faire une idée en jetant les yeux sur
les trois miniatures, dont une reproduction en couleur a été
donnée dans l'ouvrage de Tisserand et Le Roux de Lincy,
Paris et ses historiens aux XIV0 et XVe siècles, p. 197, 537
et 586.
II. Le Bréviaire de Salisbury, ms. latin 17294 de la
Bibliothèque nationale. L'illustration de ce volume était
encore inachevée en 1433, puisqu'il renferme les armes de
Jaquette ou Jacqueline de Luxembourg, seconde femme du
duc de Bedford, qui l'avait épousée le 20 avril 1433. Au
fol. 106, la devise A souhait. Voir ce qu'en dit M. le
comte Durrieu1. — Jaquette a possédé un manuscrit
1. Les Souvenirs historiques dans les manuscrits à miniatures de la
domination anglaise en France au temps de Jeanne d'Arc, p. 16-19 (extrait
de Y Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de France, année 1905).
400 APPENDICE.
d'œuvres de Christine de Pisan qui avait été offert par
l'auteur à la reine Isabeau et que le duc de Bedford fit
passer en Angleterre pour en disposer en faveur de sa
seconde femme1.
III. Les Heures de Bedford, ms. additionnel 18850 du
Musée britannique, dont quelques pages ont été repro-
duites en noir dans le recueil de The Palœographical Society,
série I, pi. 172 et 173, et en couleurs dans les Illuminated
manuscripts in the British Muséum de M. Warner2. Ce
beau manuscrit a fourni la matière d'une intéressante dis-
sertation de Richard Gough, et M. le comte Durrieu l'a
décrit avec la compétence et l'enthousiasme dont ses tra-
vaux de critique portent l'empreinte3. Ces heures ont été
exécutées pour la première femme du duc de Bedford,
Anne de Bourgogne, morte en 1 432. On y remarque
d'excellents portraits du duc et de la duchesse de Bedford,
avec leurs devises : A VOYS ENTIER — J'EN SVIS CON-
TENTE.
IV. A côté de ce livre d'heures, il en faut citer un autre,
auquel le nom du duc de Bedford est étranger, mais qui,
comme écriture et illustration, est tout semblable au ms.
additionnel 18850 du Musée britannique. Malheureuse-
ment, ce second manuscrit ne présente aucune particula-
rité décisive pour en déterminer l'origine. Toutefois,
M. Warner, qui l'a étudié avec beaucoup de perspicacité
et qui l'a reconnu comme un frère du ms. 18850, est
persuadé que les deux manuscrits, sortis d'un seul et
1. Sur ce manuscrit, qui est au Musée britannique, voir une note de
M. Paul Meyer dans le tome III de l'édition des Œuvres poétiques de Chris-
Une de Pisan, p. sxi.
2. An Account ofa rich illuminated Missal execuled for John duke of Bed-
ford (London, 1794, in-4°) ; elle est ornée du fac-similé gravé de 3 pages du
ms., pages qui, dans certains exemplaires, sont en outre représentées par des
gouaches.
3. Les Souvenirs historiques..., p. 16-19.
LE DUC DE BEDFORD BIBLIOPHILE. 401
même atelier, ont été faits pour les deux sœurs, Anne et
Marguerite de Bourgogne, filles de Jean Sans peur. Il a été
amené à cette conclusion après avoir constaté que, dans
le second manuscrit, la princesse pour qui le livre a été fait
est représentée en prières devant sainte Marguerite,
comme Anne, duchesse de Bedford, devant sainte Anne
dans le premier. Il en a conclu que la princesse Marguerite
doit être Marguerite de Bourgogne, sœur d'Anne, duchesse
de Bedford. Cette Marguerite mourut en 1441, après avoir
épousé en 1412 le dauphin Louis, duc de Guyenne, et en
1423 Arthur de Bretagne, comte de Richemont, le célèbre
connétable de France. L'existence et le mérite de ce beau
manuscrit, conservé dans la bibliothèque du roi d'Angle-
terre à Windsor, viennent de nous être révélés par
M. George F. Warner dans l'avant-dernier fascicule paru
du recueil de The new Palœographical Society. La notice est
accompagnée du fac-similé de trois pages (plates 94-96),
représentant l'épisode de l'enfant Jésus retrouvé dans le
Temple conférant avec les docteurs, la légende de saint
Denis et le Jugement dernier. Le nombre des sujets traités
par les peintres ne s'élève pas à moins de 270. Parmi les
pages dont M. Warner a bien voulu m'envoyer la photo-
graphie, je citerai celles qui sont consacrées :
à l'Annonciation et à divers traits de la vie de la sainte
Vierge ;
à la légende de saint Pierre ;
à celle de saint Etienne ;
à celle de sainte Agnès ;
à l'Invention et à l'Exaltation de la vraie Croix;
à la légende des Onze mille vierges ;
à celle de sainte Geneviève ;
aux pèlerinages du Mont-Saint-Michel (miniature à rap-
procher de celles qui sont dans les Heures du duc de Berry
26
402 APPENDICE.
au Musée Gondé, et dans les Heures de Pierre II, duc de
Bretagne, ms. latin 11 59 de la Bibliothèque nationale).
Sur le portrait de la princesse [Marguerite de Bourgogne ?] ,
pour qui le livre a été fait, la princesse est en prières, à
genoux devant un tableau représentant sainte Marguerite ;
auprès d'elle, trois suivantes se tiennent debout.
Voici maintenant quelques détails qui prouvent que le
duc de Bedford ne s'intéressait pas seulement aux manus-
crits de grand luxe.
Ce fut pour ce prince que maître Jean Tourtier, chirur-
gien de ce prince, copia à Rouen, en 1429, la traduction
des Aphorismes d'Hippocrate par Martin de Saint-Gille,
ms. français 24246. — Jean Gallopes, dit Le Galois, dédia
au duc de Bedford sa rédaction en prose du Pèlerinage
de l'àme, ms. français 602. — On lit à la fin du ms. fran-
çais 1 352 : « Ci fine le livre du Jugement des estoilles, que
« fist Albolhazen Haly, le filz Abenragel, lequel a esté
« escript en l'an mil quatre cens et trente par le com-
« mandement et ordonnance de très hault, excellent et
« puissant prince monseigneur le régent le royaume de
« France, duc de Bedford, par moy Guillaume Harnoys. »
— L'abbé de La Rue a cru reconnaître les armes du duc
de Bedford sur le ms. français 25447 (jadis 273 de Notre-
Dame), qui renferme un Gastoiement de chevalerie. — Le
marquis Léon de Laborde (les Ducs de Bourgogne, t. III,
p. 488, n03 7397 à 7399) a publié quelques renseigne-
ments sur deux livres que le duc de Bedford fît copier à
Paris en 1 427 par un clerc nommé Jean Thomas.
ADDITIONS ET CORRECTIONS
P. 14 et 15. — Gilles Malet n'est pas le seul officier du roi et des
princes de la maison de Valois qui occupe une place distinguée
parmi les bibliophiles du xive et du xve siècle. On en comptait
plusieurs dans l'entourage du duc de Berry. Quelques-uns de ces
amateurs ont fait peindre sur leurs livres l'anagramme de leurs
noms, qu'ils avaient pris pour devise. J'ai cité (p. 87) les deux
anagrammes de Jean Le Bègue : HE BIEN ALEGUE et A BELE
VIEGNE, dans deux manuscrits, l'un de Jean de Salisbury, l'autre
de Baoul de Presles, et nous savons que ce secrétaire de Charles V
a pris part à la rédaction d'un des inventaires de la librairie du
Louvre. Dans une récente visite à la bibliothèque de Munich,
M. le comte Paul Durrieu a reconnu sur le frontispice du Cas des
nobles malheureux illustré par Fouquet l'anagramme du nom de
Laurens Girard, notaire et secrétaire de Charles VII : SVB LY
N'A BEGABD. Et pendant que j'achève de corriger les épreuves
de ce livre, M. le comte Alexandre de Laborde veut bien m'an-
noncer que la devise VA HATIVETÉ M'A BBVLÉ, peinte dans la
Cité de Dieu de la bibliothèque Sainte-Geneviève, lui a révélé le
nom de l'amateur qui a fait exécuter ce beau manuscrit : Mathieu
Beauvarlet.
P. 53, 1. 22. — Au lieu de : Thomas de Boulogne, lisez : Thomas
de Bologne.
P. 56. — Les deux lions qui caractérisent plusieurs des manuscrits
faits pour le roi Charles V se voient dans un exemplaire du tome II
du Miroir historial français qui a depuis appartenu au duc de
Berry et qui est aujourd'hui chez M. Henry Yates Thompson.
Voir la seconde partie du présent ouvrage, p. 306*.
P. 65. — Sur la liste des manuscrits dont les miniatures sont entou-
rées de bordures tricolores, il faut ajouter un petit bréviaire fran-
ciscain de la bibliothèque de M. Pierpont Morgan, à New-York.
404 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
P. 68. — En janvier 1371, Henri L'Uilier, libraire, demeurant à
Paris, vendit quatre romans au duc de Berry.
(Inventaire du duc de Berry, éd. Guiffrey, t. II, p. 337.)
P. 79-81. — Nos trop rares connaissances sur les enlumineurs qui
ont travaillé pour Charles V, et sur les œuvres des artistes ano-
nymes du temps de ce roi et de Charles VI, viennent de s'accroître
de renseignements considérables, grâce à l'étude magistrale du
comte Paul Durrieu, dans le tome III de Y Histoire de l'art, p. 103
et suiv. J'ai cru devoir indiquer ici des renvois à des passages qui
se rapportent à plusieurs des manuscrits enregistrés dans mes
Recherches .
P. 80. — Sur Pierre Remiot ou Perin Remiet, il faut voir ce qu'en
dit le comte Durrieu [Histoire de l'art, t. III, p. 157 et 158).
P. 146. — La Bible glosée de Jean de Sy. En relisant ce volume
pour en préparer la table, j'ai regretté de n'avoir pas suffisam-
ment examiné la Bible de Jean de Sy (ms. français 15397), de
façon à mieux mettre en relief la valeur du morceau que nous en
possédons et qui est, à coup sûr, un des restes les plus remar-
quables de la librairie de Charles V. Il y a là une lacune, incom-
plètement comblée par ce qui en a été dit à la p. 330, à propos
des livres du roi Jean. Je reviens donc sur ce manuscrit, qui a
droit à une place d'honneur dans la galerie des livres à peintures
du xive siècle.
Les principaux enlumineurs connus pour avoir illustré les livres
du roi Jean sont Jean de Montmartre, Jean Susanne et Jean
Le Noir.
Jean de Montmartre est qualifié d'enlumineur du roi dans un
compte de l'année 1352, où il figure comme ayant reçu de l'or-
fèvre du roi deux paires de fermoirs d'argent, émaillés de fleurs
de lis, destinées évidemment à la couverture d'un manuscrit dont
il avait exécuté l'illustration'. En 1350, le même Jean de Mont-
martre avait touché au trésor, par ordre de Jean, alors duc de
Normandie, une somme de 400 livres « pour les emploier et con>
vertir en la façon dune Bible qu'il fait faire pour monseigneur le
duc [de Normandie] », travail qui, dans une note additionnelle,
est ainsi désigné : « De operatione et illuminatione cujusdam
1. Comptes de l'argenterie, par Douët d'Arcq, p. 126.
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 405
Biblie et aliorum librorum in gallico*. » L'expression la Bible
qu'il fait faire nous autorise à supposer qu'une aussi grosse
somme était mise à la disposition d'un chef d'atelier.
Vers la même époque, un autre enlumineur, Jean Susanne, avait
fait preuve de son habileté [attenta sufficiencia Johannis Susanne),
sans avoir peut-être encore été suffisamment payé de ses services.
Le roi, par charte datée de l'hôtel de Nêle, le 30 octobre 1350,
lui conféra la charge d'enlumineur de ses livres en lui assignant
sur la recette de Rouen une pension viagère de deux sous par
jour, plus cent sous par an pour ses robes2. Je ne connais pas
d'autre mention de cet artiste.
Je suis un peu mieux renseigné sur le troisième enlumineur,
Jean Le Noir3, qui avait associé à ses travaux sa fille Bourgot.
C'est probablement lui qui, antérieurement à l'année 1358, avait
enluminé pour Yolande de Flandre, comtesse de Bar, l'admirable
petit livre d'heures dont les principaux feuillets historiés, sortis
du cabinet de Ruskin, ont été recueillis par M. H. Yates Thomp-
son4. Un peu avant l'année 1358, il quitta le service de la com-
tesse Yolande pour entrer à celui du roi de France ; il en fut
récompensé par la donation que le régent Charles, duc de Nor-
mandie, fit au père et à la fille d'une maison ou manoir séant à
Paris, en la rue de Trousse-Vacheb.
Un des trois enlumineurs qui viennent d'être nommés a dû
être chargé de l'illustration de la Bible glosée de Jean de Sy.
Toutes réflexions faites, je suis porté à proposer le nom de Jean
Le Noir, que le comte Durrieu a cru pouvoir considérer comme
« un des plus hauts représentants de son art6 »; mais il faudrait
établir une comparaison entre la Bible et les Heures d'Yolande.
Malheureusement, les eaux de la Tamise ont tellement souillé les
Heures que la comparaison est bien difficile à faire, surtout pour
qui n'a pas en même temps sous les yeux le manuscrit de la Biblio-
thèque nationale et celui de M. Thompson.
La Bible de Jean de Sy, quel qu'en ait été l'illustrateur, est un
1. Voir plus haut, p. 332 et 333.
2. « Ipsum retinuimus illurainatorem librorum nostrorum. » La charte est
publiée plus haut, p. 329, note 4.
3. Sur Jean Le Noir, on peut voir quelques lignes du comte Durrieu dans
l'Histoire de l'art, t. III, p. 122.
4. Plus haut, p. 211.
5. Plus haut, p. 365.
6. Histoire de l'art, t. III, p. 122.
406 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
livre de premier ordre, auquel on n'a pas encore accordé l'atten-
tion qu'il mérite. Ce que Samuel Berger a dit du texte suffit pour
montrer quelle en est l'originalité et l'importance. Les points
essentiels mis hors de contestation par le très regretté auteur de
La Bible française au moyen âge peuvent se résumer en quelques
mots : le Roi avait voulu faire traduire en français la Bible glosée,
en y ajoutant des commentaires étendus, accompagnés de très
abondantes illustrations. C'était un travail immense, qui devait
être subventionné à l'aide d'une contribution imposée aux Juifs. Le
texte des premiers livres s'achevait en 1356 et pouvait être livré
aux artistes chargés de l'enluminer, qui se mirent aussitôt à l'œuvre,
mais la captivité du roi Jean interrompit l'entreprise de cette
grande œuvre, subitement arrêtée et qui ne devait pas être reprise ;
il n'en subsiste que quarante-six cahiers, reliés en un volume, qui,
après avoir appartenu à un membre de la famille des L'Arbaleste,
vicomtes de Melun, au chancelier Séguier et à l'abbaye de Saint-
Germain-des-Prés, forme aujourd'hui le ms. français 15397 de la
Bibliothèque nationale. Tout cela résulte de la notice sommaire
que nous a laissée Samuel Berger1. Rien ne peut être ajouté à
ce que ce grand savant a dit de la date. L'auteur a pris soin de
l'indiquer formellement dans l'emprunt fait au traité de Bède
sur les âges du monde, qui se lit à la fin de la Genèse (fol. 156)
et se termine par les mots : « Et qui ajouste le miliaire de Jhesu
Crist, ce sont VIm IIIF et IIII" et IIII, en l'an LVI. » Mais il est
bon de relever plusieurs passages qui montrent quelle importance
l'auteur attachait à l'illustration de l'œuvre entreprise sous les
auspices du roi. Bien ne devait être épargné pour donner pleine
satisfaction aux lecteurs du texte français de la Bible. Voici en
quels termes Jean de Sy s'exprime au sujet de cartes géogra-
phiques qui devaient être intercalées dans ses commentaires.
Au commencement du chapitre xi de la Genèse (fol. 7 v°), nous
lisons cette observation préliminaire :
Ci, jusques au xn" chapitre, l'en jiuet trouver la division des pais de la
terre habitée, des merveilles qui sont en divers pais, et dure ceci jusques à
une figure qui monstre la disposition de la terre.
La place de la figure ainsi annoncée a été réservée en blanc sur
le fol. 11 v°, où la carte devait se trouver, précédée de ces mots :
Et pour ce que l'en puisse veoir les parties de la terre, si comme dit est,
je ordenerai une figure qui le demonstrera plainement.
1. La Bible française au moyen âge, p. 238 et 357.
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 407
Cette mappemonde n'était pas suffisante. Trois cartes détaillées
furent jugées nécessaires pour faire comprendre la migration des
Hébreux après leur séjour en Egypte. Elles devaient être placées
au commencement de l'Exode, et Jean de Sy en explique ainsi la
composition (fol. 156 v°) :
Après faut noter que, combien que je aie nommé les parties d'Egipte sur
l'onziesme chapitre, selon Anselme, de l'Ymage du monde1, non pourquant,
pour miex veoir les hystoires qui s'ensuient, je descrirai par une ligure, où
sera la disposition de la terre d'Egypte.
Après, en une autre figure, descrirai les dezers, où le peuple demoura et
erra par xl ans.
Après, je descrirai en figure la terre de promission. Et ces figures enten-
dues, l'en verra legierement l'entendement de ce livre et du livre des Nombres
et le livre Josué.
Donc, quant au premier, de la terre d'Egipte, il faut savoir que la figure
sera ronde, et aura une crois parmi, si que l'un bout monstrera Orient,
l'autre Occident, le tiers Mydi, le quart Septentrion. Et puis à chascun des
quartiers respondront diverses cités, fleuves et montaingnes.
Je n'ai pas assez étudié le texte des commentaires de Jean de
Sy pour être à même de dire si on y trouvera des renseignements
sur les miniatures qui devaient servir à expliquer les récits
bibliques. J'ai pu cependant noter sur le fol. 157 quelques lignes
relatives à un tableau du Passage de la mer Rouge :
Considérés celé figure, comment les enfans d'Israël, quant il s'enfouirent
d'Egipte, par le commandement Nostre Seigneur, il passèrent par la mer
Rouge à pie sec; car elle se devisa en xn divisions si grans que chascun des
enfans Jacob et toutes leurs femmes, leur bestail et leurs familles y pooient
aler au large et segurement...
La Bible de Jean de Sy, telle qu'elle fut recueillie dans la librai-
rie de Charles V, consistait en soixante-deux cahiers, soit environ
500 feuillets, et la description que Gilles Malet en a insérée dans
son Inventaire est ainsi conçue :
Soixante et deux caiers de la Bible que commença maistre Jehan de Sy, et
1. Voici la notice de la Gaule que Jean de Sy avait tirée de l'Image du monde.
Elle se trouve au fol. 10 V du ms. : « Après est Galle ou Gallie, ainsi nommée
pour la blancheur, car Galle en grec est Lait en latin. Et Galle est devisée en
m, l'une est ditte Belgiche, d'une cité ditte Belgis, et ceste région muet vers
la Montaigne Joue jusques vers Aquilon, et chiet en la mer de Bretaingne, où
chiet le Rin. Après est Galles françoise, que Franco, qui s'en vint de Troie
avec Enée, et edefia une cité et appella le païs France, et par devers occident
est Lyon, et le païs est dit France cornée (sic) ou chevelue, pour les grans
cheveus qu'il soloient porter, et s'estant jusques vers Nerbonne vers midi, où
est la France nerbonnaise appellée Galle aux longues cotes, et par devers occi-
dent a Acquittaine. Après est Espaingne... »
408 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
laquelle faisoit translater le roy Jehan, dont Diex ait l'ame, que on a fait
escripre aux despenz des Juyfs.
Ces soixante-deux cahiers furent livrés au duc d'Anjou le
3 mai 1382. Il n'en subsiste plus aujourd'hui que quarante-six, et
le travail de l'enlumineur n'a porté que sur les six premiers, où
nous pouvons admirer une quarantaine de petits tableaux dont
plusieurs sont simplement esquissés ou ébauchés.
Un artiste fut choisi pour illustrer l'exemplaire royal delà grande
Bible glosée en français, aussitôt après que l'auteur eut achevé de
mettre au net son premier volume et d'en faire exécuter la copie
par un calligraphe, c'est-à-dire vers 1356 ou 1357. Or, je dois
faire remarquer qu'à la date du 10 décembre 1358 le Dauphin
récompensa, par le don d'une maison, les services déjà longs et
aucunement rémunérés de ses bien-aimés l'enlumineur Jean Le
Noir et l'enlumineresse Bourgot, fille du dit Jean Le Noir, lesquels,
pour la plaisance du Roi, avaient jadis délaissé le service de la
comtesse de Bar.
Je n'ose pas dire que l'illustration de la Bible de Jean de Sy
doit être comprise parmi les services encore non rémunérés que
le dauphin voulut récompenser à la fin de l'année 1358. Ce qui
ne peut être contesté, c'est que cette illustration doit tenir une
place d'honneur parmi les chefs-d'œuvre de la peinture française.
Il est impossible de n'y pas voir déjà la trace des doctrines nou-
velles qui devaient finir par prévaloir sous le règne de Charles VI
et qui devinrent la règle de l'école appelée par quelques critiques
l'Ecole réaliste. Voilà pourquoi je me suis décidé, au dernier
moment, à insérer dans l'album joint à mes Recherches neuf sujets
empi'untés à la Bible glosée de Jean de Sy :
Fol. 3. Sacrifice de Noé au sortir de l'Arche. « Noé édifia un autel à Xostre
Seigneur et prist de ses bestes et des oisiaus et les offri en sacrelice à Nostre
Sire sur un autel. » (Gen., VIII, 20.)
Ibid. Un ange transmet à Noé les promesses du Seigneur. « Et Diex
beneist Noé. » (Gen., VIII, 21.)
Fol. 5. « Hee sunt generationes iiliorum Noe. » Double tableau, esquissé,
représentant, je crois, les travaux des champs et ceux d'une école. (Gen., X.)
Fol. 12 v°. « Nostre [Seigneur] <list a Abram : His hors de ta terre et de
ta lignée, et de la maison c'est de ta lignée, et de la maison, c'est de la
famille de ton père et vien en la terre que je forai monstrée... » (Gen., XII,
1.) — Double miniature.
Fol. 14. a Donques Abram s'en monta de Egipte, lui et sa femme, et toutes
les choses que il avoient avec lui, et Loth avec lui, et montèrent vers la plaje,
c'est la partie de midi... » (Gen., XIII, 1.)
Ibid. Séparation d'Abraham et de Lolh. (Gen., XIII, 8.)
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 409
Fol. 16. « Movens tabernaculum suum Abram... » (Gcn., XIII, 18.)
Fol. 29 y et 30. Histoire des «lies de Loth. (Gen., XIX, 31-38.) — Deux
tableaux esquissés au bas des pages.
Fol. 34 v. Traité entre Abrabam et Abimelech. (Gen., XXI, 22.)
Fol. 40 v°. Rencontre du « sergent » d'Abrabam avec Rebecca. (Gen.,
XXIV, 15.) — Tableau esquissé.
On appréciera d'après les phototypies le style et le talent du
peintre qui a illustré les premières pages du manuscrit, corres-
pondant aux chapitres viii-xxiv de la Genèse. On sera frappé
de l'accent de vérité qui les caractérise, de l'élégance des attitudes,
de l'expression des physionomies et d'efforts souvent heureux pour
rendre la couleur locale. Rarement on a vu au moyen âge d'aussi
excellentes reproductions du chameau que celles des fol. 40 v°,
41, 42 et 42 v°. J'ai fait reproduire celle qui nous montre les cha-
meaux abreuvés par Rebecca; celle du fol. 42, qui nous montre
Rebecca et le sergent d'Abraham montés sur leurs chameaux, n'est
pas moins gracieuse.
Il faut aussi noter la fidélité avec laquelle le peintre s'est atta-
ché à suivre le texte qu'il avait à illustrer. Je me bornerai à citer
deux exemples se rapportant aux tableaux des fol. 29 v° et 30
(l'Histoire des filles de Loth), et à celles du fol. 40 v° (la Ren-
contre du sergent d'Abraham avec Rebecca).
L'Histoire des filles de Loth.
Ci Moises monstre comment chascune de ses filles l'enyvra, et dit Moyses
ainsi. Et la plus grande dist à la mendre : « Nostre père est viex, et nul des
hommes n'est demoré en terre qui puit entrer à nous selonc la manière de
toute terre. Vien et l'enyvrons de vin, et dormons avec lui, à ce que nous
puissions susciter et garder semence de nostre père. » Et ainsi elles donnèrent
à leur père boire du vin. Et la plus grant entra avec lui, et dormi avec son
père; mais il ne senti ne quand elle se leva ne quant elle se coucha.
Et l'autre jour, la plus grande dist à la mendre : « Vesci, j'ai dormi ersoir
avec mon père. Donnons li boire encore du vin en ceste nuit, et tu dormiras
avec lui, et sauvons semence de nostre père. » Et en celle nuit, donnairent
vin à leur père. Et la mendre fille est entrée avec lui, et adonc il ne senti
quand elle se coucha ne quand elle se leva. Donc les n filles Loth conceurent
de leur père, et la plus grand enfanta i fil, et appela le nom d'icelui Moab,
et est père des Moabiciens jusques au jour présent. Et ainsi la mendre
enfenta i fil, et appela le nom d'icelui Amon, qui est interprétés le fil de
mon pueple, il est père des Amonites jusques à hui, et c'est le sens de ceste
partie en gros (fol. 29 v° et 30).
La Rencontre du sergent d'Abraham avec Rebecca.
Et vesci , Rebecque , fille de Melche, femme Nachor, le frère Abraham,
issoit hors aient une cruche en son espaule, et estoit pucelle très honorable
410 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
et vierge très bêle et nou cogneue de homme; mes elle avoit descendu à la
fontaine et avoit emplie sa cruche et retournoit, et le sergent encontra à elle
et dist : a Donne moi à boire, petit, de l'yaue de ta cruche; » laquele res-
pondi : o Boi, sire mi, » et legierement elle demist sa cruche sur son bras et
donna boire; et comme il eust beu, elle adjousta : « Certes, et à tes cha-
maus; je trairai yaue jusqu'à tant que tuit boivent. » Et espandent sa cruche
es channes, elle s'en recourut au puis, à ce que elle traissist yaue, et la
traitte elle la donna à tous ces chamaus (fol. 40 v).
P. 155. — A la liste des auteurs qui se sont occupés de la Bible de
1362, il faut ajouter le nom du comte Paul Durrieu (t. III, p. 123).
P. 179-182. — A côté du Bréviaire de Philippe le Bel, j'aurais dû
citer un autre Bréviaire antérieur à la canonisation de saint Louis,
dont il ne subsiste plus que des fragments, qui a probablement
été fait, comme le ms. latin 1023, pour la chapelle du Boi. Voici
les articles que j'avais relevés dans le calendrier, lors de la vente
des manuscrits de M. Gélis-Didot, à Paris, en avril 1897 :
v kal. febr. Obitus Ysabellis, regine Francorum (1271).
ii kal. martii. Honorine virginis et martiris. Nichil in kalendario Pari-
siensi.
vm idus aprilis. Obitus interfectorum in Egypte a Sarracenis.
vi kal. maii. Dedicatio capelle régis Parisiensis.
ii idus julii. Anniversarium inclite memorie régis Philippi (1223).
ni idus augusti. Susceptio sancte corone Domini, duplum. (Absence du nom
de saint Louis.)
xin kal. octobris. Obiit Ludovicus, rex piissimus (1180).
ii kal. octobris. Hieronimi presbiteri et confessons, ix lect. Susceptio reli-
quiarum in capella Régis.
ii nonas octobris. Obitus Philippi, régis quondam Francorum (1285).
ii nonas decembris. Inventio Reliquiarum. Duplum in ecclesia Parisiensi.
On y voit marqués les anniversaires des rois depuis Louis VII
jusqu'à Philippe le Hardi et celui d'Isabelle, femme de ce der-
nier roi.
De ce beau bréviaire, écrit sur du parchemin très fin, il ne
subsiste plus guère que le calendrier et le Psautier, qui forment
aujourd'hui le n° 72 de la bibliothèque de M. H. Yates Thompson.
M. Cockerell, qui en a fait la notice1, a remarqué l'initiale du
Psautier, dans laquelle une reine (peut-être Marie de Brabant,
seconde femme de Philippe le Hardi) est représentée à genoux
aux pieds d'une statue de la Vierge. Il a fait aussi observer que
les trois fêtes de la Sainte-Chapelle sont mentionnées dans le
1. Second séries of fifty ?nss. of H. Y. Thompson, p. 138.
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 411
calendrier d'un Missel de cette église conservé au Musée britan-
nique, n° 2891 du fonds Harley, lequel ms. 2891 paraît bien
venir de Jean duc de Berry et répondre au n° C8 de l'Inventaire
général des livres de ce prince. — L'anniversaire des compa-
gnons de saint Louis, tués à la bataille de Mansurah en 1251, est
marqué au 6 avril, comme dans le Bréviaire de Philippe le Bel.
P. 189. — Deux peintures du très beau Bréviaire de Charles V ont
été publiées dans Y Histoire de l'art, t. III, p. 133 et 134.
P. 192, n° XXV. — La collection Morgan, à New-York, contient un
charmant petit Bréviaire franciscain, dont les miniatures sont qua-
drilobées, à bordures tricolores. Je suis porté à croire qu'il est
analogue au ms. du Vatican, n° 603 du fonds d'Urbin, et qu'il
est la réplique d'un livre fait pour la chapelle du roi. Le catalogue
publié en 1906 par M. Pierpont-Morgan contient sous le n° 12 la
reproduction en couleurs de trois pages où se trouvent les minia-
tures de l'Ascension et du supplice de saint Jean l'Evangéliste.
P. 215, 1. 3. — Au lieu de : 1391, lisez : 1371.
P. 221 et 222. — On peut voir deux miniatures de la Cité de Dieu
(mss. français 22912 et 22913) dans l'étude du comte Durrieu,
t. III, p. 135 et 136. — P. 221, 1. 4, au lieu de : qui sera, lisez :
qui sert.
P. 223 et 224, article XXXVIII. — Sur le vu de la photographie du
frontispice du ms. 162 d'Angers, je crois bien que c'est un livre
de Charles V.
P. 236. — Le frontispice du manuscrit des Voies de Dieu a été
reproduit par le comte Durrieu (t. III, p. 126).
P. 262. — Le comte Paul Durrieu (t. III, p. 125) a donné la minia-
ture de présentation de l'exemplaire de Y Information des princes,
copié en 1379.
P. 275, article LXXIII. — Dans cette notice, j'ai montré :
1° Qu'au n° 877 de l'Inventaire général des livres de Charles V
correspondait un manuscrit qui avait reçu en 1682 le n° 10262 sur
l'inventaire des manuscrits du Roi et qui avait disparu, un peu
avant 1848;
412 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
2° Qu'à la suite du vol, il avait été coupé en trois morceaux,
dont les deux premiers (la relation du Voyage de Mandeville et
la Préservation d'épidémie, par Jean de Bourgogne) avaient formé
deux volumes de la collection Barrois, les nos 24 et 185 ; lesquels
ont été rachetés en 1888 et ont pris à la Bibliothèque natio-
nale les nos 4515 et 4516 du fonds français des Nouvelles acqui-
sitions;
3° Que le troisième morceau consistait en feuillets contenant
onze rondeaux faits par un amant pour sa maîtresse et dont le sort
était inconnu quand j'écrivais la notice LXXIII.
Le 7 novembre 1907, M. Seymour de Ricci m'a fait savoir qu'il
venait de reconnaître que les feuillets contenant les onze ron-
deaux étaient reliés dans le ms. latin 737 des Nouvelles acquisi-
tions, lequel était le n° 263 de la collection Barrois et avait été
acquis en 1901 à la vente de cette collection par M. Omont pour
la Bibliothèque nationale.
P. 279. — L' Histoire de ïart (t. III, p. 121) contient une réduction
de la miniature jointe à la légende de saint Taurin dans le Miroir
historial qui a appartenu au roi Jean.
P. 314. — Deux miniatures des Grandes Chroniques de France
(ms. français 2813) sont données en réduction dans l'étude de
M. le comte Durrieu (t. III, p. 127 et 129).
P. 317, n° XCII. — Je regrette de n'avoir pas pu examiner
l'exemplaire des Grandes Chroniques qui a été signalé comme
renfermant les traces d'une signature attribuée à Charles V ou à
Jean, duc de Berry, et qui a été copié par Perrin Le Cerf.
P. 337-347. — Faux autographes de Charles V et du duc de Berry.
Quand j'ai démontré la fausseté des prétendues lettres adressées
à Gilles Malet par Charles V et le duc de Berry, j'aurais dû signa-
ler les notes qu'un faussaire a tracées sur un ancien manuscrit
pour faire croire que ce manuscrit avait fait partie des librairies
de Charles V et du duc de Berry. C'est une lacune qu'il est indis-
pensable de combler, d'autant plus qu'au moment même ou 1 im-
primeur m'envoyait l'épreuve de ces Additions et corrections j'ap-
prenais de source certaine que ce manuscrit si audacieusement
falsifié se trouvait encore aujourd'hui dans le cabinet d'un amateur
anglais et qu'il y pouvait passer, comme autrefois chez Barrois
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 413
et chez le comte d'Ashburnham, pour une relique des librairies de
Charles V et du duc de Berry. J'en avais cependant démontré la
fausseté dans la Bibliothèque de l'École des chartes en 1901, aus-
sitôt après la vente de la Collection Barrois.
Mon avertissement n'empêcha pas cependant un libraire d'en
faire l'acquisition quand il reparut dans une vente faite à Londres
le 1er juin 1907, quoique, le 10 du mois précédent, à la nouvelle
de cette seconde vente, j'eusse renouvelé ma dénonciation par
une note communiquée à l'Académie des inscriptions et repro-
duite dans les journaux anglais par les soins de M. S. C. Cockerell.
Voici les parties essentielles des observations publiées en 1901
dans la Bibliothèque de l'École des chartes.
J'ai déjà eu plus d'une fois l'occasion de montrer avec quelle
défiance il convient d'examiner les volumes ayant fait partie de
deux collections du comte d'Ashburnham, le fonds Libri et le
fonds Barrois. En effet, il est aujourd'hui reconnu, non seule-
ment qu'un assez grand nombre de ces manuscrits proviennent
de vols, mais encore qu'on a fait subir à beaucoup d'entre eux
des mutilations pour que l'origine en fût mieux dissimulée, et
qu'on y a ajouté de fausses notes pour en rendre la vente plus
lucrative et donner une plus entière satisfaction à la curiosité
d'amateurs plus avides qu'avisés. Le hasard vient de faire décou-
vrir un nouvel exemple de ces fraudes criminelles.
Le 11 juin dernier, à la seconde vacation de la vente aux
enchères des manuscrits du fonds Barrois, un libraire de Londres
s'est fait adjuger, pour la somme de 66 livres sterling (1,660 francs),
un volume de cette fameuse collection : the famous Collection of
manuscripts the property of the Bight Honorable the earl of Ash-
burnham, known as the Barrois collection, comme porte le Cata-
logue publié par la maison Sotheby, Wilkinson and Hodge. Le
manuscrit dont il s'agit était ainsi désigné sur le Catalogue distri-
bué avant la vente :
187.
Ethimologle moraliter distincte. (CXCI). S mail folio. Begin : « In
Scriptura sacra terrœ noinine aliquando soliditas patriee cœlestis intelligitur. »
Ms. of the fourteenth century, on vellum, ff. G3, written in neat
gothic letters, double columns of 42 lines, with 11 richly painted and illu-
minated, historiated initials, with spirals and grotesques, of an unusual
character, and numerous omamental penletters. On the first and last
letters are the arrns of Charles V (France ancienne), and on the last leaf his
autograph inscription : Ce livre est a ns. Charles V du nom roy de France.
414 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
Charles, and the signature of his son John duc de Berry « Jehan » only.
A VERY INTERESTING VOLUME. Red IÛOrOCCO.
Cette description, à quelques mots près, est l'exacte reproduc-
tion de la notice consacrée au même manuscrit dans le Catalogue
que l'ancien comte d'Ashburnham avait fait rédiger et luxueu-
sement imprimer en un volume in-quarto. La reproduction est
si fidèle qu'on n'a pas même songé à rectifier la qualification de
fils de Charles F attribuée à Jean, duc de Berry. La seule modifi-
cation qu'on s'est permise a consisté à annoncer en lettres capi-
tales que le manuscrit est orné de onze initiales historiées, riche-
ment peintes et enluminées, avec spirales et grotesques d'un
caractère inusité, et nombreux ornements tracés à la plume. La
réclame finale, Très intéressait volume, en grosses lettres, est
encore une addition imputable au préparateur de la vente.
Le libraire qui s'est fait adjuger le manuscrit espère sans doute
en tirer un bon bénéfice. Il l'a communiqué à un amateur pari-
sien, qui, avant de conclure le marché, a prudemment consulté
un fonctionnaire du Département des manuscrits, M. C. Couderc.
Celui-ci n'eut pas plus tôt jeté les yeux sur la note de Charles V
et la signature du duc de Berry qu'il n'hésita pas à en déclarer la
fausseté. Il voulut bien me consulter à ce sujet : je n'eus qu'à le
féliciter de la perspicacité avec laquelle il avait découvert une
falsification, exécutée d'ailleurs avec une rare perfection.
Mais, en ouvrant le manuscrit, je fus frappé de la forme des
chiffres employés pour en numéroter les feuillets. J'y reconnus
du premier coup d œil la main d'un commis qui a folioté beau-
coup des manuscrits du Boi au commencement du xvme siècle.
Pour moi, il était dès lors certain que le manuscrit nous avait
été volé : il appartenait à la même catégorie que les soixante-
neuf articles du fonds Barrois rachetés en 1888 par la Biblio-
thèque nationale, articles dont la frauduleuse origine a été publi-
quement reconnue par les « Auctioneers » chargés de vendre le
dexmier lot des collections de lord Ashburnham; voici en quels
termes ces « Auctioneers » ont caractérisé les manuscrits recou-
vrés par nous en 1888 : « Volumes which M. Delisle, chief libra-
rian of the Bibliothèque nationale in Paris, conclusively proved
to hâve belonged at some time or other lo that institution. » Pour
pouvoir démontrer péremptoirement que le ms. Barrois 191 était
bien la propriété de la Bibliothèque nationale, je recourus à la
liste des manuscrits de notre fonds latin dont l'absence avait été
ADDITIONS ET CORRECTIONS. 415
constatée en 1848 par M. Hauréau. J'y trouvai, tout au commen-
cement, la mention du n° 589 A, dont le signalement répond
exactement au manuscrit dont je m'occupe en ce moment. Voici
en quels termes le ms. 589 A est enregistré dans le Catalogue de
nos manuscrits latins publié en 1744 :
DLXXXIX A.
Codex membranaceus, quo continetur vocabulorum quorumdam quse in
libris sacris occurrunt explicatio tropologica, allegorica et moralis.
Is codex decimo tertio saxulo videtur exaratus.
Le titre ainsi libellé dans notre Catalogue de l'année 1744 est
bien l'équivalent du titre consigné dans le catalogue du fonds
Barrois. S'il restait quelques doutes à ce sujet, ils disparaîtraient
à la lecture du début du texte copié dans le manuscrit Barrois :
Incipiunt capitula libri primi.
De terra i. — De humo n. — De glebis m. — De sulcis rai. — De pul-
vere v. — De monte vi. — De collibus vu..., etc., etc.
expliciunt capitula.
Incipit liber primus. De terra.
In Scriptura sacra terre nomme aliquando soliditas patrie celestis ititelli-
gitur, alias sancta Ecclesia, alias sinagoga, alias gentilitas, alias anima justi,
alias anima peccatrix, alias caro, alias terrena cogitatio, alias lmmana anima,
alias peccator quilibet, alias subjecta plcbs, alias humanitas Christi, alias
infernus, alias Christi caro, alias hii qui terrenis actibus occupati sunt, alias
terrena actio...
Le manuscrit Barrois contient donc bien l'ouvrage que nous
savons avoir existé dans notre ms. latin 589 A, et, comme les
feuillets du manuscrit Barrois ont reçu des cotes de la main d'un
commis de la Bibliothèque du Boi, il est de toute évidence que le
manuscrit Barrois n'est autre que notre ms. latin 589 A, disparu
depuis un peu plus de cinquante ans.
Le pourvoyeur de Barrois qui a volé ou fait voler notre manus-
crit n'aura pas eu de peine à en faire disparaître la cote 589 A
soulignée d'une accolade. — Le vol commis, il s'est adressé à un
habile artiste pour donner au volume l'aspect d'un livre ayant fait
partie des deux plus célèbres librairies princières du moyen âge,
celle du roi Charles V et celle de Jean, duc de Berry. Au bas de
la première page, il a fait peindre un écu semé de fleurs de lis
sans nombre, qui recouvre peut-être le petit timbre de la Biblio-
thèque du Roi. Les mêmes armes ont été ajoutées sur la dernière
416 ADDITIONS ET CORRECTIONS.
page, et cette même page a reçu, admirablement calligraphiées :
1° Une prétendue note autographe de Charles V :
Ce livre est a nQ Charles
Ve du non Roy de france.
CHARLES.
2° Une prétendue signature autographe de Jean, duc de Berry :
JEHAN.
Un volume muni de certificats d'une aussi glorieuse origine
méritait d'être présenté à l'éditeur du livre publié en 1830 sous
le titre de Bibliotlièque protypographique, ou librairie des fils du
roi Jean, Charles V, Jean de Berry, Pliilippe de Bourgogne et les
siens. En effet, Barrois attachait le plus grand prix à posséder
dans sa bibliothèque des livres ayant appartenu aux princes dont
il avait fait connaître la composition des librairies. Le culte dont
il honorait ces reliques, vraies ou fausses, est attesté par le luxe
des reliures dont il aimait à les orner. Je puis en citer deux
exemples.
Barrois fit dorer les armes de Charles V sur son manuscrit des
Oisivetés des empereurs, qu il croyait, mais sans fondement,
avoir été conservé dans la librairie du Louvre, et il avait fait
mettre en mosaïque les mêmes armes sur un manuscrit des
Voyages de Mandeville, qui, cette fois, était bien authentiquement
un livre de Charles V.
Notre ms. 589 A, transformé en relique de Charles V et du duc
de Berry, dut singulièrement flatter les goûts de Barrois. Ce biblio-
phile ne devait pas se lasser d'y contempler les signatures qui en
ornaient la dernière page et de constater qu'elles étaient iden-
tiques aux signatures reproduites par lui en fac-similé au com-
mencement de sa Bibliothèque protypographique. A coup sûr, il a
été généreux envers le pourvoyeur auquel il croyait devoir l'un
des plus précieux joyaux de son cabinet.
Les temps sont changés. L'auréole dont était entouré le manus-
crit récemment vendu à Londres disparaît aujourd'hui. Ce n'est
plus un débris des deux plus riches librairies princières du moyen
âge. C'est tout simplement un vulgaire manuscrit de théologie,
sorti d'une bibliothèque monastique, volé et indignement frelaté
il y a un demi-siècle.
TABLE ALPHABÉTIQUE1
A la Barbe (Jean).
Abelard (Pierre), 302.
Abenrudian (Haly), 265.
Accordance du Vieux et du Nouveau
Testament, 183.
Ace (La Somme), 251.
Adam Des Champs, 39G.
Adam de Sermoises, 358.
Ages des hommes (Poème sur les),
262.
Ages du monde (Traité sur les), 328.
Agnès (Sainte). Sa vie, 95. Sa fête,
51, 177, 178.
Agnès de Gossanville, 354.
Agnus Dei (Drap d'or à), 329.
Agregento (Salenus de).
Aillier (Michel de L').
Aimeri de Mengniac, 121.
Alain, copiste d'un livre d'Heures, 63.
— de Lille. L'Anticlaudien, 322.
— Sebèce, écrivain, 133.
Alamand (Bernard).
Alberti (Angélus).
Albolhazen Haly, 402.
Alchabiz. Jugements des étoiles, 268.
Alençon (Pierre, comte d').
Alexandre Le Boursier, 390.
Alexandrie (Jean de Cardaillac, pa-
triarche d'), 50, 120.
Alfonse de Brienne, comte d'Eu, 264.
— de Castille. Tables astronomiques
en français, 117.
Aliénor, comtesse de Vermandois, 168.
Allégories bibliques, 114, 173. — Ac-
cordance du Vieux et du Nouveau
Testament, 183.
Alphonse. Voy. Alfonse.
Amauri d'Orgemont, seigneur de Chan-
tilly, 356.
Amédée, comte de Savoie, 137.
Amelii (Pierre)."
Amiens (Gouverneur du bailliage d'),
51. — Pierre de Hangest, prévôt de
l'église, 118.
Anagrammes. Voy. Devises.
Ancelot, ou Anciot de Ceus, enlumi-
neur, 184, 185.
André Beauneveu (Peintures du genre
de celles d'), 198.
André Courtevache, 141, 396.
— Du Verger, fèvre, 368.
— de La Croix, écrivain, 133.
Andresel (Le sire d'), 52.
Anet (Manuscrit du château d'), 150.
Angelino Dulceri, 277.
Angélus Alberti, ou de Marchia, co-
piste, 271.
Angers (Ms. d'), 223.
Angevin (Thévenin L').
Anglais. Manuscrit racheté des A. par
Charles V, 291,292.
Anglais (Barthélemi L').
Angleterre. Livres copiés en Angle-
terre et portés en Normandie, 169.
— Ecriture anglaise du xive siècle,
199. — Bois et reines : Henri IV,
Henri VIII, Bichard II, Catherine
de France, Isabelle de France,
Jeanne de Navarre.
Angoulême (Jean, comte d').
Anjou (Charles d').
Anjou (Louis, roi de Sicile, duc d).
— (Bené d), roi de Sicile.
Annales dérivées de la Chronique de
Sigebert, 305, 306.
Anne (Sainte). Son office, 181.
Anne de Bourgogne, duchesse de Bed-
ford, ses Heures, 400, 401 ; sa de-
vise J'en suis contente, 400.
Anniversaires des rois de France, 410.
Anseis de Carthage, 321.
Anselme. Image du monde, 407.
1. Cette table se rapporte au contenu de la première partie des Recherches
et aux notes remplissant les p. 327*-334* de la seconde.
Dans cette seconde partie se trouvent deux tables spéciales : l'une (p. 201*-
216*) pour les livres ayant appartenu à Charles V et à Charles VI; — l'autre
(p. 318*-326*), pour les livres ayant appartenu à Jean, duc de Berry.
27
418
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Antéchrist (Tournoiment d'), 331.
Anticlaudien, 321.
Antoine des Essarts, garde de la li-
brairie du roi, 20, 125, 126, 387.
Apôtres (Images des prophètes et des),
216.
Aragon (Guillaume d').
— (Jean, roi d').
— (Jeanne de France, fiancée de Jean
d').
— (Martin II, roi d ).
Arçon val. Voy. Arsonval.
Aristote. Traduction de ses ouvrages
par Nicole Oresme, 104-106, 252-
257, 379. — Les Météorologiques,
264.
Arnaud Guillon, 121.
Arras (Jean d').
Arrhe (L') de l'àme, 118.
Arsenal (Mss. de la bibliothèque de
1'), 99, 103, 127, 143,152, 224, 241,
280, 332. Voy. la partie II, p. 329*.
Arsonval (Jean d).
Arthur de Richeinont, duc de Bre-
tagne, 401.
Artois (Robert, comte d).
Artus le Restoré, 322.
Arzillière (Gaucher d'). — Le sire
d'A., 351.
Asnières (Hôtel d), à Louis, duc d'Or-
léans, 14.
Asnières (Pierre d).
Assuaire (Le roi), 377.
Astrolabe (Usage de 1), 268.
Astrologie. Ouvrages de Pèlerin de
Prusse, 266.
Astrologue du roi : Thomas de Bologne,
53.
Astronomie. Voy. Alfonse de Castille.
Athènes (Armes d'), 51.
Athis et Prolilias, 321.
Atlas catalan, 43, 276.
Aubery-le-Bouchier (Rue), 365.
Aubriot (Hugues). — Armes de la fa-
mille, 220.
Augustin (Saint). La Cité de Dieu, en
français, 103-111. — Mss. de la
CitédeDieu, 219-223, 411. — Auteurs
cites dans le commentaire, 380. —
Division de l'ouvrage en chapitres,
383. — Les Soliloques en français,
117.
Aunoi (Thomas d').
Autographes (Faux), 337-347, 412.
Auxerre (Armes d), 51. — Michel de
Creney, évoque.
Avaugoùr (La dame d), 52.
Avenant (Jean L').
Aveux rendus par Gilles Malel et par
les membres de sa famille, 348-361.
Avignon, 374.
Avoir (Pierre d').
Avranches (Manuscrit de la biblio-
thèque d'), 106.
Azur (Lettres en), 43, 215.
B
Balagni, 353, 357.
Ballengni, près Senlis, 337.
Bar (Edouard de).
— (Henri de).
— (Louis, cardinal et duc de).
— (Marie de France, duchesse de).
— (Robert, duc de).
— (Yolande de Flandre, comtesse de).
Barbe (Sainte). Légende, 335.
Barbe (Jean à la). Voy. Bourgogne
(Jean de).
Barcelone (Archives de), 129.
Barrois (Ms. venu de), 232. — Mss.
falsifiés, 412.
Barthélemi l'Anglais, 91. — Traduc-
tion de son livre des Propriétés des
choses, 230-235.
— Siginulfe, comte de Caserte, 258.
Basqueville-le-Martel, 269.
Basqueville (Guillaume Le Breton de).
Bastard (Comte Auguste de). Son ma-
nuscrit de la Somme le Roi, 239.
Bâtarde (Ecriture), 43.
Bauchamp, Bauchans (Jacques).
Baudouin de Condé, 322.
Baurlrecourt (Robert de).
Bavière (Le duc de), 137.
— (Isabeau de).
Baveux. L'évéque Zanon, 139.
Bazancourt, 358.
Beaumont-sur-Oise (Gilles Malet, ca-
pitaine de), 13.
Beauneveu (André).
Bcaurepaire (Colartde).
Beauvais. L'abbaye de Saint-Lucien,
53. — L'évéque, 142, 143, 359. —
Evéques : Jean de Dormans, Miles
de Dormans.
Beauvais (Vincent de).
Beauvarlet (Mathieu).
Becket (S. Thomas).
Bède. Traductions du traité des âges
du monde, 146.
Bedford (Jean, duc de). Anne de Bour-
gogne et Jaquette ou Jaqueline, du-
chesses.
Bègue (Jean Le).
Behaigne. Voy. Bohème.
Belenati (Bernard).
Béliers affrontés sur le frontispice
d'un manuscrit, 314, 315.
Belleville (Armes de), 51. — Jeanne
de B. — Bréviaire de B., 182.
Bellièvre (Pierre de), 171.
Bergerie (L'art de), 82.
TABLE ALPHABETIQUE.
419
Bernard (Saint). Considérations au
pape Eugène, 330.
Bernard Alamand, 127.
— Belenati, 369.
— Gui. Traduction de ses traités, 96-
98, 281-282. — Livre offert à Phi-
lippe de Valois, 282.
— de Sauvilla, copiste (?), 123.
Bernardinus de Mutina, copiste, 142.
Bernville, ou Bernuille (Geuffrin Ni-
velle de).
Berry (Jean, duc de).
— (Marie de).
Bersuire (Pierre).
Bertrand Du Guesclin. Lettres de
Charles V relatives à sa rançon,
340.
— de Villeneuve, 333.
— (Jean).
Besancon. Mss. de la bibliothèque,
102/259.
Bestiaire d'amours, 325.
Bibles de Charles V, 142 et suiv. —
En latin, 142, 143. — Bible glosée,
145. — Bible en 14 volumes, 330. —
Traduction de Baoul de Presles,
111-114. — Bible de Jean de Sy,
146, 404. — Bible historiale, 148,
150, loi, 152, 153, 156. -Bible de la
comtesse de Salisbury, 291. — Bible
rétablie dans la librairie, 395. —
Bible historiée en images, 173. —
Bible moralisée ou allégorisée, 173,
174. — Moralités de la Bible, 333.
Bizaccaria (Mahumeil), 271.
Blanc et noir (Enluminure de), 44,
334.
Blancard (Louis), 187.
Blanche de Bourgogne, comtesse de
Savoie, 213.
— de Castille, reine. Son obit, 198.
— Psautier attribué à cette reine,
165.
— de Navarre, reine de France, 161.
— , duchesse d'Orléans, 120.
Blanchet (Jean).
Blois (librairie de), 140, 273, 274, 307,
321, 322, 323, 324.
Boccace (Jean).
Boèce. La Consolation, 259, 270, 369.
Bohème (Armes de), 335. — Jean, roi
de B.
Bohier (Pierre).
Boileau (Hugues).
Bois (Du). Voy. Du Bois.
Boivin. Ses travaux sur les inventaires
de la librairie, 33.
Bologne. Voy. Boulogne.
Bologne (Thomas de).
Bondol (Jean de).
Bonne de Luxembourg, duchesse de
Normandie. Ses Heures de Pucelle,
334. — Son bréviaire, 334, 335. —
Qualiliéc reine de France, 328 note.
Bonnet (Honoré).
Bonneuil (Jean de).
Bonport (Abbaye de), 13 note, 19.
Bordes (Guillaume des).
Boschot (Oudart).
Bouillon (Godcfroi de).
Boulogne (Le cardinal Gui de).
— ou Bologne (Thomas de).
Boulonnaise (Ecriture et enluminure),
44, 272.
Bourbon (Charles, duc de).
— (Louis, duc de).
— (Catherine, Jeanne, Marie de).
Bourbonnais (Marie de Berry, du-
chesse de).
Bourges (Mss. de la bibliothèque de),
partie II, 329*.
Bourgogne (Armes de), 211, 212.
— (Mss. des ducs de), 230, 231, 253,
254, 255, 264.
— (Ducs et duchesses de). Voy. Jean,
Philippe, Marguerite.
— (Corneille, le grand bâtard de).
— (Anne, Blanche, Jeanne, Margue-
rite, Marie de).
— (Jean de), ou à la Barbe.
Bourgot, fille de Jean Le Noir, enlu-
mineresse, 80, 365, 405.
Bouvines (Bataille de), 169.
Brabant (Marie de).
Brace (R. de).
Branlart (Jacques).
Brenouille, 358. — Brenuille, 360.
Bretagne (Arthur de Richemont, duc
de).
— (François de Monlfort, duc de).
Breton. Voy. Le Breton.
Bréviaire romain desFranciscains, 334.
— franciscain, 185, 192, 334, 403, 411.
— dominicain, dit de Bclleville, 182.
— de Paris, 179, 190.
— de la Sainte-Chapelle, 410.
— de Salisbury, 399.
— de Philippe le Bel, 179.
— de Jeanne d'Evreux, 185.
— du duc de Normandie, 326.
— de Charles V, 187, 411.
— dont il ne subsiste plus que les
miniatures, 194.
Brie (Jean de).
Brienne (Alfonse de).
British Muséum. Voy. Londres.
Brodeure à lozanges de France, 48.
Bruges (Jean de).
— (Louis de).
Bruxelles (Mss. de la bibliothèque
de), 118, 159, 172, 197, 228, 231,
247, 254, 257, 285, 308. — Voy.
partie II, 330*.
Buessart (Maître), 300.
Bureau de Dammartin, 28.
Burgos (Chroniques d'Espagne ou de),
420
TABLE ALPHABÉTIQUE.
par Gonzalo de Hinojosa, évêque de
Burgos, 101, 102.
Bussy, 137.
Bute (Le marquis de). Son exemplaire
des Grandes Chroniques, 314.
C
Cagetier, 3G7.
Cahors conquise par Charles V, 99.
Caignet (Robert).
Calde (Livres en), 376, 377.
Calendriers, 164. — Enluminures de
calendriers dans des manuscrits du
duc de Bourgogne et d'autres prin-
ces ou seigneurs, 216. — Calendrier
anglais, 202, 203.
Callio, 90.
Cambridge. Ms. du Musée Fitz Wil-
liam, 243. — Divers mss., 243, 247,
269.
Canart (Jean).
Canteleu (Saint Thomas de), 206.
Cantimpre (Thomas de).
Cantorbery (Thomas Becket, arche-
vêque de).
Cardailhac (Jean de).
Carité (Le Roman de la), 247.
Gamelle (Foret de), 14.
Carte marine, 277. — Yoy. Atlas ca-
talan.
Cartes de la Bible de Jean de Sy, 406.
Carvanay (Oudin de).
Caserte (Barthélemi, comte de).
Cassien. Les Collations, en français, 98.
Castille (Armes de ,, 51.
— (Alfonse de).
— (Blanche de).
— (Henri de Transtamare, roi de).
Catalan (Atlas), 43, 276.
Catherine de Bourbon, 136.
— de France, reine d'Angleterre, 208.
Catholicon enchaîné dans la Chambre
des comptes, 141.
Cauvel (Perrin).
Cédille (Emploi de la) dans un ma-
nuscrit français fait pour Charles V,
226.
Ccntiloge de Ptolémée, 265.
Cerf volant (Le), insigne de Char-
les VI et de Charles VII, 126, 127.
— Du connétable de Bourbon, 127.
— Sur un vitrail d'Evreux, 128.
Ceus (Ancelot de).
Chaalis (Abbaye de), 17, 18, 105.
Chaleur (Jean de la).
Chambli (Charles de).
— (Nicole de).
Chambre des comptes (Catholicon de
la), 141.
Champagne (Durand de).
Champs (Guillaume des).
Chancelier (Chroniques du), 343.
Chanteprime (François).
Chanteur de la reine Isabeau, 137.
Chantilly (seigneurs de) : Amauri
d'Orgèmont, Gui de Laval, Pierre
d'Orgemont.
Chantilly. Mss. du Musée Condé, 163,
185, 233, 248, 285, 323.— Voy. par-
tie II, 329*. — Aveux rendus aux sei-
gneurs de Ch. par Gilles Malet, 12.
Charité (Roman de la), 247.
Charlemagne (Gestes de), 371. — Son
goût pour la lecture, 385. — Sa
fête et sa translation, 177. — Il est
le patron de Charles V, 99.
Charles d'Anjou , roi de Sicile. Ms.
de Rhasés fait pour lui, 270-272.
— duc de Bourbon, connétable, 127.
— de Chambli, 258, 390.
— le Bel, roi de France. Son obit,
177.
Charles V, roi de France. Sa nativité,
son horoscope et celui de sa fa-
mille, 266-269. — Anniversaire de
sa naissance, 95. — Acte de sa ré-
gence, 365. — Iconographie du roi,
57-62. — Portrait par Jean de Bru-
ges, 80, 81. — Portraits ou images,
148, 155, 156, 209, 235, 253, 255,
259, 261, 262, 266, 282, 284, 320.
— Portrait sur la parure d'autel de
lVulise de Narbonne, 62. — Ses
armes, 221, 222, 236, 253, 259, 262,
275, 284. — Lions peints sur ses
livres. Voy. Lions. — Sa signature,
3-5, 251, 253, 283, 318, 321. -
Notes de sa main, 3-5, 142, 143,
155,156,218,225,259,275, 281,412.
— Ses habitudes graphiques, 340.
— Lettres écrites par le roi, en tout
ou en partie, 339. — Prétendue
correspondance avec Gilles Malet,
338 et suiv. — Ses goûts pour les
livres et l'étude, 2. — Beauté de ses
livres, 6, 44. — Ses livres portés du
Palais au Louvre, 7. — Livres pla-
cés dans les diverses résidences du
roi, 8. — Inventaires des livres,
23-35. — Chartes historiées, 57, 61,
62. — Les très belles Grandes
Heures du roi, 208. — Ecrivains et
enlumineurs employés par le roi,
68-81. — Traductions faites par
ordre du roi, 82-120. — Livres prê-
tés ou donnés par le roi, 120-124.
— Sa monnaie d'or, 99. — Provin-
ces conquises par lui sur les An-
glais, 99.
Charles VI, roi de France. Son horos-
cope, 269. — Cité comme Dauphin,
136, 156, 371, 372. — Il maintient
Gilles Malet dans sa charge de
garde de la librairie, 388. — Son
voyage au Mont-Saint-Michel, 132.
TABLE ALPHABÉTIQUE.
121
— Son portrait, 127. — Sa devise
Jamais, 126, 127. — Son insigne,
le cerf volant, 126. — Les livres
du Louvre sous son règne, 29, 125-
137. — Sa signature sur un exem-
plaire des Grandes Chroniques, 318.
— Livres transportés lors des voya-
ges du roi, 131. — Manuscrit donné
à une reine d'Angleterre, 206, 207.
— Note autographe du roi, 145. —
Ses obsèques, 31, 394. — Son anni-
versaire, 159.
Charles, fils de Charles VI, dauphin,
mort en 1415, 136.
Charles, duc de Touraine, depuis
Charles VII, 136, 188.
— Malet, fils de Gilles, 17, 19, 20,
387.
— le Mauvais, roi de Navarre, 121,
370.
—, duc d'Orléans, 257, 273. — Note
autographe, 232. — Ses livres, 140.
— Toussac. Sa forfaiture, 365.
— de Valois. Son obit, 178.
Charon, expert en autographes, 338.
Chartes historiées de Charles V, 57,
61,62.
Chartreuse (Guigue, prieur de la).
Chasteaux (Renaud de).
Châtillon (Jean de), écrivain.
Chauvel (Regnault).
Chavenges (Jean de).
Cheltenham (Mss. de la bibliothèque
de), 327; partie II, 330*.
Chemises des manuscrits, 7, 47, 48,
369-372.
Chetiveté (La) du monde, 297 et 301.
Cheval de fust (Conte du), 323.
Chevalier (Pierre).
Chevrier (J.).
Chiche (Sainte-Osithe de), 204. —
Manuscrits de ce prieuré, 204, 206.
Chobart (Jean).
Chrétien (Gervais).
Christine de Pisan, 2, 10, 83. — Ma-
nuscrit de ses poésies offert à la
reine Isabeau, 134, 400.
Chroniques de la Bible, etc., 278. —
Diverses chroniques et histoires,
277-284. — Chroniques de Burgues,
101, 102. — Chroniques des évêques
de Liège, 322.
Chroniques ( Grandes ) de France.
Exemplaire de Philippe le Hardi,
309. — Exemplaire fait pour Char-
les V, 310-312. — Exemplaire avec
la signature de Charles VI, 318. —
Exemplaire du marquis de Bute,
311. — Exemplaire de Lyon, 317.
Chroniques de France et celles qu'a
faites le chancelier, 372.
Claire (Sainte), miniature, 200.
Clément VI, 51.
Clermont en Auvergne, 346.
Clermont-Tonnerre (Bible de la fa-
mille de), 66.
Clisson (Olivier de).
Cluni (Yves, abbé de).
— (Musée de), à Paris. Fragment de
manuscrit, 160.
Cockerell (M. Sidney G), 65, 158, 175,
205, 305.
Code de Justinien, 251.
Coinci (Gautier de).
Colart de Beaurepaire, 351.
Conception (Office de la), 181, 192.
Conches (Guillaume de).
Condé (Baudouin de).
Condé (Musée). Voy. Chantilly.
Confesseurs (Somme des), 330.
Congnée (Mathieu).
Constantinople (Armes de), 51.
Copenhague (Mss. de la bibliothèque
de), 151, 277.
Copistes et écrivains. Voy. Alain,
Alain Sebèce, André de La Croix,
Angélus Alberti ou de Marchia,
Bernard de Sauvilla(?), Bernardi-
nus de Mutina, Etienne de Montbe-
liart, Firmin de Reuelle ou Revelle,
Geoffroi Chorsc, Geotfroi Godion,
Guillaume L'Escot, Hamcricus Pie-
nus amoris, Henri du Trévou, Jean
l'Avenant, Jean ou Jeannin de Rouen,
Jean Thomas, Jean Tourtier, Jean
de Châtillon, Lambert le Petit, Ou-
din de Carvanay, Perinz de Falous,
Raoul Tainguy, Raoulet d'Orléans,
Robin de Fontaines. — Copistes
employés par Charles V, 68-79.
Coq (Robert Le).
Corbechon, Corbichon (Jean).
Corneille (Le grand bâtard de Bour-
gogne), 99.
Cornier (Frédéric).
Coucy (Le sire de), 137.
Couleur locale dans la Bible de Jean
de Sy, 409.
Courante (Lettre), 43.
Courci (Guillaume de).
Couronne (La sainte), 159, 178, 192,
195, 198, 410.
Court, de Dijon (Ms. de M.), partie II,
329*.
Courtevache (André).
Courtiller (Denis).
Craon (Jean de).
Creil, 357-360.
Creney (Michel de).
Crescens (Pierre de).
Crespins (Armes des), 51, 270.
Cresques lo Julien, 128, 129.
Crète (Jean).
Croisade (Chartes de), 347.
Croisés tués en Egypte, 180, 411.
Croix (André et Jean de la).
422
Culdoë (Pierre)
TABLE ALPHABETIQUE.
Dalmatico de Mur, évêque de Girone,
143.
Dames (Le Miroir des), 247.
Damiette (Prise de), 193.
Dammartin (Bureau de).
Dampmartin (Regnault de).
Danemark (Waldeniar et Sophie, roi
et reine de), 168.
Dangu (Château de), 269, 270.
Dannequin (La chapelle), 352.
Daudin (Jean).
Dauphin (Armes du), 179, 236, 308.
Décrétales, 330. — Décrétales en fran-
çais, 252.
Dendin (Jean).
Denis (Saint). Sa vie et sa passion,
305. — Le recueil fait par Yves,
moine de Saint-Denis, 306. — Image
de sa communion dans sa prison,
189, 190. — Autres images, 195,401.
Denis Courtillier, libraire, 396.
Denis Foullechat, traducteur du Poli-
cratique, 84-88, 263.
Dépit (Le) du monde, 301.
Des Bordes (Guillaume).
Des Champs (Adam).
— (Emmeline).
— (Guillaume).
Des Essarts (Antoine, Pierre).
Des Guelnes (Pennes).
Des Molins (Guillaume).
Des Prez (Nicolas).
Des Ursins (Juvénal).
Deuil (Gervaisot de).
Devise De bien en mieux, 128. —
Devise Jamais, adoptée par Char-
les VI, 126, 127. — Devises du duc
et de la duchesse de Bedford : A
mus entier, — J'en suis contente,
400. — Devise de Jaqueline de
Luxembourg, A souhait, 399. —
Devises de Jean Le Bègue, Hé bien
alegue, 87, et A bien viegne, 107,
403. — Devise de Mathieu Beau-
varlet, Va hativeté m'a brûlé, 403.
— Devise de Laurens Girard, Sur
ly n'a regard, 403.
Didot (Ms. de), 335.
Dieu (Les Voies de), 88.
Digeste en français, 250.
Diphtongues figurées dans les manus-
crits. 43. — Diphtongue M dans
les manuscrits anglais du xive siècle,
199, 200, 206.
Directorium juris, 103.
Divin (Livre juif appelé le), 376, 377.
i >ix commandements de la loi (Les),
249.
Dix mille (Les) martyrs, 305.
Dobrée (Musée). Voy. Nantes.
Dodieu (Jean).
Dominique (Saint). Office, 192.
Dongnon (Regnault).
Dormans (Jean et Miles de). — Ma-
dame de D., 351.
Douët d'Arcq. Edition de l'Inventaire
de la librairie du Louvre, 34.
Doutance (La) de la mort et la che-
tiveté du monde, 297, 301.
Drouin de Troies, 365.
Du Bois (Laurent).
Du Bos (Guillaume).
Du Guesclin (Bertrand).
Dulceri (Angelino).
Du Molin (Jean).
Du Parvis (Jacques).
Durand de Champagne. Le Miroir des
dames, 247.
Durant (Guillaume).
Durville (Le chanoine G.). Ses tra-
vaux au Musée Dobrée, 145, 342.
Du Trevou (Henri du).
Du Tuit (Musée). Coutumier de Nor-
mandie, 64.
Du Val (Jacques).
Du Verger (André).
Du Vignai. Voy. Vignai.
Dynant (G. de).
Dyne Rapponde, 370, 371.
E
Echecs (Le jeu des) figuré, 274.
— (Le jeu des) moralisé, 259, 260.
Ecriture (Divers genres d'), 43.
Edmond (Miniatures des deux saints),
200.
Edouard de Bar, 328.
Edwards (James), 128.
Eglise ( L'établissement de sainte ),
259. — Images de l'Eglise et de la
Synagogue, 159, 216.
Egypte (Croisés tués en), 180.
Eléonore. Voy. Aliénor.
El-Havi, 271.
Elisabeth (Sainte). Son office, 192. —
Ses visions, 235. — Les Voies de
Dieu, 88.
—, comtesse de Salisbury, 291, 330.
Einailleur (Jean de Langres), 79.
Embrun (archevêque d'), 50.
Emmeline Des Champs, 365.
Empire (Olivier de L").
Enfances Pépin (Les), 171.
Enlumineurs et peintres : Ancelot de
Ceus, André Beauneveu, Bourgot ou
Burgot, Geoflrin Chorse, Giovanni
.lu .Mont-L'assin, Haincelin, Honoré,
J. Chevrier, Jaquet Maci ou Ma-
hiet, Jean de Bruges, Jean Fouquet,
Jean de Jouy, Jean Le Noir et
Bourgot, sa lille, Jean de Montmar-
TABLE ALPHABÉTIQUE.
423
tre, Jean de Nizières, Jean Pucelle,
Jean Susanne, Jeannin d'Orque-
vaulz, Pierre Remiot, Reraiet, Ro-
bin de Fontaines. — Enlumineurs
du roi Jean, 404, 405. —Enlumineurs
employés par Charles V, 79-81.
Enluminure (Différents genres d'), 44-
— Enluminures de blanc et de
noir, 44, 334. — Instructions don-
nées pour l'illustration de la Somme
le Roi, 244. — Sujets pour l'illus-
tration des Heures de Notre-Dame,
217. — Enluminures faites par la
femme d'un copiste, 63.
Epidémie (Préservation d'), 275.
Epîtres et évangiles, traduits par Jean
du Vignai, 160.
Eschantilly, 348. Voy. Chantilly.
Escot (Guillaume L').
Esguelnes (Pennes d).
Esope, 259, 260. — Ysopet, 325.
Espagne (Chroniques d') ou de Bur-
gos, 101, 102. — La reine d'Espa-
gne, 137.
Espagnol (Mss. en), 42. — Prétendue
livres en espagnol que le duc de
Berry aurait voulu faire traduire,
345, 346.
Espineuse (Mahieu d).
Essarts (Antoine des).
— (Pierre des).
Essy (Jean d').
Estrées (Meillart d').
Etampes (Louis, comte d').
Etienne de Montbeliart, copiste, 240.
Etienne de Reims, 64.
Etrennes (Livres donnés en), 51.
Eu. Alfonse de Brienne, comte. —
Jeanne, comtesse. — Jean, sénéchal.
Eudes Picard, Odo Picardus, 136.
Eutrope (Saint). Son office, 19'2.
Evrart Tramagon, 121.
Evreux. Vitrail de la cathédrale, 128.
Evreux (Jeanne d').
Extraordinaire (La Somme Ace, sur),
251.
Faits des Romains, 278.
Falaise, 132.
Falous (Perinz de).
Farag, traducteur juif, 271.
Fatinant (Gabriel).
Fayel (Jean de).
Fécamp (Jean de La Grange, abbé de),
121.
Fenêtres flamenges, 367.
Fermoirs (Ornements des), 45-48.
Fêtes nouvelles, 177-179.
Fèvre (Godefroi Le).
Figeac, conquise par Charles V, 99.
Firmin de Revelle, ou Reuelle, copiste,
235.
Flamel (Jean).
Flamenges (Fenêtres), 367.
Flandre (Louis de Maie, comte de).
— (Marguerite de).
— (Yolande de).
Fleurs de lis en colonne pour enlu-
miner, 44. — Demi-fleurs de lis
servant d'encadrement, 127.
Foix (Armes de), 51.
Fontaine (Hue de).
Fontaines (Renaud de).
— (Robin de).
Fontenai-lès-Louvre, 353, 363.
Fontevrault (Abbesse de), 299.
Format des manuscrits (Désignation
du), 42.
Forme ou formée (Ecriture de), 43.
Foucault, l'intendant, 152.
Foullechat (Denis).
Fouquet (Jean).
France (Armes de) dans les mss. et
les chartes de Charles V, 55.
— Armes de France écartelé de Dau-
phiné, 55, 57.
— (Institution du royaume de), 323.
— Rois et reines. Voy. les noms des
rois et reines.
— (Catherine de).
— (Isabelle de).
— (Jeanne de).
— (Marie de).
— (Michelle de).
Franchomme (Pierre).
François (Saint). Son office, 192.
François Ier. Note mise sur un ma-
nuscrit, 23.
François Chanteprime, 48-50.
— dé Montfort, duc de Bretagne,
101.
— Pétrarque, 93. — Remèdes de
l'une et l'autre fortune, 92.
Frédéric Cornier, 53.
Fréron (Renaud).
Furnival (Richard de).
G
G. de Dynant (Maître), 91.
Gabriel Fatinant, 32.
Gace de La Bigne, 331.
Gallopes (Jean).
Gardes de la librairie du roi, 10-22.
Garin Loherenc (Roman de), 331.
Garnier de Saint- Yon, échevin de Pa-
ris, garde de la librairie du roi, 21,
22, 31, 125, 138, 390, 392, 396,397.
Gascogne (Conquêtes de Charles V
en), 99.
Gascon (Mss. en), 42.
Gastineau (Péan), 307.
Gaucher d'Arzillières, 351.
424
TABLE ALPHABETIQUE.
Gaule (Notice de la), 407.
Gaurrien (Pernelle de).
Gautier de Coinci. Miracles de Notre-
Dame, 285-305.
— Le Breton, traducteur. 269.
— d'Oessel, 139.
Gencien Tristan, 52.
Genève (Manuscrits de la bibliothèque
de), 16, 103; partie II, 330*.
Geneviève (Sainte) du Miracle, 198.
Geoffroi Chorse, écrivain et enlumi-
neur, 133.
— Godeon, copiste, 63.
— (Jean).
Géomancie, par Guillaume de Meer-
beke, 118, 269.
Gérard de Montaigu, évêque de Paris.
Ses livres, 31 note; ses pontificaux,
130.
— garde du Trésor des chartes , 53 ,
130, 376.
Gerone. Voy. Girone.
— (Juan, duc de), 129.
Gervais Chrétien, 51, 74, 121, 275,
337. — Livres du Collège G. Chré-
tien, 122, 123. — Forme véritable
de son nom, 343.
Gervaisot de Deuil, écrivain, 134.
Gesta Romanorum, ms. de James Ed-
wards, 128.
Geuffrin Nivelle de Bernville, ou Ber-
nuille, 326.
Gilet (J.).
Gilles Le Veau, 141.
Gilles Malet, garde de la librairie du
Roi, 51, 54, 125, 129, 130, 135, 395.
— Sa vie, 10. — Ses fiefs, 11-14,
18. — Ses aveux, 348-361. — Ses
fonctions, 13, 14. — Témoignages
de l'estime et de l'amitié de Char-
les V, 10, 13, 15. — Sa gestion de
la librairie, 387-389. — Ses inven-
taires de la librairie. 23-28. — Son
inventaire du mobilier du roi, 32. —
Ses rapports avec le duc d'Anjou et
le due d'Orléans, 14. — Son goût
pour les livres, 13-14. — Livres
donnés par lui au roi, 15. — Tite-
Live vendu au duc d'Orléan-
364. — Son sceau, 16. — Sa mort,
16. — Sa famille, 16, 17. — Monu-
ments rappelant le nom de G. Ma-
let, 17-20. — Fausseté de la corres-
pondance où il est qualifié de clerc,
337-347.
Gilles de Rome, 259.
Gilles de Thebaldes, 265.
Giovanni, moine du Mont-Cassin. mi-
niaturiste, 272.
Girard Maucler, 396.
Girard (Laurens).
Girone (Bible de l'église de), 142, 143;
partie II, 330*.
Girone. Voy. Gerone.
Gloucester (Honfroi, duc de).
Godefroi de Bouillon. Les Chroniques
d'Outremer, 371.
Godefroi Le Fèvre, apothicaire du
duc d'Orléans, 69 note.
Godion (Geoffroi).
Golein, Goulain (Jean).
Gonesse, 354.
— (Nicole de).
Gonnaut (Le sire de), 137.
Gonzalo de Hinojosa, évéque de Bur-
gos, 101.
Gough (Richard). Son travail sur les
Heures de Bedford, 400.
Goulain. Voy. Golein.
Goussainville, 354.
Gouvernement (Le) des princes, 369,
370.
Grange (Jean de La).
Granson (Othe de).
Grégoire (Saint). Traduction des Qua-
rante homélies, par Pierre de Han-
gest, 118, 224.
Grégoire XI, 123, 373-375.
Grosbois (Jean).
Grosse tête (Robert).
Grotesques, 193, 197.
Gui de Boulogne (Le cardinal), 50.
— de Laval, seigneur de Chantilly,
348, 353.
— (Bernard).
Guigue, prieur de la Chartreuse, 124.
Guillaume d'Arragon, 265.
— des Bordes, 137.
— des Champs, 31.
— de Conches, 328.
— de Courci, 129.
— du Bos, 358.
— Durant. Rational des divins offices,
98-100, 156.
— Harnoys, 402.
— Le Breton, de Basqueville, traduc-
teur, 118.
— L'Escot (Scotus), copiste, 67.
— de Lirois, 103.
— de Meerbeke. La Géomancie, 118,
269.
— de Mesmes, prétendu chapelain de
saint Louis, 171.
— des Molins, 392.
— Montague, comte de Salisbury,
291, 330.
— de Nangis. Ses Vies de saint Louis
et de Philippe le Hardi, 131, 309.
— Perrault, 258, 260.
— Racine, 331.
— de Saint -Pathus. Vie de saint
Louis, 319.
Guillon (Arnaud).
Guilon (Roman de), 331.
Guines (Jeanne, comtesse d'Eu et de).
TABLE ALPHABÉTIQUE.
425
Guyenne (Louis, duc de) et Margue-
rite de Bourgogne, sa femme.
II
Hainaut (Jeanne de Valois, comtesse
de).
Haincelin, peintre, 134.
Haly Abenrudian, Albothazen, 2G5.
Hamericus Plenus amoris, copiste,
257.
Hangest (Pierre de).
Harcourt (Armes d'), 51. — Jean,
comte d'H., 50, 52. — Monseigneur
d'H., 120.
Hardencourt, 358.
Harnoys (Guillaume).
Hébraïques (Livres) de la librairie du
Louvre, 130; — du Trésor des
chartes, 53. — Livres confisqués
sur les Juifs, 376-378.
Helham, 272.
Henri IV, roi d'Angleterre, 183.
Henri VIII fait supprimer le titre de
pape dans les anciens livres litur-
giques, 208.
Henri de Bar, 121.
— de Laon, 322.
— de L'Esglantier, 358.
— L'Uilier, libraire et écrivain, 68,
369, 370, 404.
— de Transtamare, roi de Castille, 50.
— du Trevou, libraire et écrivain, 68,
69, 147, 157, 229, 261, 262. — On
lui attribue la copie des Grandes
Chroniques (ms. 2813), 311.
Hesdin (Simon de).
Heures de Notre-Dame en vers, 77.
— Sujets des enluminures des Heu-
res de Notre-Dame, 217. — Heures
de Sainte-Osithe, 198-208. — Heures
de Savoie, 208. — Très belles gran-
des Heures de Charles V, 208. —
Heures d'Yolande de Flandre, com-
tesse de Bar, 214, 405. — Heures de
Pucelle, 185, 334. — Heures de
Bedford, 400. — Heures du duc de
Berry. — Voy. la seconde partie,
p. 282*-300*.
Hilaire de Rez, libraire, 133, 134.
Hinojosa (Gonzalo de).
Hippocrate. Traduction des Aphoris-
mes, 402.
Hispalense (Jean de).
Histoire ancienne (Compilation d'), de
la Création à Jules César, 277.
Histoires (Le maître des), titre donné
à l'auteur de l'Histoire scolastique,
113.
Histoires, dans le sens de Miniatures,
311. — Histoires et enluminures de
divers genres, 44. — Histoires pein-
tes sur les marges, 44.
Honfroi, duc de Gloucesler, 283. —
Ses livres, 139, 140, 321.
Honnorez (Pierre).
Honoré Bonet, Bonnet. Vision du
prieur de Salon, 127, 324.
Honoré, enlumineur, 181.
Hozier (Le président d). Sa collection
de lettres autographes, 338.
Hucher, 367.
Hue de Fontaine, 136.
Hugues Aubriot (Ms. attribué à), 57.
— Boileau, 344.
— de Saint- Victor. L'Arrhe de l'âme,
en français, 118, 224. — Miroir de
l'Eglise," 259. — Livre des sacre-
ments, 330.
Huitasse de Saint-Aubin, 348.
Humbert, dauphin de Viennois, 330.
I
Iéna (Ms. de la bibliothèque d'), 238.
Image (L') du monde, 265. — Ouvrage
attribué à Anselme, 407.
Information (L') des princes, 101, 262.
Ingeburge (Psautier de la reine), 163-
172.
Innocent III. La Misère humaine, 259.
Institutes, en français, 250, 251.
Inventaires de la librairie, 23-35, 387-
397. (Une édition des inventaires
est publiée dans la seconde partie
des Recherches.)
Irlande (Bois d'), 367.
Isabeau de Bavière, reine de France,
132. — Ses livres, 132-135.
Isabelle de France, fondatrice de l'ab-
baye de Longchamp, 176.
— de France, fille de Charles V, 156,
269.
— de France, femme de Jean Galéas
Visconti, 49.
— de France, reine d'Angleterre, 207.
Italien (Mss. en), 42.
Italienne (Influence) attestée par une
miniature des Miracles de Notre-
Dame, 305.
J. Chevrier, enlumineur, 184.
J. Gilet, 363.
J. Salvain, 399.
Jacques Bauchamp, Bauchans, traduc-
teur, 83, 84-91, 235.
— Branlart, 396.
— du Parvis, 367.
— Du Val, 137.
— le relieur, 331.
— de Rue, 52.
— de Voragine. Légende dorée, 133,
284, 285.
James (M. Montague Rhodes), 204.
426
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Jaquct Macé, ou Mahiet. enlumineur,
184, 185.
Jaquette ou Jacqueline de Luxem-
bourg, duchesse de Bedford, 134,
399.
Jean, comte d'Angoulème, 140. —
Note autographe, 157. — Voy. Jean
d'Orléans.
— d'Arçonval. Voy. Jean d'Arsonval.
— d'Arras, libraire, 132.
— d'Arsonval, 129, 223, 257, 324,
392.
— L'Avenant, écrivain de Charles V,
69.
— à la Barbe. Voy. Jean de Bour-
gogne.
— duc de Bedford. Acquéreur de la
librairie de Charles V, 22, 138, 397,
398. — Ses goûts de bibliophile,
398-402. — Sa devise A vous en-
tier, 400. — Ses Heures au Musée
britannique, 400.
— de Behaigne (Le bon roi), 327.
— duc de Berrv, 50, 120, 143, 149,
150, 153, 154", 173, 188, 286, 326,
395.— Sa signature, 289, 318, 345.
— Notes de lui, 150, 155. — Don à
lui fait par Charles V d'une relique
de la vraie croix, 61. — Jean de
Bruges travaille pour lui, 81. —
Jean Le Noir son enlumineur, 80.
— Son portrait, 127. — Inventaire
de ses livres jadis conservé aux
archives du Cher, 313. — Fausse
lettre de lui, adressée à Gilles Ma-
let, 345. — Fausse signature, 412.
— La seconde partie de cet ou-
vrage, à partir de la p. 219, con-
cerne les livres du duc de Berry.
— Berlran de L'Eschequier, 352, 359.
— Blanchet. Son recolement de la
librairie, 23, 24; indûment appelé
Louis, 388.
— Boccace. Cas des nobles malheu-
reux, ms. illustré par J. Fouquet,
126, 127, 403.
— de Bondol. Voy. Jean de Bruges.
— de Bonneuil le vieux, bourgeois
de Paris, 12.
— Sans peur, duc de Bourgogne. Son
portrait, 127.
— de Bourgogne ou à la Barbe. La
Préservation d'épidémie, 275.
— de Brie. L'Art de Bergerie, 82.
— de Bruges [ou de Bondol , voy.
Durrieu, Histoire de l'art, t. III,
S. 115], peintre et valet de chambre
u roi, 58, 80, 81, 148.
— Canart, 344.
— de Cardailhac, patriarche d'Alexan-
drie, 50, 120.
— de Châtillon, écrivain, 133.
Jean de Chavenges. Le Livre roval.
323.
— Chobart, 358.
— Corbechon, 91, 92. — Sa traduc-
tion du livre des Propriétés des
choses, 230-235.
— de Cis ou de Sy, 328, 404-410.
— de Craon, archevêque de Beims,
52.
— Crète, 32. 344.
— Daudin, Deudin, Dendin, chanoine
de la Sainte- Chapelle, traducteur,
92-94, 371.
— de Fayel, 358.
— Dodieu, évèque de Senlis, 128.
— de Dormans, cardinal, évêque de
Beauvais, 50, 120, 142.
— d'Essy, libraire, 133.
— sénéchal d'Eu, 137.
— Flamel (Notes de), 150, 155, 182,
211.
— Fouquet. Illustre un ms. de Pé-
trarque, conservé à Munich, 126, 403.
— Voy. la partie II, p. 308*.
— roi de France, 49,259,261. — Livres
du roi Jean, 279, 280, 326-334. —
Volumes perdus à la journée de
Poitiers, 291. — Sa captivité en An-
gleterre, 331. — Registre de la tré-
sorerie de Jean, duc de Normandie,
332-333. — Enlumineurs à son ser-
vice, 329, 332, 333, 365, 404. — Sa
signature, 331, 332, 345, 415. — In-
ventaire fait à sa mort, 333, 334. —
Son obit. 177.
— Galéas Visconti. Isabelle de France,
sa femme, 49.
— Gallopes, dit Le Galois, 402.
— Geofl'roi, relieur, 133.
— Golein, Goulain, traducteur, 53,
91-104, 156, 157, 262, 281.
— Grosbois, 367.
— de Hispalense, 268.
— sire de Joinville, 318.
— de Jouv, enlumineur, 133.
— de La Chaleur, 121.
—.de La Croix, 21, 30, 392.
— de La Grange, abbé de Fécamp,
121.
— de Langres, émailleur, 79.
— de Langres, tavernier, 333.
— Le Bègue, 132, 141, 290. — Ses de-
vises : Hé bien alegue et A bêle
me, 87, 107, 132,403. — Ses ou-
vrages, 107 note. — Il inventorie
les livres du roi, 21-30, 387-389,
392-394.
— Le Bon, physicien, 122.
— Le Jeune, 359.
— Le Noir, enlumineur du roi Jean,
et Bourgot, sa fille, 79, 80, 365, 405,
408.
— L'Escripvain, 359.
TABLE ALPHABETIQUE.
427
Jean, libraire de Lincoln, 331.
— Malet, iils de Gilles, 19, 20, 387.
— de Mandeville. Voyages, 275.
— de Marigny, 52, 53.
— Marlet. Voy. Jean Merles.
— Maulin, garde de la librairie, 21,
125, 132, 149, 151, 390-395.
— Merles, ou Marlet, libraire, 138,
396.
— de Meun, 259, 260, 273.
— Milet, évéque de Soissons, 145.
— de Molins, ou du Molin, 140, 141.
— de Montaigu, Montagu, grand maître
de l'hôtel, 223, 257. — Vidanie de
Laonnois, 154. — Ses livres, 26 note,
29, 31, 129.
— moine du Mont-Cassin. Voy. Gio-
vanni.
— de Montmartre, 329, 332, 404.
— comte de Montpensier, 136.
— de Neelle, médecin de Charles, roi
de Sicile, 271.
— de Neufchatel, 53, 54.
— mons. de Nevers, fils de Philippe,
duc de Bourgogne, 137.
— de Nizières, enlumineur, 232.
— d'Orléans, comte d'Angoulême, 276.
— Voy. Jean, comte d'Angoulême.
— de Paris. Memoriale historiarum,
103.
— le bon physicien, 142. (Ne fau-
drait-il pas lire : J. Le Bon, phy-
sicien ?)
— de Ponts, 348; chevalier, 352.
— Poulain, 362-364.
— Pucelle, enlumineur, 184, 185. —
Heures de Pucelle, 332.
— , ou Jeannin, de Rouen, copiste,
327, 328.
— Royer, évoque de Meaux, 52.
— de Sains, secrétaire du roi, 358.
— de Salisbury. Le Polycratique, 85,
263.
— de Sautigny, libraire, 138, 396.
— Stanley, 139 note.
— Susanne, enlumineur de Paris, 329,
405.
— de Sy. Sa traduction de la Bible
glosée, 135, 146, 404-410.
— Tabari, secrétaire de Charles V,
379.
— Thomas, copiste, 402.
— Tourtier, copiste, 402.
— de Vaubelon, 52.
— de Vaudetar, 51, 58, 74-76, 148.
— de ou du Vignai, traducteur, 160,
162, 259, 260, 261, 278, 280, 326.
— de Vy, échevin de Metz, 328.
— de Vy, chevalier, 328.
— de Wirmes, 333.
Jeanne de Belleville, 182.
— de Bourbon, reine de France, 50,
161. — Représentée sur le Rational
de G. Durant, 157. — Sur la parure
d'autel de l'église de Narbonne, 62.
— Miniature de ses funérailles, 314.
Jeanne de Bourgogne, reine de France,
162, 179, 278, 303, 326.
— d'Evreux, reine de France, 49, 173,
175, 323. — Son bréviaire, 185.
— , comtesse d'Eu et de Guines. Ms.
fait pour elle, 243.
— de France, fiancée de Jean d'Ara-
gon, 49.
— de Navarre, femme de Philippe Le
Bel, 257.
— de Navarre, reine d'Angleterre, 207.
— de Soycour, 17 note.
— de Valois, comtesse de Hainaut,
336.
Jeannin L'Avenant, 333.
— d'Orquevaulz, enlumineur, 328.
Jérusalem (Armes de), 272.
Joie (La) de Paradis, 248.
Joinville (Armes de), 51. — Vie de
saint Louis, par le sire de J., 318.
Josèphe. Histoire des Juifs, en latin et
en français, 119.
Jouy (Jean de).
Juan, duc de Gérone, 129.
Jugement des estoiles, 402.
Jugement dernier (Tableaux du), 189,
217.
Julien (Cresques lo).
Juifs. Livres hébraïques confisqués
sur les Juifs et mis au Trésor des
chartes, 139, 376-378. — Prétendus
manuscrits présentés par des Juifs
à Charles V, 338. — Contribution
des Juifs pour l'exécution de la
Bible de Jean de Sy, 328,406. — Voy.
Josèphe, Cresques, Farag, Menecier.
Julianus, 366.
Justinien. Voy. Code, Digeste, Extra-
ordinaire, Institutes.
Juvénal des Ursins. Son missel, 399.
La Bigne (Gace de).
La Bouchère (Collection), à Nantes,
338, 345.
La Chaleur (Jean de).
La Croix (André de).
— (Jean de).
La Grange (Jean de).
La Haye (Mss. de la Bibl. royale de).
Voy. partie H, p. 330*. — Mss. du
Musée Méermanno-Westréenien, 148,
252.
Laillier, Lalier (Michel de). .
Laistre (Philippe de).
Lambert Le Petit, copiste, 243.
Lamoignon. Bible lui ayant appartenu.
66.
Landez (Pierre de).
428
TABLE ALPHABETIQUE.
L'Angevin (Thevenin).
L'Anglais (Barthelemi).
Langres (Jean de).
Langue d'oc (Mss. en), 42.
Languedoc (Voyage de Charles VI
dans le), 132.
Laon (Miracle de la flertre de), 299.
Laon (Henri de).
Laonnois (Vidame de). Voy. Jean de
Montaigu.
L'Arbaleste (Famille de). Ms. lui ayant
appartenu, 406.
La Teillaye (M. de).
Laurent (Frère). Mss. de la Somme le
Boi, 236-247.
Laurent Du Bois, 247.
— Girard, notaire de Charles VII, 127,
403.
— L'Evesque, 368.
— de Marsoy, 333.
Laval (Gui de).
La Vallière (Le duc de). Bible lui
ayant appartenu, 150.
L'Avenant (Jean).
Laverdet (Lettres autographes vendues
par), 339.
Le Bègue (Jean).
Le Boucher (Nicaise).
Le Boursier (Alexandre).
Le Breton (Gautier).
— — (Guillaume), de Basqueville.
Le Coq (Bobert).
Le Fèvre (Godefroi).
Le Galois (Jean Gallopes, dit).
Légende dorée, 204, 285. — Appendice
sur les fêtes nouvelles, 103.
Légiloque (Le), 248.
Le Jeune (Jean).
L'Empire (Olivier de).
Le Noir (Jean).
Léochade (Sainte), 298.
Le Petit (Lambert).
Le Plessis-Gassot, 353, 361.
Le Portier (Pierre).
Les Ageux, 358.
L'Eschiquier (Jean Bertrand de).
L'Escot (Guillaume).
L'Esrripvain (Jean).
L'Esglantier (Henri de).
Lespoisse (Nicolas de).
Lesouef (M.). Son portulan, 277.
Letellier (Lettres de la Collection),
338 et suiv.
Le Tourneur (Thomas).
Le Veau (Gilles).
L'Evesque (Laurent).
Le Vilain (Mathieu).
Leyde. Ms. de l'Université, 278, 279.
L'Huilier, L'Uillier (Henri).
Libraires. Voy. Denis Courtiller, Hen-
ri L'Uillier, Hilaire de Bez, Jean
d'Arras, Jean d'Essy, Jean de Lin-
coln, Jean Merles ou Marlet, Jean
de Sautigny, Olivier de l'Empire,
Perrin Cauvel, Pierre Honnorez de
Neufchatel, Thevenin L'Angevin,
Thomas de Maubeuge.
Librairie du Louvre. Inventaires, 23-
35; — de Gilles Malet (1373-1380),
23-27; — de Jean Le Bègue (1411
et 1413), 28-31 ; — de l'année 1424,
31, 32. — Becolement de 1380, 28.
— Livres compris dans les inven-
taires du mobilier (1380 et 1418), 31,
33. — Editions des inventaires, 33, 34.
— Plan de l'édition publiée dans la
seconde partie de cet ouvrage, 35.
— Aperçu de la composition de la
librairie^ 36-41. — Elle est transfé-
rée du Palais au Louvre, 7, 367. —
Livres qui en subsistent, 142-325.
Liège. Chronique des évêques, 322.
Lihuz (Pierre de).
Lille (Alain de).
Limai (Couvent de). Charte historiée
de Charles V pour cette maison, 61.
Limoges, conquise par Charles V, 99.
Lincoln (Jean, libraire de), 331.
Lions peints dans les livres de Char-
les V, 55, 152, 219, 221, 222, 280,
284, 285, 308, 320, 403.
Lirois (Guillaume de).
Lisieux (Nicole Oresme, nommé évêque
de), 106.
Lisignes (Marie de).
Litanies anglaises, 203, 206.
Livre royal (Le) de Jean de Chaven-
ges, 323.
Loan (Philippe de).
Locart (Thomas).
Loherenc (Boman du) Garin, 331.
Londres. Mss. du Musée britannique,
102, 135, 147, 174, 218, 219, 239,
273, 320, 330, 400. — Voy. partie II,
330*.
Longchamp (Isabelle de France, fonda-
trice de), 176.
Longueaue, 358, 359. — Baoul de L.
Longueville (Armes de), 214.
Longueville (Yolande de Flandre, com-
tesse de).
Lorens. Voy. Laurent.
L'Orfèvre (Pierre).
Lorraine (Henriette de), abbesse de
Notre-Dame de Soissons, 292, 293.
Loth (Les filles de), 409.
Louis, duc d'Anjou, 50, 123, 136, 145,
148, 149, 257, 328. — Livres pris
par lui à la librairie du Louvre, 135.
— Son tapis, 148. — Parrain d'un
fils de Gilles Malet, 14.
— cardinal et duc de Bar, 327, 328.
— duc de Bourbon, 346.
— Blanchet. Voy. Jean Blanchet.
Louis 1er, duc de Bourbon, 137. — Son
manuscrit de la Somme le Boi, 243.
TABLE ALPHABETIQUE.
429
Louis de Bruges (Mss. de), 140, 250,
251, 252, 321-324.
Louis, comte d'Etampes et sire de
Lunel, 97.
Louis VII, roi de France, qualifié de
« rex piissimus », 410.
Louis VIII, roi de France, et sa fa-
mille, 198.
Louis (Saint), roi de France. Sa croi-
sade, 193. — Beliques portées par lui,
213. — Son image dans le Bréviaire
de Bonne de Luxembourg, 335. —
Scènes de sa vie peintes pour
Charles V, 313. — Traduction de
l'épître consolatoire qu'il reçut de
Vincent de Beauvais, 227. — Bible
moralisée paraissant lui avoir été
dédiée, 173. — Ses psautiers, 49,
163-177. — Translation du chef,
159, 177, 193. - Office de saint
Louis, 179, 181, 192. — Prière d'un
roi adressée à saint Louis, 210. —
Vies de saint Louis, par Guillaume
de Nangis, 309; par le sire de Join-
ville, 318; et par Guillaume de Saint-
Pathus, 319. — Image de lui, 335,
336.
Louis, duc de Guyenne. Ses livres,
129, 136, 137, 223, 257, 324, 390-392,
401. — Livres envoyés par lui à la
librairie du Louvre, 26 note, 29.
— de Maie, comte de Flandre, 137.
— (Saint) de Marseille. Son office, 192.
— Son image, 335, 336.
Louis, duc d'Orléans, d'abord comte de
Valois, 76, 77, 136, 156, 188, 269,
356, 357, 362-364. — Sa nativité,
266, 269. — Ses rapports avec Gilles
Malet, 14. — Tite-Live à lui vendu,
15. — Sa Bible, 143, 144. — Son
Information des Princes, 101. —
Ses Chroniques de Burgos, 102. —
Note autographe, 144.
— de Poitiers, comte de Valentinois,
263.
— (?), comte Vendôme, 391.
Louvre (Le), à Paris, miniature d'un
livre du duc de Berry; partie II,
320*.
Lozanges besancées, 45.
Lucain, 278.
Lunel (Louis, comte d'Etampes et
sire de).
Luxembourg (Bonne de).
— (Jacqueline ou Jaquette de).
Lyon (Ms. de la bibliothèque), 317.
— Voy. partie II, p. 329*.
M
M. de La Teillaye, 391.
Maci (Jaquet).
Madrid. Mss. de la Bibliothèque na-
tionale, 258 note, 282.
Mahiet, enlumineur, 184. Voy. Jaquet
Maci.
Mahieu d'Espineuse, 352.
Maillart d'Estrées, 358.
Maître (Qualification de), indûment
donnée à Gilles Malet, 344.
Maizières (Philippe de).
Majorque (Portulan de), 277.
Maie (Louis de).
Malet (Charles, Gilles, Jean, Margue-
rite, Philippe).
Mamunaiz (Pierre de).
Mandeville (Jean de).
Mansurah (Croisés tués à la bataille
de), 180, 411.
Mappemonde de la Bible de Jean de
Sy, 406, 407.
Marchia (Angélus de).
Marco Polo (Le livre de), 274.
Marcoussis (Livres du château de),
129, 223, 257.
Mareuil (Seigneur de), 354.
Marges ayant reçu des peintures, 44,
45.
Marguerite de Bourgogne, duchesse
de Guyenne, puis comtesse de Biche-
mont. Ses Heures, 401, 402.
— de Flandre, duchesse de Bour-
gogne, 136, 285.
— iille de Gilles Malet, 16 note. "
— la relieuse, 331.
— de Vienne, 100.
Marie de Berry, duchesse de Bourbon-
nais, 151,
— de Bourbon, prieure de Poissi, 120,
121.
— de Bourgogne, comtesse de Savoie,
212.
Marie de Brabant, reine de France,
410.
— de France, duchesse de Bar, 2, 50,
121, 136, 328.
— de France, fille de Charles V, reli-
gieuse de Poissi, 156, 175, 183, 269.
— de France, fille de Charles VI, 136.
— de Lisignes, dame de Seignelai,
100.
— de Saint-Paul, comtesse de Pem-
broke, 52, 65.
Marigny (Jean de).
Marines (Biens de Gilles Malet à), 12.
Marlet (Jean). Voy. Merles.
Marramas (Drap d'or), 46.
Marseille (Saint Louis de).
Marsoy (Lorens de).
Martin (Saint). Sa vie, par Péan Gasli-
neau, 307.
Martin II, roi d'Aragon. Son Bréviaire,
217.
— de Melou, 52, 326.
— de Saint-Gille, 402.
430
TABLE ALPHABETIQUE.
Mathieu Congnée, lieur de livres, 368.
— Le Vilain, traducteur, 264.
Maubeuge (Thomas de).
Maucler (Girard).
Maulin (Jean).
Mazarinei'Mss.de la bibliothèque), 240,
284.
Meaux (Evêque de), Jean Boyer.
Médecine (Livres de), en hébreu, 377.
Meerbeke (Guillaume de).
Méermanno-"\Vestréenien (Musée), 148,
252.
Meliachin, 323.
Mellou, Melou (Martin de).
Melun (Les L'Arbalesle, vicomtes de),
406.
Melun (Livres du roi à), 32, 128.
Memoriale historiarum, 103.
Menecier, juif, 53, 376.
Mengniac (Aimeri de).
Merles ou Marlet (Jean).
Mesmes (Famille de). Sa fausse généa-
logie, 171. — Henri de M., 171.
— (Guillaume de).
— (Henri de).
Metz (Jean de Vy, échevin de).
Meun (Jean de).
Michel, chapelain du roi, 370.
— de Crenev, évéque d'Auxerre, 159.
— de Lailliêr, 28, 387, 388, 396.
Michelle de France, tille de Charles VI,
136.
Milan, ms. H. 106 sup. de l'Am bro-
sienne, 243.
Milan (Valentine de).
- de Dormans, évêque de Beau-
vais, 50.
Milet (Jean).
Miniatures des Heures de Sainte-Osi-
the, 201, 202: — do la Somme le
Boi, 236-247; — des Miracles de
Notre-Dame, 303, 304; — des
Grandes Chroniques, 310, 316: — de
la Vie de saint Louis, 313; — de
la Bible de Jean de Sy, 408. — Mi-
niatures découpées dans un bré-
viaire, 196. — Voy. les notices de
beaucoup d'autres mss., 142 et suiv.
Miniaturistes (Instructions données
aux), 311. — Voy. Enlumineurs.
Miracles de Notre-Dame, par Gautier
de Coinci, 285-305.
Miroir (Le) de l'Eglise, par Hugues
de Saint-Victor.
Miroir (Le) des liâmes, 247.
Miserere (Le) du Beclus de Molliens,
247.
Missels de Paris, 158; —de Belleville,
182 note; — traduction française
du Missel, 161, 162.
Mohammed Abou Bekr, 271.
Molins (Jean de) ou du Molin, 140,
141.
Molliens (Beclus de), 247.
Monnaie d'or de Charles V, 99 note.
Montagu ou Montaigu (Jean de).
Montague (Guillaume).
Montaigu (Gérard de).
Montauban, conquête de Charles V,
99.
Montbéliard (Etienne de).
Montcassin (Giovanni, moine du).
Montfort (François de).
Montigny, 121."
Montjay (seigneur de), 359.
Montmartre (Jean de).
Montpellier (Pierre, chirurgien de),
121, 122.
Montpensier (Jean, comte de).
Mont-Saint-Michel (Le), visité par
Charles VI, 132. — Miniature repré-
sentant les pèlerinages du Mont,
401.
Moralités des philosophes, 259.
Moralités sur la Bible, 327, 333.
Morgan (Pierpont), son fragment de
Bible moralisée. 174. — Son Bré-
viaire franciscain, 403, 411.
Morice (Frèreï, 121.
Mort (La doutance de la), 297, 301.
Motez (Livre de), 333.
Mouches à miel (Livre des), par Tho-
mas de Cantimpré, 228.
Munich (Bibliothèque royale d<^. Ma-
nuscrit illustré par Fouquet, 127
note, 403. — Missel du duc de Berry,
partie II, 331*.
Mur (Dalmatio de).
Musée Coudé. Voy. Chantilly.
Musique (Instruments de), 26 note. —
Airs notés de pièces en l'honneur
de la Vierge, 289, 297, 305.
.Mutina (Bernardinus de).
Nangis (Guillaume de).
Nantes (Bibliothèque de). Fausses
lettres de Charles V et du duc de
Berry, 338, 345.
— Musée Dobrée. Bible de Charles VI.
1 iô. — Fausse lettre de Charles V.
338.
Narbonne. Portraits de Charles V el
de sa femme sur une parure d'autel
de 1 église de N., 62.
Naurois (Albert de), 194.
Navarre (Armes de), 51, 214. — Le roi
Charles le Mauvais. — Blanche et
Jeanne de N.
Neelle (Jean de).
Neufchâtel en Normandie, 327.
Neufchâtel (Jean de).
Neuville- Villeroy (François de), arche-
vêque de Lyon. Bible lui ayant ap-
partenu, 66.
TABLE ALPHABETIQUE.
431
Nevers (Mons. de), Jean, fils de Phi-
lippe, duc de Bourgogne, 137.
Nicaise le Boucher, 358.
Nicolas de Gonesse, traducteur, 115.
— de Lespoisse, 103.
— des Prez, 28, 387, 388.
Nicole de Chambli, femme de Gilles
Malet, 16, 17, 18, 19, 360, 361.
Nicole de Vaires, 51.
Nicole ou Nicolas Oresme, traducteur,
104-107, 252-257, 379.
Nîmes (Le senne de), 330.
Nivelle (Geuffrin).
Nizières (Jean de).
Noble maison (La), 330.
Nogent-les- Vierges, 358, 359.
Noir (Jean Le).
Normandie (Coutumier de), du Musée
Du Tuit, 64.
Normandie (Bonne, duchesse de).
Note (Lettre de), 41.
Notre-Dame. Miracles, 285-305. — Pro-
phéties, 323. — Les Cinq joies, 302.
— Voy. Heures.
Nuremberg (Bibliothèque de). Heures
de Sainte-Osithe, 137 note, 198.
(>
Odo. Voy. Eudes.
Oessel (Gautier d').
Ogier (Philippe).
Oise (La rivière d'), 356, 360.
Olivier de Clisson. Bréviaire, 182.
— de l'Empire,. libraire, 91.
Or (Mss. en lettres d'), 43, 215.
Oresme (Nicole).
Orgemont (Mss. aux armes d'), avec
bordures tricolores, 67.
— (Amauri d').
— (Pierre d').
Originaux des saints, 330.
Orléans (Armes d'), 236. — Ducs et
duchesses : Charles, Louis, Philippe;
Blanche, Valentine.
Orléans (Jean d').
— (Baoulet d').
Orquevaulz (Jeannin d').
Osithe (Sainte-), 204-206. — Minia-
ture, 200.
Othe de Granson. Ballades, 133.
Oudart Boscliot travaille à l'inven-
taire de la librairie du Louvre, 28,
390.
Oudin de Carvanay, copiste, 69, 70.
Outre-mer (Chronique d'), 371.
Oxford. Bible moralisée de la Bod-
léienne, 174. — Ms. de l'Ecole de
peinture d'O., 214. — Ms. du col-
lège de la Trinité, 209. — Ms. du
collège Saint-Jean, 266.
Pairs de France. Blanc réservé pour
leurs armes, 313.
Papes (Vies des). Edition dédiée à
Charles V par Pierre Bohier, 373,
385, 386. — Privilèges accordés par
les papes aux rois de France, 319.
Paradis (La Voie et non la Joie de),
247, 248.
Parchemin (Achat de), 370.
Paris. Eglise de Notre-Dame, 159. —
Evoques : Gérard de Montaigu,
Pierre d'Orgemont. — Chanoine :
Jean de Sains. — Ordre de la célé-
bration des fêtes du temps pascal
en 1329, 192. - Bréviaire, 190, 197.
— Missels, 122, 158. — Sainte-Cha-
pelle, 159. — Dédicace, 180, 198. —
Psautier férial, 177. — Chanoine :
Jean Daudin. — Saintes reliques.
Voy. Reliques. — Eglise des Inno-
cents, 134. — Bible des Célestins,
143, 144. — Dominicains, 123, 330,
374, 375. — Hôtel de Saint-Paul.
Voy. Saint-Paul. — La librairie du
roi transférée du Palais, au Louvre,
devers la tour de la Fauconnerie,
367. — Manuscrits, voy. Arsenal,
Louvre, Mazarine, Sainte-Geneviève,
Cluni. — Collège maître Gervais,
122, 123. — Voy. Copistes, enlumi-
neurs, libraires. — Domaine et
recette, 355, 361. — Echevin : Gar-
nier de Saint- Yon. — Jean de Paris.
— Jean de Bonneuil, bourgeois de
Paris. — Marchands : Bernard Bele-
nati, Dyne Bapponde. — Tombe de
Raoul de Presles dans l'église de
Saint-Merry, 107; hôtel de ce per-
sonnage dans la rue Neuve-Saint-
Merry, 110. — Rue Troussevache et
rue Aubery-Le-Boucber, 365.
Passion (Traduction de la), 134.
Patenostre (La) exposée en prose, 306.
Patrac pour Pétrarque, 371.
Patriarches (Testaments des douze),
328-
Paul (Saint). — Images de la prédica-
tion de l'apôtre, 216.
Péan Gastineau. Vie de saint Martin,
307.
Pèlerin de Prusse. Ouvrages astrolo-
giques, 266.
Pèlerinage (Le) de l'âme, traduit par
Jean Gallopes, 402.
Pembroke (Marie de Saint-Paul, corn*
tesse de).
Pennes d'Esguelnes ou Des Guelnes,
358.
Pépin (Les Enfances), 171.
Perin Remiet, 404.
Perinz de Falous, copiste, 237.
432
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Pernelle de Gaurrien, femme de Gilles
Malet, 16.
Perrault (Guillaume).
Perrin Cauvel, libraire, 133.
Petit (Lambert Le).
Petmel, 397.
Pétrarque (François).
Philippe Le Bon, duc de Bourgogne.
Grand bréviaire renfermant son por-
trait, 198.
Philippe Le Hardi, duc de Bourgogne,
24, 133, 136, 161, 388.
Philippe-Auguste, roi de France. Son
anniversaire, 180, 198.
Philippe Le Bel, roi de France, appelé
le bel roi Philippe, 177. — Son bré-
viaire, 49, 179. — Son obit, 178.
Philippe Le Hardi, roi de France.
Son exemplaire des Chroniques de
France, 309.
Philippe Le Long, roi de France. Vie
de saint Denis, dédiée à ce roi, 306,
307. — Son obit, 177.
Philippe de Valois, roi de France,
178. — Ms. de Bernard Gui lui
ayant appartenu, 282.
— de Laistre, 359.
— de Loan, 139.
— de Maizières, 52, 120. — Le Songe
du vieux pèlerin, 127.
— Malet, lils de Gilles, 16 note. —
Seigneur de Ballengni, près Senlis,
357.
— Ogier, 121.
— duc d'Orléans, 120.
— de Builly, 396.
— de Savoisi, 32.
— de Trie, 354, 361.
— de Vier, 358.
Philosophes (Moralités des), 259.
Physicien (Jean le bon), 122. [Peut
être Jean Le Bon, physicien.]
Picard (Dialecte), 42.
Picard (Eudes).
Picardie (Comté de Pontieu en), 99.
Pichon (Ms. du baron), 334.
Pierre Abélard, 302.
— comte d'Alençon, 121.
— Amelii, archevêque d'Embrun, 50.
— d'Asnières, 52.
— d'Avoir, 121.
— Bersuire, traducteur, 283, 327.
— Bohier. SurlaBègledesaint Benoît,
82. — Vies des papes, 3, 82, 385, 386.
— Chevalier, vendeur ou acheteur d'un
Boman de la Bose, 64.
— de Crescens. Le Bustican, 115, 116.
— Culdoë, 7 note.
— des Essarts, 326.
— Franchomme, 188.
— de Hangest, prévôt de l'église
d'Amiens, traducteur, 226, 227.
Pierre Honnorez de Neufchâtel en Nor-
mandie, libraire, 327.
— de Landez, 379.
— Le Portier, 133.
— L'Escot, 367.
— de Lihuz, 352, 358.
— L'Orfèvre, 360.
— de Luxembourg (Saint), 51.
— de Mamunaiz, 358.
—, chirurgien de Montpellier, 121,
122.
— d'Orgemont, chancelier. Ses Chro-
niques, 313, 372.
— d'Orgemont, évèque de Paris, 67.
— d'Orgemont, seigneur de Montjav
et de Chantillv, 359.
— de Préaux, 269, 270.
— Bemiot, enlumineur, 80, 404.
— Scatisse (Lettres de Charles V à),
349.
— de Villiers (et non de Villars),
évéque de Troyes, confesseur du
roi, 52, 123, 144, 374, 375.
Pierpont-Morgan (Ms. de), 403, 411.
Pipes ou signets des manuscrits, 46.
Pisan (Christine de).
Plenus Amoris (Hamericus).
Poissi (Beligieuses de). Marie de
France, 183. — Prieure, Marie de
Bourbon, 120, 121.
Poitiers. Livres du roi Jean perdus à
la bataille de P., 286, 291, 330,
331.
— (Louis de).
Polycratique (Le) de Jean de Salis-
bury, en français, 85, 263.
Pont-Sainte-Maxence (Biens de Gilles
Malet à), 12, 348-360. — Eglise de P.,
18.
Pontieu (Le comté de), en Picardie,
conquis par Charles V, 99.
Pontoise (Vicaire de Saint-Melon de),
240.
Ponts (Jean de).
Portier (Pierre Le).
Portulan, 276. — Voy. Atlas catalan.
Poulain (Jean).
Pourtrayeur (Simon de Bouen), 333.
Préaux (Armes de), 51.
— (Pierre de).
Près (Nicolas des).
Presles (Baoul de).
Primat, moine de Saint-Denis. Sa tra-
duction des Chroniques de France,
309.
Princes (Le livre de l'Information des),
101, 262.
Proulias (Athis et), 321.
Prophètes glosés, 330. — Images des
prophètes et des apôtres, 216.
Prophéties de Notre-Seigneur et de
Notre-Dame, 323.
TABLE ALPHABETIQUE.
433
Propriétaire (Le) des choses ou Livre
des Propriétés, 91-92, 230-235.
Provençal (Mss. en), 42.
Prusse (Pèlerin de).
Psautier (Illustrations du), 180. —
Psautiers divers, 163-179; — d'Inge-
burge, 163; — de Peterborough,
172; — attribué à Blanche de Cas-
tillc, 165; — de saint Louis, 163,
175; — férial de la Sainte-Chapelle,
177.
Ptolémée. Centiloge, 265. — Quadri-
perti, 265.
Pucelle (Jean). Heures de Pucelle,
332.
Q
Quadriperti (Le) de Ptolémée, 265.
Quarante homélies (Les) de saint Gré-
goire, en français, 118.
R
R. de Brace, 123.
Racine (Guillaume).
Raoul de Longueau, 351, 358.
— de Presles, 1, 3, 50, 52, 120. — Ses
traductions, 84, 107-114; de la Bible,
58, 147; de la Cité de Dieu, 220-223.
— Son tombeau, 107 note. — Auteurs
cités par lui, 380. — Exemplaires
de la Cité de Dieu qu'il a consul-
tés, 383.
— Tainguy, copiste, 73.
Raoulet d'Orléans, copiste, 70-79, 148,
149, 153, 154, 253, 254, 275.
Rapponde (Dyne).
Rebecca. Miniature, 409.
Reclus de Molliens, 247.
Regnault Chauvel, 332.
— de Dampmartin (Vers de), 306.
— Dongnon, 351.
Reims (Archevêque de) : Jean de Craon.
— (Etienne de).
Relieur et relieuse. Voy. Jacques,
Jean Geoffroi, Martin Congnée, Mar-
guerite.
Reliques (Les Saintes), 158, 159, 178,
181, 192, 198. — Image des reliques,
209 213.
Reliure de livres, 45, 46, 369-372. —
Changement de la reliure de quelques
livres, 389.
Rémi (Saint). Vie en vers français,
308.
Remiet, enlumineur, 80. — Voy. Pierre
Remiot.
Renart (Roman de), 331.
Renaud de Chasteaux, 137.
— de Fontaines, évéque de Soissons,
145.
— Fréron, 122.
René d'Anjou, roi de Sicile, 328.
Reuelle ou Revelle (Firmin de).
Rez (Hilaire de).
Rhasès (Le Contenant de), 270-272.
Richard II, roi d'Angleterre, 120, 137,
183.
Richard de Furnival, 325.
Richemont (Marguerite de Bourgogne,
comtesse de).
Rien en Beauvoisin, 368.
Robert, comte d'Artois. Son obit, 198.
— de Baudrecourt, 328.
— Caignet, 359.
— Grosse-Tête, 328.
— Le Coq, 54.
— évéque de Senez, 127.
— de Sorbon, Iter paradisi, 248.
— roi de Sicile, 50.
Robin de Fontaines, enlumineur et
écrivain, 133.
Rochambeau (Le comte de), 372.
Romains (Faits des), 278.
Romanorum Gesta, 128.
Rome. Mss. du Vatican, 192, 282; par-
tie II, 331*.
Rome (Gilles de).
Rothschild (Baronne Ad. de). Ms. de
sa bibliothèque, 334. Voy. partie II,
p. 329*.
— (Baron Ed.). Ms. de sa biblio-
thèque. Voy. partie II, p. 329*.
— (Baronne James de). Ms. de sa bi-
bliothèque, 217.
Rouen (Bailli de), 121. — Voyage de
Charles VI à Rouen, 132. — Ms. copié
à Rouen en 1429, 402. — Charte his-
toriée de Charles V pour la cathé-
drale de Rouen, 57, 61. — Les livres
du duc de Bedford portés à Rouen,
139. — Nicole Oresmc, doyen de
Rouen.
— (Jean ou Jeannin de).
— (Simon de).
Royaumont (Charte historiée de l'ab-
baye de), 57, 61.
Royer (Jean).
Rue (Jacques de).
Ruilly (Philippe de).
Ruskin, 158, 214.
Rustican (Le), 115, 116.
Rutebeuf, 322.
S
Saarbruck (Le comte de), 121.
Sacre des rois (Livre du), 218, 330. —
Sacre de Charles V, 312 note; de
Charles VI, 312.
Sacrement (Office du), 180, 181.
Sains (Jean de).
Saint-Aubin (Huistace de).
Saint-Denis (Abbaye de), 122. —
Moines : Primat, Yves.
28
43^
TABLE ALPHABÉTIQUE.
Saint-Eloi (Pierre Bersuire, prieur
de).
Saint-Germain-en-Laye (Livres du roi
à), 32.
Saint-Gille (Martin de).
Saint-Graal (Roman du), 326.
Saint-Gueulx en Beauvoisin, 358.
Saint-Lucien de Beauvais (Bible de),
53, 143, 143.
Saint-Melon de Pontoise, 240.
Saint-Pathus (Guillaume de).
Saint-Paul (Hôtel à Paris), 268. —
Livres du roi à cet hôtel, 32. —
Charte relative à l'inaliénabilité de
L'hôtel, 57, 61.
Saint-Paul (Marie de).
— (Wateran, comte de).
Saint-Pétersbourg. Bible indûment
signalée comme conservée à la
Bibliothèque, 144. — Boman de la
Panthère, etc., partie II, 331*.
Saint-Victor (Hugues de).
Saint-Yon (Garnier de).
Sainte-Chapelle (La). Yoy. Paris.
Sainte -Geneviève (Bibliothèque), à
Paris. Ms. des Chroniques de France,
309; ms. de Tite-Live, en français,
283; ms. de la Somme le Boi. 232.
Sainte-Osithe de Chiche, 204-205. —
Heures paraissant avoir été faites
pour cette église, 198-208. — Psau-
tier de ce prieuré, 206.
Saintes (Table d'un recueil de vies de),
293.
Saints (Originaux des), 330.
Salenus de Agregento, 271, 272.
Salisbury (Jean de).
— (Comte et comtesse de) : Guillaume
Montague, Elisabeth.
— (Brévaire de\ 399.
Salluste, 278.
Salmon (Pierre).
Saloinon (Sagesse de), peinture, 155.
Salon (Prieur de). Voy. Honoré Bonet.
Saluées (Le marquis de), 121.
Salvain (J.).
Sanitatis (Tacuinum), 273.
Sardenai (Notre-Dame de), 301.
Sarron, 359.
Sautigny (Jean de).
Sauvilla (Bernard de).
Savoie (Armes de), 211, 212.
— (Comte et comtesses de) : Amédée,
Blanche de Bourgogne, Marie de
Bourgogne.
— (Heures de), 208.
Savoisi (Philippe de).
Scatisse (Pierre).
Scheffield (Musée de), 158.
Scotus. Voy. Guillaume L'Escot.
Scrope (Stephen).
Sebèce (Alain).
Seignelai (Marie de Lesinnes, dame
de).
Seuart (Hermitage de), 18.
Senèque. Epîtres en français, 118,
257. — De Remediis fortuitorum,
89. — Reliure d'un Senèque pour le
Dauphin, 371.
Senez. Robert, évéque.
Senlis. Jean Dodieu, évèque.
Senne (Le) de Nîmes, 330.
Sermoises (Adam de).
Sery (Soullart de).
Sicile (Rois de) : Charles d'Anjou.
Louis, René, Robert.
Sigebert (Annales dérivées de la Chro-
nique de), 306.
Siginulfe (Barthelemi).
Silly en Mussien, 357.
Simon de Hesdin, traducteur, 114, 115,
123, 284.
— de Rouen, pourtraveur, 333.
Soisi-sur-Etiolles (Biens de Gilles
-Malet à), 12, 16, 17. — Eglise de
S., 18, 19, '
Soissons (Abbaye de Notre-Dame de).
Ms. des Miracles de Notre-Dame au
séminaire de Soissons, 285-305,
331. — Miracles de N.-D. de S.,
300. — Evêques : Jean Milet, Renaud
de Fontaines. — Bible de la cathé-
drale, 145.
Soisy-sur-Seine, 361.
Somme des confesseurs, 330.
Somme le Roi (Mss. de lai. 236-247.
Songe (Le) du Verger, 82, 320. — Le
Songe du vieux Pèlerin, 127.
Sophie, reine de Danemark, 168.
Sorbon (Robert de).
Soulier de la Vierge, 293.
Soullart de Sery, 368.
Soycour (Jeanne de).
Sphère (Traité sur la), 266.
Stanley (Jean).
Stephen Scrope, 135.
Stockholm (Ms. de la bibliothèque
de), 274. '
Suétone, 278.
Suftrages dans les livres d'Heures,
intercalés dans les Heures de Notre-
Dame, 201.
Suzanne (Jean).
Sy (Jean de).
Synagogue (Images de la), 159, 216.
Tabari (Jean).
Tacuinum sanitatis, 273.
Tainguy (Raoul).
Talmud (Cahiers du), 130.
Tapis du duc d'Anjou, 148.
Tassin, 331.
Taurin (Image de saint), 411.
TABLE ALPHABETIQUE.
435
Térence, ms. des ducs, 126.
Testament des douze patriarches, 328.
Tètes humaines servant de sujets pour
l'enluminure des initiales, 196, 197.
Thebaldes (Gilles de).
Thevenin L'Angevin, libraire, 76.
Thierry, secrétaire du duc d'Orléans,
363.
Thomas d'Aunoy, 21, 30, 392.
— Becket (Saint), archevêque de Can-
torbéry. — Son office, 201, 203. —
Miniatures, 200, 202, 203, 204.
— de Boulogne, Bologne, astrologue
du roi, 53, 130, 377.
— (Saint) de Canteleu, évéque de
Hertford, 206.
— de Cantimpré. Le Bonum univer-
sale de Apibus, en français, 116,
228.
— Le Tourneur, 344.
— Lotart, 351.
— deMaubeuge, libraire, 326, 327,333.
— (Jean).
Thompson (M. Henry Yates), à Londres.
Ses manuscrits, 176, 184, 214, 280;
partie II, 330*, 331*.
Tite-Live, traduit par Pierre Bersuire,
283, 327.
Tolède (Prétendu clerc de), appelé
par Jean, duc de Berry, 345, 346.
Toltmache (Lord). Ses manuscrits,
204.
Tourtier (Jean).
Toussac (Charles).
Traductions faites pour Charles V,
82-117.
Tramagon (Evrart).
Tranches des manuscrits (Ornements
sur les), 45, 48.
Transtamare (Henri de).
Trésor des chartes. Gérard de Mon-
laigu, garde, 53. — Livres hébraïques
du Trésor, 53, 376-378.
Trevou (Henri du).
Tricolores (Encadrements) dans les
mss. du temps de Charles V, 62-
66, 403, 411.
Trie (Philippe de).
Tristan (Gencien).
Trivulce (Ms. de la bibliothèque des),
partie II, 331*.
Troies (Druin de).
Trois morts et des trois vifs (Image
des), 335.
Troyes (Chapitre de), 374.
— (Livres donnés aux Dominicains
de), 123, 12'., 373-375.
Truffes ou récits fabuleux de certains
mss., 42.
Turin (Heures de), venues du duc de
Berry, 210 note. — Mss. de l'Uni-
versité et des archives d'Etat, par-
tie II, 331*.
i;
Dilier (Henri L*), 68.
Urbain V, 52.
Urfé (D'). Ms. du Propriétaire, relié
aux armes d'Urfé, 233.
Vailli en Vermandois, 109.
Vaires (Nicole de).
Val (Du). Voy. Du Val.
Valence (La Somme le Roi, ms. de
l'Université de), 246.
Valentine de Milan, duchesse d'Or-
léans, 188, 363. — Gilles Malet a
son service, 14.
Valentinois (Louis de Poitiers, comte
de).
Valère Maxime, en français, 114, 115,
284.
Valois (Louis, comte de). Voy. Louis,
duc d'Orléans.
— (Jeanne de).
Van Praet. Son travail sur les inven-
taires de la librairie, 33-34.
Vatican. Voy. Rome.
Vaubelou (Jean de).
Vaudetar (Jean de).
Vegèce (La Chevalerie), 273.
Vendôme (Louis, comte de).
Venise (Jacobins de), 53.
— (Statuts de), 330.
Vermandois (Aliénor, comtesse de).
Véronique (La), 305.
Vic-sur-Aisne, 290.
Vices et vertuz (Images des), 189.
Vienne (Marguerite de).
Viennois (Humbert, dauphin de).
— (Dauphin de). Voy. Charles V,
Charles VI.
Vier (Philippe de).
Vieux Pèlerin (Songe du), 127.
Vignai (Jean de ou du).
Vilain (Mathieu Le).
Villeneuve (Bertrand de).
Villepesque, 348-360. — Gilles Malet,
seigneur de V., 18.
Villiers-Herbice, 375.
Villiers [et non de Villars] (Pierre de).
Vincennes. La Sainte-Chapelle, 24 note,
122. — Charte historiée de Charles V,
62. — Livres du roi à Vincennes,
32. — Charte de Charles V datée
de V., 379.
Vincent de Beauvais. De puerorum
nobilium eruditione, 93, 94. —
Epître consolatoire, en français, 94,
227. — Miroir historial, en français,
'278-280, 331, 359-361.
Visconti (Jean Galéas).
430
TABLE ALPHABETIQUE.
Vision du prieur de Salon, 324. —
Visions de sainte Elisabeth, en fran-
çais, 235.
Yitta (Baron). Son bréviaire de Bonne
de Luxembourg, 334.
Voie de Paradis (La), 247.
Voies de Dieu (Les), traduction fran-
çaise, 88, 235, 411.
Voragine (Jacques de).
Voyages de Jean de Mandeville, 275.
Vy (Jean de).
W
Waldemar, roi de Danemark, 168.
Waleran, comte de Saint-Paul, 52.
Warwich (Le comte de), 156 note.
Wasiers (Le comte de). Son ms. des
Politiques d'Aristote, 64, 256.
Wirmes (Jean de).
Windsor (Bibliothèque de). Heures de
Marguerite de Bourgogne, 190 note,
401.
Wriothesley (Thomas), 316.
Y
Yolande de Flandre, comtesse de Bar
et de Longueville. Ses Heures, 52,
214-218. — Son enlumineur, 80,
365, 405, 408.
Yolant de Bar, femme de Jean, roi
d'Aragon, 328.
Ysabelle. Voy. Isabelle.
Ysopet. Voy. Esope.
Yves, abbé de Cluni. Ses livres, 237
note.
— moine de Saint -Denis. Vie et
miracles de saint Denis, 306. — Etat
du manuscrit en 1380, 29.
Zanon, évéque de Bayeux, 139.
Zodiaque (Signes du), 268.
TABLE DES CHAPITRES
Pages
A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-
LETTRES v
Souvenirs de jeunesse vii-xxvii
RECHERCHES SUR LA LIBRAIRIE DE CHARLES V,
ROI DE FRANCE.
I. Fondation de la librairie. — Goûts littéraires de
Charles V. — Son amour des livres. — Beauté des
exemplaires qu'il réunit. — Installation de la librai-
rie au Louvre 1-9
II. Gardes de la librairie. — Biographie de Gilles
Malet 10-22
III. Inventaires de la librairie 23-35
IV. Aperçu de la composition de la librairie .... 36-41
Y. .Condition des livres d'après les inventaires. —
Langues. — Genres d'écriture, de peinture et de
reliure 42-48
VI. Origine des livres 49-54
VII. Caractères propres aux livres de Charles V. —
Armes. — Supports de l'écu. — Miniatures de
présentation. — Bordures tricolores 55-67
VIII. Ecrivains et enlumineurs qui ont travaillé pour
Charles V 68-81
IX. Traducteurs. — Denis Foulechat, 85. — Jacques
Bauchant, 88. — Jean Corbechon, 91. — Jean
Daudin, 92. — Jean Golein, 94. — Nicole Oresme,
104. — Raoul de Presles, 107. — Simon de Hes-
din, 114. — Anonymes, 115 82-119
438 TABLE DES CHAPITRES.
Pages
X. Prêts et dons de livres faits par Charles V . . . 120-124
XI. La librairie sous le règne de Charles VI. — Les
livres de la reine Isabeau, 132. — Le pillage de la
librairie, 135 125-137
XII. Ruine de la librairie 138-141
XIII. Manuscrits parvenus jusqu'à nous* 142-325
I. Très belle Bible en latin. (Girone.) 142
II. Bible latine. (Arsenal.) 143
III. Bible latine glosée (Musée Dobrée) 145
IV. Bible glosée de Jean de Sy . . 146 et 404
V. Bible traduite par Raoul dePresles. (Musée britannique). 147
VI. L'Apocalypse figurée 147
VII. La Bible historiale de Jean île Vaudetar. (Musée Mécr-
manno-Westréenien.) 148
VIII. La Bible historiale retenue par le duc de Berry . . . 150
IX. La Bible historiale. (Copenhague.) 151
X. Première partie de la Bible historiale donnée par Charles VI
au duc de Berry en 1416. (Arsenal.) 152
XL Seconde partie de la Bible bistoriale copiée en 1362 par
Raoulet d'Orléans pour le dauphin 153
XII. Le Rational de Guillaume Durand annoté en 1374 par
Charles V 156
XIII. Missel de Paris. (Scheffield.) 158
XIII bis. Missel de Paris. (Bruxelles.) 158
XIV. Traduction des Épitres et des Évangiles 160
XV. Psautier de la reine Ingeburge. (Chantilly.) .... 163
XVI. Psautier de Péterborough. (Bruxelles.) 172
XVII. Petit psautier de saint Louis 175
XVIII. Psautier férial de la Sainte-Chapelle 177
XIX. Bréviaire de Philippe le Bel 179
XX-XXI. Bréviaire dominicain dit de Belleville, t. I et II . 182
XXII. Bréviaire franciscain de Jeanne d'Evreux. (Chantilly.). 185
XXIII. Le très beau bréviaire de Charles V 187
XXIV. Bréviaire de Paris 190
XXV. Bréviaire franciscain, au Vatican. — Autre bréviaire
franciscain. (M. Pierpont Morgan.) 192
XXVI. Bréviaire dont il ne subsiste plus que les peintures . 194
XXVII-XXVIII. Grand bréviaire de la Sainte-Chapelle, en
deux volumes. (Bruxelles.) 197
1. Dans la liste suivante, les mots imprimés en italiques désignent, par nom
de lieu ou de possesseur, les bibliothèques où sont actuellement conserves les
manuscrits. Les autres articles se rapportent à des manuscrits de la Biblio-
thèque nationale.
TABLE DES CHAPITRES. 439
Manuscrits parvenus jusqu'à nous.
Pages
XXIX. Heures de Sainte-Osithe, ayant appartenu à Charles VI.
{Nuremberg.) 198
XXX. Les Très belles grandes Heures de Charles V. {Turin.). 208
XXXI. Heures d'Yolande, comtesse de Bar. {M. Yates Thomp-
son.) 215
XXXII. Livre du sacre des rois de France. {Musée britan-
nique.) 218
XXXI1I-XXXIV. La Cité de Dieu, texte latin, t. I et II.
{Musée britannique.) 219
XXXV-XXXVI. La Cité de Dieu, en français, t. I et II . . 220-221
XXXVII. Autre exemplaire, t. II 222
XXXVIII. Autre exemplaire du t. I. {Angers.) 223
XXXIX. Les Quarante Homélies de saint Grégoire, en fran-
çais. {Arsenal.) 224
XL. Épître consolatoire de Vincent de Beauvais, en français. 227
XLI. Le livre de Thomasde Cantimpré,en français. {Bruxelles). 228
XLII. Le livre des Propriétés, traduit par Corbechon . . . 230
XLIII. Les Voies de Dieu, en français 235
XL1V. La Somme le Roi . . 236
XLV. Le Miroir des dames. (Corpus Christi, à Cambridge.). 247
XL VI. La Voie de Paradis, etc 247
XL VIL Le Legiloque, etc 248
XL VIII. La Digeste vielle 250
XLIX. Les Institutes, en français 250
L. Les Institutes et les livres X-XH du Code, en français. 251
LI. La Somme Ace 251
LU. Les Décrétales en français 252
LUI. Les Éthiques d'Aristote, en français. {Musée Méer-
manno-Weslréenien.) 252
LIV. Les Politiques et les Économiques, en français.
{Bruxelles.) 254
LV. Les Éthiques. {Bruxelles.) 254
LVI. Les Politiques et les Économiques. {M. le comte de
Wasiers.) 256
LVH. Les Éthiques 256
LVIII. Les Épîtres de Sénèque, en français. {Bruxelles.) . . 257
LIX. L'Enseignement des princes, etc. {Besançon.) .... 258
LX. Le Gouvernement des rois et des princes, etc 260
LXI. L'Information des princes 262
LXH. Le Policratique de Jean de Salisbury, en français . . 263
LXIII. Les Météorologiques d'Aristote, en français .... 264
LXIV. Sur le Quadriperti Ptholomé, en français 265
LXV. L'Image du monde 265
LXVI. Sur la sphère et écrits astrologiques de Pèlerin de
Prusse. {Collège Saint-Jean d'Oxford.) 266
440 TABLE DES CHAPITRES.
Manuscrits parvenus jusqu'à nous.
Pages
LXVII. La Géomancie de Guillaume de Meerbeke. (Collège
de la Trinité à Cambridge.) 269
LXVIII. Le Contenant de Rhasès 270
LXIX. Tacuinum sanitatis 273
LXX. La Chevalerie de Vegèce, translatée par Jean de Meun. 273
LXXI. Le jeu des échecs 274
LXXII. Le livre de Marco Polo. [Stockholm.) 274
LXXIII. Les Voyages de Jean de Mandeville 275
LXXIV. Atlas catalan 276
LXXV. Histoire universelle jusqu'à la mort de Jules César.
(Copenhague.) 277
LXXVI. Le Miroir hislorial de Vincent de Beauvais, vol. I.
(Leyde.) 278
LXXVII. Volume II du même exemplaire. (Arsenal.) . . . 279
LXXVI1I. Fleurs des Chroniques de Bernard Gui .... 281
LXXIX Opuscules de Bernard Gui en français (Vatican.) . 281
LXXX. Tite-Live en français, exemplaire annoté par Charles V.
(Sainte-Geneviève.) 283
LXXXI. Valère Maxime, en français 284
LXXXII. La Légende dorée, en français. (Mazarine.) . . . 285
LXXXI1I. Les Miracles de Notre-Dame. (Soissons.) .... 285
LXXXIV. Vie et passion de saint Denis 305
LXXXV. Vie et miracles de saint Denis 306
LXXXVI. Vie de saint Martin, par Péan Gastineau .... 307
LXXXVII-LXXXVIII. Double exemplaire d'une Vie de saint
Rémi en vers. (Bruxelles.) 308
LXXXIX. Les Grandes Chroniques de France, exemplaire
offert au roi Philippe le Hardi. (Sainte-Geneviève.) . . . 309
XC. Les Grandes Chroniques, exemplaire de Charles V . . 312
XC1. Autre exemplaire. (Le marquis de Bute.) 314
XCII. Autre exemplaire paraissant contenir la signature de
Charles V. (Lyon.) 317
XC1II. Autre exemplaire portant la signature de Charles VI. 318
XC1V. Vie de saint Louis, par le sire de Joinville .... 318
XCV. Vie de saint Louis, par Guillaume de Saint-Pathus . 319
XCVI. Privilèges pontificaux accordés aux rois 319
XCVII. Le Songe du verger. (Musée britannique.) .... 320
XCVIII. Roman d'Anséis de Carthage, etc 321
XCIX. L'Anticlaudien d'Alain de Lille, en français .... 322
C. Le Roman d'Artus le Restoré 322
CI. Le conte du cheval de fust 323
CIL Le Livre roval, poème de Jean de Chavenges .... 323
CI1I. La Vision du prieur de Salon 324
CIV. Les Fables Ysopet et le Bestiaire d'amours 325
TABLE DES CHAPITRES. 441
APPENDICE.
Pages
I. Les livres du roi Jean 326-336
H. Examen de prétendues lettres adressées à Gilles
Malet par Charles V et Jean, duc de Berry . . 337-347
III. Aveux rendus par Gilles Malet, par son fils Phi-
lippe et par sa veuve Nicole de Chambli . . . 348-361
IV. Tite-Live vendu par Gilles Malet à Louis, duc
d'Orléans 362-364
V. L'enlumineur Jean Le Noir et sa fille Bourgot,
enlumineresse, passés du ser-vice de la comtesse
de Bar à celui du Boi et à celui du dauphin
Charles (1358) 365-366
VI. Travaux faits à la librairie du Boi (1367-1368) . 367-368
VIL Dépenses faites pour les livres de la librairie
(1369-1378) 369-372
VIII. Livres donnés par Charles V au couvent des Domi-
nicains de Troyes (1371) 373-375
IX. Décharge donnée par Charles V à Gérard de Mon-
taigu pour les livres hébraïques retirés du Tré-
sor des chartes (1372) 376-378
X. Gratification donnée à Nicole Oresme pour sa tra-
duction d'Aristote (1374) 379
XL Liste des auteurs cités par Nicole Oresme dans
son explication de la Cité de Dieu 380-382
XII. Observations de Nicole Oresme sur la division en
chapitres des différents exemplaires de la Cité de
Dieu qu'il avait comparés 383-384
XIII. Dédicace à Charles V de l'édition des Vies des
papes que Pierre Bohier avait préparée . . . 385-386
XIV. Notes sur la gestion de Gilles Malet, garde de la
librairie (1373-1410) 387-389
XV. Gratification à Oudard Boschot pour sa collabora-
tion à l'inventaire de la librairie (1411) . . . 390-391
442 TABLE DES CHAPITRES.
Pages
XVI. Notes sur l'inventaire et le recolernent de la librai-
rie au temps du garde Jean Maulin (1413 et
1415) 392-394
XVII. Réintégration dans la librairie d'une bible jadis
prêtée au duc de Berry 395
XVIII. Notes sur la prisée des livres de Charles VI et
l'acquisition qu'en fit Jean, duc de Bedford
(1424-1429) 396-398
XIX. Le duc de Bedford bibliophile 399-402
Nogent-le-Rotrou, impr. Daupeley-Gouvekkeor.
Universrey u T^raRY F AC1LITY
AT
LOS ANGELES
A 000 797 379 5
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